Livrets 161 - 180
Conversation avec Christ
Si l’on me demandait ce dont le diable, le monde et la chair s’efforcent le plus de priver les chrétiens, je répondrais : des entretiens avec Christ.
J’en suis convaincu par ma propre existence et par ce que j’ai pu observer chez les chrétiens qui m’entourent.
Avoir un entretien tranquille, en tête à tête, avec Jésus ; prendre le temps de lui parler et d’écouter ses réponses : voilà ce dont chaque chrétien a journellement besoin et ce dont beaucoup d’entre nous ne savent que rarement, si ce n’est jamais, trouver l’occasion.
Quand avez-vous eu votre dernier entretien avec Jésus, ami lecteur ?
Arrêtez-vous un instant et répondez à cette question avant de continuer.
Il est si aisé d’aller à des réunions, d’écouter les prières, de s’y joindre même, de chanter des hymnes et de s’imaginer que nous prions le Seigneur !
Mais qu’adviendrait-il, s’il se trouvait que nous nous sommes trompés en croyant nous entretenir alors personnellement avec lui, quand nous ne parlions que pour nous entendre nous-mêmes ou pour nous faire entendre ?
Les services de communion sont de si précieux moyens de grâce, mais ils ne sont pas non plus nécessairement des entretiens avec le Seigneur, pas plus que de prêcher, d’enseigner ou de travailler pour lui de quelque autre manière.
Vous pouvez être très religieux, employer votre temps, votre argent, vos pensées à des œuvres chrétiennes, et cependant ne jamais vous entretenir avec lui comme un ami s’entretien avec son ami.
Il y a là un grand danger ; car si vous n’avez pas chaque jour un temps d’intime entretien avec le Maître, et si vous oubliez son avertissement que hors de lui vous ne pouvez rien faire, vous vous engagerez à coup sûr sur une fausse voie et vous vous réservez pour le moment de votre rencontre avec lui l’horrible déception de voir tout votre ouvrage s’effondrer et vous-même laissé à nu, soudainement rendu conscient que vous n’êtes que des étrangers l’un pour l’autre.
Le désir du Seigneur était que vous l’eussiez tenu au courant de tout ce qui vous occupait, afin que vous eussiez sans cesse conscience de sa sympathie, de sa direction et de son aide.
Mais au lieu de cela, vous n’avez parlé de vos affaires qu’à des hommes et vous ne vous êtes attendu qu’à leur sympathie, qu’à leurs avis et qu’à leur aide.
Il comptait que vous lui auriez raconté vos anxiétés au sujet de votre fils et il y aurait mis fin ; mais vous n’en avez parlé qu’à votre ami, et les choses ont été de mal en pis.
Il comptait que vous auriez recherché auprès de lui la lumière sur ce point de doctrine que vous ne pouviez comprendre ; mais vous n’avez demandé des éclaircissements qu’à des livres humains qui vous ont laissé encore plus dans l’obscurité qu’auparavant. Il aurait tout éclairci.
Il comptait que vous lui auriez confié ce mal douloureux dont vous souffrez et il aurait été votre médecin ; mais vous vous êtes confié uniquement à votre docteur et vous n’avez pas reçu de soulagement.
Il comptait que vous lui auriez demandé conseil sur les sommes que vous vouliez donner ; mais vous les avez fixées vous-mêmes, vous les avez mal fixées.
Il aurait aimé être votre conseiller aussi au sujet de la profession que vous avez choisie, de l’association que vous avez conclue, des domestiques que vous avez engagés, des livres que vous avez lus, des amitiés que vous avez formées, du mariage de vous avez fait ; mais vous avez choisi d’autres conseillers ou agi d’après votre propre choix et les choses ont mal tourné.
Que ces expériences décevantes vous apprennent maintenant à accepter Christ désormais pour votre ami personnel et votre conseiller en toutes choses.
Une heure de conversation avec lui chaque jour, vous le révélera comme tel et vous fera trouver en lui les trésors de sagesse et de sollicitude qui vous ont manqué jusqu’ici, parce que vous ne les avez pas cherchés à leur vraie source. (Matthieu, chapitre 7, versets 21 à 23).
Succès ou bénédiction - Méditation
" Les soixante-dix revinrent pleins de joie en disant : Seigneur, les démons même nous sont assujettis en ton nom. "
Soixante-dix était le nombre des nations connues à cette époque.
En envoyant soixante-dix disciples en mission, Jésus exprimait sa vision de voir l’Evangile se répandre dans le monde entier.
Il les avait avertis qu’ils rencontreraient des difficultés et de l’opposition.
Et voici qu’ils reviennent triomphants : " Tu as été trop pessimiste ! Partir en mission, rien de plus facile ! "
Les disciples sont ivres de leur succès, mais Jésus tempère leur enthousiasme : " Ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous soient assujettis, mais de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux. "
Ne confondons pas succès et bénédiction.
Le succès est la réussite de nos efforts, la bénédiction est l’œuvre de Dieu en nous et par nous.
Ce n’est pas notre volonté qui compte, mais la force que le Seigneur nous donne.
Ce n’est pas notre intelligence qui est importante, mais la sagesse de Dieu qui opère en nous.
Travailler au service du Seigneur n’est pas toujours couronné de succès, mais c’est toujours une bénédiction.
Le ministère de Jésus lui-même en est la preuve.
Ne vous réjouissez pas ce qui se voit, mais de ce qui est invisible, non de ce qui est temporaire, mais de ce qui est éternel.
Pasteur Martha RISKO, Hongrie
Une pensée pour chacun de nous
Je voudrais, chers amis, vous parler d’un péché qui est très bien caché au fond de notre cœur !!!!
Les mauvaises pensées.
Lorsque nous avons des mauvaises pensée, Dieu, Lui, nous connaît intimement. Il voit tout cela, et quand j’y pense la honte m’envahit.
Souvent nous avons de bien mauvaises pensées : la Bible dit que " les pensées de l’homme sont mauvaises dès sa jeunesse " (Genèse, chapitre 8, verset 21).
Nous sommes des êtres responsables et avons si nous le voulons, le pouvoir de chasser ces mauvaises pensées.
Si nous le voulons de toute notre cœur, nous pourrons compter sur la grâce de Dieu.
Si nous les laissons nous envahir, elles se transforment en mauvaises actions, en de mauvaises habitudes et nous conduisent tout droit en enfer.
Ghislaine LAHAYE
Que Ton règne vienne
Vous est-il jamais arrivé de vous arrêter devant un champ où la semence commence à lever, et de regarder d’un œil attentif ces brins délicats auxquels se suspend la rosée étincelante aux premiers rayons de soleil ?
A chaque instant l’on aperçoit une nouvelle pousse ou une goutte brillante, là où peu auparavant on ne voyait que la terre nue.
Ainsi en est-il dans le Royaume de la grâce : la semence lève sans que nous sachions comment, et tout à coup, là où nous n’attendions rien, nous découvrons quelque âme sur laquelle Jésus a fait tomber un rayon de sa face.
Il en fut ainsi par exemple pour un honnête paysan, Jean Haltermann.
De dimanche en dimanche, il enfilait sa belle redingote bleue, mettait son livre de cantiques sous son bras, et, une fleur à la bouche, s’en allait à la maison de Dieu indifférent comme la plupart des gens, et ne songeant point à dire avec le psalmiste :
" Eternel des armées ! que tes tabernacles sont aimables ! Mon âme désire ardemment et elle soupire ardemment après les parvis de l’Eternel. "
Près du village d’Eberdorf, dans la contrée boisée qui s’étend entre Herzhausen et le Kellerwail, une jolie Eglise Blanche s’élève sur la hauteur.
Quand les cloches appellent les habitants du village et que les forêts d’alentour en renvoient l’écho, c’est magnifique.
Les montagnes sont escarpées et couvertes de bois sombres ; ça et là au-dessus de la vallée verdoyante apparaissent les rocailles d’ardoises claires et brillante.
La digitale y étale sa grande fleur rouge, les chèvres broutent dans les prairies et le long des ruisseaux, tandis qu’au-dessus des forêts tournoie l’épervier ; et le son des cloches nous dit que tout ceci est à la gloire de Dieu.
Mais on peut être certain que ni le paysage ni les cloches ne touchent notre ami Jean.
En arrivant à l’Eglise, il se place dans son banc comme toujours et chante pour la centième fois : " Viens Saint-Esprit. "
La cent et unième fois cependant, une pensée lui vient, et il se demande si lui, qui a si souvent répété ces paroles, a jamais demandé réellement ou reçu le Saint-Esprit.
Il continue à chanter, et en sortant de l’Eglise, il n’était déjà plus le même homme qu’en y entrant.
S’en allant tout seul à l’écart, là où personne ne pouvait le voir, il tombe à genoux et crie avec ferveur et du fond de son âme : " Viens Saint-Esprit ! " jusqu’à ce que celui qu’il appelle ainsi, descende dans son cœur pour lui découvrir son péché, pour lui montrer qu’il n’a jamais cru au Fils unique du Dieu vivant.
Jean est devenu voyant d’aveugle qu’il était, et maintenant il magnifie la grâce que Dieu a faite aux pécheurs.
Encore une histoire
Sur une grande route, dans la petite principauté de Waldech, un père et son fils conduisaient une voiture chargée de briques et attelée à quatre chevaux.
Le garçon marchait devant, à côté des chevaux, en raccommodant son fouet.
Derrière suivait le paysan en blouse et guêtres bleues filées à la maison.
D’une main, il tenait son couteau, de l’autre un morceau de lard et de pain, et déjeunait de bon appétit.
Quand il eut fini, et qu’après avoir essuyé son couteau il l’eut remis dans sa poche, il fut rejoint par un jeune maître d’école, établi depuis peu dans le voisinage.
Une parole en amène une autre, car notre homme était intelligent et facile à intéresser.
Bientôt, tout en cheminant derrière la charrette de briques, ils furent entièrement absorbés dans leur entretien.
Le paysan ouvrit tout grands les yeux et les oreilles ; car ce qu’il entendait lui semblait étrange et nouveau.
L’instituteur n’était pas de ces jeunes gens qui ont seulement la tête farcie de systèmes et de méthodes nouvelles.
Son cœur était rempli d’amour pour le Seigneur Jésus ; de plus il connaissait la Bible, et ne reculait pas quand il s’agissait de découvrir sa misère à un homme naturel et de lui indiquer le chemin du salut d’après les Ecritures.
Mais notre paysan n’était pas moins courageux à se défendre et n’avait nulle envie de se rendre ainsi à merci.
La lutte qui s’engagea derrière la charrette fut donc longue et vive.
Entre la charité du fidèle disciple qui voulait gagner cette âme au Sauveur, et l’amour du monde, l’orgueil et la révolte d’un cœur qui veut faire sa propre volonté.
Mais d’en-Haut, le Seigneur lança flèche sur flèche dans ce cœur rebelle, si bien que force lui fut de se rendre.
Ce fut-là, ce jour même, derrière son attelage que cette âme sentit les premières douleurs de la repentance, dont on ne se repent jamais et qui fait la joie des anges.
Et maintenant, dans la belle ferme de notre paysan, on entend chaque soir le chant d’un cantique, la lecture de la Parole de Dieu et une prière sortie du cœur.
Non seulement il est devenu lui-même un véritable enfant de Dieu à qui sa Bible, son livre de cantiques et le catéchisme de Luther sont chers et familiers, mais il est plein de zèle pour l’avancement du règne de Dieu, et ses enfants suivent ses traces.
Enfin, il me souvient encore d’une pieuse servante du Seigneur.
Un soir d’hiver, par le froid et l’obscurité, elle s’arrêta devant les fenêtres de la maison d’école, son rouet dans ses bras, car elle venait de la soirée des fileuses.
En passant, elle a entendu chanter : " Où l’âme trouve-t-elle le repos, la patrie " ; émue, saisie d’une tristesse et d’un désir inexplicables, elle s’est rapprochée de la fenêtre où elle appuie sa tête.
Là-dedans, on tient la réunion, et d’autres cantiques succèdent au premier.
La jeune fille n’a jamais rien éprouvé de pareil ; il lui semble être redevenue enfant et que Jésus étend les mains sur elle.
Sans se soucier de la bise aiguë qui souffle de la montagne, elle demeure là, appuyée contre la vitre ; elle écoute, elle écoute encore.
Le lendemain, Marie quitte de bonne heure l’assemblée bruyante des jeunes gens et des fileuses, et revient à la maison d’école ; où on filait aussi, mais en chantant des cantiques.
Son cœur brûle au-dedans d’elle, et il semble que quelqu’un la presse d’entrer.
Le troisième soir, elle était là encore, les yeux humides et le cœur plein de sentiments que la bouche ne pouvait exprimer.
Enfin, le Seigneur lui dit par la voix d’un de ces cantiques : Marie ! et elle répond : Rabboni !
A ce moment quelqu’un sortit de la salle d’école et la fit entrer.
Maintenant, elle est assise aux pieds du Sauveur. L’enfant du monde, naguère si indépendante et si légère, a enfin trouvé le repos, la patrie.
Voyez ! C’est ainsi que tout autour de nous s’accomplissent des miracles sans que nous n’en sachions rien.
Une rosée de bénédictions suit les pas de Jésus, et de tous côtés dans le champ du monde nous en voyons étinceler les gouttelettes au feu du soleil de Justice.
La science s'incline à propos du soleil
La " science " qui paye le plus est la science des mathématiques, car c’est une science exacte, et, comme telle, elle peut donner des réponses passionnantes à ceux qui l’interrogent, l’Astronomie est la plus passionnante de toutes.
Au lieu de rire à l’assertion de la Bible sur le fait du " soleil arrêté par Josué ", des savants, à la fin du dernier siècle, ont préféré vérifier les faits.
Et Sir Edwin Ball, le grand astronome britannique, découvrit qu’en effet, dans le cours du temps, il y avait eu une perte de temps solaire équivalente à 24 heures, perte à laquelle la science ne pouvait fournir aucune explication.
En 1899, le professeur C. A. Totten, de l’Université de Yale, écrivit un livre sur ce sujet et établit la chose de manière définitive.
Dans ce livre, il raconte un fait extrêmement remarquable : un autre savant avait fait, lui aussi, des calculs extrêmement précis : si précis, même, qu’il avait réussi à localiser la perte de temps solaire à l’époque de Josué.
Mais il vint en discuter avec le professeur Totten, car il ne trouvait, lui qu’une perte de 23 heures 20 minutes.
Et il raisonnait ainsi : 23 h 20, c’est n’est pas 24 heures. Si la Bible fait une erreur, fût-elle de 40 minutes, ce n’est pas le livre de Dieu.
Le professeur Totten invita donc son collègue à relire le passage de Josué :
" Le soleil s’arrêta au milieu du ciel et ne se hâta point de se coucher presque tout un jour " (Josué, chapitre 10, verset 13).
" Presque " tout un jour, cela n’est en effet pas tout à fait 24 heures.
Vous penserez que la démonstration était faite, et que nos savants n’avaient plus qu’à se quitter bons amis ? Pas du tout.
Ces 40 minutes restaient une énigme, car, dans le cours du temps, il avait été démontré par les autres savants que c’était bien 24 heures et non pas seulement 23 h 20 qui avaient été perdues.
Par bonheur, le professeur Totten connaissait sa Bible, et savait que Dieu y a enfermé beaucoup de secrets.
Il fit donc lire à son collègue le chapitre 38 d’Esaïe.
Le roi Ezéchias étant malade pria l’Eternel avec une telle foi que l’Eternel lui fit dire par le prophète Esaïe qu’Il allait prolonger sa vie et le protéger contre le roi d’Assyrie son ennemi.
Esaïe donna comme " signe " à Ezéchias cette Parole de l’Eternel : " Je ferai reculer de 10° en arrière avec le soleil l’ombre des degrés qui est descendue sur les degrés d’Achaz. "
Le verset 8 ajoute : " Et le soleil recula de 10 degrés sur les degrés où il était descendu. "
Le savant discuteur savait bien que 10 degrés sur le cadran solaire équivalaient à 40 minutes de sa propre pendule.
Il fut complètement désarmé. Il inclina la tête et prononça ces mots : " Seigneur, maintenant, je crois ! "
L. SHIGO
Il y a chrétien et chrétien
Il y a plusieurs manières d’être chrétien, comme il y a plusieurs manières d’être Anglais ; mais toutes ne sont également désirables.
Je puis être un Anglais exilé, un Anglais dans un asile, un Anglais en prison ; mais je préfère être un Anglais dans sa patrie, jouissant de sa santé et de sa liberté.
De même vous pouvez être un chrétien et être en même temps faible, timoré, triste ; mais cela n’est pas désirable.
Il vaut mieux être un chrétien heureux, sain, vigoureux, utile.
De même que votre qualité d’Anglais ne dépend ni de votre santé, ni de votre richesse, votre salut ne dépend ni de la force, nie de la joie de votre foi, quelle que puisse être leur importance.
Pourquoi n’en pas savourer dès à présent l’avant-goût ?
Je ne désire pas faire mon voyage terrestre dans une condition misérable.
Je préfère infiniment avoir en Dieu une foi si grande que ma paix puisse être semblable à un fleuve et ma justice aux flots de la mer.
Regardez la différence qu’il y a entre Abraham, le père des croyants, et Lot, son neveu.
Lot était juste, mais il n’avait pas une foi aussi forte que celle d’Abraham ; il n’a été ni aussi grand ni aussi heureux.
Abraham est calme, courageux, royal ; Lot et insatiable, timide, tremblant.
A Sodome, c’est avec peine que Lot se laisse persuader de sauver sa vie, tandis qu’Abraham, seul avec Dieu, intercède pour les autres.
Lot échappe d’une ville en feu en perdant tous ses biens, tandis qu’Abraham demeure paisiblement avec le Seigneur à qui le ciel et la terre appartiennent.
La foi d’Abraham l’élève comme une Alpe solitaire jusqu’au ciel même de Dieu.
Il est bon d’être un Lot, il vaut infiniment mieux être un Abraham.
Cherchez à atteindre le plus haut degré de la foi, car si elle est en vous et si elle y abonde, vous ne serez pas nus ou sans fruits.
Ce chemin, c’est déjà le ciel.
Plus il y a de foi, plus il y a de repos pour le cœur.
Nous croîtrons pour le ciel à mesure que nous aurons plus de foi.
SPURGEON
Qu'est-ce qu'un chrétien biblique ?
Avant de répondre à cette question, posons-nous celle-ci : " Qu’est-ce qu’un chrétien ? "
Une telle question vous semblerait fort simple et la réponse facile à trouver.
Mais posez-la à plusieurs personnes de votre entourage et vous verrez que vous aurez des réponses différentes.
Cela montre que la question n’est pas aussi simple qu’elle ne le parait au premier abord.
Quelqu’un répondra : " On est chrétien si on n’est pas juif ou musulman. "
Un autre dira : " On est chrétien si l’on s’efforce de garder les dix commandements et d’aimer son prochain. "
Un autre encore nous dira : " On est chrétien parce qu’on est membre d’une Eglise protestante. "
Cet autre répondra : " On est chrétien quand on suit l’exemple de Jésus et quand on accomplit de bonnes œuvres. "
Voilà donc quelques-unes des réponses à cette question qui semble être, pour beaucoup d’entre nous, une question très simple.
Mais le moyen le plus sûr de trouver la seule réponse exacte est de chercher celle que Dieu nous donne dans sa Parole.
Jésus nous dit (Evangile de Jean, chapitre 3, verset 7) : " Il faut que vous naissiez de nouveau. "
L’apôtre Paul répondit à la question du géôlier de Philippes, par ces paroles : " Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé. " (Actes, chapitre 16, verset 31).
Nous avons ici en termes très simples mais vigoureux la réponse que nous donne La Parole de Dieu.
Un chrétien est celui qui est né de nouveau par la foi en Jésus-Christ, Notre Seigneur.
C’est celui qui peut dire avec l’apôtre Jean : " Le sang de Jésus-Christ, Son Fils, nous purifie de tout péché. " (1 Jean, chapitre 1, verset 7).
Il dit avec Paul : " Il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde. " (Tite, chapitre 3, verset 5).
Quelle glorieuse expérience que d’entrer dans la famille de Dieu par un simple acte de foi, de passer de la mort à la vie, et de devenir une nouvelle créature en Christ !
C’est là le premier pas.
Revenons maintenant à notre première question : " Qu’est-ce qu’un chrétien biblique ? "
Est-il différent d’un chrétien ordinaire ?
Nous dirons : oui, car un chrétien biblique est un chrétien qui a déjà progressé depuis le premier pas du salut par la foi.
Un chrétien biblique est un croyant qui a déjà accepté la Bible comme la seule révélation écrite de Dieu et qui en a fait le plan de sa vie.
Ayant accepté la Bible comme la Parole de Dieu, il peut dire comme le psalmiste : Je serre ta Parole dans mon cœur, afin de ne pas pécher contre toi. (Psaume, chapitre 119, verset 11).
Quel résultat saint et béni la Parole de Dieu peut avoir dans la vie de tout croyant qui sait trouver le temps chaque jour de la lire et de la méditer !
La nourriture spirituelle de la Parole est nécessaire à la croissance de notre âme, tout comme la nourriture matérielle est nécessaire pour soutenir notre vie physique.
Le chrétien biblique est un chrétien sain, viril, qui croit dans la grâce du Seigneur, courant toujours vers le but comme le faisait l’apôtre Paul, afin de saisir toute la volonté de Dieu.
Le chrétien biblique trouve aussi le temps de prier.
C’est le résultat de la lecture de la Bible.
Comment un croyant peut-il lire la vie de prière d’Abraham, de David, de Daniel, de Paul et, enfin, du Christ Lui-même, sans se sentir poussé à suivre leur exemple ?
L’Eglise primitive du livre des Actes des Apôtres était composée en grande partie de chrétiens bibliques ; elle était par conséquent une Eglise de prière (Actes, chapitre 6, verset 4).
C’est pour cette raison qu’elle s’est multipliée si rapidement.
Dieu voudrait que les chrétiens bibliques fussent plus nombreux, s’adonnant à la prière, à Son service et à l’étude de Sa Parole.
S’il y avait un plus grand nombre de chrétiens bibliques, nous aurions le Réveil, si nécessaire et si attendu.
Le dessein de Dieu pour chaque croyant est de le rendre semblable à l’image de Christ.
Seul le chrétien biblique, par son amour pour la Parole de Dieu, peut se soumettre complètement à la volonté de Dieu pour l’accomplissement de Son dessein.
Combien Dieu n’agit-il pas pour accomplir cela en nous pendant la courte période qu’est celle de notre vie convertie.
Dieu désire que nous soyons tous des croyants fervents de la Bible, tous des croyants aimant la Bible.
Dieu veut que la Bible soit au centre de notre vie.
Le chrétien biblique
Ce qui empoisonne la vie des hommes
Mais est-ce bien vrai ?
Tous les gens sont calmes…
" C’est un quartier tranquille. "
Nous sommes semblables, sur un point au moins, à ces enfants de notre quartier qui depuis la tour de " Notre-Dame " découvraient " toutes ces saletés de fumée " qui empoisonnent un quartier de Paris… et qui comprenaient que ce quartier, c’était le leur, celui où vivaient leurs parents, leurs amis, leurs voisins et eux-mêmes.
Jusque-là, ils ne s’en rendaient pas compte : ils n’avaient pas vu…
Il y a évidemment des faits saisissants devant lesquels nous réagissons, tellement ils sont manifestes.
L’accident d’avion qui entraîne la mort de cent personnes nous comble d’effroi.
La catastrophe qui ensevelit deux cents mineurs suscite la consternation.
La mort du vieillard qui a mis fin à ses jours, parce qu’il n’avait plus rien à manger bouleverse les voisins de son quartier.
Devant la mort violente de leurs semblables, les hommes frémissent.
Puis le train de l’existence reprend.
Et surtout, on oublie que la mort poursuit son œuvre de bien d’autres manières, que tout ce qui empoisonne la vie des hommes est œuvre de mort.
On pleure sincèrement sur la mort du vieillard désespéré, nous nous sentons coupables de l’isolement où il fut laissé, mais, après avoir jeté des fleurs sur son cercueil, nous risquons d’oublier ceux qui, semblables à lui traîneront leur misérable existence, peut-être tout près de notre demeure.
(Quand vous rencontrez des vieux qui s’aigrissent, demandez-vous si cela n’est pas dû au manque de pain, mais aussi au manque d’affection vraie ?)
L’opinion publique restera quelque temps bouleversée par la catastrophe dans laquelle périssent deux cents mineurs, mais l’on ignore ou l’on oublie les misérables et terribles conditions de travail, qui sont faites à tant d’hommes, et qui détruisent lentement leur vie, qui en font des êtres écrasés par l’existence.
C’est ainsi que nous devenons des résignés ou des révoltés.
Et le terrain est alors tout près pour faire germer en nous la semence de l’amertume, de la haine, du désespoir…
Le désespoir qui peut mener bien loin…
Je me souviens de l’histoire lamentable de cette jeune fille, sœur ainée de six enfants, qui lasse de voir la misère des petits, finit par gagner coûte que coûte quelque argent, par sombrer dans la prostitution.
Voilà pourquoi il est infiniment grave de confondre l’Evangile avec la prédication des beaux sentiments.
Ceux-ci ne peuvent que montrer leur impuissance pour ouvrir devant les hommes des chemins de la délivrance.
L’Evangile est d’abord réaliste.
La première chose, me semble-t-il, qu’il fait pour nous, c’est de nous ouvrir les yeux : sur nous-mêmes, et sur le monde…
Et quand il nous a ouvert les yeux, cela peut aller très loin.
Car le Christ est celui qui nous entraine loin des chemins battus.
En cela déjà, se manifeste cet Amour de Dieu qui ne nous laisse pas être résignés.
Bien sûr, la misère n’explique pas tout.
S’il est vrai que la misère empoisonne la vie des uns, il est vrai que la richesse empoisonne d’une autre manière la vie des autres.
Les uns trouvent leur esclavage dans une vie trop dure, les autres trouvent leur esclavage dans l’argent qui tend toujours à devenir un maître tout-puissant.
Rien ne déchire plus le cœur que de voir le jeune homme qui s’engage avec ardeur et joie dans la vie, devenir quelques années plus tard un homme alourdi et déformé par une existence facile et brillante, où l’argent et les succès ont étouffé ce qu’il y avait de meilleur en lui.
Et si nous croyons pouvoir nous ranger dans la catégorie de " ceux qui n’ont ni pauvreté, ni richesse ", ne croyons pas pour cela être à l’abri de ce qui empoisonne la vie des hommes.
Nous risquons de prendre notre parti des tribulations des autres, et de nous refermer sur nous-mêmes.
C’est une autre manière de s’empoisonner l’existence.
Enfin, s’il faut savoir ouvrir les yeux sur le monde et les iniquités de notre société, s’il faut, de toutes nos forces, lutter pour ôter ce poids de souffrance et de misère, il faut aussi fortement se rappeler cette autre misère qui a son germe dans nos pauvres cœurs d’hommes, et qui elle aussi, hélas, est puissante pour gâcher notre existence… et celles des autres.
Je me rappelle cette pièce de théâtre qui fut jadis jouée à Paris : elle s’appelait " Cris des Cœurs. "
Le décor montrait des maisons modestes et tranquilles où selon le témoignage des " gardiens de la paix " : " il ne se passait jamais rien. "
Mais on voyait bientôt que dans ces maisons bien tranquilles se cachaient des drames secrets, ceux qui ne se terminent pas forcément d’un coup de révolver, mais qui minent lentement les êtres humains.
Dans la demeure calme où, pour les yeux du passant " il ne se passait jamais rien, " il y a aussi, tout comme dans les riches maisons ou les misérables taudis, des hommes et des femmes dont les cœurs crient l’angoisse, le foyer où l’on voudrait s’aimer et où l’amour est terni, l’homme qui découvre soudain qu’il a gâché sa vie, et celui qui traîne comme un boulet l’erreur ou la faute qui vient fausser tout ce qu’il entreprend.
La misère de l’homme est aussi bien celle des iniquités de la société, des injustices du monde, que cette misère que nous découvrons au plus profond de nous-mêmes.
Quand nous séparons les deux aspects d’une même réalité, nous ne voyons plus les choses dans la vérité.
Ce n’est pas pour faire un sombre tableau de notre misère humaine que nous parlons ainsi, mais parce que nous savons que c’est à cette humanité pervertie que Dieu manifeste son Amour et donne sa délivrance.
Francis BOSC
Eglise de Christ et régimes de ce monde
(Nous rapportons ici, le point de vue de Joseph HROMADKA, professeur de théologie réformée à la faculté protestante de Prague).
" Aucun rideau, fût-il d’or, de soie ou de fer, ne doit nous séparer les uns des autres. "
Tel est l’avis du professeur Joseph Hromadka , qui enseigne la théologie réformée à la Faculté protestante de Prague depuis son retour des Etats-Unis, où il vécut durant l’oppression de la Tchécoslovaquie par les Nazis.
Après avoir résolument dit non aux Hitlériens, Hromadka adoptait une attitude toute différente à l’égard de la révolution communiste de 1948.
Nous voudrions évoquer ici les raisons avancées par ce chrétien éminent, étant bien entendu que le problème se pose dans chaque pays sous un angle particulier, et que nous voulons informer dans un domaine où le lecteur conservera sa pleine liberté de décision.
Dans quel climat Hromadka participe-t-il à la " révolution socialiste ? "
Le théologien tchèque déclare formellement qu’il n’y a ni persécutions ni entraves apportées par l’Etat contre les Eglises protestantes de son pays, pourvu qu’on s’accorde à dire avec Hromadka que " quand l’ancien droit féodal (ou plutôt l’injustice) est liquidé et que les Eglises souffrent matériellement, cela ne signifie pas forcément que l’Eglise est persécutée. "
Sans doute Hromadka modifierait-il quelques-unes de ses conclusions si la situation venait à changer.
Mais, dès aujourd’hui, il voit clairement, pour reprendre ses expressions, que " nos écoles et nos tribunaux, notre littérature, notre atmosphère sociale et politique sont formés actuellement par une idéologie définie, soutenue par les masses qui brûlent de conviction agressive, décisive et enthousiaste.
Ainsi, les derniers piliers sur lesquels les Eglises reposaient jusqu’à présent s’écroulent. "
Il est arrivé à Hromadka de prévoir publiquement le cas où il serait emprisonné.
On peut donc prêter l’oreille à ce chrétien : sa pensée ne pèche ni par rêverie, ni par naïveté.
La position de Hromadka ne se comprend que si l’on met en lumière sa conviction que la décadence et la fin de la suprématie du monde occidental et germanique, précipitées par deux guerres destructives, entrainent la désaffection envers les principes politiques et même la civilisation de l’" Occident ", - que pour sa part cependant le théologien tchèque " aime et chérit grandement. "
Il ne prononce pas une condamnation définitive ; il se contente d’affirmer que le Christianisme n’est nullement lié, une fois pour toutes, à cette civilisation décadente, incapable d’offrir une nourriture spirituelle aux athées.
Notre temps est celui des changements radicaux ; il s’agit, selon Hromadka, de la fin de ce qu’on a appelé la bourgeoisie.
" L’Eglise du Christ, debout sur les ruines de l’ancien ordre international, social et politique, doit retrouver sa vraie place, au fond de l’abîme humain. "
En face de la crise occidentale, il y a l’U.R.S.S. et le communisme.
Hromadka pense que l’existence du monde soviétique est un phénomène essentiel de notre époque et que, même vaincu dans un conflit militaire, il marquerait notre temps.
Aussi Hromadka se refusera-t-il à identifier le communisme avec le nazisme dans un parallèle facile des deux doctrines.
Selon lui, le communisme est une forme athée du développement des forces égalitaires et sociales du christianisme.
Le communisme prend sa place dans la perspective de l’histoire chrétienne ; il en est à la fois un mauvais fruit, dû aux erreurs de la bourgeoisie chrétienne, et un héritier, par ses aspirations généreuses :
" Le désir ardent d’une société sans classes différentes, d’une société de fraternité humaine et de liberté, n’est-il pas un écho du message prophétique et évangélique sur Jésus-Christ, le Fils de Dieu présent au milieu de tous les pécheurs, qui ne fait aucune distinction en ce qui concerne le sang, les biens, l’éducation et la position sociale ? "
D’un point de vue purement tchèque, Hromadka énonce un jugement très dur sur les partis non-communistes de son pays à la veille de la révolution de 1948 : - " Un pitoyable travail d’amateur ", dit-il, - et se refuse à confondre la défense des écoles ou des biens religieux avec la défense des droits de l’Eglise.
L’Eglise, en effet, ne doit pas avoir d’autre position que spirituelle.
Hromadka insiste fortement sur ce point.
Il considère les épreuves présentes de l’Eglise romaine en Tchécoslovaquie comme la rançon historique, le fruit en quelque sorte, des erreurs et des compromissions politiques du catholicisme dans le passé et dans le présent.
En aucun cas, l’Eglise ne saurait-être le rempart ou le " réservoir " du vieil ordre de choses sociales et économiques.
Appuyé sur la tradition réformée tchèque depuis Jean Huss, Hromadka souligne que l’Eglise chrétienne doit n’être qu’une communauté de pèlerins, qu’elle ne doit aucunement prendre appui sur le monde, où elle ne peut jamais se sentir vraiment à l’aise.
En ce sens, sa situation dans l’Etat communautaire de M. Gottwald, est donc spirituellement normale.
Tourné vers l’Occident, Hromadka invite les chrétiens à ne pas confondre les pâles traditions religieuses de la société qui disparait, la vague religiosité de ses hommes d’Etat, avec l’obéissance d’une société à la Parole du Dieu vivant.
" Au sein de la démocratie communiste, les épreuves sont bénies.
L’Eglise est plus riche quand elle se repose uniquement sur Dieu et sur la force du Saint-Esprit, quand elle renonce au prestige et à la reconnaissance extérieure, à la splendeur et à la richesse matérielle, quand elle cesse de se reposer sur l’indulgence et la neutralité spirituelle des laïques et qu’elle s’engage dans une dispute spirituelle avec une société guidée par des idéaux agressifs définis et des convictions profondes…
Rappelons-nous donc encore une fois la parole de l’Apôtre : " Ma parole et ma prédication n’ont pas consisté dans les discours persuasifs de la sagesse, mais dans une démonstration d’Esprit et de puissance, afin que votre foi fût fondée, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu. " (1 Corinthiens, chapitre 2, verset 4).
Par la sagesse des hommes, l’Apôtre ne comprend pas seulement les opinions, les idées et les spéculations et les idéaux des hommes, mais aussi leur intelligence, leur force et leurs privilèges, toute la douceur sociale et tous les compromis qui aident l’Eglise à atteindre une victoire sans combat ni sacrifice. "
C’est donc une bénédiction que Hromadka attend pour l’Eglise de la situation actuelle, un réveil (bien qu’il n’emploie pas le terme).
Il pense que les circonstances imposeront un renouveau du témoignage de l’Eglise réformée tchèque :
" Nous sommes devenus une Eglise de flâneurs, de paresseux et d’indifférents…. nous sommes en danger de défaite dans le combat spirituel par notre faiblesse et notre fatigue intérieure, et non pas par suite des forces de l’extérieur…
Le temps arrivera où chaque parole de confession comptera, où seule une grande et forte foi vivra sans crainte.
Seule une grande, incontestable et joyeuse foi sera victorieuse. "
Hromadka adjure donc les chrétiens de ne pas se retirer en eux-mêmes dans une religion cachée, égoïste et " maussade. "
Qu’ils portent plutôt le témoignage, jusque dans la transformation sociale – ou dans le combat contre celle-ci, pourvu qu’en tout cas on ne cède pas à la tentation de quelque fausse croisade !
Dans le monde où nous vivons, le fanatisme politique interdit trop souvent (même aux chrétiens, hélas), d’accepter un régime tout en formulant des réserves à son égard, de s’opposer à un parti sans le condamner entièrement.
Nous vivons dans le tout ou rien politique.
L’exemple de Hromadka, sur ce point au moins, peut contribuer à nous ouvrir les yeux.
Il accepte entièrement la révolution communiste, il la soutient, il veut lui apporter l’aide des forces chrétiennes.
Mais s’il se rallie à la révolution et à la " démocratie populaire ", il ne se rallie pas au communisme.
Il ne tente pas quelque fusion entre le christianisme et le marxisme ; il n’essaie pas de substituer un cléricalisme d’extrême gauche au cléricalisme conservateur.
Il se distingue des communistes en ne saluant pas avec enthousiasme les événements de 1948.
C’est dit-il, " une situation qui n’est pas selon notre désir. "
Pour sa part, Hromadka avait espéré une évolution qui eût fierté et l’égoïsme, avec l’idolâtrie et fait de la Tchécoslovaquie un lieu de rencontre entre l’Occident et l’Orient, le libéralisme et le communisme.
Il le dit tranquillement.
Il regrette aussi le caractère militaire que le communisme a imposé – sous la pression des anti-communistes, il est vrai, - aux aspirations socialistes.
Il souligne le caractère totalitaire, voire policier, du nouveau régime.
Il rejette formellement le matérialisme dialectique, c’est-à-dire la théorie du communisme.
Il insiste sur la nécessité d’une purification de la société communiste par l’action des chrétiens et la qualité de leur témoignage.
A la différence des communistes, il affirme le caractère transitoire de l’étape communiste ; il y voit un moment de l’évolution humaine préparant une plus intense manifestation de la gloire du Christ dans la société.
(Cette idée, à la vérité, n’est pas claire dans les textes d’Hromadka traduits en français).
Surtout, Hromadka témoigne, face au communisme, que la révolution ne change rien à la condition véritable de l’homme :
" Même quand la société sans classes se créera, nous nous rencontrerons encore avec un malaise physique et spirituel, avec le péché et la dureté du cœur, avec l’improbité.
Même alors, l’Eglise du Christ ira de par le monde comme un pèlerin et un étranger, elle offrira à tous ses remèdes de vérité, de grâce, de justice et de chasteté.
Et il sera évident que même la nouvelle société aura besoin de l’Eglise, plus que l’Eglise n’aura besoin de la nouvelle société. "
La liberté de Hromadka à l’égard du régime qu’il soutient reste donc entière.
Il n’hésite pas à déclarer que " c’est une situation grotesque que de voir un porte-parole du parti (communiste) annoncer l’intention du parti et du gouvernement de protéger les catholiques contre les mesures du Saint-Siège. "
Il n’exclut nullement la préparation d’un combat spirituel " des plus épuisants avec les germes de désintégration, d’une part, et les tendances totalitaires, d’autre part. "
Il envisage clairement la possibilité que le message de l’Eglise se concrétise en un non décisif qu’il explique en citant le Psaume, chapitre 75, verset 5 :
" Je dis aux orgueilleux : " Ne vous enorgueillissez pas, " et aux méchants : " Ne levez pas la tête ; ne levez pas si haut votre tête ; ne parlez pas avec insolence en raidissant le cou ! "
Hromadka dit lui-même que son attitude est discutée en Tchécoslovaquie ; et plus d’un lecteur sera tenté de la croire discutable.
Il nous suffit de savoir qu’elle est solidement enracinée dans la foi.
Elle n’a rien à voir avec l’opportunisme politique, ou la soumission de la pensée chrétienne aux idées - forces d’une époque.
L’accent dominant des écrits de Hromadka, c’est en effet la ferme assurance de la foi.
" Ma théologie, dit-il (est) appuyée sur le témoignage biblique de la présence réelle du Crucifié et du Ressuscité au plus profond de l’humaine misère, et de son ultime victoire à la fin des temps. "
Il conclut une interview en déclarant :" Une Eglise qui connaît son Seigneur et le sert sans peur n’a rien à craindre ! "
Il rappelle qu’" à présent, notre salut est plus proche que quand nous sommes devenus des croyants. "
Quelle vigueur, quelle fierté chrétienne dans cette phrase de Hromadka qu’il serait malséant de commenter :
" L’Eglise n’est chez elle dans aucune situation historique ; elle n’est paralysée par aucune catastrophe historique. "
Par F. LOVKSY
La responsabilité des élites
Le 23 juin dernier, le pasteur Marc Boegner a prononcé, à l’académie des Sciences Morales et Politiques, un discours sur ce thème qui a fait grand bruit.
Nous en donnons ici un fragment particulièrement significatif.
Ma conviction est que, dans ce temps de fléchissement général des consciences, les élites ont un sens affaibli de leur responsabilité générale et de leur vocation particulière.
Ceci tient d’abord à un affaissement du sens de la responsabilité personnelle.
Le développement du " collectif ", la prédominance d’une civilisation de masse détermine une désagrégation de la vie individuelle.
La guerre, l’occupation, la Libération se soldent par la dissolution de certaines valeurs morales auxquelles s’attachait jadis le sens de la responsabilité.
Non que je méconnaisse le déploiement de courage et d’énergie, les héroïsmes connus ou secrets qu’ont manifesté, alors, des hommes et des femmes, des jeunes gens et des jeunes filles qui ont constitué une élite authentique, que rien ne peut dépouiller de sa signification permanente dans l’histoire de notre pays.
Il n’en demeure pas moins vrai que, pour des causes diverses dont l’analyse retiendrait trop longtemps votre attention, vous avons pu constater, ces dernières années, une fuite devant les responsabilités, des défaillances de caractère, des glissements de conscience qui compromettent gravement l’influence que doivent exercer les élites et leur action dans la nation.
C’est à propos de questions d’intérêt national qu’apparaissent trop souvent leurs manquements à leur vocation.
Il est de l’intérêt le plus certain de la nation que les élites donnent l’exemple de l’honnêteté fiscale.
La fraude n’est pas le fait des pauvres.
Elle est considérée avec indulgence, voire avec complaisance, dans les milieux où se recrutent les élites.
Nous n’aimons pas qu’on nous le dise.
Et nul parmi les élites, sauf de rares exceptions, n’élève la voix pour souligner le grave dommage moral que la fraude fiscale cause à la France, la réduisant en ce moment même, pour obtenir de l’argent frais, à donner une sorte de bénédiction rétroactive aux fraudeurs.
Il est non moins de l’intérêt évident de la nation que soient prises d’urgence les mesures les plus énergiques pour enrayer les progrès effrayants de l’alcoolisme.
La liberté rendue à la fabrication et à la vente de ce qu’on n’ose appeler par son nom d’avant-guerre restera comme une manifestation de lâcheté déguisée en aide efficace apportée au budget de l’Etat.
Les asiles d’aliénés se remplissent à nouveau d’alcooliques ; dans les établissements pénitentiaires comme dans les prétoires, on constate un accroissement des actes criminels par l’alcool.
L’alcool, où l’on prétend trouver de grands profits pour les finances publiques, coûte des sommes énormes à la nation.
Nous tenons, semble-t-il, à nous empoisonner à loisir.
Le plus grave est qu’avec la conscience parfaitement tranquille nous empoisonnons les peuples de l’Union française.
Allez voir ce qui se passe dans notre Afrique noire ou à Madagascar.
Les gouverneurs généraux, que j’entretenais récemment de la question, se déclarent tous désarmés parce que le Parlement ne voit pas une loi permettant le contingentement de l’importation.
Vous savez bien que cette loi ne sera pas votée, pas plus que le privilège des bouilleurs de cru ne sera supprimé, tant que l’opinion publique ne l’exigera pas.
Mais qui donc alertera cette opinion, sinon les élites françaises qui portent une si grande part de responsabilité dans la vie et dans le destin de la France ?
Or, les élites gardent le silence.
Elles témoignent d’une indifférence totale devant un mal dont les générations qui viendront après nous verront les conséquences incalculables…
- Comment garderais-je le silence moi-même en présence d’autres faits douloureux auxquels seule, je le crois, une initiative courageuse des élites pourrait mettre fin ?
Il y a dans les prisons françaises des condamnés à mort qui attendent, depuis bientôt trente ans, qu’il soit statué sur leur sort.
Je sais que leur enchainement a été récemment supprimé ou atténué.
Et peut-être, en fin de compte, trouveront-ils un bénéfice à cette longue attente ?
D’autres, depuis six ou sept ans, ne sont pas encore jugés.
Nous savons ces choses… et les rares voix qui s’élèvent se perdent dans le désert…
- Et voici un dernier exemple :
Nous sommes devant la menace d’un nouvel antisémitisme.
Lisez certaines publications ; nous y entendons les mêmes excitations à la haine qu’au temps de la France juive ou de l’affaire Dreyfus et des années qui ont précédé la dernière guerre.
Ce sera un grand malheur pour la France si une partie de la nation se laisse gagner par cette propagande.
Seule l’action énergique, courageuse des élites spirituelles, morales, intellectuelles, sociales peut le prévenir.
Sauront-elles la vouloir ?
Ne croyez pas que les Eglises ne soient pas présentes à ma pensée lorsque je condamne les passivités coupables ou les silences complices.
Leur responsabilité est d’autant plus lourde qu’elles portent en elles le dépôt sacré de la conception chrétienne de l’homme, de sa vocation divine, de la justice qui lui est due quelles que soient la couleur de sa peau, l’étiquette de son parti, sa croyance ou son incroyance…
Pasteur Marc BOEGNER – La réforme
Lettre de Martin LUTHER à Maitre Pierre, coiffeur
Ne dis pas : " Je prierai dans une heure ! "
Cher Maître Pierre, je vous donne ce que j’ai et je vous expliquerai aussi bien que possible comment je m’y prends moi-même pour prier.
Que Notre Seigneur Dieu vous donne à vous, et à tous de faire mieux.
Quand je sens que mon souci des affaires a refroidi mon zèle pour la prière, je prends mon petit psautier, m’enferme dans ma chambre ou me rends au culte quand c’en est le jour et l’heure, et commence par me réciter quelques paroles du Christ, de Paul ou du psautier.
Il est bon de commencer et de terminer la journée par la prière et d’être en garde contre la tentation fallacieuse de se dire : " Attends un peu, je prierai dans une heure, j’ai d’abord à faire ceci ou cela. "
Car ainsi on est entrainé dans les affaires, qui vous tiennent ensuite à tel point que de toute la journée on n’arrive plus à réserver un moment pour la prière.
Il est vrai que certaines œuvres valent autant et même plus que la prière : la raison en est que le croyant craint et honore Dieu dans tout ce qu’il fait.
Mais il faut aussi veiller à ce que nous ne nous déshabituions pas de la vraie prière et que nous ne nous imaginions pas à tort que certaines œuvres sont encore plus nécessaires que la prière, et qu’ainsi nous négligions la prière.
Quand tu auras réchauffé ton cœur par la récitation dont j’ai parlé, et que tu seras rentré en toi-même, agenouilles-toi et joins les mains, et tourne le regard vers le ciel et dis ou pense aussi brièvement que tu le peux (afin de ne pas avoir de distraction) :
Mais prie le Notre Père :
Père céleste, je suis un pauvre pécheur indigne d’élever mes regards vers toi ou de t’invoquer.
Mais comme tu nous as ordonné de prier et promis de nous exaucer, et qu’en plus tu nous as enseigné par ton Cher Fils, Notre Seigneur Jésus-Christ, en quels termes nous devons t’invoquer, je viens sur ton ordre, pour t’obéir, je te prie en communion avec tous les chrétiens de la terre.
Notre Père qui es aux cieux
Dis la prière mot à mot, tout entière.
Ensuite répète l’une des demandes, en disant ainsi :
Que Ton nom soit sanctifié
Cher Seigneur Dieu, convertis ceux qui ont besoin d’être convertis, afin qu’ils glorifient avec nous, et nous avec eux, ton nom, en professant purement la vérité et en menant une vie bonne et sainte. Amen.
Que Ton règne vienne
Hélas, Cher Seigneur, Dieu Père, tu vois que la sagesse de ce monde non seulement déshonore ton nom, mais qu’elle utilise le pouvoir, la puissance, la richesse, les honneurs que tu lui as donnés sur terre pour s’opposer à ce que tu règnes.
Ils sont grands, puissants, nombreux, gros, gras et repus.
Cher Seigneur, Dieu, Père, convertis-les et arrête-les. Amen.
Que Ta volonté se fasse sur la terre comme au ciel
Cher Seigneur, Dieu Père, tu sais que si le monde ne peut réduire à rien ton Nom et ne peut détruire ton Royaume, il médite jour et nuit des cabales, des intrigues, des manœuvres et des attaques, tient des conciliabules et est animé des plus mauvaises intentions à l’égard de ton Nom, de ta parole, de ton règne et de tes enfants, et ne songe qu’à les exterminer.
C’est pourquoi, Cher Seigneur, Dieu Père, convertis et résiste. Amen.
Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien
Cher Seigneur, Dieu Père, bénis-nous aussi en ce qui concerne notre vie ici-bas.
Donne-nous dans ta grâce la paix. Préserve-nous de la guerre.
Donne à tous les rois, les princes et les seigneurs, le désir d’assurer à leur pays et à leurs sujets la tranquillité et la justice équitable.
Dirige tout spécialement le chef de notre territoire auquel tu as confié notre protection, afin que son règne soit bienfaisant, et qu’il n’ait pas à souffrir des mauvaises langues et de l’infidélité de ses serviteurs.
Donne à tous les sujets la grâce de servir avec fidélité et d’être obéissants.
Donne à tous les états, aux bourgeois et aux paysans, d’être pieux et de se témoigner réciproquement amour et confiance.
Donne-nous un temps favorable et fais mûrir les fruits de la terre.
Je te recommande aussi ma maison, ma femme, et mes enfants ; aide-moi à bien gouverner ma famille, à assurer au mieux le pain et une éducation chrétienne. Amen.
Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés
Hélas, Cher Seigneur, Dieu Père, ne nous juge pas, car devant Toi nul homme est juste.
Ne nous impute pas comme péché d’être si peu reconnaissants pour tous les bienfaits ineffables que tu accordes à notre corps et à notre âme, et de trébucher et pécher journellement plus souvent que nous ne le savons nous-mêmes.
Ne tiens pas compte de notre péché et de notre méchanceté, mais regarde uniquement à ta miséricorde infinie que tu nous as accordée en Christ, ton cher Fils.
Pardonne aussi à tous nos ennemis et à tous ceux qui nous ont fait de la peine ou qui sont injustes à notre égard, comme nous leur pardonnons de tout notre cœur.
Car ils se font le plus grand mal à eux-mêmes en excitant ta colère par leur attitude à notre égard.
Leur destruction ne nous servirait de rien. Nous préférerions de beaucoup qu’ils parviennent au salut avec nous. Amen.
Celui qui sent qu’il a de la peine à pardonner, qu’il demande la grâce de pouvoir pardonner.
Ne nous induit pas en tentation
Hélas, Cher Seigneur, Dieu Père, maintiens en nous le désir énergique de nous en tenir à ta parole et de rester à ton service, afin que nous ne nous abandonnions pas paresseusement à une fausse sécurité comme si nous possédions tout ce qu’il nous faut pour être sauvés, mais donne-nous par ton esprit la sagesse et la force pour résister courageusement au malin et pour remporter la victoire.
Délivre-nous du mal
Hélas, Cher Seigneur, Dieu Père, cette vie est si misérable, si pleine de détresse et de malheurs, de dangers et d’insécurités, de faussetés et de méchanceté (Ephésiens, chapitre 5, verset 16) que nous aurions bien le droit d’en être fatigués et de désirer la mort.
Mais toi, Cher Père, tu connais notre faiblesse, c’est pourquoi nous te prions de nous aider à traverser d’un cœur ferme toutes ces misères, et quand notre heure sera venue, donne-nous dans ta grâce de quitter cette vallée de misère avec l’assurance de notre salut.
Fais que nous regardions la mort en face sans crainte ni défaillance et que nous recommandions nos âmes entre tes mains avec une foi ferme. Amen.
Remarquons enfin qu’il faut toujours accentuer l’AMEN et ne pas douter que Dieu t’écoute dans sa grâce et qu’il répond " oui " à ta prière.
Souviens-toi aussi que tu n’es pas seul à être à genoux ou debout devant Dieu, mais que tous les chrétiens pieux sont auprès de toi et que tu te trouves au milieu de ceux qui adressent d’un seul cœur à Dieu une prière qu’il ne rejettera pas.
Ne cesse pas avant d’avoir dit ou pensé : Cette prière est exaucée, j’en ai la certitude la plus absolue.
Voilà ce que signifie : Amen.
La prière exige le cœur tout entier.
Sache que je ne te demande pas de dire tout cela dans ta prière.
Car tu retomberais dans un pieux bavardage.
J’ai simplement voulu t’indiquer à quoi il faut penser quand on prie le Notre Père.
Ces mêmes pensées, un cœur bien disposé peut les prier autrement, plus brièvement ou plus longuement.
Mais je m’en tiens d’une manière aussi précise que possible au sens de ces paroles.
Il m’arrive souvent de m’étendre tant sur une demande que je néglige les six autres.
Quand tant de bonnes pensés nous viennent, il faut négliger les autres demandes, et laisser le champ libre à ces pensées, les écouter en silence et à aucun prix ne les entraver : car c’est le Saint-Esprit lui-même qui parle dans ce cas (la vie religieuse est un don !)
J’ai parfois plus appris en faisant une prière que je n’aurais pu le faire par des lectures et méditations abondantes.
Un bon coiffeur doit porter toute son attention sur le rasoir…
S’il se mettait à bavarder et à penser à autre chose, il risquerait de vous couper la gorge.
Toute chose qui doit être bien faite exige l’homme tout entier.
A plus forte raison, la prière exige le cœur tout entier, si la prière doit être une bonne prière.
Martin LUTHER (Extrait du Protestant de l'ouest)
Alléluia !
Vous savez qu’Alléluia signifie : Louer Dieu ; ainsi en redisant ce mot avec l’accord de la bouche et du cœur, nous nous excitons mutuellement à louer Dieu.
Dieu est le seul que l’homme loue avec sécurité, lui en qui n’est rien qui puisse déplaire à l’homme.
Sans doute, pendant le temps de notre voyage, nous disons l’Alléluia pour adoucir les fatigues de la route ; pour nous l’Alléluia est le chant du voyageur.
Mais nous nous rendons par une route pénible vers le repos de la patrie où toute autre préoccupation cessante, nous n’aurons plus qu’à redire sans fin l’Alléluia.
…. " C’est en espérance que nous sommes sauvés. "
Et voici que cette espérance nous allaite, nous nourrit, nous fortifie et nous soulage pendant cette vie pénible ; c’est dans cette espérance que nous chantons l’Alléluia.
De quelle joie elle est la source !
Que ne sera donc pas la réalité ?
Vous voulez la savoir, écoutez ce qui suit : " Ils seront énivrés de l’abondance de votre maison. "
C’est là notre espoir.
Nous avons faim et soif, nous avons besoin d’être rassasiés, mais la faim sera avec nous pendant tout le voyage ; dans la patrie seulement nous serons rassasiés.
Quand le serons-nous ?
" Je serai rassasié lorsque se manifestera votre gloire. "
Aujourd’hui est voilée la gloire de Dieu, la gloire de notre Christ, et la nôtre avec la sienne est cachée ; mais " lorsqu’apparaitra le Christ, votre vie, vous aussi vous apparaitrez avec lui dans la gloire. "
Ce sera l’Alléluia dans la réalité, maintenant ce n’est qu’en espérance.
Cette espérance le chante maintenant, l’amour le chante aussi et le chantera alors ; mais c’est aujourd’hui un amour affamé, tandis que ce sera alors l’amour comblé.
En effet, mes frères, qu’est-ce que l’Alléluia ?
Je l’ai déjà dit, c’est la louange de Dieu.
Quand aujourd’hui vous entendez ce mot, vous y trouvez plaisir et la louange naît de votre plaisir.
Ah ! Si vous aimez tant une goutte d’eau, que sera-ce de la source même ?...
Et si nous louons ce que nous croyons, comment louerons-nous quand nous verrons !
(Sermon Pascal sur le bonheur de la vie future)
Saint AUGUSTIN
FLAMMES D’AMOUR
J’ai lu quelque part l’histoire de pauvres gens qui, dans un petit village, voulaient avoir une chapelle à eux.
Une vieille femme, qui tenait à y apporter sa part comme tout le monde mais qui n’avait pas un sou vaillant à offrir, se mit en peine de déterrer de ses propres mains la pierre de l’âtre de son humble maison.
Puis elle l’apporta à ceux qui bâtissaient l’Eglise, en demandant si l’on pensait que cela pourrait servir d’autel.
J’ai lu ailleurs l’histoire d’un certain buisson qui brûlait mais que les flammes ne consumaient pas, et la seule explication donnée par un homme de Dieu de cette merveilleuse vision était que Dieu lui-même habitait la flamme…
Et nous, aux armées, pendant la guerre, nous avions coutume de chanter une chanson qui commençait par ces mots :
" Maintenez vivante, haute et claire la flamme
" Des foyers qui veillent sur nos cœurs chez nous. "
Dans le " chez nous " de mes rêves, je vois la pierre de l’âtre qui est devenue un autel et les feux brûlants de l’amour qui demeurent éternellement clairs, parce que le Seigneur qui les a allumés est aussi celui qui les entretient et qu’en lui leur chaleur, leur éclat et leur rayonnement ne peuvent jamais diminuer.
L. D. WEATHERHEAD
Dors Seigneur Jésus-Christ
Heureux ceux dans le vaisseau desquels les vagues font irruption, car ils seront forcés de chercher l’idée de Dieu.
Vois donc comment le Christ cherche partout notre bien, comme il nous sert même quand il dort, comme il nous attend même quand il nous abandonne, comme il nous fait avancer même quand il nous envoie des tempêtes, car il ne veut pas notre perte, mais que nous retournions auprès de lui et que nous soyons sauvés avec le maximum de certitude.
Il veut susciter en nous le désir de crier, il veut nous entendre crier pour nous exaucer ; il veut nous exaucer pour nous aider à nous apprendre à nous méfier de nous-mêmes et à lui faire confiance.
Nul ne périra si le Christ s’endort pour lui.
Qui ne périt pas, ne crie pas ; qui ne crie pas ne sera pas exaucé ; qui n’est pas exaucé, ne recevra rien ; qui ne reçoit rien n’a rien ; qui n’a rien périra.
Ainsi se fait-il que celui qui ne périt pas périt pourtant réellement et nul ne pourra jamais se réveiller si le Christ ne s’endort pas pour lui.
Dors donc, Seigneur Jésus-Christ pour te réveiller, et laisse-nous périr pour nous sauver…
(Sermon du 1er février 1517, 4ème dimanche après l’Epiphanie, W à I, 128, 44 ss).
Martin LUTHER – Foi et vie
L’homme
" Tu veux voir l’homme ? Regarde Jésus-Christ. "
Tu veux voir l’homme ? Regarde Jésus-Christ.
Ah ! Certes, il a tout de notre misère d’homme qui n’a pas un lieu où reposer sa tête, puisque l’incarnation aboutit dans une étable et qu’il faudra les montants d’une croix pour soutenir la rédemption.
Il va même plus qu’aucun autre aux bas-fonds de l’humain, celui qui n’a ni beauté, ni éclat pour attirer nos regards, et qui, abandonné des hommes et un moment de Dieu lui-même, mourra dans la solitude épouvantable où défaille sa chair.
Mais point son cœur.
Tout tombe dans le néant ou descend aux enfers, mais tout se redresse dans l’amour et ressuscite.
Sa mort récapitule toute sa vie, enseignement, guérisons, tendresse, et en éclaire l’intention première.
Il est venu pour sauver.
Et c’est de lui qu’est vrai le mot de Lacordaire : " Dès que nous aimons, nous voulons sauver l’âme aimée (et pas seulement l’âme, mais le monde), fût-ce au prix de notre vie, c’est-à-dire lui donner la vérité dans la foi, la vertu dans la grâce, la paix dans la rédemption. "
Il aime. Il aime imperturbablement, invinciblement, triomphalement.
Et je regarde à lui.
Et flambe en mon cœur la passion qui incendia les yeux des bergers agenouillés.
Je regarde, et mon être entier frémit de la ferveur qui faisait trembler l’offrande aux mains des mages adorants.
Je regarde, et, dans ce regard, m’oublient ténèbres et désespoir, me quittent péché et mort, et j’entre en contemplant dans cette sainteté qui éclate aux esprits, dans la splendeur de l’amour éternel, dans une gloire d’humanité transfigurée, telle la gloire du fils unique venu du Père.
O Fils de l’Homme, je te salue dans ta crèche, humble à terrasser les puissants, misérable à vaincre le péché, la mort et l’enfer, dépouillé jusqu’à mettre en évidence la souveraine grandeur.
Te voyant si entièrement homme, je crie que Dieu est là.
Et devant toi, je m’humilie, abdiquant avec mon orgueil ce qui me séparait de l’homme.
Nous voici frères, lui et moi.
Les haillons de notre humanité masquent plus ta stature de fils de Roi.
Je vois en toi l’homme renouvelé, régénéré, l’homme rétabli dans sa dignité parce qu’il porte au visage l’image restaurée du Dieu vivant.
Voici l’homme qui ne se dissipe plus dans l’éphémère, mais que Dieu réintègre dans l’éternel.
Voici l’homme qui n’est plus taillable et corvéable à merci, mais revêtu d’un droit inaliénable.
Que tu es beau, mon frère ! L’homme que je veux être, l’homme que j’ai rêvé de rencontrer, le voici.
L’homme réel, l’homme-type, l’homme enfin.
Et si l’homme jusqu’ici ne m’était point aimable, je lui découvre maintenant, à te voir, à te rencontrer dans la foi, à t’accueillir dans la joie, de merveilleuses grandeurs et un prix infini.
Car je me prends à l’aimer pour l’amour de toi.
Et je viens même à l’aimer de ton amour.
Henri ROSER
Simon de CyrèneI
Ce Simon était étranger à Jérusalem.
Il était originaire de Cyrène, capitale de la Lybie supérieure, sur la côte d’Afrique.
Marc, qui écrivit son évangile à Rome, le désigne comme le père d’Alexandre et de Rufus, qui devaient être bien connus des chrétiens de cette ville.
Il se peut que ce Rufus soit le même personnage auquel Paul adresse une salutation particulière dans son épître aux Romains.
" Saluez Rufus, élu dans le Seigneur, écrit-il, et sa mère qui est aussi la mienne. " (Romains, chapitre 16, verset 13).
L’apôtre les aurait connus quand ils étaient encore à Jérusalem, et cette famille aurait été s’établir plus tard à Rome, où Rufus occupait une position distinguée dans l’Eglise.
Simon de Cyrène revenait des champs, quand il rencontra Jésus et les deux brigands qu’on emmenait au Calvaire pour les crucifier de compagnie.
Cet homme connaissait-il le Seigneur ?
Est-ce parce qu’il s’est montré favorable à sa doctrine qu’il fut contraint, plutôt qu’un autre, de se charger du fardeau de la croix ?
Nous ne le savons pas, non plus que les réflexions qu’il dut faire en portant l’instrument de supplice destiné au Juste haï sans cause.
Voici quelques réflexions que cette scène, racontée par Matthieu et par Marc, inspire au prédicateur Talmage :
" Cette croix que Jésus porte d’un bout, Simon de l’autre, est un enseignement pour toutes les générations humaines.
Ne te dit-elle pas, ô âme troublée, que personne ici-bas n’a jamais été contraint de porter tout seul le fardeau de sa croix ?
Si tu souffre la persécution, Jésus l’a soufferte aussi ; il s’approche de toi et prend ta croix par l’autre bout.
Si tu es dans l’affliction ou dans l’angoisse, tu n’as pas un Souverain Sacrificateur qui ne puisse compatir à tes faiblesses ; au contraire, il a été tenté comme toi en toutes choses, si l’on en excepte le péché.
Cette vérité fait du bien à mon âme ; c’est ainsi que je porte ma croix d’un bout, Jésus de l’autre.
Cette scène m’inspire d’autres réflexions encore.
Quand je vois Jésus et Simon gravir ensemble le Calvaire sous la même croix, je me dis que nous devons nous aider les uns les autres, et de la même manière, à porter nos fardeaux.
C’est ce que Paul recommandait aux Galates : " Portez les fardeaux les uns des autres et vous accomplirez ainsi la loi de Christ. " (Galates, chapitre 6, verset 2).
Si vous rencontrez sur votre chemin un homme persécuté, ou malade, ou angoissé, allez droit à lui et lui dites : " Mon frère, je viens t’aider. Prends ta croix d’un bout, moi je la prendrai de l’autre. "
Alors Jésus viendra aussi ; il se placera entre vous, au milieu, et ainsi il n’y aura bientôt plus de croix du tout. "
Sais-tu qu'à l'avance ?...
Tu sais que la haine, la dureté de cœur, l’amour de l’argent, l’amour de l’alcool et de la débauche font souffrir les hommes et surtout des innocents, causant désordre et mort !
Mais sais-tu que le mal offense Dieu, qui est maitre du monde, dont les yeux sont trop purs, trop justes, trop saints pour voir et supporter l’iniquité ; que Dieu ne peut tolérer l’injustice et que tout mal commis par toi doit être réparé, expié ou châtié ?
Tu sais que la mort et le cercueil t’attendent un jour, bientôt…
Mais, sais-tu qu’après cette mort, il y a le regard de Celui qui sait tout, la présence de Celui a qui il faut rendre compte à l’heure du jugement ?
Et qu’alors la malédiction du mal peut retomber sur toi, pour jamais ?
Mais sais-tu qu’un Sauveur est venu sauver le monde en sauvant chaque être humain, que ce Sauveur Jésus-Christ a parlé pour toi, vécu pour toi, et que, dans l’Evangile, tu trouveras ses paroles et le récit de sa vie ?
Sais-tu qu’à l’avance Il t’a aimé de la part de Dieu, que, par sa vie, sa misère, ses souffrances, ses blessures, sa mort, Il a réparé à l’avance les erreurs, les échecs, les chutes de ta vie ?
Sais-tu qu’Il t’a aimé jusqu’à prendre ta place et expier et mourir pour toi ?
Que pour toi, avant de mourir, Il a murmuré : Père, pardonne-leur…
(La vie nouvelle, n°6 – décembre 1930)
Samuel CORNIER
Comme le pain jeté... se retrouve avec le temps
Quand le jeune Ecossais du nom de Mackay quitta la maison pour l’université, sa mère chrétienne lui donna une Bible.
Elle écrivit le nom de son fils, le sien et un verset biblique sur la page de garde.
Le jeune Mackay devint docteur et fut bientôt médecin-chef d’un des plus grands hôpitaux d’Edimbourg.
Son succès en médecine et en chirurgie n’avait d’égal que son athéisme.
Elu président d’une société d’athées, il s’enfonça dans une vie de plus en plus déréglée. Un jour, on transporta à l’hôpital un homme grièvement accidenté.
En regardant ce corps affreusement blessé, le Dr. Mackay fut saisi de voir la paix et le rayonnement dans le regard de ce malade.
- Quel est mon état, docteur ? Je veux savoir exactement la vérité, demanda-t-il.
- Vous avez au plus trois heures à vivre, répondit le docteur.
En entendant ces mots, aucun voile n’assombrit ce visage.
- Voulez-vous, je vous prie, faire dire à ma propriétaire de m’envoyer tout de suite le livre ? demanda-t-il.
- Quel livre ? Questionna Mackay.
- Oh ! Demandez-lui seulement le livre. Elle saura.
Le docteur donna des ordres à ce sujet et continua sa tournée.
Mais les paroles prononcées par le mourant lui revenaient sans cesse à l’esprit : " Je suis prêt. Je vais aller avec le Seigneur Jésus-Christ. "
Quelques heures plus tard, le docteur Mackay retourna dans la chambre où l’accidenté avait été transporté et il questionna l’infirmière de service à son sujet.
- Il vient de mourir, il y a quelques minutes, répondit-elle.
- A-t-il eu son livre à temps ?
- Oui, un petit moment avant de mourir.
- C’était son carnet, n’est-ce pas ?
- Non. Il l’a mis sous son oreiller et c’est ainsi qu’il est mort.
Le livre y est encore. Allez le voir.
Le chirurgien se dirigea vers le lit et chercha sous l’oreiller.
Il en tira une Bible qu’il ouvrit à la première page.
Là, était le nom de sa mère écrit de sa propre écriture, le sien et un verset de la Bible !
C’était la Bible même que le docteur avait reçue de sa mère, il y avait bien des années, avant de quitter la maison !
Il l’avait vendue, il y avait bien longtemps, pour acheter de l’alcool.
Bouleversé par ces accablants souvenirs, le docteur se précipita dans son bureau, tomba à genoux et cria à Dieu d’avoir compassion de son âme.
Une Bible aux enchères
Dans une des pires et des plus sales tavernes de New York, étaient réunis un soir plusieurs ouvriers, pour la plupart des habitués du lieu, qui avaient coutume d’y dépenser la plus grande partie et parfois la totalité de leur gain.
Ce jour-là, l’affluence était considérable, car on avait annoncé qu’une Bible serait mise aux enchères, et chacun pensait qu’un événement aussi inusité prêterait particulièrement à rire.
La Bible était très belle, mais son propriétaire ne savait qu’en faire et avait résolu d’en tirer quelque argent.
- Combien offrez-vous de la Bible ?
Lorsqu’elle fut adjugée pour quelques sous, une tempête de cris et de ricanements éclata :
- A quoi l’imbécile va-t-il l’employer ?
- Sûr, il va la revendre bien cher à un momier.
Cependant l’acquéreur, qui avait déjà bu quelques verres, ne se laissa pas décontenancer.
Il parut subitement dégrisé, prit la Bible presque avec tendresse, comme s’il se fût agi d’un petit enfant, et dit au cafetier :
- S’il vous plait, un peu de papier propre pour l’envelopper. Je ne voudrais pas qu’elle sente la goutte…
Puis, se tournant vers les consommateurs ahuris :
- Camarades, dit-il, je quitte ce local pour toujours. Je vais tâcher de rendre heureuse la meilleure de toutes les femmes.
Et, la Bible sous le bras, il traversa la salle, sans se soucier des quolibets des uns ni des applaudissements des autres.
Rapidement, il regagna son pauvre logis et déposa son paquet sur les genoux de sa femme.
- Tu reviens de bien bonne heure aujourd’hui, Jean, dit-elle amicalement. Mais que m’apportes-tu donc ?
Quand elle aperçut la Bible, elle saisit la main de son mari et lui dit, les larmes aux yeux :
- Aujourd’hui, tout le jour, j’ai pensé à toi, me demandant si tu pourrais redevenir ce que tu étais autrefois. Quand j’étais si fière de mon mari.
Notre petite Agnès elle-même est venue m’embrasser et me dire :
" Pourquoi papa ne lit-il pas la Bible et ne prie-t-il pas avec nous, comme fait grand-papa quand nous sommes avec lui ?
" Je ne savais que répondre.
Mais qu’en dis-tu ? Ne pourrais-tu pas le faire à l’avenir ?
- Je le ferai, déclara Jean avec résolution.
Et, prenant la plume et l’encre, il écrivit dans la Bible, sur la page blanche : " A ma chère femme, à laquelle désormais, je ne ferai plus de chagrin. "
Et il tint parole.
La lecture du hasard
Il y a quelques années, des réunions contradictoires eurent lieu pendant l’hiver entre les croyants et des incrédules, dans une belle salle de grande ville.
A la dernière réunion de la saison, il fut décidé qu’on pourrait aborder n’importe laquelle des questions traitées pendant les réunions précédentes.
Parmi les incrédules se trouvait un jeune homme qui s’avança.
Il avait souvent parlé sur des sujets variés et commença son nouveau discours en ces termes :
" Mesdames, Messieurs,
J’ai décidé de vous montrer ce soir, ce qu’est réellement la Bible.
Et pour être juste, je ne prendrai pas des passages choisis, mais j’ouvrirai le livre au hasard et vous lirai le premier verset qui me tombera sous les yeux.
Vous verrez quelle est l’espèce de livre dans lequel les chrétiens croient et sur lequel ils s’appuient. "
Il prit une Bible, l’ouvrit brusquement et lut :
" La religion pure et sans tache devant Dieu le Père consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions et à se préserver des souillures du monde. " (Jacques 1 : 27).
Un peu honteux et, à la grande joie des chrétiens et à la confusion de son propre parti, il ouvrit la Bible de nouveau et lut :
" Voici le jeûne auquel je prends plaisir :
Détache les chaînes de la méchanceté.
Dénoue les liens de la servitude.
Renvoie libres les opprimés.
Et que l’on rompe toute espèce de joug. " (Esaïe58 : 6).
Encore plus honteux, il lut encore, comme le livre s’ouvrait mécaniquement :
" Lavez-vous, purifiez-vous.
Otez de devant mes yeux la méchanceté de vos actions.
Cessez de faire le mal.
Apprenez à faire le bien, recherchez la justice.
Protégez l’opprimé.
Faites droit à l’orphelin.
Défendez la veuve ".
Il fit encore une tentative et fut forcé de lire :
" On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien.
Et ce que l’Eternel demande de toi,
C’est que tu pratiques la justice,
Que tu aimes la miséricorde,
Et que tu marches humblement avec ton Dieu. "
Désappointé et furieux, l’incrédule quitta l’estrade, suivi des rires de ses propres compagnons qui trouvaient la farce bonne pour un pédant et de la joie manifeste des chrétiens.
La Bible volée
Un colporteur racontait ce fait remarquable :
Comme je voyageais en Espagne, je fis, à Barcelone, la connaissance d’un professeur qui, après avoir longtemps conversé avec moi, m’acheta une Bible.
Puis je continuai mon voyage, et de longtemps je n’entendis plus parler de lui.
Or, bien des mois s’étaient écoulés, lorsqu’un jour, passant de nouveau dans une petite ville où j’avais précédemment vendu des Bibles et des Nouveaux Testaments, j’entrai dans un restaurant pour prendre mon repas.
Je m’aperçus bientôt qu’un monsieur, assis à une table non loin de moi, me fixait avec une attention particulière.
Tout à coup, il se leva, vint vers moi, et me dit :
- Pardon, monsieur, n’est-ce pas vous qui vendiez des Bibles à Barcelone il y a environ trois ans ?
- Mais oui, monsieur, et n’êtes-vous pas vous-même le professeur qui m’en a acheté une ?
- Bien sûr, mais venez avec moi, il faut que je vous raconte quelque chose au sujet de cette Bible.
Et voici ce qu’il me dit :
- A l’époque où je vous achetai la Bible, j’avais un ami qui menait une vie dépravée.
J’étais constamment avec lui ; il avait beaucoup d’argent et payait toujours les dépenses de nos communs plaisirs et de nos débordements.
Ma mauvaise vie me fit perdre mes élèves les uns après les autres, aussi je restais dans ma chambre, fumant du matin au soir.
Quant à la Bible que je vous avais achetée, je la déchirais page après page, et je m’en servais pour allumer ma pipe ou mes cigarettes.
Un jour, voulant de nouveau arracher une feuille, je cherchai le livre et ne le trouvai pas ; bientôt je n’y pensai plus.
" Mais au bout d’un certain temps, je m’aperçus que mon ami n’était plus le même.
On ne le voyait plus dans les cabarets.
Il me manquait beaucoup, et tout particulièrement parce que, allant seul maintenant, j’étais obligé de payer moi-même.
J’avais des dettes partout et personne ne voulait plus me faire de crédit.
Que devenir ? J’étais à bout de ressources.
" Je décidai d’aller voir mon ami. Je lui peignis ma situation désespérée et le suppliai de m’aider.
Il m’interrompit :
" Ah ! Mon pauvre ami, si tu savais ce que je t’ai fait ! … Je t’ai volé ta Bible. Je venais te voir, tu n’y étais pas.
Pour passer le temps, je pris un livre qui se trouvait sur la table, je l’ouvris et je lus : Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos.
Cette parole me toucha profondément, j’étais si malheureux dans mon âme !
Aussi je voulais en lire davantage, mais craignant que tu refuses de me donner le livre, je m’en suis emparé et je suis parti.
Arrivé chez moi, je me mis à le lire avec empressement, je dévorais, pour ainsi dire, les pages qui s’y trouvaient encore.
Plus je lisais et plus je reconnaissais quel misérable pécheur j’étais devant Dieu, mais aussi je reconnaissais que le Seigneur Jésus-Christ était le Sauveur de mon âme. "
" Inutile de vous dire combien je fus frappé en entendant ces paroles.
Ce témoignage de mon ancien camarade me rappela ce que vous m’aviez dit à Barcelone, savoir que la lecture de ce livre peut changer le cœur.
J’écoutai attentivement mon ami, et je lus moi aussi ; bientôt le Seigneur me donna la lumière pour le reconnaître comme mon Sauveur. "
Le relèvement
La corbeille bitumée
Dans un club de Londres, en 1905, plusieurs directeurs de l’industrie pétrolière étaient réunis en conférence.
Tout à coup la porte s’ouvrit, livrant passage à celui qu’ils attendaient depuis un moment.
- Suis-je en retard, Messieurs ?
- Pas du tout, Mr. Wells, assura l’un d’eux. Les directeurs de la Compagnie sont trop heureux de vous avoir parmi eux pour discuter cette importante question. Votre titre d’inspecteur général des Mines en Egypte nous donne l’assurance que nous allons faire du bon travail.
- Merci. Toutefois, je ne suis pas certain que vous accepterez mon idée, une fois entendue ; mais venons au fait : Messieurs, je suis convaincu qu’il y a des dépôts de pétrole en Egypte, dépôts non exploités jusqu’à ce jour.
- Sur quoi repose cette opinion, Mr. Wells ? dit en riant un des directeurs, fort étonné.
- D’une source digne de confiance, en l’occurrence la Bible, répondit Wells doucement.
- Qu’est-ce que la Bible a à voir avec le pétrole ? Demanda, sceptique, un autre des assistants.
- Elle a à voir plus que vous ne le pensez et l’histoire de Moïse le prouve d’une façon indubitable. Si vous lisez attentivement ce récit 1
- Et je vous assure que je l’ai fait.
- Vous verrez que la corbeille qui devait le porter sur les eaux du Nil était rendue étanche.
- Mr. Wells, interrompit quelqu’un, je suis certain que l’histoire de Moïse est belle et bonne, mais…
- Laissez-moi continuer, s’il vous plaît, dit Wells tranquillement.
Si cela n’avait pas été, elle aurait enfoncé ; la boue ordinaire fond rapidement et disparaît ; donc la mère de Moïse a dû employer quelque chose d’autre pour rendre la corbeille imperméable.
- Sans nul doute, elle a mis de la toile à voile, dit une voix, et peut-être avait-elle aussi fixé une petite quille d’acier.
Patiemment, sans s’inquiéter des sourires moqueurs, Wells continua à développer sa pensée.
- Riez si vous le voulez, Messieurs, mais je sais ce que je dis.
La mère de Moïse n’aurait jamais voulu que son bébé fût en danger. Il fallait donc imperméabiliser la corbeille et pour cela elle a employé le bitume, du bitume qui n’est autre chose qu’une huile grossière.
Or si elle a trouvé du bitume à ce moment-là, il n’y a pas de raison pour que nous n’en trouvions pas maintenant.
- Mr. Wells, quelle idée saugrenue ! Vous voulez que nous dépensions des millions pour une simple supposition ? Pour quelque chose qui ne repose que sur un mythe ?
- L’histoire de Moïse n’est pas un mythe, rétorqua Mr. Wells.
La résistance s’affermissait.
En dépit de sa réputation d’expert géologique, les chefs de l’industrie pétrolière refusaient de suivre Wells sur cette voie.
Ils riaient bruyamment en échangeant des propos plus ou moins moqueurs à l’égard de Wells.
Avec l’assurance de ceux qui sont sûrs de leur fait, Wells sortit alors l’argument décisif.
- Voici, dit-il, là dans ce verre, la réponse à toutes vos objections.
Et en élevant un petit flacon il ajouta : Du bitume, Messieurs, du bitume des bords du Nil. Je l’ai recueilli moi-même.
Je vous autorise à nier l’existence de pétrole en Egypte si vous arrivez à me prouver qu’il n’y a pas de bitume dans ce flacon.
Six ans plus tard, sur les bords du Nil, non loin de la Mer Rouge, Wells surveillait des travaux d’une équipe d’ouvriers qui creusaient un puits.
Des yeux sceptiques et moqueurs regardaient attentivement la perforatrice s’enfoncer toujours plus profondément dans la terre.
Toujours rien ! Wells se serait-il trompé ?
Les jours passaient.
De nombreux puits avaient été creusés dans la région. Mais toujours point de pétrole.
Alors, un des directeurs, dédaigneux, s’écria :
- Du pétrole sur les bords du Nil ! Quelle sottise ! Pourquoi ne pas vous ranger à la réalité, Wells ? Vous voyez bien qu’il n’y en a pas.
- Je persiste à dire qu’il y en a, rétorqua Wells, puisque la Bible nous le dit.
- Nous ne pouvons pas continuer ces explorations sur la seule base d’un mythe. Je dis, moi, que nous devons partir immédiatement avant que ces recherches ne deviennent la plus grande farce dans l’histoire du pétrole.
- Mais nous n’avons pas encore poussé à fond notre exploitation. Attendez au moins encore un jour.
- Votre foi est admirable, mais stérile. Les Romains ont échoué. Les tests des dernières années ont échoué. Nous avons échoué. Et maintenant …
Un grondement assourdissant obligea le directeur à s’arrêter.
Avec un rugissement formidable, un jet de pétrole sortit tout à coup d’un puits et s’éleva, droit, puissant, bien au-dessus des échafaudages, il s’élança vers le ciel et s’y répandit en un grand nuage noir.
Et bientôt de tous les puits creusés ici et là, l’huile précieuse jaillissait, unissant son nuage aux autres nuages noirs…
L’exploitation commença.
En moins d’une année, dans le seul champ de Gemesh, 700 000 barils de pétrole furent recueillis.