Livrets 41-60
Etude D’alexandre MOREL
" La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas la communion au sang de Christ ? Le pain que nous rompons n’est-il pas la communion au corps de Christ ? "
1 Corinthiens 10 : 16.
Nous nous sommes demandé si, à cause du fléau qui décime notre peuple[1], nous pourrions célébrer la Sainte Cène.
Après avoir longuement délibéré, nous avons vu la possibilité d’observer la loi de la plus stricte hygiène par l’usage exclusif des coupes individuelles, et nous avons décidé de vous inviter à la communion.
Et pourtant j’ai l’impression que, pour des motifs que nous respectons absolument, plusieurs d’entre vous n’ont pas l’intention de s’approcher de la table sainte.
Quelle que soit votre décision, que vous restiez ou que vous vous retiriez, vous me permettrez de transformer tout ce culte en une heure de communion.
Je vois devant moi du pain, et je dis que ce pain, exposé à la contemplation d’une assemblée chrétienne, nous invite à communier avec tous les travailleurs qui ont peiné pour le produire.
Avez-vous songé que, pour le pain qui est sur cette table, il a fallu presque un an d’efforts et de collaboration obstinés ?
Je pense à cet homme qui, à l’arrière-saison, conduisait péniblement sa charrue dans son champ.
Au moissonneur qui, aux heures brûlantes du mois d’août, trancha de sa faucille les épis.
Aux marins, qui apportèrent ce blé à travers les tempêtes et les torpilles de l’Atlantique.
Et à tous les meuniers, boulangers et petits apprentis privés de sommeil qui préparèrent la farine et la pâte.
Derrière eux, je vois apparaître tous les autres travailleurs anonymes qui, pour nous, de très bon matin, alors que nous dormons encore, vont à leur chantier, et que, le soir, vers six heures, nous rencontrons dans les arcades, tout couverts de boue et la besace vide au dos.
Ah ! Ce pain est quelque chose d’auguste.
C’est le sacrement de la solidarité humaine.
Mais, du même coup, n’est-ce pas le symbole d’une poignante égalité ?
Est-ce que tout l’ébranlement social dont nous venons d’être les témoins ne provenait pas de ce morceau de pain ?
Le jour où toute l’humanité pourra en manger à sa faim marquera, comme on l’a dit, le véritable avènement de la dignité humaine.
C’est pourquoi, en présence de ce pain, je vous invite à un examen intérieur.
Un sentiment humain au premier chef devrait étreindre notre cœur à tous.
Le sentiment d’une communion effective avec le monde des travailleurs qui peinent, qui s’épuisent, qui souvent meurent pour nous, et sans le labeur desquels nous ne pourrions subsister.
A côté de ce pain, je vois une coupe qui me parle de sang, et ce sang s’allume à mes yeux comme un symbole : Le symbole de la souffrance.
Je ne crois pas que la souffrance ait jamais fait autant de victimes que maintenant.
Songez à la guerre, aux millions de foyers détruits, aux millions de femmes en deuil, aux millions d’orphelins, d’estropiés, d’infirmes, d’incurables, aux désadaptés de toute nature qui, jusqu’à la fin de leur vie, vont se traîner misérablement comme de pauvres loques humaines !
Songez aux victimes indirectes de la guerre, aux mélancoliques, aux névrosés, aux déments, à ces millions de jeunes enfants atteints pour le reste de leur vie par des chocs, des brutalités et des violences que leur faible constitution n’était pas capable de surmonter !
Songez à tous les affligés de notre patrie, à tous nos malades, à tous nos mourants, aux foyers que le lugubre fléau de la grippe a soudainement ravagés !
Cette coupe, pleine du sang de l’Homme de douleur, ne prend-elle pas alors une signification toute nouvelle à nos yeux ?
Pourquoi Dieu nous convie-t-il aujourd’hui à y tremper nos lèvres ?
Pour que notre âme puisse communier avec le Rédempteur, et que nous puissions ainsi entrer dans la béatitude d’une joie ineffable ?
Oui, sans doute. Mais aussi pour que la compassion de ce Sauveur s’allume dans nos entrailles, nous embrase, nous enflamme d’un zèle nouveau, et que, comme de vrais Samaritains, nous allions sur les plaines de cette terre panser les plaies de ceux qui pleurent et qui saignent.
A cette table sainte, je communie aussi avec l’humanité pécheresse.
Je me sens membre de la race maudite qui a tué le Saint et le Juste.
Je confesse que les bourreaux qui l’ont cloué sur la croix ne sont pas essentiellement différents de moi.
Je ne suis séparé ni de Caïphe, l’indifférent ; ni de Judas, l’avare ; ni de Pierre, l’esclave du qu’en dira-t-on ; ni de Pilate, le sceptique ; ni de la foule versatile criant, un jour :" Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! " et hurlant, le lendemain : " Crucifie ! "
Oui, en présence de cette table, je me sens coupable.
Je mets de côté tout esprit de jugement et de condamnation.
Ici, je prends l’engagement de devenir large, large de toute la largeur de mon Dieu qui m’a accepté.
Ici, je deviens humble, et je communie avec l’humanité pécheresse.
Mais, ici, je communie aussi avec l’humanité croyante et régénérée, m’associant à tous les élans de ceux qui, sur cette terre, savent adorer.
Je communie avec la chrétienté qui salue l’Agneau de Dieu, venu pour ôter le péché du monde.
Je communie avec les catholiques pieux, avec les chrétiens fervents de tous les siècles, de tous les climats et de toutes les confessions.
Cette petite table se dresse devant moi comme un autel immense, autour duquel je vois arriver des phalanges de tous les horizons – celles de la terre, d’abord, qui, d’un pôle à l’autre, luttent, prient et aiment – et cette autre phalange qui vient du ciel, et dans laquelle je distingue la figure d’un saint Paul, d’un saint Jean, d’un saint Augustin, d’un François d’Assise, d’un Luther, d’un Calvin, d’un Pascal, d’un Finney, d’un Wesley, d’un Vinet, d’un Livingstone, d’un Coillard, et de tous ces anonymes glorieux qui, par leur foi et leur vie cachée, travaillèrent à l’avènement du règne de Christ ici-bas.
Tout cela n’est pourtant que la moitié de la Sainte Cène.
Ici, nous communions aussi avec la personne de Christ même.
La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas la communion au sang de Christ, et le pain que nous rompons la communion au corps de Christ ?
Il y a, au musée de Bâle, un chef-d’œuvre qui s’appelle Le Christ mort, de Holbein.
C’est une œuvre terrible, un cadavre en sa froide horreur, et rien de plus.
Certains Christs crucifiés ne sont pas dans l’abandon absolu.
On distingue à leurs pieds des groupes de disciples qui prient, adorent, vénèrent.
Chez le Christ mort de Holbein, rien de toute cela.
Il est tout seul, sans amis, sans parents, sans disciples, couché à même la pierre du tombeau, attendant l’insulte de la terre.
Et l’on sent que bientôt le peuple immonde de la pourriture qui s’approche va l’assiéger et goûter à sa chair.
Et bien ! Ce Christ vraiment mort, et qu’on ensevelira comme tous les cadavres, ce Christ a remporté une double victoire, qui fait toute la gloire de l’Evangile que nous annonçons :
Il a remporté une victoire sur le péché, et une victoire sur la mort.
Sur le péché, d’abord, sur notre péché, sur le péché des nôtres, sur le péché du monde entier.
Ce péché, cause de tous les malheurs, de tous les crimes, de toutes les cruautés, ce péché qui nous rend malades, qui nous fait pleurer et saigner, qui nous jette parfois dans le désespoir le plus complet.
Ce péché que l’Ecriture appelle la transgression de la loi, la rébellion contre Dieu, le fruit de la convoitise, l’œuvre des ténèbres, l’œuvre de la chair, l’aiguillon de la mort.
Ce péché que nous devons fuir, haïr, mortifier, dont nous devons nous séparer, nous purifier.
Ce péché que l’Ecriture nous décrit comme honteux, qui est aussi nombreux que les cheveux de notre tête, qui s’élève jusqu’au ciel, qui est rouge comme l’écarlate.
Ce péché qui est la cause de nos remords, de nos hontes, de nos maladies, de notre mort et de la perdition éternelle.
Ce péché-là, Christ l’a vaincu et s’en est chargé.
Il l’a porté sur sa croix.
Il s’est tellement identifié avec lui que ce péché est mort avec lui.
Quand donc je participe à la Sainte Cène, j’entre en communion avec l’Agneau de Dieu, venu ici-bas pour ôter le péché du monde.
Je m’unis à la victime expiatoire qui, par son sang, a obtenu la rémission de nos péchés et nous délivre.
En présence de cette table, j’entends un chant d’allégresse éclater dans mon cœur.
J’exalte le sacrifice par lequel je me considère comme affranchi de la puissance du péché.
Mais ce n’est pas seulement sur le péché que Christ a remporté une victoire ; c’est aussi sur la mort, cette mort qui nous guette, qui nous assiège, et qui ne s’arrêtera que lorsqu’elle aura réussi à nous miner, à nous faire tomber et à nous réduire en poussière.
Cette mort qui a traversé nos foyers, qui y a choisi peut-être la plante la plus rare, et qui, de victoire en victoire, est arrivée à empoisonner la création tout entière.
La plupart des hommes regardent la mort comme quelque chose de naturel.
Ils l’envisagent comme un processus que Dieu lui-même aurait choisi pour favoriser la transformation et le renouvellement de son univers.
Ah ! La mort, avec toutes les agonies qui la précèdent et qui la suivent, la mort qui est la plus grande monstruosité de l’univers, Dieu ne l’a pas voulue !
L’Ecriture l’appelle le " dernier ennemi ", parce que peut-être ce sera le plus difficile à abattre et à terrasser.
Et cependant Jésus a, et aura aux siècles des siècles, l’honneur d’avoir réussi à détruire la puissance de la mort.
Et voici comment il s’y est pris :
Il a commencé par la faire reculer dans son être intérieur.
Dans ce corps semblable au nôtre, dans cette chair faible, frêle, fragile, il a remporté une série de victoires invisibles.
Jamais il n’a satisfait une convoitise, un instinct, un appétit, un désir charnel.
Dans l’âme du Fils de l’Homme, ce fut la transparence et la limpidité parfaites.
La mort ne trouva aucune prise en lui.
Aussi, quand il mourut et qu’on le déposa dans un sépulcre, Dieu le ressuscita en le délivrant du lien de la mort.
Et c’est ainsi qu’il est devenu le premier-né d’entre les morts, un germe d’incorruptibilité déposé au centre de l’univers.
Et cette victoire de Christ sur la mort est une victoire conquérante.
De cercle en cercle, elle finira par gagner les extrémités mêmes de l’univers.
Et le jour viendra où l’incorruptible triomphera même de l’univers.
Et le jour viendra où l’incorruptible triomphera du corruptible.
Le jour viendra où cette parole qui est écrite : " La mort a été engloutie par la victoire ", aura son accomplissement, et un chant immense s’élèvera de tous les confins de la création : " O mort, où est ton aiguillon ? O sépulcre, où est ta victoire ? "
Comprenez-vous que nous devons tous répéter cette parole apostolique : " La coupe que nous bénissons est la communion au sang de Christ, et le pain que nous rompons est la communion au corps de Christ " ?
Oui, nous la bénissons, cette coupe, parce qu’elle est pleine de la bénédiction du Vainqueur du péché et de la mort.
Nous bénissons ce pain rompu, parce que c’est une participation à la substance même du Vainqueur du péché et de la mort.
C’est une prise de possession de sa victoire.
Et voilà pourquoi il me semble que, tout naturellement, nous sommes invités en cet instant à prendre la contrepartie de ce qui se trouve sur le tableau du musée de Bâle.
Là, le Christ est tout seul, attendant toutes les insultes de la mort.
Ici, autour de cette table, nous voulons l’entourer, nous constituer ses héritiers.
Nous sommes sa postérité, et nous lui disons : " O Sauveur adorable, ô Seigneur, tu es digne de recevoir, dès maintenant et à jamais, tout l’honneur et toute la louange aux siècles des siècles ! "
Alexandre MOREL
Qui jesus appelle-t-il a sa table ? - Etude O. FUNCKE -
" Je rafraîchirai l’âme altérée, et je rassasierai toute âme languissante " Jérémie 31 : 25.
En ces temps où la plupart des chrétiens se disposent à s’approcher de la table du Seigneur, il convient que nous nous entretenions de l’institution de ce repas d’amour qui a été de tous temps, pour les Eglises, un intarissable sujet de controverse.
Nous en parlerons sans prendre parti pour ou contre aucune Eglise, mais comme un simple disciple du Christ, s’efforçant de discerner quelle a été la pensée réelle du Seigneur.
Remarquons d’abord combien peu simples sont toutes ces discussions, ces querelles de mots, ces troublantes professions de foi, variant entre une spiritualité exaltée et le matérialisme le plus réaliste.
Toutes ces opinions personnelles, nuancées de superstition ou d’incrédulité, et cherchant à expliquer l’invitation du Sauveur, en altèrent le sens si simple et si naturel.
Un prédicateur rationaliste disait un jour : " Jésus s’étonnerait considérablement s’il voyait maintenant combien on a amplifié ses institutions. "
Jésus, certes, ne s’étonnerait pas de ce qu’il connaît mieux que nous, mais il s’affligerait de voir combien peu l’esprit de ses institutions à été compris, notamment dans celle de la Sainte Cène, qui devait unir les chrétiens et qui les a désunis, étant devenue, pour beaucoup d’entre eux, un sujet de discorde et une source d’inimitié.
Les uns ont entouré ce repas d’amour d’une idée de mystère effrayant, d’autres ne le considèrent que comme une marque de souvenir.
Ceux-ci discutent sur la manière de distribuer les espèces sacrées.
Ceux-là prétendent que l’on ne peut être digne de prendre part à la Cène sans croire que les incrédules y reçoivent, aussi bien que les fidèles, le corps et le sang du Christ. D’autres enfin, s’attachent à des détails de formes secondaires. Mais tous ceux qui raisonnent ainsi ne se sont pas encore placés au centre même de la question.
Ils rabaissent – et de combien ! – la majesté de Jésus glorifié, notre Seigneur et notre Roi, lorsqu’ils subordonnent le don de sa grâce à l’ordre de la cérémonie, ou le représentent comme un agent visant les passeports des voyageurs avec l’air rébarbatif convenant à cet emploi, au lieu de voir en lui le Chef de famille recevant ses enfants à sa table et leur disant :
" Venez, mangez, tout est prêt. " " Je veux rafraîchir l’âme altérée et rassasier toute âme languissante. "
Dans l’invitation première de Jésus à ses disciples, il s’est préoccupé d’abord de les restaurer afin de leur donner les forces nécessaires à leur œuvre, sachant qu’un homme qui a faim est inapte au travail.
Cette pensée encore à dicté au Seigneur la demande du " pain quotidien " dans l’Oraison dominicale, et il avait placé cette demande entre celles de la venue du règne de Dieu et celle concernant notre sanctification personnelle.
De même aussi, passant de ce réconfort physique aux besoins de l’âme qui a faim et soif de biens infiniment supérieurs, Jésus dit :
" Je suis cette nourriture après laquelle soupire votre âme. Prenez, mangez et buvez. Je veux rafraîchir l’âme altérée et rassasier celle qui est languissante. "
Puissions-nous aller à la table du Seigneur, véritablement affamés et altérés de cette nourriture céleste qui donne la vie spirituelle !
Tu es prêt, Seigneur Jésus, à faire part de ta richesse à ceux qui se reconnaissent pauvres et qui souffrent de la faim.
Je viens à toi, tel que je suis, afin de devenir, par ta communion, tel que je dois être. Prends-moi à toi et donne-toi à moi ! "
Viens te parer, ô mon âme,
Car ton Sauveur te réclame !
Quitte ton obscurité
Pour aller vers la clarté.
Vois, le Seigneur plein de grâce,
A sa table te fait place.
Lui, le Dieu tout plein d’amour,
Devient ton hôte en ce jour.
La cène terrestre et la cène céleste
" Le premier jour des pains sans levain, où l’on immolait la Pâque, les disciples de Jésus lui dirent : Où veux-tu que nous allions te préparer la Pâque ? "
La Cène a son origine dans le repas qui se célébrait en mémoire de la délivrance des Israélites du pays d’Egypte.
C’était donc un véritable repas, et nous devons remarquer qu’en tous temps, Jésus a fait grand cas des repas en commun, des réunions de famille ou d’amis.
Il ne se faisait jamais faute d’accepter les invitations que lui adressaient même ses ennemis, et il utilisait ces occasions pour élever l’esprit des convives au-dessus des jouissances matérielles de la table.
Puissions-nous apprendre de lui le sens profond qu’il attachait à ces réunions quotidiennes, et en faire, comme il nous en a donné l’exemple, un acte de véritable sociabilité, une sorte de culte familier qui restaure l’âme et le cœur, en même temps que notre corps y puise les forces nécessaires pour continuer notre tâche.
A cette heure de délassement, chacun quitte son travail, dépose les soucis et les tracas que lui donnent ses affaires.
Rafraîchi et le front rasséréné, il vient prendre place dans le cercle où s’effacent, pour le moment, les différences d’âges, de situations, de caractères.
Chacun y apporte le tribut de ses expériences du jour.
L’harmonie qui règne est l’assaisonnement le plus bienfaisant des mets servis, et le cœur se réchauffe à la joie que cause l’échange de sentiments affectueux.
Un tel repas est l’image de la vie céleste. Maintes fois, du reste, Jésus a comparé le royaume de Dieu à un repas de fête.
C’est le festin de noce du fils du roi, ou celui du retour de l’Enfant prodigue qui représente l’humanité repentante accueillie dans les parvis célestes.
" Heureux ceux qui auront part au repas de l’Agneau, " est-il dit, et Jésus lui-même annonce à ses disciples " qu’il ne boira plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où il en boira avec eux dans le royaume de son Père. "
Vous considérez ces déclarations comme allégoriques, mais prenez garde de ne pas étendre l’allégorie si loin que les promesses les plus précises de Dieu ne soient plus finalement pour vous que de nuageux à-peu-près, auxquels votre foi ne pourra plus trouver d’appui !
Les images, du reste, ne sont pas opposées à la réalité, elles en sont simplement l’ombre, c’est pourquoi la réalité les surpassera en splendeur.
C’est comme avant-goût de la joie du ciel que Jésus fêtait régulièrement, avec ses disciples, ce jour de la délivrance, où jadis les Israélites mangèrent pour la première fois l’Agneau pascal, avec ce sentiment d’allégresse et de reconnaissance envers le Dieu qui les arrachait des mains de leurs oppresseurs.
Lorsqu’à la veille de ses souffrances, Jésus institua cette fête pour l’Eglise chrétienne, il voulut montrer aux siens qu’il était non seulement l’hôte, mais encore la nourriture spirituelle offerte par la célébration de ce saint repas.
Il leur révéla, à ce moment, qu’il serait lui-même sacrifié comme l’agneau pascal, et que le sang qui coulerait à la croix de Golgotha rappellerait le sang répandu sur le seuil des demeures des Israélites, à la veille de leur fuite en Egypte.
De même qu’à ce moment solennel de leur histoire, l’alliance serait - dans la communion - scellée à nouveau avec le Dieu des délivrances, et la porte de la Canaan céleste rouverte aux pécheurs, après l’abandon du fardeau de leurs fautes au pied de la Croix.
Le sens intime de la Cène n’est donc pas seulement un ressouvenir, mais aussi une promesse qui nous communique l’assurance du don de la grâce pour le présent, et de la félicité éternelle dans l’avenir.
Mon âme entrevoit par la foi
Le bonheur qu’elle espère en toi.
O glorieuse attente !
Après tant de pleurs, de combats,
Quitter les ombres d’ici-bas
Pour la gloire éclatante
Du saint lieu
Que mon Dieu
Me prépare
Dans son grand amour qui répare !
Notre réconciliation par la communion
" Pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain, et après avoir rendu grâces, il le rompit et le leur donna en disant : Prenez, ceci est mon corps. Il prit ensuite une coupe, et après avoir rendu grâces, il la leur donna et ils en burent tous. Et il leur dit : Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui est répandu pour plusieurs " Marc 14 : 22 à 24.
" Pour vous ", voilà la clef de tout cet acte de la Sainte Cène.
" C’est pour vous que j’ai donné ma vie, pour vous que j’ai versé mon sang. "
Le triomphant : " Tout est accompli " de la croix ne voulait pas dire que les souffrances dernières avaient cessé, mais que toute l’œuvre du Christ, dans son entière perfection, était achevée.
Les souffrances et la mort n’avaient été que le dénouement d’autres douleurs, et de cette identification complète à la vie humaine, avec tout ce qu’elle comporte d’efforts, de luttes, de travaux pour nous, toujours pour nous.
Mais s’il est certain que le travail et la lutte avaient été plus faciles que ne le furent le martyre et la mort – cette reine des épouvantements dont la rencontre mit sa foi et son obéissance à la plus rude épreuve, - il n’en est pas moins vrai que cette mort était nécessaire pour l’accomplissement de son œuvre.
Sans sa mort douloureuse, Jésus n’eût point parfait le grand acte de la réconciliation, et créé une vie nouvelle pour l’humanité, et l’œuvre de la Rédemption serait restée inachevée.
C’est pourquoi aussi toute la question du salut se résume dans les paroles : " Mon corps livré pour vous ; mon sang versé pour vous ".
Mais Jésus n’eût pas pu parler ainsi s’il n’avait été qu’un modèle pour nous.
Ce n’est pas par des vertus seulement qu’un Précurseur peut sauver ceux qui viendront après lui.
Il faut qu’il ait racheté le péché en lui-même, et créé une puissance de vie nouvelle.
A nous maintenant de nous approprier les bienfaits de la Rédemption.
Nous le faisons déjà en nous pénétrant de la force sanctifiante de l’Evangile.
Ne négligeons pas de compléter notre participation à l’œuvre de réconciliation, en répondant le plus fréquemment possible à l’invitation de Jésus : " Faites ceci en mémoire de moi ".
Il ne nous demande pas seulement par-là de nous souvenir de Lui, comme d’un de nos bien-aimés enlevés à notre affection, mais de nous pénétrer de la force qui découle de son sacrifice.
La célébration de la Cène, sous la forme des éléments visibles et palpables du pain et du vin, doit aider notre faible foi à nous représenter l’Esprit de Christ venant habiter réellement en nous, afin de nous armer pour la lutte contre nos faiblesses, nos inquiétudes, nos indifférences, nos craintes, nos doutes.
Dans l’acte de la Sainte Cène, nous célébrons notre communion avec Christ dans son sens le plus complet ; par la prière, par les promesses de sa Parole, par les éléments visibles du pain et du vin, et par le lien nous unissant aux fidèles qui s’approchent avec nous de la table sainte, en qualité de membres d’un seul et même corps en Christ notre chef.
Et par là se rencontrent la communauté d’ici-bas et celle de la patrie céleste, ce qui est temporel et ce qui est éternel.
Sois béni d’avoir porté
Mon mal, mon iniquité,
Ce fardeau que je déteste.
Donnes-en ta communion
A nos cœurs cette union,
Avant-goût du port céleste !
Examen de soi-même
" Que chacun s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe, car celui qui mange et boit sans discerner le corps du Seigneur, mange et boit un jugement de Dieu contre lui " 1 Corinthiens 11 : 28 et 29.
Quelle sévérité dans cette parole !
Mais aussi le sujet en est des plus sérieux, car ces termes de digne et d’indigne, en ce qui regarde la célébration de la communion, ont déjà jeté infiniment de trouble dans les esprits.
Sans doute, des millions de chrétiens vont à l’autel avec une parfaite insouciance.
Tout ce qui s’appelle examen de conscience leur est absolument étranger.
On communie puisque c’est dans les usages reçus, et qu’on veut ainsi faire acte de bon chrétien.
D’autres se préparent par quelques pratiques extérieures ; on jeûne un peu, on prend un air contrit et on lit quelques pages d’un livre sérieux, approprié au sujet, mais sans que les pensées profondes du cœur n’en soient en rien modifiées.
D’autres, par contraste, se tourmentent à l’excès, et se torturent l’esprit, dans la crainte de n’être pas trouvés assez purs, assez saints, ce qui les empêche naturellement de goûter la joie paisible que donne ce repas d’amour.
De pareils sentiments sont une offense envers le Sauveur, qui vient précisément à nous pour nous donner ce qui nous manque.
Ne savons-nous donc pas qu’à un festin ce sont les plus affamés qui seront bienvenus entre tous, car ils seront aussi les plus reconnaissants ?
De même, à ce repas spirituel, Jésus nous dit : " Venez à moi ! "
A-t-il jamais renvoyé à vide ceux qui venaient à lui en toute sincérité de cœur ?
Quand a-t-il demandé préalablement si le postulant était suffisamment digne, fort ou sage pour se présenter à lui ?
S’est-il jamais enquis des antécédents d’un homme avant d’écouter sa requête ?
Que l’on vienne à lui, c’est tout ce qu’il demande.
Pensons aux apôtres, à ces hommes auxquels la toute première Cène fut distribuée.
N’avaient-ils pas tous leur bagage de défauts à reconnaître et, dans la nuit même qui suivit cet acte, ne devaient-ils pas faire preuve des plus lamentables défaillances ?
Cependant ce sont ceux que Jésus appelle à partager son repas d’amour.
Ils avaient horreur de leurs faiblesses, et quand Jésus leur disait " j’ai fait cela pour vous ", ils pouvaient répondre sincèrement " nous vivrons pour toi. "
De quelle émotion ne serions-nous pas saisis, si nous apprenions que telle personne à laquelle nous avions fait quelque bien, s’était portée caution pour nous à notre insu, en nous défendant, à son propre détriment, contre des attaques calomnieuses ou des moqueries.
Ou si telle autre personne a payé en secret les dettes de quelque débiteur insolvable, si nous sommes ce débiteur, et si nous avons peut-être toujours traité notre généreux bienfaiteur avec un froid dédain, tandis qu’il se dévouait pour nous à notre insu, quelle ne sera pas notre honte, notre remords et notre désir ardent de nous donner à lui de toute notre âme !
Appliquons cette comparaison au Sauveur qui a supporté le martyre, pour nous tirer de nos détresses et nous élever à la vie glorieuse de l’éternité.
Crois-tu cela ?
Car si tu ne le crois pas, tu ne peux t’approcher de la table du Seigneur.
La Sainte Cène est encore un mystère pour toi.
Mais si tu crois, tu t’écrieras, enflammé de zèle :
" Seigneur je veux être à toi ! Sois le Maître de ma vie.
" Sois patient, soit très patient envers moi, car mes progrès sont lents, et il m’est souvent bien difficile de trouver ta volonté bonne et agréable, et mon horreur de la souffrance est presque insurmontable.
" Donne-moi tes grâces en abondance, car je suis pauvre et faible. Je voudrais être tel que tu veux m’avoir ; comme toi, je veux dissiper la haine, l’animosité et répandre autour de moi l’amour et la paix.
Mais, pour cela, il me faut la grâce et la force que je viens chercher à ta table. "
Telle est la véritable disposition pour nous approcher de l’autel.
Ayant déposé toute justice propre et tout mensonge, et nous préparant à recevoir " cet amour parfait qui bannit la crainte ", nous pouvons nous avancer sans hésiter et sans douter, car la table est dressée pour nous, non seulement ici-bas, mais aussi dans le ciel.
O Seigneur, plein de foi, d’amour, de repentir,
Je m’avance à ta table. Veuille aussi me bénir,
M’accorder ton Esprit, ta sagesse, ta joie,
Toi-même à ton enfant montrer toujours la voie !
FUNCKE
Une préparation à la cène
" Jésus prit du pain, et après avoir rendu grâces, il le rompit et le leur donna en disant : Ceci est mon corps, qui est donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. Il prit de même la coupe, après le souper, et la leur donna, en disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous " Luc 22 : 19 et 20.
En 1850, raconte la fille de la comtesse Von Der Recke Volmerstein en parlant de sa mère, elle fut très souffrante, sans que l’on comprît d’abord à quoi tenaient ces symptômes, ces sensations pénibles et son air maladif.
Pendant un temps fort court, elle fut sujette à une irritation nerveuse qui lui causait des mouvements d’impatience auxquels on n’était point accoutumé.
Nous savions bien que cette infirmité était l’effet de son malaise physique et non de son état spirituel.
Mais nous comprîmes bientôt avec bénédiction pour nos propres âmes, que c’était à ses yeux un péché dont elle souffrait beaucoup.
Parents et enfants s’étaient préparés à prendre la Sainte Cène ; et tandis que les cloches sonnaient, tous les membres de la famille s’étaient réunis, comme ils le faisaient toujours en pareille occasion., dans la chambre d’étude de mon cher père, qui, agenouillé avec tous les siens en la présence de Dieu, lui demandait tout spécialement à cette heure de leur accorder à sa table des bénédictions éternelles.
Comme c’était encore leur coutume, nos parents s’embrassaient après cette prière, tous les frères et sœurs suivaient leur exemple, se demandant mutuellement pardon de ce qui avait pu troubler leurs rapports fraternels.
Mais jusqu’alors nos parents n’avaient jamais demandé le pardon de leurs enfants.
Ce jour-là toutefois, ma chère mère, s’adressant au cercle tout entier, nous demanda les larmes aux yeux et de la manière la plus touchante de lui pardonner l’irritabilité qui avait dû peiner plusieurs d’entre nous.
L’impression que ses paroles firent sur ces enfants fut des plus fortes, et profondément humiliante pour eux-mêmes.
Elle augmenta leur faim et leur soif du saint repas et des trésors de grâces de Celui qui accorda tant de force à ma chère mère, car je ne me souviens pas d’avoir dès lors remarqué chez elle, la moindre trace d’irritabilité.
1 Corinthiens 12 : 27 à 32
" C’est pourquoi celui qui mangera le pain ou boira la coupe du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur.
" Que chacun donc s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe ;
" Car celui qui mange et boit sans discerner le corps du Seigneur, mange et boit un jugement contre lui-même.
" C’est pour cela qu’il y a parmi vous beaucoup d’infirmes et de malades, et qu’un grand nombre sont morts.
" Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés.
" Mais quand nous sommes jugés, nous sommes châtiés par le Seigneur, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde. "
Attention
C’est assez rare que l’on lise ces derniers versets, concernant la Cène.
Pourtant ces versets sont intéressants.
S’il y a des promesses pour ceux qui participent à la Cène, il y a une rétribution sévère, pour ne pas dire capitale, pour ceux qui ne discernent pas le corps du Seigneur.
Qui est le corps du Seigneur ?
En premier, Lui-même, sa divinité, son sacrifice expiatoire pour nos péchés.
En second, nous, chrétiens, nous sommes le corps de Christ.
J’ai pensé que notre communion ne doit pas être uniquement avec Jésus, mais aussi avec les frères et sœurs avec qui nous prenons la Cène.
Nous pouvons dire aussi, par extension, que nous devons être en communion avec toute l’Eglise de Jésus.
Si cette communion ne peut pas toujours être effective, pour diverses raisons, que notre cœur soit pur vis-à-vis de nos frères et qu’il désire la communion.
Quelquefois, nous nous posons des questions, concernant la maladie chez les chrétiens, et la mort.
Certainement, si nous nous éprouvons nous-mêmes, avant de prendre le pain et le vin, il y aura plus de bénédictions de la part de Dieu, et moins de châtiment.
Que Dieu nous aide.
René LAHAYE
[1] L’épidémie de grippe. Cette prédication fut prononcée le 1er décembre 1918.
Alexandre Morel entre dans la lignée des innombrables témoins du Christ, inconnus et connus, et lorsqu’il nous est donné de découvrir l’un d’entre eux dont nous ignorions l’existence, il est bon de le faire connaître.
Notre propos en publiant ce livret n’est pas de mettre un homme sur le pavois mais de montrer s’il en était besoin, ce que la souveraine grâce de Dieu peut opérer dans la vie d’un homme de bonne volonté qui entend l’appel divin et livre sa vie sans réserve à celui qui l’a prédestiné.
Alexandre Morel, suisse d’origine, a exercé son long ministère dans les villes de Moutier et de Berne en milieu évangélique.
Né en 1856 et mort en 1929, il a été témoin de deux guerres sanglantes.
Il a exercé, durant la première guerre mondiale, un rôle d’aumônier auprès de nombreux blessés.
Alexandre Morel a pris une part active et efficace dans l’organisation de la Croix Bleue, fondée pour venir en aide aux victimes de l’alcoolisme.
Il a pu voir à l’œuvre la puissance libératrice de l’Evangile dans de nombreuses vies sauvées et transformées.
Nous faisons suivre une courte biographie de quelques extraits d’articles et de sermons choisis de cet homme de Dieu qui pouvait dire :
" Qu’y a-t-il de plus tonique que l’approche d’un homme de valeur ? C’est comme la brise qui vient des cimes. On se sent ranimé par elle, on relève le front, on change sa démarche. "
Ce qu’Alexandre Morel disait en son temps d’un ami dont il faisait l’éloge, nous pouvons l’appliquer à sa propre personne, reconnaissant en lui un " homme de valeur " qui nous interpelle et nous oblige aussi à " changer notre démarche. "
Puisse ce livret encourager plusieurs qui le liront, à la persévérance, nous souvenant de l’exhortation de l’auteur de l’épître aux Hébreux :
" Nous donc aussi, puisque nous sommes environnés d’une si grande nuée de témoins… courons avec persévérance dans la carrière qui nous est ouverte…. "
Vocation de l'enfance
Le petit Alexandre était de santé délicate.
On se demandait s’il vivrait longtemps.
De bonne heure, il témoigna d’un caractère sérieux et réfléchi.
Un jour – c’était en 1866 – il s’en alla, à un quart de lieue de chez lui, voir le temple de Sombeval que l’on était en train de construire.
Il en franchit le seuil et monta en chaire.
Soudain, impressionné par le silence et par la sainteté du lieu, il joignit les mains et récita le Notre Père.
Puis il repartit en se disant à lui-même : " Je serai pasteur. "
Propos d’enfant, mais où reflète déjà la sensibilité d’une âme ouverte aux choses d’En-haut.
Epreuves
Peu après, un chagrin terrible atteignit la famille.
Le 13 juin 1870, Mme Morel mourut.
Elle était dans la force de l’âge – trente-cinq ans – et laissait derrière elle deux garçons et deux filles, dont l’aîné touchait à peine à l’adolescence.
Ce fut pour eux une perte irréparable. Leur printemps s’assombrit, comme en ces journées où, du ciel voilé de minces nuages, ne tombe plus qu’une lumière cendrée et mélancolique.
Le rôle de l'église dans la conversion
" L’Eglise, d’abord, qui, par ses cultes impressionnants du dimanche matin à 11 h 00, dans ce temple, et par ses études bibliques du dimanche soir, à la Chapelle des Terreaux, me gagna complètement à Jésus-Christ.
Je vois d’ici la place que j’occupais là-haut, sur cette galerie, alors que MM. Robert-Tissot et Junod annonçaient avec une vigueur toute apostolique, devant une assemblée serrée, le message que Dieu leur donnait.
Ils me remuaient jusqu’aux entrailles.
Et plus tard, à la Faculté, comment eût-il été possible de résister à l’enseignement si vivant, si enthousiasmant et si conquérant d’un Frédéric Godet ?
" N’étaient-ils pas là comme des chefs ?
Aussi, est-il besoin de le dire ? Il n’y avait pas alors de sectes à Neuchâtel. On était un peuple compact.
Aujourd’hui, où l’on souffre tellement de l’émiettement des Eglises qui se désagrègent et s’effritent, je voudrais rappeler ce bel exemple d’unité. "
Sa pensée dominante
" Aucune créature n’a plus à souffrir de l’empire de la mort que l’homme, chez aucune le combat de la mort n’est plus grand que chez l’homme.
Et cependant la nature a aussi son cimetière ; elle aussi s’incline vers la poussière et la cendre ; pour elle comme pour l’homme, les plus belles apparitions se parent de la sombre couronne de la mort.
Dans la nature inintelligente aussi bien que dans l’humanité, ce sont les choses les plus nobles qui ont la plus courte durée.
La fleur, le papillon, le nuage doré, la splendeur du printemps naissent pour s’évanouir.
C’est qu’une grande catastrophe a eu lieu dans la création toute entière… "
Cette double notion du " soupir de la création " et de la " révélation des Fils de Dieu " resta jusqu’au bout l’un des thèmes de prédilection d’Alexandre Morel.
Le volume auquel il travaillait encore, dans les derniers mois de sa vie, devait précisément s’appeler " les Fils de Dieu. "
Consécration au ministère
" 9 juin 1880. Jour mémorable, car c’est avec lui que commence pour moi cette nouvelle phase de la vie qui s’appelle la vie pratique.
Jusqu’alors, c’est pour moi que je travaillais ; maintenant, c’est pour les autres que je dois vivre.
Après le sermon, commence la cérémonie de la consécration.
Nous prêtons serment aux cinq articles suivants :
" Article 1er. Avancer l’honneur et la gloire de Dieu avant toute chose ;
" Article 2. Exposer sa vie, corps et biens, s’il est requis, pour maintenir la Parole de Dieu ;
" Article 3. Renoncer à tout projet particulier pouvant nuire au saint ministère ;
" Article 4. Etre unis avec les frères dans le saint ministère en la doctrine de piété ;
" Article 5. Eviter toute secte et division dans l’Eglise.
Puis M. Rosselet procède à l’imposition des mains.
Moment sublime !
Je me sens subitement transporté ailleurs que sur la terre.
Je vois devant moi un être étrange qui me communique la puissance du ciel. Je suis un homme nouveau.
Opinion extérieure
Ce que l’on pensait de lui.
Le rédacteur du Journal religieux ne s’est probablement pas trompé, quand il se représente Alexandre Morel, à cette époque, comme " un brave et digne jeune homme, un peu timide, aimant la vie, cordial, affectueux, prompt à s’émouvoir, toujours prêt aussi à obéir aux ordres de sa conscience, mais que rien encore ne désignait pour le poste très en vue qu’il occupa plus tard.
C’était le ministère pastoral qui devait mettre en lumière les trésors d’énergie courageuse et de piété vivante qu’il portait au fond de son âme. "
En entrant dans son ministère à Moutier le 1er août 1880, voici quel était l’état d’esprit d’un serviteur conscient de ce qu’impliquait sa consécration au service de l’Eglise.
Il écrit :
" J’entre enfin dans une nouvelle période de ma vie. Je quitte cette vie égoïste dans laquelle on ne travaille que pour soi-même. Désormais, c’est à la paroisse de Moutier que je vais vouer toutes mes forces. "
Il prit des résolutions. Quelques temps plus tard, il dira :
" Aujourd’hui, j’ai pris la résolution de consacrer la première heure du matin à la prière d’intercession. "
Devant l’ampleur de la tâche, il confesse :
" Je me sens petit, très petit, et insuffisant pour une lourde tâche. Que donnerais-je, aujourd’hui, pour être un simple berger de moutons ! "
Lors d’une rencontre avec un ami au cours de laquelle il reçut comme une révélation, il dira :
" Jusqu’ici, je m’efforçais d’embrasser la doctrine du Christ, au lieu d’embrasser Christ. "
Entrée dans la Croix Bleue, une magnifique œuvre de tempérance au travers de laquelle nombre de " terribles buveurs d’eau-de-vie " que le diable réveillait tôt le matin pour les conduire au cabaret la corde au cou, avaient été délivrés et rendaient grâce à Dieu.
Alexandre Morel, lui-même, prit un engagement de tempérance* qui, dira-t-il, mit dans sa vie tant de joies pures et de bénédictions.
Ce premier engagement ne fut que temporaire, et Alexandre Morel n’a pas dit à quelle date précise il entra définitivement dans la Croix Bleue.
Mais il est certain que cette décision eut des conséquences extrêmement heureuses pour son ministère.
L’œuvre du relèvement des buveurs en était alors à une période de vie intense, d’allégresse, d’enthousiasme et de conquête.
Des malheureux, réputés incurables, signaient l’engagement libérateur, et se voyaient transformés.
Un vrai souffle de réveil et de printemps passait sur le pays.
En se joignant à ce mouvement, Alexandre Morel assista à des miracles.
Il vit et comprit que l’Evangile est toujours la puissance de Dieu pour le salut de ceux qui croient.
Sa foi y prit un accent joyeux de conviction, d’espérance, de confiance persuasive et d’autorité.
Doué comme il l’était, il devint naturellement l’un des chefs de la Croix Bleue.
Sans elle, sa parole n’eut pas été si émouvante, ni son ministère si rayonnant.
* Ceci n’est pas " car la tempérance est un fruit de l’Esprit " Galates 2 : 23
Profonde crise intérieure
Alexandre Morel dut passer par le creuset et par une crise intérieure profonde.
Il fut amené à saisir avec force les puissances de victoire qui sont dans l’Evangile de Jésus-Christ.
En effet, malgré de belles heures vécues dans son ministère, il éprouvait l’ardent désir de connaître autre chose qu’une fade médiocrité.
Il était dans la situation de ceux qui soupirent après une délivrance, après la possession du salut qui donne la pleine victoire sur le péché.
Chez lui, la crise devint de plus en plus aiguë, et si douloureuse qu’il en écrivit l’histoire.
Cela se passait au début de 1891.
Voici en quels termes il décrit cet état d’âme dans lequel il se trouva jusqu’à ce que vint l’entière délivrance :
" Commencé l’année par un profond sentiment de découragement. Ce soir je suis brisé, mon attente devient de jour en jour plus douloureuse ! Oh ! que je souffre ! continuation de mes souffrances aiguës.
Je ne vois pas d’issue.
J’ai de temps à autre des moments où le Saint-Esprit se fait vivement sentir sur moi. Mais je n’ai pas encore le baptême ".
Au travers de ses luttes et combats, il en arrive à la conclusion que :
En dehors de Christ, il se sent perdu, digne de la plus grande condamnation et il ne trouve de repos que lorsqu’il est conscient que Christ est sa justification et sa satisfaction.
Puis après avoir eu divers entretiens avec des hommes de réveil, il parviendra à la victoire, il réalisera que s’il veut chercher à sauver sa vie, il la perdra.
Alors, délibérément, il consentira à la perdre.
En peu de mots :
Alexandre Morel passa par la régénération où en toute vérité il put dire avec l’apôtre Paul :
" Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi. "
De telles expériences lui conférèrent une singulière autorité.
Appelé à évangéliser des soldats de la légion étrangère
Frappée de ses dons d’évangéliste et de la virilité de son message, Melle Eloa BOVET pria le pasteur de Moutier de venir visiter les soldats de la Légion étrangère pour lesquels elle avait ouvert une salle de lecture à Saïda.
C’était en 1898.
Il passa là-bas une semaine, et y vécut des heures exceptionnellement belles.
Plusieurs des hommes qui l’avaient entendu vinrent ensuite lui parler.
Voici par exemple, un grand gaillard, usé par la débauche et rongé par le " cafard ".
Il déclare qu’il désertera, la nuit suivante, avec l’aide d’un agent espagnol nommé Rabata !
" – Mais, lui dit Alexandre Morel, j’en connais un qui pourrait vous guérir !
Tirant précipitamment son portefeuille, il me dit :
" – Donnez-moi son adresse !
" Il se figurait que j’allais lui donner l’adresse d’un professeur de Paris !
" – C’est Jésus-Christ !
" – Jésus-Christ ?
Je vis que ce nom n’était pas tombé dans son horizon.
Je lui racontai l’histoire de l’enfant prodigue, et lui citai des paroles comme celle-ci :
" Jésus-Christ n’est pas venu pour condamner, mais pour sauver ce qui est perdu. "
Tandis que je parlais, son regard s’allumait de plus en plus ; c’était comme une musique qui montait à son âme.
Ah ! La joie de pouvoir dire ces choses à quelqu’un qui ne les a jamais entendues !
" Tout à coup, debout au milieu de ma chambre, il croisa les bras et prononça la prière suivante :
" Jésus-Christ, je ne me suis jamais occupé de vous, mais j’apprends que vous vous occupez de moi.
" Je ne suis qu’un morceau de décombres, mais, puisque vous l’acceptez, je vous le livre.
" Ce n’est plus mon affaire, c’est la vôtre. Je ne vais pas chez Rabata, cette nuit ; je rentre au régiment. "
Puis il me serra la main et partit.
Je pus encore lui glisser un Nouveau Testament avec mon adresse. "
Un autre soldat vient de faire 350 jours de cellule.
" J’en suis sorti hier, me dit-il, et, passant dans la rue, j’ai entendu les chants de votre assemblée, et je viens vous annoncer que j’ai accepté ce que vous avez dit.
" – Qu’avez-vous compris ? lui dis-je.
" – J’ai compris qu’avec Jésus-Christ, je pourrai redevenir un homme, et je viens vous demander ce que je dois faire.
" – C’est très simple. Si vous avez compris cela, vous n’avez qu’une chose à faire : vous décider pour lui, le choisir comme votre Maître suprême, et le suivre jusqu’à la fin de votre vie.
" Et alors je vis cette chose unique, que je ne reverrai sans doute plus jamais :
Ce soldat se leva, prit la position militaire, dressa son front vers le ciel, et s’écria d’une voix ferme :
" A l’ordre ! " il salua le grand et glorieux Invisible, qu’il voyait devant lui et auquel il se consacrait. "
Et c’est enfin, le dernier soir, l’adieu à ceux de ces hommes qui avaient accepté l’appel divin.
La couleur de cette scène est tout à fait apostolique.
Ainsi faisait Paul à Troas :
" Nous eûmes ensemble une réunion de prière peu banale. C’étaient des prières neuves, ardentes, dépouillées de toute vaine redite et de ces vieux clichés qui rabaissent si souvent les plus beaux élans de l’Esprit.
" A onze heures, je les congédiai et n’en gardai qu’une dizaine, les plus intimes, ceux avec lesquels j’avais pu traiter plus à fond la question du salut.
Je jetai une nappe blanche sur une table, pris un morceau de pain, un verre de vin, et je communiai avec eux.
J’ai présidé des cultes de Cène dans bien des Eglises, même dans des cathédrales, mais je vous assure que celui de Saïda, entre onze heures et minuit, autour de la petite table de sapin, reste dans mon souvenir comme un des plus vivants. "
Il attacha toujours une grande importance aux études bibliques.
Préoccupé de gagner des âmes à l’Evangile, il aimait la mission et y prit une part active.
La Croix Bleue continua à Berne à tenir une grande place dans sa vie.
D’ailleurs, comme son Maître, Alexandre Morel alimentait sa vie intérieure par la prière et le recueillement.
Plus il avait à faire et plus on lui apportait de douleurs, plus aussi il recherchait le contact avec le Christ invisible.
" Que l’Ennemi est puissant ! écrit-il, en apprenant un douloureux suicide. Je me sens appelé à m’unir toujours plus étroitement avec le Vainqueur. "
Ou bien : " J’ai le cœur rempli de tous les scandales qui m’ont été racontés aujourd’hui.
Il semble qu’on se soit entendu pour me rapporter toutes ces choses le même jour.
Mais non !
Le monde est ainsi, il faut que je le sache.
Il faut que je sache que partout, dans la chrétienté, il y a des infidèles et des êtres scandaleux, afin que je me sanctifie d’autant plus pour être un véritable enfant de Dieu, du sel qui ait toute sa force. "
Ou ailleurs : " En cette veille du Jeûne, je prends la position de l’enfant prodigue qui, ayant tout perdu, ne vécut plus que de la fortune de son père. "
Ou encore : " Je vais lutter par la prière ; c’est ma grande arme. "
Réflexions sur la guerre de 1914
Dans ces journées de septembre, si douces et si ensoleillées, la guerre paraissait plus affreuse encore :
" N’avez-vous pas été douloureusement frappés, ces temps-ci, du contraste parfois si tranché entre les beautés de la nature et les horreurs de notre humanité ?
Tandis que les foules se précipitaient avec avidité aux carrefours de notre ville pour y lire les dépêches pleines des abominations de la guerre, nous avions sur nos têtes un ciel d’une pureté incomparable, le soleil faisait glisser ses rayons d’or à travers le feuillage si richement nuancé de ce bel automne.
Tandis que les engins de guerre lancent leur mitraille meurtrière et massacrent les plus beaux hommes de l’Europe, les abeilles remplissent leurs ruches d’un miel délicat, et nos arbres fruitiers, que je ne me souviens pas d’avoir vu si riches, se parent silencieusement de leurs merveilleuses couronnes.
Il y a comme une ironie sanglante dans ce contraste.
Il semble même que ce soit les jours où la voix des hommes se montre la plus discordante, que le ciel et la terre s’illuminent le plus glorieusement.
La retraite
A la retraite, alors qu’il avait atteint l’âge de 70 ans, Alexandre Morel restait très actif. Il prêchait assez souvent et écrivait.
L’article qui suit exprime bien les sentiments dont son cœur était rempli.
La vie et la mort - Consécration
" 1er mars – La lecture des " Paraboles de la croix " m’a rappelé la grande loi de la vie par la mort.
Je reconnais que, dans mes craintes de la semaine dernière, il y avait une grande part de recherche propre ; je voulais soigner mon avenir, ma réputation, mes aises.
Je suis jugé ; aussi je lâche tout, aujourd’hui, jusqu’au dernier fil qui pourrait encore retenir un dernier grain dans la gousse ; je laisse tout rouler.
Comme Paul, je dis : Je vais à Jérusalem pour y mourir, non pas à Berne pour y pérorer.
Avec George Muller, je dirai :
" Il y a un jour où je suis mort, complètement mort – et, en parlant ainsi, il se baissait de plus en plus jusqu’à ce qu’il touchât le sol – mort à G. Muller, à ses opinions, à ses préférences, à ses goûts, à sa volonté, mort au monde, à son approbation et à ses critiques, mort même à l’approbation et au blâme de mes frères et de mes amis, et depuis lors je ne me suis attaché qu’à une chose : me présenter devant Dieu comme un ouvrier éprouvé. "
- O Dieu, écoute, c’est là mon vœu ; c’est ainsi que je vais à Berne, que je commence ce nouveau feuillet de ma vie.
- Remplis-le de ton écriture, empêche-moi d’y mettre un seul iota de mon écriture ! Amen.
Grand ministère
Alexandre Morel étendit d’ailleurs son ministère bien au-delà de sa paroisse.
Il s’occupait beaucoup de la Croix Bleue.
Il y voyait un admirable moyen d’évangélisation. Il la voulait vivante, active et conquérante.
En 1899, on le chargea de la prédication à la fête fédérale, à Berne.
Et ce culte, célébré à 6 h 00 du matin, sous les voûtes grises de la cathédrale, dans la forêt des bannières, avec l’accompagnement éclatant des fanfares, devant une grande assemblée dans laquelle se trouvaient tant de buveurs merveilleusement relevés, fit à tous une profonde impression.
Chant d’un merle et chant d’un coq
Quoique retraité, Alexandre Morel restait fort actif.
Il instruisait des catéchumènes, prêchait assez souvent, écrivait dans le journal " Libérateur."
On continuait à l’appeler au dehors.
Et surtout, par les innombrables visites qu’il recevait, il poursuivait un admirable ministère d’encouragement, de direction spirituelle, de cure d’âmes.
C’est qu’en effet, on sentait en lui le calme, la joie, la force, l’harmonie intérieure.
Une lumière venait de lui, semblable à ces rayons qui, vers la fin du jour, dorent si doucement la montagne.
Au reste, l’article qu’on va lire et qu’il écrivit alors, dit bien les sentiments qui remplissaient son cœur :
Chant d’un merle et chant d’un coq
" Est-ce que Dieu ne se servirait pas, m’a-t-on écrit, d’un article émanant d’un joyeux septuagénaire, qui poursuit sa route, rempli de la joie d’En-haut, pour stimuler plus d’un pèlerin âgé et mélancolique, si ce n’est découragé ? "
" J’essaierai donc d’écrire cet article, afin d’éclairer quelques-uns, puisqu’il n’y a rien de plus triste, ici-bas, que le spectacle de personnes âgées qui passent leur temps à geindre et à broyer du noir.
" Pour cela, je raconterai tout simplement l’histoire de deux chants d’oiseau que j’ai entendus cet été :
" Le chant d’un merle et le chant d’un coq. "
" Le chant du merle.
C’était au mois de mai dernier.
Le docteur m’avait dit que, pour faire vie qui dure, le moment était venu pour moi de prendre ma retraite.
Je rassemblai donc mon conseil d’Eglise, et, quoique la chose fût très douloureuse pour moi, on le comprend, je lui donnai ma démission.
Le moment était solennel ; la nuit qui suivit le fut davantage encore.
On ne tranche pas le fil d’un ministère de quarante-six ans sans éprouver quelque chose qui ressemble à une amputation.
Quand je me réveillai, le lendemain matin, vers quatre heures et demie :
" Et maintenant que tu es libre, me dis-je avec une certaine angoisse, maintenant qu’aucune obligation ne te lie désormais, que tu n’as plus de sermons à préparer ni d’escalier à gravir, que vas-tu faire ?
Aujourd’hui même, que vas-tu faire ? "
" Tandis que je me posais cette question pleine d’inquiétude, voici qu’un merle vint se poser sur la balustrade de ma fenêtre et lança dans ma chambre son chant éclatant avec un brio retentissant.
C’était un ordre clair et net donné à ma question :
" Ah ! Tu te demandes ce que tu as à faire désormais ?
" Chante, chante à pleine voix ! " Me disait ce messager ailé que Dieu m’envoyait.
" Aussi lorsque, trois jours après, les membres de l’Eglise se réunirent pour prendre connaissance de ma décision, je leur dis :
" Mes amis, je me sens appelé à vous donner dorénavant une leçon de choses.
" J’essaierai, par la grâce de Dieu, de vous présenter le spectacle d’un vieux qui vieillit joyeusement.
Le diacre Philippe, après avoir achevé le travail que Dieu lui prépara sur la route de Gaza, " continua son chemin plein de joie. "
"Eh bien !
" C’est ainsi que, par la grâce de Dieu, j’ai l’intention de continuer le mien. "
" Tel fut l’enseignement du merle. Et voici celui que je reçus par le chant d’un coq.
" C’était à la veille de mon soixante dixième anniversaire.
" J’avais passé la nuit dans la maison hospitalière d’Emmaüs, sur Lausanne, où s’ouvrait la " Retraite d’automne. "
A quatre heures et demie, comme au mois de mai, alors qu’il faisait encore nuit, je fus subitement réveillé par le chant d’un coq.
Ce premier chant du coq est d’ordinaire très bref ; il y a quatre ou cinq cris lancés, et c’est tout.
On dirait un coup de clairon qui retentit dans la nuit, puis se tait.
Lorsque la troupe entend celui-ci, elle se lève, elle s’équipe et marche au combat.
C’est ainsi que chanta le coq d’Emmaüs.
Un autre, un peu plus loin, lui répondit, puis un troisième, et toutes les basses-cours du pays suivirent, puis ce fut un grand silence.
On n’entendit plus que le bruissement de feuilles des arbres du jardin.
" Je songeai alors à la parole du Psaume disant :
" Heureux le peuple qui connaît le son de la trompette ! "
Comme le chant du coq, la trompette ne sonne qu’un instant, et, quand elle joue, ce ne sont pas des romances qu’elle fait entendre.
La trompette réveille, elle met sur pied, elle appelle au combat, puis elle se tait.
Ainsi en est-il de Dieu ; il appelle, puis il se tait.
Malheur à celui qui ne le comprend pas !
" A l’heure qu’il est, on organise partout des " semaines de retraite ".
Chaque groupe chrétien veut avoir la sienne.
Il y a des retraites pastorales, des retraites d’unionistes, des retraites de tempérants, même des retraites pour compagnes de pasteurs.
Tout cela est excellent, est-il besoin de le dire ?
Mais tout cela peut aussi tourner fâcheusement.
Si ceux qui les fréquentent obéissent au son du clairon qui retentit, et se réveillent pour courir au but, c’est bien ! Ce sont des heureux !
Mais s’ils s’habituent à ce son de trompette, comme des soldats que la diane* ne réveille plus, alors mieux vaudrait de beaucoup ne rien entendre du tout !
" J’ai la conviction que, pendant ces cinquante dernières années, grâce aux appels multiples qui ont retenti partout, l’œuvre de Dieu aurait pu faire des pas de géant, si nous avions mieux su obéir à ces appels !
Hélas !
Il arrive presque partout ce qui se passe quand le coq chante au premier matin : Après l’avoir entendu, on s’assoupit, le sommeil reprend, et, bientôt, l’on n’entend plus que le bruissement des feuilles d’automne dans les jardins d’alentour !
Le fleuve du temps continue à rouler ses ondes, comme si rien ne s’était passé !
" Vous me demandez pourquoi je suis joyeux ?
" Parce que le septuagénaire que je suis a entendu le chant du coq, clair et précis.
" Il a compris que c’en était à tout jamais fini de " la nuit ", et que l’heure avait sonné où chaque croyant doit ceindre ses reins, tenir sa lampe prête, et, serviteur fidèle, attendre l’arrivée du Maître ! "
* Sonnerie de clairon
Dernier adieu
Alexandre Morel rendit le dernier soupir le dimanche matin du 27 janvier 1929 au moment où toutes les cloches de la ville sonnaient pour le culte.
Cette grande figure du monde évangélique suisse nous interpelle.
En son temps, l’apôtre Paul écrivait :
" Soyez mes imitateurs comme je le suis moi-même de Christ. "
Des croyants comme Alexandre Morel restent pour nous, alors que nous sommes dans les temps de la fin, des modèles de consécration à imiter.
Marcel LAHAYE - Evangéliste (1913 - 1966)
Préface
Il ne m’est pas facile d’évoquer le souvenir de mon père, que Dieu a repris à Lui il y a 40 ans.
Mon désir, en éditant ce livret, n’est pas de mettre mon père sur un piédestal, ce qu’il n’aurait voulu en aucun cas, mais de glorifier Dieu, qui s’était révélé à lui au temps favorable et avait fait de lui un instrument pour la bénédiction de plusieurs.
Mon père, de condition très modeste et pendant les temps troublés de la guerre, fut un témoin choisi par Dieu pour répandre les vérités évangéliques, très peu connues à l’époque dans cette région de l’Aisne et des Ardennes.
Ce modeste livret n’a qu’un seul but : montrer au monde qu’un homme, simple mais soumis à Dieu, peut accomplir une tâche pour l’avancement du règne du Seigneur dans ce triste monde.
Je terminerai ce préambule en citant le verset que mon père aimait et qui fut le but de sa vie :
" Car je n’ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié " (1 Corinthiens 2 : 2).
René LAHAYE
Témoignage de Julien BEAUFORT au sujet de Marcel LAHAYE
" Mon frère Marcel, qui a été aussi mon père spirituel, fut un homme dévoué à son prochain et zélé pour son Seigneur.
C’était un homme de foi et quand on l’appelait, il se déplaçait à vélo après sa journée de travail pour rendre visite, prier et annoncer la Parole de Dieu.
Je remercie le Seigneur d’avoir trouvé un homme comme lui sur mon chemin et je veux aussi saluer son épouse, qui a été en somme ma mère spirituelle.
Que Dieu la bénisse, il le fait et le fera encore.
Comment j’ai connu le Seigneur Jésus.
C’est là ce que je veux vous dire par ces lignes qui suivent.
J’ai été élevé dans le catholicisme et suivais les rites de cette Eglise. Je fus pendant quatre années enfant de chœur et je me sentais attiré vers les choses de Dieu, mais je n’avais pas de paix en moi.
Je n’étais pas plus mauvais qu’un autre, mais j’étais quand même un pécheur.
N’ayant pas trouvé dans cette religion ce que mon cœur désirait, je me suis tourné vers le prolétariat, étant moi-même ouvrier, donc prolétaire.
J’ai milité au sein des syndicats et même au parti communiste où je fus secrétaire de cellule pendant plusieurs années.
Là non plus, je n’ai pas trouvé la paix du cœur.
– un trait en passant pour montrer que la Parole de Dieu est vraie – il est écrit dans la Bible en Romains 8 verset 30 : " Ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés. "
Chaque fois qu’il y avait un meeting, nous chantions l’Internationale et dans ce chant, il y avait un passage où il est dit : " ni Dieu ni César ni tribun. "
Arrivé au passage qui dit " ni Dieu, " je ne pouvais ouvrir la bouche, comme si mes lèvres étaient paralysées, aucun son n’en sortait.
Il est d’autre part écrit dans la Bible, dans Exode 20 verset 7 : " Tu ne prendras point le nom de l’Eternel ton Dieu en vain ". Ceci pour éclairer ce qui va suivre.
Ma jeune sœur était tombée malade. C’était en 1947.
Nous ne travaillions que pour payer les docteurs et les médicaments. Elle fut hospitalisée à l’hôpital de la Pitié à Paris.
Après avoir été en observation et après un traitement, elle nous fut rendue avec ces mots :
" Cette enfant est perdue, elle ne dépassera pas l’âge de treize ans, tumeur au cerveau inopérable. "
Nous avions dépensé tout notre argent et nous avions espéré dans la science humaine qui se révélait impuissante.
Imaginez notre désappointement et notre souffrance de la savoir condamnée !
Bref, après avoir tout épuisé, ne sachant plus où donner de la tête, ne sachant plus que faire, nous étions de plus en plus désespérés.
C’est alors que Dieu, que nous ne connaissions point comme Sauveur personnel, fit dans son amour luire un rayon d’espoir pour nous.
Des nomades de passage nous dirent qu’il y avait un guérisseur à Aubenton, à dix kilomètres de chez nous.
Comme je vous le disais plus haut, ne sachant plus que faire et ayant tout épuisé comme remède, nous essayâmes de voir ce guérisseur.
Nous lui écrivîmes et cet homme vint. Au lieu d’un guérisseur, nous vîmes un homme qui nous dit :
- " Je ne puis absolument rien pour cette enfant. Un seul peut tout et celui-là, c’est Dieu. Si vous croyez que Dieu peut guérir. "
" Moi dit-il, j’en suis certain. Cette enfant sera guérie car il est écrit : Si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, croyez que ce que vous lui avez demandé vous sera accordé. Si vous avez la foi, tout est possible à celui qui croit. "
Ne sachant plus que faire, nous crûmes au témoignage de cet homme plein de foi et de zèle pour Dieu.
Cet homme était notre regretté frère Marcel Lahaye, rappelé à son Sauveur il y a une année.
Effectivement, après la prière et l’imposition des mains, ma sœur fut guérie.
J’allais avec elle aux réunions d’évangélisation, mais la réunion finie, nous repassions au bal, à la fête, ou au cinéma.
Je croyais sans croire.
Bien sûr, j’avais vu la puissance de Dieu, mais je ne comprenais pas ces choses.
Cela dura quelques années ainsi.
J’étais partagé entre Dieu et le monde.
Je militais toujours au syndicat et au parti communiste, jusqu’au jour où Dieu se fit vraiment connaître à mon cœur.
Depuis le temps qu’il me cherchait, moi la brebis égarée, il m’avait enfin trouvé.
Ce jour-là, je travaillais aux champs.
J’avais arraché les pommes de terre et au moment de les ramener à la maison, le cheval ne voulait rien savoir.
Ni douceur, ni cris, injures, ni caresses, rien n’y fit, si bien qu’étant en colère, je me mis à jurer comme un charretier, c’est cas de le dire.
En jurant, je pris le nom de l’Eternel en vain.
Cela ne fut pas mieux pour autant.
Enfin, je revins quand même à la maison, mais en arrivant je trouvai maman en pleurs.
Je lui dis : " Qu’y a-t-il ? "
Elle me répondit : " C’est ta sœur, je crois que c’est la fin "
Je lui demandais : " A quelle heure cela lui est-il arrivé, d’être terrassée par une crise ? "
" – Telle heure " me dit-elle.
C’était l’heure où moi je prenais le nom de l’Eternel en vain.
Hé oui, moi le fanfaron, je n’en menais pas large.
Je me suis mis à genoux, j’ai pleuré et j’ai demandé pardon à Dieu et lui ai dit ceci :
" – Ecoute, si vraiment tu existes, montre-moi ta puissance en libérant ma sœur de son mal et je te croirai et je t’obéirai. "
Instantanément, le mal la quitta, et celle qui devait mourir à treize ans en a actuellement trente.
Voyez l’amour insondable et infini de Dieu pour sa créature et le moyen qu’il a choisi pour m’appeler à lui.
Je ne puis que lui rendre gloire et grâce pour ce qu’il a accompli pour moi et de ce qu’il s’est fait connaître à moi.
" Invoque-moi du sein de la détresse, et je te répondrai ".
Ces autres paroles du Saint Livre sont réelles pour moi, comme toute sa Parole est vraiment réelle. Il a vraiment répondu à ma détresse quand je l’ai invoqué.
Il m’a donné justement ce que mon cœur n’avait pas trouvé ni dans le catholicisme ni dans la politique, c'est-à-dire la paix parfaite en lui, paix que je voudrais vous voir tous partager.
Qu’il en soit loué et béni dès maintenant et à jamais. Amen.
Julien BEAUFORT
L’assemblée en 1956
Témoignage de Françis MEURANT
J’ai eu le privilège de connaître notre cher frère Marcel, avec lequel j’ai fait mes premiers pas dans la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ.
J’ai aussi eu la joie d’être baptisé par lui-même.
Je me souviens de sa disponibilité à toute heure du jour et de la nuit.
Très souvent, mes parents, qui habitaient à Saint Michel, l’appelaient et il venait en moto par tous les temps.
Soit il était gelé à cause du froid ou trempé s’il pleuvait mais il était vraiment toujours disponible.
Le Seigneur lui avait accordé une épouse qui était toujours à ses côtés.
Je me souviens des bons moments que j’ai passés avec lui. Nous venions à l’Assemblée d’Aubenton en vélo, en tandem ou même à pieds mais nous étions tous très heureux de nous retrouver autour de la Parole de Dieu. Nous chantions des cantiques tout aussi merveilleux et mon chant préféré, que j’ai choisi pour mon baptême fut : " Oh quel beau soleil dans mon âme ".
Je vous remercie de m’avoir permis de dire quelques mots au sujet de notre cher frère Marcel et de son épouse que nous appelions Nénette.
Francis MEURANT
P.S. : Il y aurait encore tant de choses à dire du dévouement de notre frère Marcel. Pour moi, je garderai jusqu’à la fin de ma vie un bon souvenir de ce temps passé en sa présence.
Un autre témoignage de ghislaine LAHAYE
Il m’est souvent arrivé, quand je me présentais à quelqu’un, d’entendre : " Vous êtes parente avec monsieur LAHAYE Marcel ? "
A ma réponse affirmative, ces personnes rendaient témoignage et c’est ainsi que lors de l’hospitalisation d’une de nos filles, un vieux monsieur a vu le nom inscrit sur la porte, et a frappé pour nous parler.
Lui-même était dans les lieux avec son épouse qui était atteinte de la maladie " d’Alzheimer ". Il vivait donc là, rendant des menus services
Il m’a demandé : " Vous connaissez monsieur LAHAYE Marcel ? Si je suis ici c’est grâce à lui. J’étais un alcoolique, une vraie brute, je battais ma femme, j’ai fait fuir mes enfants de la maison.
Un jour ce monsieur, avec qui je travaillais, m’a demandé si je désirais être délivré de l’alcool, que Dieu pouvait m’enlever cette passion. J’ai dit oui sans trop réfléchir.
Et puis, ce monsieur m’intimidait. Il a posé sa main sur moi, a prié, et depuis ce jour, je n’ai jamais eu envie de reboire de l’alcool, plus jamais ma femme n’a souffert de violences et depuis qu’elle est hospitalisée, je suis à ses côtés. "
Ce vieux monsieur est auprès du Seigneur avec son épouse maintenant. Il a fait profession de foi et a rendu bien des fois témoignage là où il était, jusqu’à la fin de ses jours.
Témoignage de ghyslaine LAHAYE - le grand Marcel
C’est comme cela que quelques-uns appelaient monsieur LAHAYE.
Grand, c’est vrai, il était très grand. La première fois que je l’ai vu, en effet, il m’a semblé immense pour l’enfant de 8 ans à peine que j’étais.
Il est venu chez mes parents, un soir, conduit par une voisine qui avait été guérie d’ulcères aux jambes suite à l’imposition des mains du grand Marcel. Mais, comme le disait cette dame, maintenant mes jambes sont guéries…
Donc, il est arrivé le béret à la main (c’était une habitude chez lui, quand il voyait quelqu’un, déjà de loin il se découvrait. C’était un signe de respect).
Ce monsieur est entré, il était légèrement voûté. Il s’est présenté non comme un guérisseur, mais pour apporter la bonne nouvelle du Salut.
Ce soir-là, il est resté un bon moment, a prié pour mon père qui était tuberculeux.
Il est revenu à plusieurs reprises.
C’était devenu une habitude, tous les lundis soirs, il venait avec son fils aîné René.
Ils nous donnaient un coup de main, mangeaient à la maison.
Les curieux, les gens qui avaient besoin, en recherche de Dieu, arrivaient, et Marcel sortait de sa poche intérieure un Nouveau Testament (qui ne le quittait jamais), lisait, on chantait des cantiques et il y avait les prières pour les malades. Il y eut beaucoup de guérisons chez nous.
Guérisons d’ulcères, d’épilepsie, d’éléphantiasis.
Les soirées se succédaient dans différents endroits et le Seigneur se manifestait à travers lui.
C’était un homme très simple, très humble, qui s’humiliait très souvent.
C’est ainsi qu’un jour où il était à la maison à réparer un croisillon en bois, il s’est tapé sur le doigt.
Il a eu un mouvement de colère.
Aussitôt, il a ôté son béret, et a demandé pardon au Seigneur.
Cet exemple est toujours resté gravé dans ma mémoire et m’a donné conscience qu’il y avait un Dieu qu’on ne voyait pas mais qui voyait tout.
Cela m’a servi toute ma vie, la crainte du grand Dieu était dans mon cœur. Gloire à Dieu.
Il venait assez souvent avec des chrétiens de Lille ou de Dunkerque, où lui-même avait connu le Seigneur qui l’avait guéri de la tuberculose alors qu’il n’avait que 29 ans.
Une de ses cousines était venue le voir alors qu’il crachait le sang, pour lui apporter la bonne nouvelle de l’Evangile.
Il a très vite donné son cœur au Seigneur.
Cela a été terminé de l’hôpital, du sanatorium, ses forces sont revenues.
C’était un homme nouveau.
Il était originaire de Saint Pol Sur Mer dans la banlieue de Dunkerque, où il est né en avril 1911 et c’est après son mariage avec Antoinette Caulier, qu’il a contracté la tuberculose.
D’hôpital en sanatorium, son état ne s’améliorait pas, et c’est à ce moment-là que sa cousine, qui était venue (avec 3 autres) le voir, lui parla de l’Evangile.
Elle l’a exhorté à demander l’imposition des mains à un évangéliste qui est venu le voir et l’intervention de Dieu s’est faite sur le champ.
Ce serviteur de Dieu l’a exhorté à marcher avec le Seigneur, qui lui avait fait du bien, qui l’avait guéri de sa maladie.
Il a suivi aussi ce serviteur de Dieu dans son service.
Pendant toutes ces années à aller à bicyclette où à moto, par tous les temps, à 50, 60 kilomètres à la ronde, annoncer la bonne nouvelle du Salut.
Dieu manifestait sa puissance par des guérisons, des délivrances.
Des hommes et des femmes étaient libérés de l’alcool, du tabac.
Malgré cela, il n’y avait pas d’articles dans les journaux régionaux.
C’est comme cela qu’est née l’Assemblée dans notre petit village d’Aubenton.
Des gens de toutes conditions venaient, recevaient les bienfaits du Seigneur et repartaient.
Dieu soit loué, un certain nombre est resté fidèle et proclame encore aujourd’hui, 40 ans après le départ pour la patrie céleste de son fidèle serviteur, les bienfaits de Dieu.
J’ai encore en mémoire certains faits.
Un soir, dans un village de 3500 habitants, il y avait une réunion d’évangélisation.
Un homme est venu, dans l’intention de troubler la réunion.
Il avait 38 ou 40 ans, avait bu plus qu’il ne fallait.
Cet homme connaissait l’Evangile car sa mère et ses 2 frères avaient été libérés de l’alcool.
Beaucoup de personnes, ayant vu cette famille se transformer, grâce à Dieu, restaient sans voix mais se demandaient : " Pourquoi ces trois-là, et pas le fils aîné ? ".
Il était donc là, affalé, maugréant sans cesse, quand le frère Marcel s’est approché de lui et l’a exhorté au nom de Jésus à ouvrir son cœur, sous peine de ne plus pouvoir entendre l’Evangile.
Celui-ci s’est levé et est sorti.
Il fut retrouvé 2 jours plus tard, mort, dans un village voisin.
Le salut des âmes était la préoccupation constante de Marcel Lahaye.
Il avait une connaissance de la Parole de Dieu et pouvait l’appliquer dans toutes les circonstances.
Dieu a vraiment dirigé sa vie.
Ainsi, après sa maladie, il a été réquisitionné par les allemands pour surveiller des travaux et bénéficiait d’une petite cabane où il passait le plus clair de son temps à lire et à méditer la Parole de Dieu.
Il était imprégné de cette parole du Seigneur et la faisait connaître avec conviction à tous ceux qui le côtoyaient.
Il disait souvent : " Malheur à moi, si je n’évangélise pas. "
Nous avons été nombreux à l’accompagner dans les visites où il était appelé. C’était vraiment un privilège. Il sortait de sa personne une telle force de persuasion car le Seigneur travaillait avec lui.
Il allait rarement seul en visite, sauf si l’appel était de nuit.
Ce que nous entendions et voyons, nous faisait un bien fou.
Pour ma part, je tirais des forces dans cet exemple de foi. Quand il priait, je savais qu’il allait se passer quelque chose. Cela m’a servi dans certaines occasions.
Gloire à Dieu qui m’a fait connaître son amour pour moi par un tel serviteur.
Ghislaine LAHAYE
L’assemblée en 1962
Témoignage d'un ancien Pasteur, F. CACHERA
Tu me demandes d’écrire quelques lignes sur ton père en souvenir du 40ème anniversaire de son décès.
C’est une marque de confiance que tu me fais là, car les quatre années passées à Charleville sont bien loin derrière nous.
Je crois que c’est en 1957 que nous avons fait la connaissance de tes parents.
Nous n’avions à l’époque que le vélo ou la mobylette pour nous déplacer et les Eglises Evangéliques étaient assez éloignées les unes des autres et encore très peu nombreuses.
Il fallait absolument briser notre isolement.
Nous avons donc décidé de nous revoir pour un culte ou une réunion d’évangélisation en commun, plusieurs fois dans l’année.
Ce fut pour moi, tout jeune pasteur, une réelle joie de travailler avec ton père et d’être si fraternellement accueilli lors de mes déplacements chez vous.
En repensant à ton père, je vois un frère qui avait voué sa vie à Jésus-Christ et au service passionné du prochain ; un frère rempli d’amour, mais d’un amour lucide et exigeant pour ceux qui étaient mis sur son chemin et confiés à sa vigilance.
" Alors ceux qui craignent le Seigneur se parlèrent l’un à l’autre, le Seigneur fut attentif, il entendit. Un livre d’évocation fut écrit devant lui pour ceux qui craignent son nom. Ils seront à moi, dit le Seigneur des armées, ils m’appartiendront en propre au jour que je prépare " (Malachie 3 : 16).
Une journée d'évangélisation avec mon père
Mon père avait projeté de faire deux visites dans la région de Charleville, un certain jour, l’une à Viviers et l’autre à Lumes, localités situées à une dizaine de kilomètres de Charleville.
J’avais 12 ans à ce moment-là, et mon père me proposa de m’emmener avec lui.
Nous partîmes en vélo très tôt le matin pour attraper le train de Charleville à Any Martin Rieux, (à 6 kilomètres d’Aubenton).
Les visites se firent en vélo et dans l’après-midi, de retour à Charleville, nous apprîmes qu’il n’y avait pas de train avant le soir.
Mon père me dit : " Te sens-tu capable de rentrer en vélo à la maison ? "
Je répondis oui sans hésiter et nous voilà partis.
Le trajet de retour se fit par Rimogne avec sa côte interminable puis par Bossus et Hannappes.
Dans la côte d’Hannappes, j’étais à bout de forces et j’eus envie de tout lâcher.
C’est ainsi que pour prêcher l’Evangile à 2 foyers dans les Ardennes, nous avions parcouru dans la journée 70 à 80 kilomètres en vélo, 45 kilomètres en train…
" Je fais tout à cause de l’Evangile afin d’y avoir part " : disait l’apôtre Paul (1 Corinthiens 9 : 23).
René LAHAYE
Témoignage d’Antoinette LAHAYE, son épouse
Après avoir été sollicitée à maintes reprises de faire connaître mon long cheminement avec Dieu, je me suis enfin décidée à le faire avec son aide et pour sa gloire.
Le 1er mars 1944, il nous fallut quitter le pays où nous résidions, nous devions évacuer. Nous partîmes pour Aubenton dans l’Aisne, où nous avions de la famille, mais je dois dire que ce fut sur une indication du Seigneur.
Il neigeait ce jour-là et nous étions en pleurs. Nous avons atterri, ma tante, mon fils et moi chez une de mes sœurs.
Le 31 mars 1944, je mis au monde notre deuxième fils Joël.
Quelques mois plus tard, nous eûmes la joie de tenir notre première réunion en réponse à nos prières et à la demande de personnes qui avaient le désir de connaître Dieu et Jésus.
La Parole faisait son œuvre.
Nous étions témoins et d’autres avec nous et Dieu nous faisait connaître sa volonté.
C’est ainsi que nous eûmes la révélation que l’usine où travaillait mon mari à Saint Michel allait s’arrêter. C’est en effet ce qui se produisit. Il partit alors à Soissons pour son travail.
Il était absent toute la semaine et ne rentrait que le vendredi soir.
Les enfants étaient au collège.
Nous avions un appartement HLM à Belleu près de Soissons et il m’arrivait parfois d’accompagner mon mari.
Ce fut une erreur de notre part.
Il n’était pas dans la volonté du Seigneur de nous installer à Soissons et nous fûmes sévèrement repris.
Nous tombâmes malades tous les deux.
Pendant trois mois, mon mari fit une rechute avec fièvre et moi-même je dus être hospitalisée une semaine à l’hôpital de Chauny.
Nous retournâmes à Aubenton, là où Dieu nous avait appelés et retrouvâmes la bénédiction.
Mon mari retrouva ses forces et un emploi dans les environs, moins lucratif que le précédent mais nous étions ensemble en famille.
Les années s’écoulèrent mais en 1966 aux environs de Pâques, alors que nous passions des vacances à Dunkerque, mon mari rechuta brutalement et il fallut l’hospitaliser.
Quinze jours plus tard, nous rentrâmes à Aubenton et le soir même, il nous quittait pour entrer dans la gloire au milieu des élus.
Il nous revint en mémoire une parole du Seigneur que nous avions reçue 25 ans plus tôt : " Tu resteras à Aubenton et tu mourras à Aubenton ".
Grâces soient rendues à Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ maintenant et à jamais.
" J’ai exaucé ceux qui ne me demandaient rien. Je me suis laissé trouver par ceux qui ne me cherchaient pas " (Esaïe 65 : 1).
Combien de fois n’ai-je pas expérimenté cette Parole de Dieu dans ma vie ! Merci Seigneur.
Antoinette LAHAYE
L’assemblée à ses débuts
Maison de M; et Mme LAHAYE - 2, rue de Logny à AUBENTON,
Où l’Evangile fut prêché de 1945 à 1970
Jésus-Christ, çakya-mouni (ou bouddha) et Mahomet
Notre intention n’est pas de faire une étude détaillée de la vie de ces trois hommes ; nous ne voulons pas non plus rechercher l’idéal des religions qu’ils ont fondées ni passer en revue tous leurs dogmes.
A la lumière de leurs déclarations, nous pourrions examiner les avantages présents ou futurs que leurs " évangiles " offrent à leurs sectateurs ; ce serait un travail de longue haleine, bien qu’intéressant, que ni la nature de cette revue, ni la place dont nous pouvons disposer ici ne nous permettent d’entreprendre.
Bornons-nous, pour l’instant, à relever quelques faits historiques se rapportant à la vie de ces trois personnages ; en nous révélant certaines ressemblances comme aussi bien des différences, ces faits seront la démonstration évidente de la supériorité de Celui que les chrétiens adorent et auquel ils doivent la vie éternelle.
Chronologiquement déjà, Christ occupe une place centrale, en ce sens qu’il est apparu entre Bouddha (né probablement aux environs de l’an 560 avant Jésus-Christ) et Mahomet (né en 570 après Jésus-Christ), dans un temps où l’appauvrissement de sa nation et son asservissement au joug étranger faisaient soupirer après un libérateur.
Les prophètes de l’ancienne alliance avaient annoncé sa venue et longtemps à l’avance l’avaient désigné à son peuple sous les épithètes les plus majestueuses (Esaïe 9 : 5).
Parlant de son œuvre, les voyants la résumaient dans ces paroles : Porter de bonnes nouvelles aux malheureux, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs la délivrance.
Christ était le point d’arrivée de toute une économie, l’accomplissement de la loi et des prophètes, en même temps que le point de départ d’une autre ère.
Chez Mahomet, rien de semblable !
Rien qui ait fait prévoir, ni même désirer l’œuvre du koraïshite ; c’est bien dans son cerveau que prend naissance le projet de réunir en un seul culte, les diverses religions qui divisaient alors l’Arabie, le sabéisme, le judaïsme et l’idolâtrie.
Bouddha non plus n’a jamais prétendu à une origine divine ou surnaturelle et, après sa mort, ses disciples immédiats ne lui vouèrent qu’un culte de reconnaissance et de respect.
Peu à peu, il est vrai, cette vénération se changea en adoration et le bouddhisme devint une religion, alors que celui dont on faisait un dieu n’avait jamais eu la prétention d’apporter au monde une religion (puisqu’il niait l’existence des dieux et leur puissance) ou une réforme sociale (puisqu’il respectait la forme du gouvernement et ses institutions).
Les circonstances qui accompagnent la naissance des trois personnages sont merveilleuses, toutefois les évangiles se distinguent encore par leur sobriété ; le chœur des anges proclame la grande nouvelle dans les plaines de Bethlehem :
" Paix sur la terre, bienveillance (de Dieu envers les hommes) " puis c’est l’étoile qui guide les mages vers l’enfant ; ce sont les dévotions d’adorateurs sincères et émus.
Quand Mahomet parut, la fantaisie orientale se plut à environner son berceau de signes et de prodiges extraordinaires : Le feu sacré s’éteignit à La Mecque après avoir brûlé pendant mille ans sans interruption.
Mais c’est surtout de la personne du Bouddha que la tradition s’est emparée à sa naissance pour ceindre sa tête d’une auréole resplendissante de légendes.
Il faut se souvenir que la position sociale de l’enfant s’y prêtait, étant absolument différente de celle de Christ et de Mahomet.
Ces derniers étaient d’origine très humble, ce dont ils n’ont du reste, à rougir ni l’un ni l’autre.
Le premier était le fils du charpentier Joseph, le second celui de Abdallah, qui se livrait au commerce par caravanes avec la Syrie ; quant à Bouddha, il était l’héritier d’une couronne, prince de la tribu des çâkyas.
Il vint au monde en présence de tous les dieux, déesses descendus du ciel pour la circonstance, tandis qu’une pluie de fleurs couvrait la terre et que des chœurs célestes chantaient ses louanges, le soleil et la lune suspendent leur cours ; les aveugles recouvrent la vue.
Aussitôt né, l’enfant fit sept pas dans la direction de chacun des points cardinaux en prononçant des paroles de prise de possession de l’univers ; c’est la fantaisie la plus extravagante et la glorification exclusive de la créature !
Que nous sommes loin de la simplicité et de la beauté de nos Saints Livres !
Quelques jours après la naissance, le Christ est porté au temple, le Bouddha également ;
Mais le contraste demeure : C’est le vénérable Siméon et la pieuse Anne qui reçoivent le nouveau-né, fils de Joseph et de Marie, et qui, dans de sublimes paroles prophétiques, l’appellent " la gloire d’Israël et la lumière du monde ".
Pour le Bouddha il y a un plus grand déploiement de cérémonies, puisque les statues des dieux, dans le temple, descendent de leurs piédestaux pour venir saluer ce fils de roi.
Avec l’adolescence de nos trois personnages, nous redescendons sur la terre, sans toutefois rencontrer une abondance de renseignements.
Jésus est-il dit dans les Evangiles, croissait en sagesse, en stature et en grâce devant Dieu et devant les hommes.
Dans l’épisode du temple, où nous le voyons à l’âge de douze ans, interrogeant les docteurs, il nous apparaît étonnamment développé, rempli de sagesse et d’une intelligence supérieure, et déjà alors se manifeste cette humilité qui ne le quittera plus et qui est bien réellement le caractère de la vraie grandeur.
Nous ne connaissons pas les maîtres de Bouddha, mais il aura sûrement reçu une éducation royale.
Du reste, s’il faut en croire la tradition, le jeune homme n’aurait pas eu besoin de précepteurs, puisque, la première fois qu’il se trouva en leur présence, il les confondit, bien que fort jeune encore, par sa science universelle.
A cet âge, le Christ éprouvait encore le besoin d’être éclairé et de connaître mieux les affaires de son Père.
Quand le Bouddha eut atteint seize ans, son père le maria à une princesse du nom de Gôpa, et, dès lors, l’illustre époux s’oublia dans le luxe et les plaisirs jusqu’à vingt-neuf ans.
Comme le jeune homme de Nazareth, Mahomet connut les fatigues et les joies du travail physique, ce que Bouddha avait totalement ignoré.
Le prophète arabe passa aussi quelques temps dans la compagnie d’illustres docteurs chrétiens dans l’ermitage de Bahira ; c’est là qu’il acquit quelques notions du christianisme.
Rien de particulièrement défavorable ne nous a été transmis sur sa jeunesse, et pourtant nous n’y trouvons pas cette pureté absolue, conséquence de la préoccupation constante du jeune ouvrier de Nazareth d’éviter même l’apparence du mal.
Avant d’aller plus loin, nous relèverons encore un fait qui n’est pas sans importance dans la vie et pour la doctrine de ces trois hommes.
Jésus est le seul qui ait eu le bonheur de conserver sa mère pendant de longues années, ce qui pourrait peut-être nous expliquer la grande place que la femme occupe dans l’Evangile, alors que, dans les deux autres religions, elle n’en a aucune.
Cette réhabilitation d’un être trop longtemps méconnu n’est pas la moindre des supériorités de la doctrine du fils de Marie sur celle de deux autres docteurs.
Si les faits se rapportant à la jeunesse de ces trois hommes sont rares, ceux relatifs à leur activité, à leur ministère sont abondants.
Ne pouvant les relater tous, nous ne prendrons que les plus saillants et ceux qui nous permettent un rapprochement entre nos personnages.
Ces derniers commencent leur ministère à peu près au même âge : Christ à trente ans, Bouddha à vingt-neuf et Mahomet à quarante.
Pour les trois, il fut précédé d’un temps de retraite et de solitude pendant lequel l’esprit du mal chercha à les détourner de leur mission.
Le mobile auquel ils obéissent est du reste bien différent pour chacun d’eux :
C’est la vue des souffrances de l’humanité qui émeut le cœur du Christ.
Le désir d’apporter quelque soulagement à ses frères, un amour profond pour tous, tellement qu’il a déclaré à plus d’une reprise vouloir servir et non pas être servi, une humilité qui ne s’est pas démentie un seul instant : Tel est Celui qui s’est lui-même appelé doux et humble de cœur.
Quand il eut assez vécu dans les délices, Bouddha se prit à réfléchir sur la vanité de toutes choses, mais ce qui avait fait pleurer notre Sauveur et l’avait poussé sur la voie du sacrifice, remplit de dégoût l’âme du Bouddha.
Ayant rencontré, nous dit la tradition, un vieillard, un malade, un cadavre et un religieux, leur vue lui suggéra de profondes pensées sur la misère de la vie humaine et le mépris qu’elle doit inspirer au sage, en opposition avec la sérénité du religieux, affranchissement des liens du monde.
Bouddha se fit ascète et, pendant six années, vivant dans une forêt déserte, il médita jusqu’au jour où, parfaitement éclairé sur la loi du salut efficace, il prit le chemin de Bénarès pour y prêcher sa doctrine.
C’est encore les grands espaces et les profondes solitudes du désert qui furent les confidentes des premières espérances de Mahomet.
Entré à l’âge de vingt-quatre ans au service de Kadichah (qu’il épousa plus tard), le prophète parcourait sans cesse les vallons isolés de l’Arabie et ses plaines de sable, se livrant au commerce de caravanes.
Souvent, pèlerin dévot, il se rendait au sanctuaire de la Mecque et y passait des journées entières absorbé dans sa méditation et formant de vastes plans religieux pour l’avenir.
Quand la préparation fut achevée, les trois apôtres entreprirent leur course, mais ils firent la décevante expérience que nul n’est prophète dans sa patrie.
Saint Luc raconte en ces termes, le résultat de la première visite du Christ à Nazareth :
" Et s’étant levé, ils le mirent hors de la ville et le menèrent jusqu’au sommet de la montagne sur laquelle leur ville était bâtie pour le précipiter. "
Saint Jean nous dit que : " Ses frères même ne croyaient pas en lui ! "
Le Bouddha ne reçut pas un meilleur accueil à Capilavastu, la capitale de son pays, puisque ce n’est qu’après douze ans d’activité dans les villes voisines qu’il y revient et qu’il y est écouté.
Son père le considérait comme étant malade d’esprit ; du moins, grâce à sa dignité royale, ne fut-il pas persécuté comme Christ et Mahomet.
Par deux fois, ce dernier dut fuir sa ville natale, et si, dès le commencement, il eut des disciples parmi les siens, ce ne fut que dans le plus grand secret.
Toutefois, il est intéressant de constater que ces trois hommes, malgré leur diversité d’opinions avec leur parenté, n’ont pourtant jamais été complètement abandonnés par elle.
Après un temps plus ou moins long d’hésitation ou de haine irraisonnée, la fidélité orientale reprend ses droits.
Bouddha gagne sa famille à sa doctrine et convertit les rois et les peuples de l’Inde.
Mahomet à l’apogée de sa gloire triomphe de toutes les résistances, même à la Mecque, et le Christ est suivi des siens et de la petite troupe des disciples jusque sous la croix.
Les douze furent les collaborateurs de Jésus-Christ, et Mahomet, imitant son prédécesseur, s’entoura aussi d’un collège de douze initiés, qu’il appelait des Nakib (délégués), pour répandre sa doctrine.
Mais pas plus en Arabie qu’en Judée ou qu’en Galilée, ces collaborateurs ne furent bien reçus.
Bouddha eut pareillement sa garde du corps composée de cinq anciens condisciples, élèves du sage Rudraka, qui formèrent le noyau de la secte nouvelle.
Mais qui peut arrêter la vérité en marche ou éteindre la lumière qui perce les ténèbres ?
Le jour vint où le Christ put transporter son activité dans la capitale de sa patrie qui en devint dès lors le foyer.
A l’entrée de Jésus à Jérusalem correspond l’arrivée de Mahomet à Médine.
Dans l’un et l’autre des cas, de nombreuses troupes sont venues de loin pour acclamer ceux auxquels on réserve un triomphe éclatant.
Il est vrai que les événements se développent d’une manière différente : Les " Hosanna ! " des Juifs allaient bientôt se transformer en un formidable : " Ote-le, ôte-le ! " tandis que Mahomet marchera de gloire en gloire.
Rien de semblable ne se trouve dans la vie de Bouddha.
Une circonstance qui appartient à la fin du ministère des trois hommes réunit pourtant ces derniers dans un geste commun, quoique les sentiments qui l’accompagnent soient assez dissemblables.
A l’âge de soixante-dix ans le Bouddha sortit de sa ville, s’arrêta au bord du Gange et, étant monté sur une pierre, il dit avec tristesse : " C’est la dernière fois que je vois la ville ! "
Jésus, assis sur le mont des Oliviers, pleure sur sa Sion bien-aimée et exhale toute la plainte d’un être dont l’amour a été méconnu et les appels repoussés.
Le Bouddha est impassible même dans sa tristesse ; combien plus vivante et vibrante est la douleur du fils de Marie.
Quant à Mahomet, le moment vint aussi où il tourna ses regards du côté de cette Mecque dont il avait été chassé ; mais d’autres sentiments remplissent son âme ; il vient en conquérant, jouissant d’avance de son triomphe et savourant sa vengeance !
Voici toutefois la suprême différence :
Après quarante-cinq années de prédication et de travail, Bouddha sentant venir sa fin, exhorta encore ses disciples à ne prendre pour guide que sa doctrine et leur conscience, puis au point du jour, il rendit doucement le dernier soupir, ou, selon l’expression consacrée, il entra dans le Nirvana.
Mahomet, sans doute, eut une fin plus tragique, puisqu’il parait avoir succombé au poison, quoique la chose soit assez problématique, mais ni chez l’un ni chez l’autre on ne voit trace de luttes morales, ni même de repentir, et l’on sait combien, chez le prophète arabe surtout, elles étaient nombreuses ces actions dont le souvenir aurait dû faire naître le remord dans la conscience.
Quant au Saint et Juste, il passe par une agonie dont les Evangiles nous ont retracé les horreurs, mourant non pas pour des crimes qu’il eût commis, mais afin de procurer l’expiation de ceux dont sont souillés les êtres qu’il a appelés ses frères !
Certes le prophète d’Allah fut grand, possédant les qualités qui agissent le plus sur les peuples orientaux ; il avait l’imagination qui éblouit, l’énergie qui entraîne, la gravité qui commande le respect ; son esprit, vif et ferme, savait attendre.
Connaissant à fond les populations au milieu desquelles il agissait, il eut soin de s’adresser à leurs penchants belliqueux, à leur goût pour le mouvement et la domination.
Il promettait l’empire du monde à ses disciples sortis presque nus du désert, et la victoire fut le premier de ses miracles.
On aurait tort de faire de cet homme un simple diplomate ou un hypocrite.
Il avait en lui, une vie religieuse, une aspiration vers l’idéal, mais que d’alliages, et combien en particulier sa morale fut relâchée, surtout dans la seconde moitié de sa vie !
Bouddha lui est infiniment supérieur.
On discerne dans son enseignement une pensée plus élevée :
Il désire sauver l’humanité. Il travaille même à la réalisation de ce but, engageant ses disciples à s’acquérir l’éternel repos, c’est-à-dire le bonheur parfait, par l’étude et la méditation, le renoncement au monde et l’abnégation du moi, tout autant de notions absolument étrangères à celui qui ne connaissait et ne pratiquait que la redoutable puissance des armes charnelles.
La vie morale du Bouddha fut également plus pure que celle de Mahomet.
Mais quelle comparaison établir entre ces hommes et Christ qui a fait et fera toujours l’admiration des générations parce que, dans sa jeunesse comme dans sa vie subséquente, tout fut parfaitement pur ? " Qui de vous, a-t-il dit aux pharisiens, me convaincra de péché ? "
Au double point de vue religieux et moral, Jésus dépasse les deux prophètes de la hauteur du ciel :"mon règne n’est pas de ce monde " peut-il dire au fier conquérant de la Mecque, et au superbe Bouddha : " Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. "
La lumière qui jaillit de la personne du Christ et de sa doctrine, c’est le brillant éclat du soleil, tandis que les Bouddha et Mahomet ne rappelleraient que les pâles reflets de l’astre des nuits.
Les pages qui suivent relatent les témoignages de quelques évènements qui se sont produits sous le ministère de l’évangéliste Alexandre Engrand au cours d’une période qui s’étend approximativement de 1936 à 1950.
Je suis heureux de présenter au public chrétien ces témoignages vécus au cours de ma jeunesse.
Mes parents se sont convertis en 1941 par le témoignage d’Alexandre Engrand.
J’ai donc vécu cette période de ma jeunesse et dans les Assemblées que Dieu avait permis à notre frère ancien de constituer.
La plupart de ces témoignages, je les ai vécus comme jeune témoin.
Les autres, je les ai entendu raconter par des frères et sœurs dignes de foi.
Alexandre a été choisi par Dieu, pour avoir un court mais puissant ministère.
Il n’était qu’un homme cependant.
Que Dieu bénisse ceux qui liront ces lignes.
René LAHAYE
Galates 1 : 1
" Apôtre, non de la part des hommes, ni par un homme, mais par Jésus-Christ et Dieu le Père. "
D’après tout ce que j’ai vu, entendu, et médité pendant 55 ans de vie chrétienne et de ministère, je crois que ce passage de Paul aux Galates peut aussi concerner à Alexandre Engrand.
Nous savons peu de choses sur sa conversion et son cheminement avec Dieu, dans les premiers mois et années de son ministère.
Mais j’aimerais dire qu’Alexandre Engrand nous a annoncé l’Evangile dans son intégralité, comme Paul le dit aux Ephésiens :" … tout le conseil de Dieu sans rien cacher. "
Ce dont je suis très reconnaissant envers Dieu en premier et envers lui ensuite.
J’ai remarqué dans mon long ministère, les lacunes de beaucoup de chrétiens en matière de foi, souvent, très souvent dues à un enseignement léger, superficiel ou incomplet du conseil de Dieu.
J’ai réalisé un jour que cet enseignement reçu par mon père et auparavant par Alexandre, était complet.
Au cours d’une conversation avec la femme d’un pasteur " très considéré ", celle-ci me disait : " Vous n’êtes pas semblable aux autres chrétiens ".
J’ai réalisé, non pas que j’étais supérieur aux autres, mais que j’avais reçu un Evangile complet, basé sur la grâce et sur l’amour de Dieu, mais aussi sur la crainte de Dieu et sur sa toute-puissance. Amen.
Mes premières impressions de l’Evangile et des réunions datent peut-être des rencontres chez Germaine et Maurice Cronier à Petite-Synthe.
Je dormais souvent dans le grand lit pour me reposer. Il faut dire qu’à l’époque, nous habitions à Saint Pol sur Mer et il fallait marcher jusqu’à Petite-Synthe, dans la nuit la plus profonde, car aucune lumière ne devait filtrer des fenêtres.
C’était le temps où les escadrilles de forteresses volantes allaient déverser leurs bombes sur l’Allemagne ou sur la France.
Un dimanche, alors que j’avais 8 ans environ, Alexandre me demanda de prier pour terminer le culte. Je priai, je ne me rappelle plus ce que j’ai dit.
Je sais une chose, c’est qu’il pria de nouveau après moi, et j’eus le sentiment que ma prière n’était pas complète.
Réaction naturelle d’enfant ou atteinte dans mon orgueil ?
Ministère d'Alexandre
Ce frère avait reçu, outre la révélation de ce que doit être la vie chrétienne, deux dons particuliers : le don de guérison et celui de discernement.
Dans toute ma vie chrétienne, je n’ai jamais vu un homme aussi équipé pour l’annonce de l’Evangile.
Guérison de Pierre SELINGHE
Pierre était le frère de ma marraine Alice, qui avait élevé ma mère.
Pierre avait un bras paralysé et il habitait chez nous à Saint Pol.
Je ne sais si Alexandre lui a annoncé l’Evangile, mais je me rappelle qu’il lui a dit : " Au nom de Jésus, lève ton bras ". Et à l’instant même il a été guéri.
Croyant que c’était momentané, Pierre ne faisait que lever et baisser son bras.
Je me souviens du regard amusé d’Alexandre, qui lui a dit : " Dieu t’a guéri. "
Une autre guérison
Ma mère fut atteinte de péritonite. Cela allait très mal.
Alexandre fut appelé.
Il fit comme le Seigneur Jésus dans la maison de Jaïrus.
Il fit sortir de la chambre ma marraine qui était la mère adoptive de ma mère. Elle n’était pas convertie et il voulait que rien de fasse obstacle à sa prière.
Après son départ, il pria.
Ma mère fut guérie.
Voici un autre fait qui m’a marqué :
Un soir, nous rentrions chez nous avec Alexandre. Arrivé sur le palier, il a soupiré et a dit :
" Quelqu’un vient de mourir dans l’Assemblée ".
Cela était vrai.
D’après le témoignage de ma mère, cela s’est présenté souvent.
Dans nos Assemblées, il y avait surtout un grand amour.
Un jour, devant un magasin il y avait la queue, car les denrées étaient rares.
Des personnes critiquaient des chrétiens.
Alors une voix s’est élevée " Vous pouvez dire ce que vous voulez, mais ces gens s’aiment. "
Ce fut le silence !
Toutes les personnes qui attendaient se turent brusquement, convaincues par cette parole.
Pour ma part personnelle, j’ai vu cette fraternité.
J’allais pendant les vacances avec mon père à Loon Plage.
Il était chef d’une équipe qui chargeait ou déchargeait les wagons.
Il y avait là des grands tas de charbons, mais mon père n’en n’aurait pas pris un seul morceau.
C’était du vol ! Alors j’allais sur les voies chercher les escarbilles que les chauffeurs de locomotives faisaient tomber quand ils tisonnaient les foyers.
Ensuite, ramenés à Saint Pol sur le vélo, ces cokes étaient distribués aux chrétiens qui en avaient besoin.
Mes parents recevaient du beurre et diverses choses de ma tante qui habitait à Aubenton.
Malgré le peu qu’ils avaient, mes parents partageaient souvent avec un frère noir nommé Pompéus.
Un autre fait
Mon oncle Jérémie Lahaye faisait un jardin chez mon grand-père.
Comme Alexandre vivait par la foi, avec sa grande activité, mon oncle semait des carottes ou autres légumes pour lui et aussi " quelques routes " pour Alexandre.
Il remarquait que les légumes d’Alexandre étaient toujours plus beaux que les siens.
Un jour, il était chez des gens " bien " qui soupaient.
Il avait faim, mais on ne l’avait pas convié à partager le repas.
Les gens mangeaient des moules, et chaque fois que le maître de la maison mangeait une moule, Alexandre sentait, dans sa gorge et son estomac, descendre la moule !
Ainsi son estomac fut rempli par miracle !
Dieu avait doué Alexandre d’un don peu commun, le discernement prophétique.
Il n’avait pas besoin de voir, il voyait comme les prophètes de l’Ancien Testament.
Un jour, il voyageait avec une jeune fille, et Dieu lui montrait tout ce qu’elle pensait.
Devant un tel don donné aux hommes, la crainte s’installe et surtout celle de Dieu.
Alexandre était d’une grande générosité.
Quand il en avait les moyens et l’occasion, il achetait beaucoup pour les chrétiens et il donnait à chacun.
Comme je l’ai écrit plus haut, il y avait une grande fraternité parmi les chrétiens, un peu comme dans les Actes des Apôtres.
Personne ne disait que ses biens lui appartenaient personnellement mais il les partageait avec tous.
C’étaient des temps difficiles mais des temps heureux car nous vivions l’Evangile comme au premier siècle.
Alexandre est venu 3 fois à Aubenton.
J’ai le souvenir qu’à une occasion, il a prié pour une jeune fille qui portait des lunettes.
Après qu’il ait prié pour elle, elle est repartie sans lunettes.
Son don de discernement prophétique a été souvent critiqué mais mes parents ont vu en toute occasion la justesse de son jugement.
Il avait vu une jeune fille et il lui a dit qu’elle serait malheureuse toute sa vie, et malheureusement, cette prophétie s’est réalisée.
Nous en sommes encore témoins.
L’une des dernières fois où j’assistai à une réunion tenue par Alexandre, rue Buffon, je devais avoir 15 ans.
J’étais venu d’Aubenton à Dunkerque en vélo.
Je me rappelle qu’Alexandre a demandé des témoignages, c’était très courant dans nos Assemblées.
Personne ne se levait.
Alors Alexandre a dit : " Je vais faire comme le maître d’école, je vais vous désigner. "
J’étais assis au fond et je me faisais tout petit, mais j’avais en moi cette pensée, ce n’est pas la peine de te cacher, tu sais bien qu’Alexandre voit tout.
André Cappelaere s’est levé et à rendu témoignage.
Ensuite, ce fut Yvonne Saint Michel.
J’ai bien connu Yvonne.
Elle vivait comme chacun de nous, dans le péché, avec des amies.
Elle m’a raconté que quand Alexandre venait, et qu’il disait bonjour à elle et à ses amies, elles étaient comme pétrifiées.
Le refrain d’un des cantiques préférés d’Yvonne était :
" J’ai tant péché, pardonne-moi, j’ai tant pleuré, console-moi, j’ai tant lutté, ô sauve-moi, Dieu de clémence, je viens à toi.
Elle le chantait souvent avec sa voix cassée.
Elle avait conscience qu’elle avait beaucoup péché, mais elle avait beaucoup aimé Dieu.
Je me suis souvent demandé ce que j’aurais dit si Alexandre m’avait demandé de témoigner. Je pense que ce jour-là, j’aurais dit : " Je veux me convertir, je veux marcher avec Dieu. "
Grâce à Dieu, 2 ans plus tard, à Houplines, j’ai pris la décision de suivre Jésus-Christ. Amen.
Témoignage de René LIEFOGHE
Comme beaucoup, je passais le samedi soir à jouer au billard russe.
Ce soir-là, le cabaretier me dit : " Je pense avoir la visite d’un guérisseur, je te présenterai à lui, car, comme tu es chauve, il pourra prier pour toi. "
Il a prié pour moi, et j’ai été guéri en un instant d’un abcès de la bouche.
Le guérisseur était en effet Alexandre Engrand, l’évangéliste.
Il prêchait l’Evangile et priait pour les malades.
Il me dit : " Tes cheveux sont bien partis définitivement mais ce qui te serait salutaire, ce serait des cheveux spirituels. "
Il ajouta : " Nous sommes tous fils de Dieu, et il nous faut au travers des inconvénients physiques, rechercher la foi, connaître Dieu et le solliciter afin qu’il nous accompagne tous les jours de notre vie terrestre. "
Et il me donna un Nouveau Testament.
Par la lecture du Nouveau Testament, je compris que Dieu est amour, et qu’Il nous a sauvé en envoyant son fils Jésus mourir sur le bois de la croix, pour nous sauver de nos péchés.
Un autre petit fait de la vie de René Liefoghe.
Quand il ne connaissait pas Dieu, il passait souvent devant une salle protestante de monsieur Nick, où une Bible était exposée et ouverte dans une vitrine.
Alors il changeait de trottoir pour ne pas passer près de la Bible.
Mais après avoir connu l’Evangile, la Bible était sa nourriture journalière.
Témoignage d'Antoinette LAHAYE
Quelques faits me sont restés en mémoire, mais ce fut à l’âge de 5 ans que je vis ma mère décéder de la tuberculose.
Mon père avait disparu.
Ma mère qui était déjà veuve avec 3 enfants, s’étant remariée, des membres de ma famille sont venus me chercher et m’ont adoptée.
Je leur dois une grande reconnaissance.
C’était une famille pauvre mais honnête.
En ce temps-là, lors de mon premier bal, ma première danse, je fis connaissance avec celui qui allait devenir mon mari, 3 ans après.
Mariage très heureux, naissance de notre premier enfant René.
Nous étions une famille très unie ainsi qu’avec la belle-famille.
Ce fut vers 1937, 1938 que les premières difficultés sont arrivées, avec la maladie de mon mari, la tuberculose avec pneumothorax en 1939.
En traitement pendant 2 ans environ et en 1941, année cruciale car il n’y avait plus de remède.
C’est alors que des cousines, dont l’une qui fut un ange du Seigneur pour nous, nous annoncèrent qu’un évangéliste faisait des miracles au nom de Jésus.
Nous l’avons invité. C’était Alexandre Engrand.
Il fut pour nous l’un d’entre les mille dont il est question dans la Parole de Dieu (Job 3 : 23), qui annonce à l’homme la Bonne Nouvelle et la voie qu’il doit suivre, afin qu’il ne tombe ni ne descende dans la fosse.
Ce fut quelques mois de doute, mais mon mari reprit le travail.
La confiance est venue et la guérison totale, suivie par l’obéissance dans les directives de Dieu. Ce fut une résurrection de nos corps, âmes et esprits.
Une vie entièrement nouvelle, les chaînes du péché sont tombées, nous avons découvert la vraie vie avec ses guérisons, ses miracles, comme le disait l’apôtre Jean :
" Nos mains ont touché et vu la grandeur de Dieu et l’amour qu’Il nous témoignait et une crainte respectueuse de ce si grand salut, crainte aussi de Lui déplaire. "
Alexandre était aussi un prophète
Lors d’une réunion chez nous à Saint Pol sur Mer, un comptable présent à une réunion fut prié par Alexandre de retourner chez lui, car sa belle-mère venait de mourir.
Nous avions senti à plusieurs cette odeur de mort.
Cela nous fut donné plusieurs fois.
La crainte de Dieu était forte au milieu de nous et ne nous a jamais quittés.
Mais c’est vrai aussi que nous avons goûté les merveilleuses richesses de l’amour de Dieu.
D’autres expériences :
Lors d’une tournée avec Alexandre, ayant pris le train pour Hazebrouck, je n’avais pas mon laisser passer.
Cela était risqué à l’époque à cause des contrôles de l’armée allemande.
Mais comme c’était le plan de Dieu, je ne devais pas m’inquiéter.
A peine étions nous installés dans le train, l’officier allemand étant là, tous les voyageurs ont dû présenter leur passeport et moi, que faire ?
L’officier ne m’a pas vue, mais selon l’humour de Dieu, le compartiment étant bondé, tous ont eu le droit d’entendre la Parole de Dieu par Alexandre.
Ils ont tous reçu un Nouveau Testament.
A notre arrivée à Hazebrouck, nous sommes descendus dans une ferme, où l’on a demandé que l’on prie pour un cheval qui ne se levait plus.
Cela n’a pas duré longtemps, mais par contre, ce fut pour les fermiers un moment où ils subirent une cure d’âme en règle, suivie d’un moment de bénédiction de la part de Dieu.