Livrets 261-280
Le vieux manteau
- N’aurez-vous donc pas un manteau neuf cet hiver ? le vôtre est tout à fait passé de mode !
Ainsi me parlaient mes amis, il y a trois ans,
Et sans y réfléchir davantage, je convins avec eux qu’il me fallait un manteau neuf et je mis de côté pour le faire deux cent francs de mes modestes rentes.
Mais, au moment d’acheter le manteau, j’appris qu’une de mes voisines, femme pauvre et dont le fils avait dissipé les modiques ressources, souffrait à l’entrée de l’hiver de mille nécessités pressantes.
Le plus indispensable, c’était un nouveau fourneau à la place du vieux poêle disloqué, qui enfumait sa cuisine et consumait son bois sans la réchauffer.
Le vieux manteau et le fourneau neuf commencèrent à se balancer dans mon esprit.
A la fin, je renonçai au manteau et j’achetai le fourneau, qui fut placé chez ma voisine.
L’hiver se fit rudement ressentir et j’allai souvent la visiter et me chauffer chez elle.
Un jour, en arrivant à sa porte, j’entendis des prières et des bénédictions pour ceux qui s’étaient souvenus d’elle dans sa misère.
Combien mon cœur fut touché et réjoui !
Il le fut bien plus encore quand plus tard la bonne femme put recueillir dans sa chaude cuisine une parente malade et son enfant, et la soigner dans cette rude saison.
Ah ! mon vieux manteau possédait alors une beauté et une chaleur que sa forme arriérée ne pouvait lui ôter.
Il y a deux ans, mes amis revinrent à la charge :
- Il va sans dire que vous aurez cet hiver un nouveau manteau. On en fait cette année de si commodes !
- Je le pense, répondis-je.
Et en effet, je sortis un jour pour en choisir un.
Mais dans la rue, je reçois une lettre d’un ami éloigné qui déplorait le dénuement où était la bibliothèque paroissiale de son pasteur et qui m’en donnait le maigre catalogue.
Et la lettre ajoutait : Une somme de deux cents francs, appliquée à l’achat de bons livres, ferait, dans la région isolée où vit le pasteur, un bien incalculable.
Voilà donc un nouveau rival pour le manteau neuf.
Quand je songeais aux ressources chétives de ce serviteur dévoué de Jésus-Christ, et au bien que des livres pourraient faire pendant les longues soirées de l’hiver dans cette paroisse reculée, ma conscience et mon cœur plaidaient en faveur des livres.
Je consacrai donc mes deux cents francs à cet achat ; et plus tard j’appris combien cet envoi avait réjoui et encouragé le cœur du pasteur ; comment les livres avaient passé de maison en maison et, sous la bénédiction de Dieu, avancé son règne dans toute la contrée.
Les couleurs fanées de mon vieux manteau me semblèrent alors briller d’un nouveau lustre.
Enfin, il y a un an que le sujet du manteau neuf fut repris de nouveau par mes amis avec insistance.
Les mêmes préliminaires furent faits et le manteau était presque acheté, lorsque la triste position d’un jeune homme luttant contre les difficultés sans nombre pour se vouer au saint ministère vint à ma connaissance.
Ne se trouvera-t-il point quelque ami chrétien pour l’appuyer de sa sympathie et venir à son aide ?
L’appel était irrésistible.
Oui, au nom du Seigneur, je l’aiderai !
Le vieux manteau et moi ne sommes donc point encore séparés.
Que surviendra-t-il pour rompre ou resserrer nos liens ?
Je ne puis le dire. Mais, quoi qu’il arrive, le vieux manteau m’aura donné une grande leçon trop oubliée d’économie, de charité et de bonheur.
" Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. "
" Invoque-moi au jour de la détresse, Je t'en délivrerai et tu me glorifieras "
J’ai connu, dit Anna Shipton, la femme d’un fermier qui habitait près d’un village situé dans une des plus pittoresques vallée d’Angleterre.
Elle était faible et maladive, incapable de seconder son mari dans les travaux, même les moins pénibles de la ferme.
Leur situation était précaire, et il vint un moment où, à la suite de mauvaises récoltes, la pénurie d’argent fut si grande que le fermier en rentrant pour dîner, un jour, ne trouva pas même du pain sur la table.
Sa femme avait prié Dieu toute la matinée de venir à leur aide, et la foi de cette humble chrétienne ne faiblissait pas dans l’épreuve.
Le ménage n’avait jamais fait la moindre dette.
Il y avait bien deux ou trois fromages dans la cave, mais ils devaient être vendus à la foire quelques jours plus tard ; en manger un serait une perte sèche.
- Si seulement Johnston voulait me payer ce qu’il me doit ! soupira le fermier : nous pourrions attendre jusque après la foire. Mais j’ai cessé de lui réclamer mon argent, car c’est tout à fait inutile. Il n’y a pas à tortiller, va prendre un fromage, je ne puis jeûner plus longtemps.
- Attends encore un instant répondit la femme, laisse-moi dire au Seigneur que le secours n’est pas encore venu.
Sur ce, elle se retira dans sa chambre pour prier encore une fois.
Quand elle revint, son mari avait déjà placé sur la table le précieux fromage et s’apprêtait à en couper une tranche.
- Attends, s’écria la femme en lui retenant la main, je vois un homme qui traverse le champ là-bas ; je suis sûre que c’est Dieu qui nous l’envoie !
Le fermier alla près de la fenêtre et s’écria :
- C’est Johnston !
C’était en effet le débiteur, qui arrivait à pas pressés, comme si quelque affaire de la plus grande importance l’amenait.
Haletant, essoufflé, il posa 30 schillings sur la table, puis voyant les assiettes vides, l’absence de pain, il parut confus et s’écria :
- Pardonnez-moi, il y a bien longtemps que je vous dois cette somme. J’aurais pu vous payer il y a déjà quelque temps ; mais je voulais employer l’argent à une autre chose. J’ai loué hier un cheval pour mener ma famille au bord de la mer et y passer quelques jours.
Pendant la nuit, le cheval est tombé malade et j’ai vu qu’il fallait le renvoyer au propriétaire. Alors je me suis souvenu de ma dette et j’ai été tourmenté par ma conscience à ce sujet. Tant il y a que je n’ai pu tarder davantage à la payer et je suis venu m’acquitter.
Il est inutile d’ajouter que la joie du fermier et la reconnaissance de sa femme envers son Père céleste s’exhalèrent librement après le départ de Johnston. " Invoque-moi au jour de la détresse, je t’en délivrerai et tu me glorifieras. "
Ce que peut la foi d'un enfant
Un digne magistrat raconte qu’à l’époque où il faisait ses études, il était athée et pensait qu’un homme intelligent ne pouvait guère croire en Dieu.
Plus tard, marié et père de famille, il a pourtant fait élever ses enfants chrétiennement, parce qu’il appréciait l’influence de la religion pour retenir les jeunes gens dans la bonne voie.
Un soir, raconte-t-il, ma femme m’apprend que notre petit Charles a été très méchant pendant le jour.
J’appelle l’enfant, je le gronde sévèrement et je l’envoie coucher, la mine sérieuse.
Il se met au lit et reste d’abord tranquille ; puis, tout à coup, il se met à pleurer et à sangloter.
Je vais à lui, et je lui demande : " Pourquoi pleures-tu ?
- Oh ! papa, s’écrie-t-il en sanglotant, les anges ?
- Les anges ? Eh bien quoi, les anges ?
- Les anges ont écrit ça dans le livre du bon Dieu ? "
Sa voix se perdait dans les sanglots.
"- Ecrit quoi ?
- Comme j’ai été méchant.
- Oui, lui dis-je, ils l’ont écrit ; voilà ce qui arrive quand on n’obéit pas à sa mère.
- Ah ! papa, est-ce qu’on ne peut pas l’effacer de ce livre, dit l’enfant, en me regardant d’un air suppliant, le visage tout inondé de larmes. "
Son désespoir me touchait ; je ne croyais ni à Dieu, ni aux anges, mais je voulais entrer dans ses idées. Je lui dis donc :
" Si mon petit Charles, cette vilaine histoire peut être effacée du livre ; mais pour ça, il faut que tu demandes pardon à Dieu.
- Oui, papa, je veux le faire, dit-il en se redressant. Il faut que je me mette à genoux, ça vaut mieux, n’est-ce pas ?
- Oui, mon cher enfant, mets-toi à genoux. "
D’un bond, le voilà hors du lit ; ses yeux brillaient.
Après un moment de réflexion, il dit :
" Père, je crois que tu devrais te mettre aussi à genoux, Dieu écoutera mieux. "
Bien embarrassé, mais ne voulant pas troubler mon enfant, je me mets à genoux à côté de lui.
" Papa, me dit-il, je crois qu’il vaut mieux que tu pries pour moi, tu sauras mieux parler à Dieu. "
Mon embarras augmentait, mais j’étais bien ému, et il se passait en moi quelque chose qui me bouleversait.
J’ai donc prié pour la première fois depuis bien longtemps.
Quand j’ai fini, Charles se lève et me dit :
" Maintenant, papa, c’est effacé du livre ?
- Oui, mon enfant.
- Avec quoi est-ce que les anges ont pu l’effacer, avec une éponge ?
- Non, Charles, avec le sang de notre Sauveur. "
L’enfant réfléchit quelques instants, puis il me dit en me regardant de ses yeux humides :
" Est-ce que tu as été aussi marqué dans ce livre ?
- Hélas, oui !
- Et maman, a-t-elle aussi commis des péchés ?
- Oui, elle aussi.
- Mais vos péchés sont effacés ? " dit-il.
J’étais saisi ; il me semblait être, non devant mon enfant, mais devant le Souverain Juge.
Tout tremblant, j’ai répondu en balbutiant :
" Oui, je l’espère, oui. "
Au même moment, quelqu’un éclatait en larmes derrière moi.
C’était ma femme qui pleurait ; elle était arrivée et avait tout entendu.
Elle s’est jetée dans mes bras, puis nous nous sommes mis à genoux, en demandant au Sauveur de nous purifier de nos péchés par son sang.
Depuis ce moment, nous aussi, nous croyons en Dieu, comme notre cher petit enfant, et les prières de ma mère, que je n’avais pas voulu entendre dans ma jeunesse, sont exaucées.
Exaucement immédiat
Dans un village de France qui porte un joli nom s’est formé, au sein d’une population très catholique, un petit groupe de chrétiens qui appartiennent, les uns à la classe ouvrière et les autres à celle des agriculteurs.
Or il se trouve qu’un jour l’un de ceux-ci devait à son voisin la somme de … 2 francs, qu’il fallait absolument payer et sans retard.
Une bagatelle, direz-vous ; mais pas pour celui dont la bourse était vide, et vide de longtemps sans espoir.
Aussi notre homme était-il bien préoccupé et presque découragé, d’autant que, membre influent de la petite congrégation, il avait à cœur de ne pas nuire en quoi que ce soit à sa bonne réputation.
Que faire donc ?
Pendant qu’il remue son petit coin de terre, le souci laboure son âme.
Mais, tout à coup, au souvenir des promesses divines, le voilà qui s’arrête, pose sa bèche, se découvre, et d’un cœur tout simple dit à son Père céleste :
" Seigneur, tu vois dans quelle situation pénible je me trouve ; et tu as déclaré, dans ta Parole, que je vaux plus que deux passereaux ; viens-moi donc en aide, ô Dieu ! Amen. "
Et ce fut tout.
Puis le cœur allégé d’un poids lourd, il se remet au travail ; après quoi, il reprend le chemin de sa chaumière, située au bord d’une route extrêmement fréquentée.
Pendant qu’un instant, arrêté sur le seuil de sa porte, il regarde les voitures qui passent, un bruit trop connu de nos jours et un tourbillon annoncent l’arrivée et le passage de l’une de ces infernales machines qui s’appellent des automobiles.
L’affreux nuage de poussière qu’elle soulève n’empêche pas notre homme de voir un objet qui s’en détache par derrière et tombe à quelques pas sur le sol.
C’est un coussin en cuir de Russie presque tout neuf.
Mais les cris d’appel, les gesticulations, tout est inutile ; comme le vent de tempête, la lourde machine s’éloigne et disparait.
Heureusement qu’à quelque distance un passage à niveau l’arrêtera peut-être : notre brave homme se le rappelle et, aussitôt, prenant son élan, avec le précieux coussin sous le bras, il court, court, et arrive à temps à portée de voix pour que cette fois-ci on l’entende et on l’attende.
Alors une dame qui est dans la voiture reçoit le coussin, remercie chaleureusement celui qui le rapporte et, pour reconnaitre un peu et la peine prise et le service rendu, demande la permission de lui remettre… quoi ?
Vous le devinez : la pièce de 2 francs tant désirée.
A peine exposé, le besoin de l’enfant de Dieu était satisfait.
Le pain de l'enfant
La femme mettait le pain sur la table quand le père entra.
Les yeux du petit changèrent aussitôt ; il avait bien faim, sa mère aussi.
Mais l’ouvrier buvait toujours, l’argent manquait.
On cachait le pain et on mangeait quand on savait loin l’ivrogne.
Ce soir-là, il rentrait plus tôt.
Grâce aux sandales qu’il portait, les deux pauvres êtres n’avaient pas entendu monter l’homme.
Lui, qui portait le nom de père, nom béni du foyer paisible et doux où s’exerce la calme autorité du chef respecté !
Ici, ce nom même était exécré !
C’est qu’ils avaient tellement souffert, la mère et l’enfant, du froid, de la faim, de la misère, de tout !
En entrant, il vit le pain qu’éclairait faiblement la lampe fumeuse où l’huile s’encrassait.
Il n’aperçut pas les visages terrifiés des deux êtres dont il broyait l’âme chaque jour !
" Ah ! fit-il gouailleur, on cache tout par ici ! Quand je suis là, rien à manger ; moi parti, l’on fait ribote ! … Donne un peu voir ! … "
- Tu n’as plus soif ? dit-elle frémissante.
Lui, n’entendait pas.
Il ne savait qu’une chose : on lui avait caché le pain et il le voulait.
Toute sa bestialité lui monta au visage.
Chacun des mots qu’il prononçait marquait une étape vers la folie alcoolique.
"- Donne-je te dis !
- Non, c’est le pain de l’enfant !
- J’ai faim !
- L’enfant aussi !
- Ah ! la vieille… "
Et alors, une lutte, des coups ! …
L’enfant qui pleure, innocent, les dents de la mère qui claquent ; enfin, l’homme vainqueur et satisfait qui mange assis près de la table, et la mère et l’enfant, dans un coin, sanglotant, le ventre vide et le cœur débordant de chagrin !
Oh ! ce pain soigneusement caché pour le petit, le voir dévorer par l’autre !
Plus d’argent pour acheter !
Ainsi, il faut passer la nuit dans cette torture !
Alors, la pauvre femme sent une main moite chatouiller son cou, elle entend une voix bien-aimée, hoquetant encore de larmes, lui dire :
- Ne pleure pas, va, maman ! Je n’ai plus faim maintenant, papa m’a guéri.
Le bon almanach
Noble exemple de fraternité
Il y a quelques années un monsieur traversant une des rues les plus fréquentées d’une grande ville remarqua la figure pâle et étirée d’un petit cireur de bottes attendant du travail.
Emu de l’air délicat de l’enfant, il se décida à lui faire cirer ses souliers et l’appela.
L’enfant arriva de suite en boîtant, mais à ce moment il fut supplanté par un autre cireur qui immédiatement se disposa à faire la besogne.
- Pourquoi cela, dit le monsieur fâché ?
- C’est ainsi, dit le nouveau venu joyeusement, Jacques vient de sortir de l’hôpital, et nous autres cireurs nous lui faisons son ouvrage à tour de rôle.
Jacques sourit, ce qui prouva au monsieur que l’histoire du gamin était vraie.
Il fut si touché de cet acte de fraternité qu’il donna à l’ami de Jacques un franc pour l’ouvrage, en lui disant de partager avec lui.
- Non, non, monsieur, répliqua promptement le jeune héros en donnant le franc au petit infirme, aucun de nous ne voudrait prendre l’argent qui revient à Jacques.
Et là-dessus il disparut.
Dieu voit
Emma en revenant de l’école, passa près d’un petit garçon qui avait mis la main entre les barreaux d’un grillage entourant un jardin, et essayait de cueillir une fleur.
- Oh ! petit garçon, dit Emma avec bonté, ne prenez-vous pas cela sans en avoir demandé la permission ?
- Personne ne me voit, répondit le bambin.
- Quelqu’un vous voit du haut du ciel bleu, dit Emma. Dieu a dit qu’il ne faut pas prendre ce qui ne nous appartient pas sans en demander la permission et vous allez lui faire de la peine si vous le faites.
- Vous croyez ? fit-il, alors je ne le ferai pas.
Il retira sa main et s’en alla.
La fillette rentra le cœur léger, se rendant compte qu’elle avait bien fait en empêchant quelqu’un de mal faire.
Je savais que Tu viendrais !
" Précieux parfum, " tel était le nom de la petite fille, se glissa doucement au bord du lit sur lequel le corps amaigri de sa maman était allongé.
- Maman, dit-elle, voilà ton repas.
La pauvre malade à grand peine, se souleva un peu et but quelques gorgées d’eau de riz.
- Merci ma chérie, murmura-t-elle, je ne sais ce que je deviendrais sans toi.
- Maman, s’écria l’enfant, te sens-tu mieux maintenant ?
La malade secoua la tête.
- Non, petit trésor, je ne suis pas mieux et il me semble que je m’affaiblis toujours plus.
" Précieux Parfum, " soupira sa mère d’une voix entrecoupée, je crois que Jésus va venir me chercher pour aller au ciel.
Puis elle ajouta doucement : Je serais tellement heureuse d’aller avec Lui, si je ne te laissais pas seule.
- Oh ! Maman, sanglota l’enfant, que deviendrai-je si Jésus t’emporte ? J’aurai trop peur toujours seule à la maison. Ne t’en va pas, Maman. Ne me laisse pas seule !
La pauvre femme caressa de sa main diaphane les cheveux noirs de l’enfant.
- Ne pleure pas, Précieux Parfum. Je voudrais rester avec toi, mais Jésus sait mieux que nous ce qu’il nous faut. N’aie pas peur. Quand je ne serai plus là, Jésus prendra soin de toi.
Les douces paroles rassurèrent l’enfant.
Une violente épidémie de choléra et de malaria s’était abattue sur toute cette contrée de l’Inde déjà ravagée par la famine.
Les foyers l’un après l’autre étaient visités par la mort en quelques heures.
Aucune nouvelle n’était parvenue du père de Précieux Parfum.
Son frère aîné et sa petite sœur avaient été emportés par la maladie en quelques jours.
Elle se trouvait seule avec sa maman si gravement atteinte et l’on comprend qu’elle ait été terrifiée à la pensée de rester seule.
Le lendemain matin, Précieux Parfum s’éveilla pétrifiée d’horreur : sa mère était allongée sans vie sur le grabat.
Elle toucha la main étendue vers elle en dernier signe de protection.
Elle était glacée.
Pendant la nuit, l’âme de la maman avait laissé son enveloppe mortelle et la petite, elle, se trouvait seule.
Les voisins ensevelirent le corps et, après l’enterrement, Précieux parfum reprit le chemin de sa maison désormais vide et triste.
Personne ne paraissait se souvenir d’elle.
Ceux qui avaient enseveli sa mère, avaient eux-mêmes trop de deuils et de douleur dans leurs propres foyers pour penser à la petite orpheline.
" Maintenant, Jésus viendra bientôt me prendre " se dit-elle.
Elle se lava la figure, mit ses plus beaux habits et attendit…. Jusqu’à ce que l’interminable journée touchât à sa fin et que les ombres du soir eussent rempli la maison.
Soudain, elle se sentit pétrifiée à la pensée de passer une autre nuit toute seule.
Elle sortit, traversa en courant le village silencieux et s’arrêta au pied de la montagne solitaire où se trouvait la tombe de sa mère.
Elle se jeta sur la tombe et cria :
- Maman, Maman, pourquoi m’as-tu laissée Seule ? Tu m’as dit que Jésus s’occuperait de moi, mais Il n’est pas venu. Peut-être qu’Il m’a oubliée…. Oh ! j’ai si peur…. Je suis toute seule ! Maman, que dois-je faire ?
C’est à ce moment précis qu’un vieux pasteur passait sur le sentier étroit, au bas de la montagne.
Il allait à pas pressés, car il avait hâte de regagner sa demeure.
C’était la première fois qu’il empruntait cette route et il n’aurait pas su dire pourquoi il avait choisi cette direction aujourd’hui.
C’était folie, de sa part, car il pourrait bien s’égarer dans l’obscurité…
Soudain, il arriva auprès de l’enfant en pleurs.
Dès qu’elle le vit, elle se leva et cria :
- Oh ! Jésus, enfin tu es arrivé. Maman m’a dit que tu t’occuperais de moi quand elle serait au ciel. Mais pourquoi as-tu tellement tardé ? Si tu savais comme j’étais seule et j’avais si peur ! Mais maintenant tu es là, alors tout va bien.
Le vieux monsieur se trouva fort embarrassé pendant quelques minutes, tandis que la petite fille continuait toujours à lui expliquer combien elle était heureuse qu’il soit venu…
Alors, il commença à comprendre la triste histoire et l’enfant partit heureuse avec le pasteur, sûre que Jésus prenait soin d’elle, comme sa maman lui avait dit.
Et je crois que Jésus s’occupait de sa petite brebis ; vous aussi, n’est-ce pas ?
Précieux Parfum est une fleur, parmi des millions, qui s’écrient : " Je savais que tu viendrais ! "
Jésus peut venir seulement si nous allons vers Lui.
V. H. R. MILLS
Missionary Action
Dieu vous cherche
Lecture proposée :
" Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, ne leur imputant pas leurs fautes et mettant en nous la parole de la réconciliation.
Nous sommes donc ambassadeurs pour Christ, - Dieu, pour ainsi dire, exhortant par notre moyen ; nous supplions pour Christ : Soyez réconciliés avec Dieu ! " (2 Corinthiens, chapitre 5, versets 19 et 20).
Dans une contrée sauvage du Kurdistan, règne encore la coutume de la vengeance du sang.
Au cours d’une querelle, un homme en tua un autre et prit aussitôt la fuite, persuadé que le fils de sa victime voudrait venger son père.
Effectivement celui-ci se mit sur ses traces.
La traque se poursuivit pendant plusieurs semaines jusqu’au jour où le fugitif, harassé et affamé, s’endormit de fatigue sans avoir pris la précaution de trouver une cachette sûre.
Il se réveilla en sursaut au contact d’une main sur son épaule.
Alors il capitula : " Je suis à bout, je ne peux plus fuir ; tue-moi maintenant, car c’est ce que je mérite. "
Alors le fils de sa victime lui répondit : " Ecoute-moi ; je ne t’ai pas poursuivi tout ce temps pour me venger, mais pour te dire que je suis chrétien. J’ai appris ce que c’est que le pardon. Viens, rentre avec moi et vivons en paix ! "
Beaucoup de personnes dans ce monde sont comme ce meurtrier.
Conscientes d’avoir offensé Dieu par leurs péchés, elles voudraient se cacher et ne pas avoir affaire avec Lui.
Mais Dieu ne les abandonne pas.
Il veut les rattraper, non pas comme un Juge, mais comme un Sauveur ; son pardon est pour tous ceux qui en sentent le besoin et acceptent simplement que " le sang de Jésus-Christ son Fils nous purifie de tout péché " (1 Jean, chapitre 1, verset 7).
Il veut libérer chaque homme du poids de sa culpabilité et de sa peur d’un juste jugement.
Si vous lisez ces lignes, n’attendez pas pour être réconciliés avec Dieu, acceptez son pardon !
Feuillet de calendrier "La Bonne Semence " - 15 janvier 2003
Silence ! Tais-toi !
Tel est l’ordre que Jésus donna à la mer de Génésareth, alors que, démontée par la violence d’un tourbillon, elle était sur le point d’engloutir la barque qui portait le Maître et ses disciples.
Il avait d’abord menacé le vent…" Et le vent cessa, nous dit le texte (Marc, chapitre 5, verset 39), et il y eu un grand calme. "
Des tempêtes de divers genres grondent dans bien des cœurs individuels, comme au sein de notre génération contemporaine désemparée.
Le moment arrive où leurs détresses les pousseront à faire appel au Maître qui semble n’y pas prêter attention.
Alors, du même geste souverain, il menacera le vent et dira à la mer : Silence, tais-toi !
Et un grand calme s’établira qui pacifiera les cœurs angoissés et déchirés.
Plus qu’aucune autre, notre génération a besoin de retrouver le calme que le démon de la vitesse est en train de détruire. Inutile d’entrer dans les détails.
En ce qui concerne l’Eglise de Jésus-Christ qui, cependant, sur nombre de points est bien lente à lutter de vitesse avec les puissances malfaisantes et destructives, j’ai l’impression très nette qu’elle aussi a grand besoin de faire une cure de silence !
Ne serait-ce qu’en raison de la multitude des paroles qui jaillissent dans son sein !
Oh ! que de longs discours, que de " prières éloquentes ", que de rapports étendus, que de discussions sans fin, que de bavardages inutiles !
Que de perte de temps en palabres et en parlottes qui demeurent sans résultats effectifs !
Vous avez un urgent besoin d’écouter tout à nouveau, ou pour la première fois, la parole des prophètes proclamant au peuple de Dieu, de la part de l’Eternel, entre autres choses ce qui suit :
Silence devant le Seigneur, l’Eternel ! Car le jour de l’Eternel est proche (Sophonie, chapitre 1, verset 7).
L’Eternel est dans son saint temple. Que toute la terre fasse silence devant lui ! (Habacuc, chapitre 2, verset 20).
Que toute chair fasse silence devant l’Eternel ! Car il s’est réveillé de sa demeure sainte (Zacharie, chapitre 2, verset 13).
Il me semble que le Chef de l’Eglise passe en ce moment sur le front de bataille de ses troupes – toutes sont-elles équipées et prêtes pour la grande offensive contre les armées du mal ? – et leur jette tout d’abord l’ordre de faire silence sur toute la ligne !
Silence ! Tais-toi ! Aurons-nous le front de répliquer et de continuer à remplir l’air de nos paroles déplacées ?
Dieu fasse que nous imitions la mer de Génésareth et qu’un grand calme succède à la tempête de nos résistances !
Droit au but
La perfection chrétienne
Tout l’enseignement du Seigneur Jésus est une révélation des ambitions sublimes que Dieu a pour nous.
Pourquoi a-t-il l’audace de nous ordonner à nous, créatures déchues, impuissantes, mortelles, d’être parfaites comme notre Père céleste est parfait ?
C’est parce que nous sommes d’origine divine et que Dieu est non seulement notre Créateur, mais aussi notre Père.
C’est la grande révélation que Jésus a apportée au monde.
En nous révélant Dieu comme Père des créatures humaines, le Sauveur a initié la terre au plus profond secret du ciel.
En dehors de cette vérité, toute idée que l’homme se fait de Dieu est imparfaite ou imaginaire.
Avant Jésus-Christ, cette vérité d’un Dieu-Père était inconnue dans ce monde : elle n’avait jamais éclairé, réjoui, fortifié une créature humaine.
Traverser la vie avec ses déceptions, ses peines, ses chagrins, ses inquiétudes, ses souffrances, ses tentations, ses remords, ses maladies, ses deuils, et la mort qui nous attend, suivie du jugement, sans un Père, quelle détresse et quelle misère !
Mais pour celui qui est réconcilié avec Dieu par Jésus-Christ et qui a compris par le Saint-Esprit cette précieuse vérité : J’AI UN PERE ! un Père tout puissant, qui m’aime plus que je m’aime, qui s’intéresse à moi plus que moi, qui est en détresse dans toutes mes détresses, qui veut mon vrai bonheur et qui y travaille sans cesse, quelle lumière dans la vie, quelles consolations dans les épreuves, quelle reconnaissance infinie, quelle espérance sublime !
En même temps quelle soif de sainteté cette révélation crée dans l’âme et quelle source d’inépuisables et infinies bénédictions !
C’est parce que nous sommes les enfants du Père céleste que Jésus nous dit :" Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et les injustes…. Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait. "
C’est encore pour cette raison qu’Il nous appelle à un renoncement absolu en nous invitant à arracher l’œil qui nous fait tomber dans le péché, à nous couper le bras qui est pour nous une occasion de chute.
En d’autres termes, fais disparaitre de ta vie tout ce qui ne me ressemble pas, tout ce qui ne peut entrer dans mon ciel.
Nous sommes donc de la famille de Dieu.
C’est pourquoi rien de terrestre et de fini ne peut nous satisfaire.
Avoir ne peut remplir notre cœur.
Faire non plus. Il faut ETRE, être semblable à Dieu, être parfait.
La parole du Sauveur nous révèle sa grande préoccupation à notre égard.
Ne l’entendez-vous pas vous dire : mon frère, ma sœur, mon racheté, sache que ma volonté à ton égard, ma pensée d’amour, c’est que tu sois parfait comme ton Père céleste.
C’est dans ce but que j’ai quitté le ciel pour revêtir la nature humaine et gravir le Calvaire.
C’est là ma volonté. Est-ce aussi la tienne ?
Dans son entretien avec Nicodème, Jésus affirme l’absolue nécessité de la nouvelle naissance.
" En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d’eau, il ne peut voir le royaume de Dieu ; si un homme ne naît d’eau et d’esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. "
Dans le sermon sur la montagne, il va plus loin ; il nous invite à entrer dans une vie d’amour parfait, de sainteté parfaite, d’obéissance parfaite, de renoncement parfait, de joie parfaite.
Et qu’est-ce que la perfection sinon la fidélité à toutes nos lumières.
Dieu ne peut nous demander plus ; il ne peut nous demander moins.
Si nous sommes fidèles à nos lumières d’aujourd’hui, Dieu nous en donnera demain de nouvelles, et il s’agira d’élever notre vie à la hauteur de ces nouvelles lumières, et d’aller ainsi de fidélité en fidélité jusqu’au jour de notre entrée dans la gloire.
Quand nous réfléchissons sérieusement à ce que le Sauveur est venu faire ici-bas, nous comprenons que son ordre est moins une exigence qu’un refuge qu’il nous offre, et une promesse qu’il nous fait.
Tout ce qu’il nous ordonne, il nous le donne si nous nous confions en lui.
Remarquons aussi que ce qu’il nous demande d’être, il l’a été, et il a eu des imitateurs en grand nombre.
" Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ", a-t-il dit sur la croix en priant pour ses bourreaux.
Et Etienne lapidé prie pour ses meurtriers en disant : " Seigneur, ne leur impute pas ce péché. "
Le caractère d’Etienne porte l’empreinte parfaite du caractère de Jésus.
" Soyez parfaits… " a dit le Maître, doux et humble de cœur. Et Paul s’écrie : " Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas l’amour, je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit. Et quand j’aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien.
Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brulé, si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert de rien… "
Et cet amour déborde si abondamment de son cœur, son caractère ressemble si bien au caractère de Jésus qu’il voudrait lui-même être anathème, maudit, séparé de Christ pour que ses frères les Israélites soient sauvés (Romains, chapitre 9, versets 1 à 4).
Car être parfait, c’est aimer parfaitement. Et aimer, c’est s’oublier, c’est se sacrifier, c’est s’abaisser, c’est s’immoler.
Notre Sauveur nous veut parfait parce qu’il croit, qu’il sait que nous pouvons le devenir.
En réalité il n’y a pas de but plus facile à atteindre.
C’est même le seul but qui soit à notre portée.
Vous poursuivez la fortune, elle vous échappera ; la santé aussi ; les joies de la famille également.
Tout nous fuit et nous manque.
Mais quand tout s’écroule, quand notre santé s’en va, quand nos bien-aimés meurent, quand les déceptions et l’affliction nous écrasent, si nous vivons une vie de foi et de prière, notre ressemblance avec Dieu grandit et se fortifie de toutes nos erreurs, de toutes nos fautes et de toutes nos souffrances.
Oh ! vérité sublime, grâce des grâces, la seule chose nécessaire, indispensable, est la seule qui soit à notre portée ! oh ! bénédiction trois fois sacrée, par la prière, par l’étude de la Parole de Dieu, par l’obéissance de la foi, par l’esprit de sacrifice, par l’amour de la vérité, je puis tous les jours m’enrichir de perfection, c’est-à-dire de Dieu.
Nous avons écouté Jésus et contemplé la cime lumineuse.
Qui veut la gravir ?
Monter chaque jour vers plus de lumière, de sainteté et d’amour, c’est vivre une vie noble, pure et libre, la seule vie digne de nous et digne de Dieu.
S. DELATTRE
Boite aux questions bibliques
Question :
Que pensez-vous du devoir de la libéralité chrétienne ?
Réponse :
" Apportez à la maison du trésor toutes les dîmes,
Afin qu’il y ait de la nourriture dans ma maison ;
Mettez-moi de la sorte à l’épreuve,
Dit l’Eternel des armées.
Et vous verrez si je n’ouvre pas pour vous les écluses des cieux,
Si je ne répands pas sur vous la bénédiction en abondance. "
(Malachie, chapitre 3, verset 10)
Il en est qui lisent cette promesse et réclament son accomplissement sans remarquer la condition sur laquelle repose cette promesse.
Nous ne pouvons espérer voir le ciel s’ouvrir et la bénédiction se répandre si nous n’apportons pas au Seigneur notre Dieu, pour sa cause, ce qui lui est dû.
On ne manquerait pas de fonds pour les œuvres saintes si tous ceux qui se disent chrétiens prélevaient sur leurs revenus une part juste – la dîme de l’Eternel – et l’apportaient " à la maison du trésor. "
Beaucoup d’individus sont pauvres parce qu’ils ne font pas la part de Dieu.
Beaucoup d’Eglises aussi ne sont pas visitées par l’Esprit, parce qu’elles laissent leurs pasteurs dans la pénurie.
S’il n’y a pas de nourriture temporelle pour les serviteurs de Dieu, pouvons-nous nous étonner si leur ministère ne fournit que peu d’aliment à nos âmes ?
Quand les missions souffrent faute de moyens indispensables, et que l’œuvre du Seigneur est arrêtée parce que la caisse est vide, comment espèrerions-nous une large somme de prospérité d’âmes ?
" Voyons, qu’ai-je donné dernièrement ? Ai-je été mesquin envers mon Dieu ? Ai-je fait tort à mon Sauveur ?
Ah ! cela ne doit pas être ! Le Seigneur Jésus a droit à sa dîme pour secourir les pauvres, pour avancer son royaume, aider sa cause.
Alors – seulement alors – je pourrai mettre à l’épreuve son pouvoir de me bénir sur une grande échelle. "
La conversion de l'éthiopien
Il y a des heures qui valent des années ; tels sont les moments où se prennent les grandes décisions de la volonté.
C’est là ce qui se passe pour cet Ethiopien.
Bien peu de temps s’est écoulé depuis qu’il a rencontré Philippe, et déjà, son âme est tout entière gagnée à Jésus-Christ.
Il a entendu parler de l’acte qui doit marquer tous les disciples du Crucifié, et dès qu’il voit paraître sur son chemin une source jaillissante : " Voici de l’eau, dit-il, qu’est-ce qui empêche que je sois baptisé ? "
Ce qui t’empêche, imprudent, mais c’est tout ton avenir ici-bas !
Ce qui t’empêche, c’est ta réputation tout d’abord, qui va être attaquée lorsque tu retourneras dans ton pays, en y portant l’opprobre de Jésus-Christ !
Ce qui t’empêche, c’est ta position brillante qui te met en butte à tous les regards et à tous les jugements !
As-tu consulté tes intérêts ?
Sais-tu à quoi tu t’exposes en suivant cette foi nouvelle ?
Ne prends-tu pas pour une conviction ce qui n’est qu’un ébranlement passager ?
Le connais-tu, ce Philippe, cet étranger qui t’a raconté l’histoire du Christ ?
Est-ce sur la foi de ce récit que tu peux accomplir un acte dont les conséquences vont porter sur ta vie entière ? ...
Vois la route que tu vas suivre ; elle est arrosée déjà du sang des martyrs.
N’importe !
Il veut être baptisé.
Comme un soldat qui s’engage, par un serment solennel à mourir, s’il le faut, pour son drapeau, il veut, par cet acte public, se lier irrévocablement au service de Jésus-Christ ; il reçoit le baptême et, plein de joie, il s’avance dans la carrière nouvelle et redoutable où il va rencontrer le martyre, peut-être, mais très certainement la paix divine et le bonheur éternel.
Faisons ici un retour sur nous-même…
Souvenons-nous du jour où nous avons résolu de revenir à Dieu.
Notre résolution a-t-elle ressemblé à celle de cet Ethiopien ?
Le même cri est-il sorti de notre bouche ?
Avons-nous dit comme lui : " Qu’est-ce ce qui empêche que je sois chrétien ? "
A cette question avons-nous répondu comme lui en nous consacrant aussitôt au service de la Vérité ? …
Qu’il est rare parmi nous, ce sacrifice vivant offert avec une franche volonté et auquel le Seigneur prend tout son plaisir !
Nous lui avons disputé peut-être notre cœur pièce à pièce ; aujourd’hui encore nous le lui marchandons.
Ah ! ne sommes-nous pas fatigués de cette longue ingratitude, de cette continuelle résistance, qui ne nous fait trouver ni paix, ni joie ?
Est-ce ainsi que nous voulons servir Celui qui s’est si complètement donné à nous ?
Je supplie ceux dont le cœur reste froid en présence de cette conversion, de rentrer en eux-mêmes, de se poser, dans le recueillement, la question que l’Ethiopien adresse à Philippe : " Qu’est-ce qui empêche que je sois chrétien ? " et d’écouter avec droiture la réponse de leur conscience.
Qu’est-ce qui s’oppose à ce que vous reveniez à Dieu par le repentir et la foi ?
Qu’est-ce qui s’oppose à ce que vous acceptiez la parole de Christ comme celle de la vie éternelle ?
Est-ce une raison d’un ordre supérieur et vrai ?
Est-ce votre intelligence, votre conscience ou votre cœur qui vous le défendent !
Etes-vous sûrs, absolument sûrs qu’aucun autre motif ne vous détermine ici ?
Ah ! permettez-moi de vous le dire, au risque de vous blesser, parmi les causes qui nous éloignent de Dieu, les plus puissantes et les plus décisives ne sont pas toujours celles que l’on allègue.
Rencontrer Dieu, c’est trouver un maitre, et voilà ce qui effraye notre égoïsme, notre sensualité, notre orgueil.
Ce qui nous empêche de devenir chrétiens, ce sont, le plus souvent, les résistances de cette nature que le Christianisme veut dompter et convertir, c’est avant tout la répugnance que nous inspire l’idée du sacrifice complet que Dieu attend de nous.
Or ce sacrifice qui nous révolte, tôt ou tard, il faudra l’accomplir.
Il faudra le faire un jour dans la confusion et dans l’angoisse si nous n’avons pas voulu le faire dans le repentir et l’amour ; nous serions frappés par la justice de Dieu, si nous n’avions pas été touchés par sa miséricorde.
Et pourtant, la joie était là, dans cette immolation volontaire, dans cette soumission sans réserve à Dieu.
L’Ethiopien partit " plein de joie. "
Plein de joie… et cependant, c’était vers la souffrance, vers la mort qu’il marchait.
Mais il sentait son âme pénétrée de ce bonheur profond qui suit toutes les décisions franches, tous les sacrifices que Dieu demande, si âpres qu’ils puissent sembler tout d’abord.
Il savourait déjà l’héroïque douceur promise par Christ à ceux qui souffrent pour la vérité.
Pourquoi cette joie ne serait-elle pas la vôtre ?
Longtemps peut-être vous avez réfléchi à tout ce qui vous empêchait de devenir chrétien.
Eh ! bien, toutes ces raisons, toutes ces excuses, toutes ces difficultés, tous ces sophismes, rassemblez-les encore, mais que ce soit pour les jeter sous les pieds de votre Sauveur.
Alors descendra sur vous le baptême du Saint-Esprit qui retrempera votre âme, alors vous marcherez dans la sainte ardeur de l’espérance que rien ne peut confondre et de la foi qui rend victorieux.
Eugène BERSIER (1)
(1) L’Ethiopien
Mots d'enfants
Un petit garçon de la ville était, pour la première fois, en visite à une ferme.
Il vit la fermière plumer un poulet, et dit, stupéfait : " Oh ! est-ce que vous les déshabillez tous les soirs ? "
René reçut de sa mère un œuf tout frais et encore chaud, qu’elle venait de prendre au poulailler.
" Va le porter à la cuisine et tu diras à Louise de te le cuire pour ton déjeuner ", dit-elle.
- Mais maman, il est tout chaud ; la poule doit déjà l’avoir cuit pour nous.
Le petit Jules donna une balle à sa sœur, pour cadeau d’anniversaire.
Le lendemain, sa mère l’entendit qui redemande la balle.
- Mais Jules, dit-elle, la balle est à Cécile, puisque tu la lui as donnée en cadeau.
- Oui, fit-il, mais c’était hier. C’est pas aujourd’hui son anniversaire.
La petite Emilie était allée chez des amis où il y avait un chien qui vint près d’elle pour se faire caresser et qui lui lécha amicalement la main.
- Maman, dit-elle, le chien de Madame Gauthier m’aime bien.
- Comment le sais-tu, chérie ?
- Parce qu’il m’a goûtée et puis il a remué la queue.
Une dame qui est institutrice rencontra un jour, en ville, sa nièce, une fillette de la campagne et lui demanda si elle allait à une partie de plaisir qu’une dame bienfaisante avait organisée pour les écoliers et écolières de la région.
- Non, j’y vas pas, répondit la fillette.
- Ma chère enfant, il faut te corriger de tes fautes de langages. On doit dire : Je n’y vais pas ; puis ; tu n’y vas pas, il n’y va pas, nous n’y allons pas, vous n’y allez pas, ils n’y vont pas. As-tu compris ?
- Ben sûr, que j’ai compris… Y a personne qui y allont !
On raconte une jolie anecdote sur une petite-fille du Principal Rrainy qui a été une des figures marquantes de l’Eglise presbytérienne unie d’Ecosse.
La mère de la fillette racontait à celle-ci l’histoire de la création du monde – comment, après que Dieu eut fait l’homme, il regarda toute son œuvre et vit que tout était très bon – lorsque la petite fille, l’interrompant, dit :
" Quand Il a eu fini de faire grand-papa, Il doit avoir dit : ça, c’est un bon, en tout cas. "
Un docteur prescrivit le repos et un changement d’air à une petite fille dont le système, dit-il, était un peu sens dessus-dessous.
Quand il fut parti, l’enfant s’écria :
- Je savais bien que j’étais sens dessus-dessous, parce que mon pied est endormi, et il faut que les choses soient bien dérangées pour qu’on s’endorme du mauvais côté !
" Voyons, toi, Wilfred, dit le moniteur, peux-tu me dire pourquoi Satan a tenté Eve d’abord ?
- Oh ! je suppose qu’il voulait être poli, répondit Wilfred. Les dames doivent passer avant, vous savez. "
Petite Claire :
- Quoi que c’est fiction, dis, Dédé ?
André :
- Papa dit que c’est une histoire où l’on dit à la fin : " Ils se sont mariés et ont vécu toujours heureux après. "
A l’école du dimanche
Deux tout petits se présentent pour la première fois à l’école du dimanche avec l’air emprunté des " nouveaux. "
- Comment vous appelez-vous, mes enfants ? demande avec bienveillance le secrétaire.
- Léonie Schmitd, fait une petite voix flûtée.
- Léon Schmitd, grogne le garçon.
- Vous êtes, évidemment, frère et sœur, dit le secrétaire.
- Pas du tout, rétorque le garçon rudement. Nous sommes des jumeaux.
Dénoncé par une poupée
Lectures proposées :
" Sachez que votre péché vous trouvera " (Nombres, chapitre 32, verset 23).
" Il n’y a aucune créature qui soit cachée devant lui (Dieu) mais toutes choses sont nues et découvertes aux yeux de celui à qui nous avons affaire " (Hébreux, chapitre 4, verset 13).
Un garçon, nommé Jean, se disputait régulièrement avec Catherine, la petite voisine.
Un jour, à la suite d’une violente querelle, il décide de se venger.
Ce matin-là, il voit la poupée chérie de la fillette abandonnée sur la pelouse.
C’était un jouet en chiffon bourré de grains, confectionné par la mère de l’enfant.
En cachette il va l’enterrer dans un coin du jardin.
Grands cris de Catherine quand elle vient chercher sa poupée et ne la trouve plus, petite enquête, accusations, et vigoureuses protestations d’innocence de Jean.
Quelques semaines plus tard, en rentrant de l’école, il trouve sa mère très en colère :
" Jean, c’est bien toi qui as caché et enterré la poupée de Catherine ! "
Consterné devant l’assurance de sa mère, il ne peut que demander : " comment est-ce que tu le sais ? "
Sans rien dire, elle entraine son fils au jardin.
Là, dans le fameux coin, une multitude de petites tiges vertes ont poussé, dessinant la forme d’une poupée.
Toutes les graines qui lui servaient de rembourrage, une fois en terre, ont germé.
Et la faute de Jean a été révélée.
Vol et mensonge se donnent souvent la main, le second ayant pour fonction de cacher le premier.
Mais la Bible nous rappelle qu’il viendra un jour où " Dieu jugera par Jésus-Christ les secrets des hommes " (Romains, chapitre 2, verset 16).
Efforçons-nous dès lors de vivre dans la lumière.
Feuillet de calendrier "La Bonne Semence " - 7 décembre 1998
Le moulin paresseux
Il était une fois un grand vieux moulin à vent.
Il appartenait à un fermier.
Il avait travaillé dur pendant de longues années, de sorte qu’il avait mérité le nom de " vieux fidèle " que lui donnait le fermier.
Mais un jour, le moulin s’arrêta.
Ses roues ne bougeaient plus.
Le vent souffla avec violence, criant au moulin : Allons ! allons ! Pourquoi ne travailles-tu pas ? Je vais t’aider à tourner tes roues.
- Non, non ! dit le moulin. Je ne veux pas de ton aide. Je veux me reposer toute la journée, je suis fatigué.
- Oh ! Mais il faut travailler avant de se reposer, dit le vent. Allons, je serais heureux de te donner un coup de main.
Et il souffla sur le moulin. Mais les roues ne tournèrent pas.
- Essayons encore, se dit le vent, soufflant plus fort.
- Je ne m’inquiète pas de toi, dit le moulin. Je t’ai dit que je suis fatigué et veux rester à ne rien faire toute la journée. Va-t’en, vieux vent !
Le vent soupira et s’en alla.
- Oh ! qu’il est doux de se reposer ! dit le moulin.
Il ne bougea pas de toute la journée.
Il se fit tard, et les chevaux fatigués rentrèrent après un long labeur sous un soleil brûlant.
Ils avaient soif, et en approchant du moulin, ils se mirent à trotter pour arriver plus vite à l’abreuvoir.
Pauvres chevaux altérés !
L’abreuvoir était vide.
- Le moulin est-il cassé ? demanda le fermier.
- Non, il n’a rien, dit un garçon de ferme après l’avoir examiné.
- Alors pourquoi n’a-t-il pas travaillé ? Je ne m’explique pas ce qu’il y a.
Les vaches vinrent pour boire.
Les moutons vinrent pour boire.
Les poules vinrent pour boire.
Le chien vint pour boire.
Les oiseaux vinrent pour boire.
Il n’y avait pas d’eau !
- Oh ! pourquoi n’ai-je pas travaillé ! soupira le moulin. Il n’y a pas d’eau pour les chevaux et les vaches ! Pas d’eau pour les moutons et les poules ! Oh ! que je suis fâché de n’avoir pas travaillé.
Et le moulin se mit à grincer et à gémir de chagrin.
- Que je voudrais que le vent soufflât ! Je travaillerais si bien que l’abreuvoir se remplirait !
Un vent léger passa. Il essaya de faire tourner la roue, mais il était trop faible, de sorte qu’il appela des amis.
Les amis arrivèrent.
Ils se mirent tous à pousser et à pousser, si bien que, tout à coup, la roue s’arrêta de grincer et de geindre, et tourna gaîment en chantant.
L’abreuvoir fut bientôt plein d’une belle eau claire et étincelante et, tandis que les animaux buvaient à pleines gorgées, le moulin continuait à faire tourner sa roue, heureuse de réparer le tort que sa paresse avait occasionnée à ceux dont le bien être dépendait de son labeur.
Le grand saut
Une maison en feu… le papa et la maman dehors, dans la cour.
A la fenêtre, un petit garçon de trois ans, piégé par les flammes qui condamnent l’escalier.
Il est perdu, à moins qu’il ne saute par la fenêtre.
Ses parents ont entassé des matelas dans la cour et crient à leur enfant : " saute ! "
L’enfant regarde le vide. Il a peur.
Ensuite il regarde les flammes.
C’est la panique. Alors le père lui dit : " mon petit, ne regarde pas ailleurs, regarde-moi dans les yeux. "
L’enfant regarde.
Papa lui dit : " je t’attrape, n’aie pas peur. Saute dans mes bras ! "
Le petit voit dans le regard de son papa une certitude. Il a confiance. Il saute, il est sauvé.
Voilà comment Jésus veut que tu te remettes à lui, que tu comptes sur lui.
En te jetant dans ses bras tu seras sauvé.
Il ne s’agit cependant pas de sauter dans le noir ni dans l’inconnu.
Dieu ne veut ni fanatisme ni superstition, ni mysticisme inconscient, ni même existentialisme !
Il ne te demande pas de faire un pas dans l’irrationnel ou l’inintelligible.
La foi en Christ n’est pas aveugle.
Dieu te donne par Jésus-Christ, dans sa Parole, assez de lumière pour savoir, comme le petit garçon à la fenêtre de la maison en feu, que tu agis selon la raison.
Tu sais juste assez sur Dieu pour lui faire totalement confiance…
Puis, lorsque tu t’engages, il honore ton geste.
C’est ainsi que Dieu te sauve.
La conviction devient la FOI. Jésus n’a-t-il pas dit : " ta foi t’a sauvé ? "
BERTRAND
Laissez venir à Moi les petits enfants
C’est ce que Jésus a ordonné aux disciples qui les repoussaient.
Les disciples pensaient en eux-mêmes : " Il faut faire place nette au Maitre, il a des choses bien plus importantes à faire que de s’occuper de toutes ces mamans qui portent leurs bambins dans les bras.
Elles vont nous empêcher d’aller plus loin, de nous occuper des choses importantes. "
Mais Jésus n’était pas du tout d’accord.
Il fut même indigné du comportement de ses disciples.
Qui étaient-ils donc, pour juger de ce qui était important ?
Jésus savait, lui, trois choses : le père l’exauce toujours, le royaume de Dieu était pour ceux qui ressemblent a ces petits enfants, quoi de plus urgent que de confier au Père ces tout petits ?
Et Jésus prit chacun des enfants dans ses bras, et leur imposa les mains.
Comme les mamans devaient être heureuses ce jour-là !
Mais pour les disciples, c’était raté.
On avait déjà bien du retard sur l’horaire prévu, alors avec toute cette marmaille…
Présenter un enfant au Seigneur, qu’est-ce que cela peut donc bien signifier pour nous ?
Fabrice, un ami, me disait récemment : " c’est bien de présenter un enfant au Seigneur, mais il ne faudrait pas que cela soit un simple rite. Il faut que cela représente réellement un acte de confiance de la part des parents. "
Cet acte de confiance, ma sœur Lydie et son mari David l’ont accompli récemment pour les trois derniers-nés.
La plus grande partie de la famille était réunie autour de Romain, de Camille et de Simon.
En accord avec tous, mon père les présenta successivement au Seigneur, lui demandant sa bénédiction sur leur vie dans tous les domaines.
Les autres enfants furent invités à prier pour leurs cousins et cousines.
C’est avec beaucoup d’émotion qu’Aline (15 ans) et Timothée (12 ans) prièrent pour Romain (6 ans) ; puis Marie (10 ans) et Noémie (9 ans) prièrent pour Camille (3 ans).
Enfin, les deux grands, Nathan (18 ans) et Matthieu (16 ans) prièrent pour Simon (8 mois) le petit dernier. Ils remercièrent Dieu pour leurs années de vie et pour celles à venir.
Toute la famille apprécia ce moment de communion, où l’on sentit à quel point les liens qui nous unissaient mutuellement étaient forts.
Mais le moment culminant fut celui de la prédication, pleine de sobriété, où mon père rappela que lorsque Dieu bénit, ce n’est pas pour un temps seulement.
La bénédiction de Dieu s’inscrit dans la durée, comme il est écrit : " Ce que tu bénis, oh Eternel, est béni pour l’éternité " (1 Chroniques, chapitre 17, verset 27).
Et effectivement toute cette famille unie était là pour en témoigner.
Dieu bénit de génération en génération celui qui lui est fidèle.
Un mot fut apporté aussi, pour ceux et celles qui n’ont pas eu le bonheur d’être parents selon la chair.
Car en Christ, nous sommes tous appelés à être " parents ", à conduire des âmes à Christ, pour les faire naître à la vie nouvelle.
Anne
Plus que des passereaux
Une simple et authentique histoire chinoise.
Un matin, Chang reçut l’ordre de partir pour la guerre.
Les jours qui suivirent son arrivée au front, furent terribles pour lui, avec l’horreur des raids aériens, des ponts bombardés, et de toutes les tragédies qui désolent un pays envahi.
Mais ces jours furent tout aussi douloureux pour Mme Chang obligée de pourvoir seule aux besoins de ses enfants.
Pour comble, un soldat du même village, venu en permission, annonça bientôt que Chang avait été grièvement blessé et se trouvait actuellement dans un hôpital tenu par des missionnaires américains.
Pour Chang, c’était un monde nouveau et, à mesure qu’il observait les médecins et les infirmières missionnaires, son étonnement augmentait.
Ce n’était pas leur pays, ni leur guerre !
Et pourtant, ils travaillaient nuit et jour, avec autant d’amour que de compétence.
Bientôt, il entendit parler de leur Dieu et il comprit que c’était par amour pour Lui qu’ils servaient ainsi l’humanité souffrante.
Chang fut intrigué.
Désireux d’en savoir davantage, il écouta le message divin avec empressement et avant de quitter l’hôpital, il avait accepté le Christ pour son Sauveur et son Maître.
Il serait volontiers resté davantage, mais les blessés arrivaient tous les jours en si grand nombre, que la place manquait.
Le bonheur de Chang à se retrouver chez lui, était décuplé par le désir de partager avec les siens, la paix et la joie qu’il avait trouvées.
Il leur raconta toute la merveilleuse histoire et les pressa de suivre son exemple.
Les enfants s’y décidèrent promptement mais Mme Chang exprima la crainte que les mauvais esprits n’en prennent ombrage et ne les en punissent.
Cependant, lorsque son mari lui eut assuré que le chrétien n’est plus assujetti à ces puissances malfaisantes, car Dieu veille sur Ses enfants, elle accepta le Sauveur, aussi.
Il y eut alors dans cet humble foyer, autrefois païen, la joie que seul le Christ peut donner.
Et les jours passèrent.
Mais, hélas !
Maintenant que le père de famille ne pouvait plus travailler aux champs et produire du grain, les vivres commencèrent à se faire rares.
La crainte envahit le cœur de la pauvre mère, à la pensée du long et rigoureux hiver qui approchait.
Juste à ce moment-là, le cher missionnaire qui avait soigné Chang à l’hôpital, vint leur faire une visite d’une heure.
Il s’aperçut bien vite qu’un fardeau pesait sur les épaules des parents et affectueusement, il les amena à lui confier leurs inquiétudes concernant leurs enfants.
- Eh ! bien, dit le serviteur de Dieu, nous allons présenter la chose au Seigneur. Vous êtes ses enfants. Il prend soin de vous encore bien plus tendrement qu’un père terrestre peut le faire pour les siens.
Puis, il leur lut le chapitre 6 de Matthieu, où il est dit que Dieu prend soin des passereaux et que nous valons plus qu’eux.
Ensemble, ils se mirent à genoux et prièrent Celui dont l’oreille est toujours attentive et le cœur disposé à répondre.
Ils se relevèrent réconfortés et encouragés.
- Je suis certain, dit le Missionnaire que Dieu pourvoira à tout, d’une manière merveilleuse.
Le lendemain, il fut décidé que Mme Chang et Wang, le fils aîné, iraient commencer à préparer les champs pour les grains.
Il y en avait un qui n’avait jamais été cultivé et ils décidèrent de commencer par-là, pour retirer une plus grande quantité de blé.
La bêche de Wang commença avec entrain à retourner la terre.
Tout à coup, il vit quelque chose d’étrange.
Posant sa bêche, il se mit en devoir de remuer la terre soigneusement avec ses mains, pour ne pas abîmer l’objet aux couleurs vives qui se trouvait en dessous.
- Honorable Mère ! s’exclama-t-il, que supposez-vous que soit la chose que ma bêche vient de heurter ?
- Je l’ignore, mon fis, dit la mère ; à quoi cela ressemble-t-il ?
Tout en parlant, Wang continuait fiévreusement à enlever de la terre, car il sentait bien que sa découverte n’était pas sans valeur.
- Tout ce que je sais, Honorable Mère, c’est que c’est beau ! Avons-nous trouvé un trésor ? Cela arrive dans notre pays !
Bientôt, il retira du sol, le plus magnifique vase de porcelaine qu’il eût jamais vu.
Sachant que cet article va toujours par paire, il continua et trouva, en effet, un autre vase.
Tous deux étaient de telles dimensions qu’il fallut les efforts réunis de la mère et du fils pour les déterrer complètement, les soulever et les transporter, un à la fois, jusqu’à la maison.
Ni Mme Chang, ni le jeune garçon ne s’attardèrent à les examiner en détails, tant qu’ils étaient pressés d’annoncer leur découverte au chef de famille.
- Honorable Père ! cria Wang, vois ce que j’ai déterré !
Tout d’abord, le convalescent ne comprenait rien à leur récit, mais il dut enfin se rendre à l’évidence que ces merveilleuses porcelaines avaient été trouvées dans leur propre champ !
Alors, il s’exclama :
- C’est la bonté de Dieu envers nous ! Il a entendu nos cris de hier soir et en quelques heures, le secours est arrivé ! En vérité, le Missionnaire avait raison : Dieu prend soin des Siens ! Nous valons plus que des passereaux !
- Mais, dit Wang, comment des choses si belles étaient-elles cachées sous la terre ?
- C’est arrivé bien souvent, expliqua le père, à l’approche des bandits.
La famille, en grande hâte, voulait mettre en sûreté ses plus précieux objets.
Alors les bandits, peut-être enragés contre les gens qui ne voulaient pas dévoiler leurs cachettes, les emmenaient et les emprisonnaient.
Souvent, ils ne revenaient plus pour déterrer leurs biens.
En tout cas, ces vases sont bien notre propriété car ce ne peut être que nos ancêtres qui les avaient cachés. D’avance, Dieu avait Ses plans pour nous.
- Dire qu’Il pensait à nous, dit la mère, en joignant les mains avec adoration, il y a peut-être des centaines d’années !
- Oui, dit Chang, pensivement. Puis il ajouta :
- Une question se pose maintenant : Comment allons-nous disposer de ces vases ?
Personne de notre village n’est assez riche pour s’accorder un tel luxe. Il faudrait les porter à l’une des grandes villes de la côte où les acheteurs des principales firmes étrangères recherchent toujours de tels trésors.
Je crois que ces vases pourraient nous rapporter la somme nécessaire pour vivre non seulement un hiver mais plusieurs.
Ensuite se posa la question : Qui ferait cet important voyage ?
Mme Chang ? A cette seule pensée, elle se mettait à trembler, car elle ne s’était jamais éloignée de son village de plus de vingt kilomètres.
Wang ? Il est si jeune que les gens sans scrupule pourraient facilement le tromper !
Finalement, on décida d’écrire au missionnaire et de lui demander ce grand service.
Tout d’abord, la chose lui parut très difficile, car le travail le débordait, mais providentiellement, il reçut, ce même jour, la visite d’un ami, médecin également, qui s’en allait en congé. Il consentit à le remplacer pendant cette courte absence.
Le voyage s’accompagnait de toutes sortes de dangers, venant des troubles de la guerre et aussi du transport d’objets si fragiles et si précieux, sur les bateaux fluviaux toujours si encombrés.
Mais, soit chez les Chang, soit à l’hôpital, on priait avec ferveur et foi, pour que tout se passât bien.
- Ah ! s’il allait rencontrer des voleurs ! soupirait la mère, dans des moments d’appréhension.
Mais son courage renaissait, par la prière en commun.
Enfin, les vases arrivèrent à bon port et furent vendus.
A son retour, le bienveillant ami vint remettre à Chang une somme qui parut énorme à la famille émerveillée.
Après avoir adressé au missionnaire les remerciements qu’il méritait, Chang lui dit :
- Voici ma dîme, Honorable Ami. Nous ne pouvons faire moins, car Dieu a été miséricordieux à notre égard. C’est Sa part et vous l’emploierez pour Son œuvre à l’hôpital, comme vous le jugerez convenable.
Ce fut une soirée de réjouissance et d’action de grâce, et le lendemain, au moment où ils prenaient congé du missionnaire, ils répétèrent tous ensemble : Oui, nous valons plus que des passereaux.
J. R. W.
Après la révolution
Le port de la queue et sa suppression ont joué un rôle important dans la grande révolution qui a fait de l’empire chinois une république.
Le port traditionnel de la tresse avait été introduit par la race mandchoue quand elle établit sa domination.
Au moment où la Chine secoua le joug séculaire de ces anciens envahisseurs, la suppression de la queue fut un symbole d’indépendance et prit une signification politique très accentuée.
Les chrétiens furent les premiers à se laisser convaincre d’entrer dans le mouvement et de ce chef ils s’attirèrent, en bien des cas, des persécutions, partout où le parti réactionnaire réussissait à faire prévaloir pour un temps sa résistance.
Les écoles et les églises fondées par l’œuvre missionnaire donnaient l’exemple ; on s’y entrainait mutuellement à livrer aux ciseaux le noble appendice dont si longtemps on s’était fait honneur.
Il se trouva que la grande majorité des citoyens soumis au nouveau régime n’obéirent pas à la consigne et que dans des contrées entières les chrétiens furent seuls à adopter la mode républicaine.
Ils se singularisèrent, ils s’attirèrent la réprobation de leur entourage, et ils furent en butte à des persécutions.
Au sein des familles, on leur en voulut de rompre avec l’ancienne coutume ; c’était un déshonneur et les femmes surtout en étaient offensées.
Le missionnaire Scott raconte qu’il eut à intervenir et à porter secours à nombre des membres des Eglises qu’il dirigeait.
Il fut témoin de scènes de violence et vit de jeunes chrétiens meurtris de coups, mis en sang, le corps lacéré par les ongles des femmes, mères, sœurs, épouses, belles-sœurs.
On l’appelait de tous côtés dans les villages pour arracher les victimes à la vindicte publique.
Voici une de ses aventures :
" Des messages étaient accourus. Un de mes chrétiens me prêta un âne et je partis en hâte.
La neige nous assaillit, se transformant en glace que le vent nous jetait au visage ; les chemins étaient des fondrières, les champs revêtus d’une couche de neige durcie et de verglas.
J’arrivai à bout de force et fus réconforté par un bol d’une sorte de bouillon nauséabond fort en usage, mais offert avec un touchant empressement.
On me conduisit ensuite à la prison, que je me fis ouvrir, et où je trouvai, entassés dans un réduit infect et sombre, quarante malheureux qui suffoquaient, privés d’air, au milieu des ordures, et presque affamés.
Leur crime était de s’être laissé couper leur queue. Il y avait des vieillards, de jeunes hommes et des écoliers, tous de nos gens.
Tandis qu’un groupe de chrétiens se mettaient en prière, je me rendis chez le magistrat.
Il m’offrit le thé et prudemment j’acceptai un entretien amical, exposant ensuite la condition misérable de nos amis, mais sans récriminations ; je me portai garant que les crimes dont on les accusait n’étaient que calomnies.
Puis je me mis à lui conter l’histoire d’un homme, nommé Saul, zélateur de la religion, qui persécutait ceux de ses compatriotes qui étaient d’un autre sentiment.
Il me demanda de poursuivre l’histoire : je lui lus le récit de l’évènement de Damas et du témoignage public que rendit le converti.
" - Il avait du courage, cet homme ; il avait du courage ! s’écriait mon hôte.
" Ses employés aux écritures prêtaient l’oreille, s’approchant de la porte. J’en vins aux persécutions qu’endura Paul pour l’amour de Christ…
" - Il fallait qu’il l’aimât bien pour tant endurer à son service ! dit encore le magistrat.
" Alors je lui adressai quelques paroles sérieuses sur sa propre condition et les besoins de son âme et finis par lui offrir de prier pour lui.
" - Oui ! dit-il, et faites-le tout de suite !
" Il renvoya les serviteurs, qui se retirèrent un peu, et je priai, sachant que tous entendaient avec intérêt.
Deux jours plus tard, un soldat qui était à ma recherche dans un autre village me remit un télégramme : " Prisonniers relâchés. Non coupables. Rentrés chez eux. "
Tel était le message du magistrat ; j’avais gagné ses sympathies. "
Le missionnaire ajoute : D’octobre à juin, pendant neuf mois, je fus de la sorte constamment en route pour la protection de nos chrétiens, partout poursuivis par la rancune des magistrats et soldats du parti mandchou qui réclamaient les " sectateurs de Jésus ", soutenant, consolant les familles atteintes, libérant des captifs quand c’était possible.
Pasteur de quatre Eglises, chacune dispersée en divers groupes, j’avais à officier dans seize chapelles, à diriger le travail de trente-deux évangélistes et seize lectrices de la Bible, à inspecter soixante-dix écoles et à évangéliser une population de trois millions d’âmes.
Que de scènes pénibles, que de rencontres étranges, que d’aventures dans les perpétuels voyages qui m’étaient imposés !
" Le pays était, en ces temps troublés, infesté de vagabonds et de vrais brigands, qui, sous prétexte politique, se livraient à toute espèce de méfaits.
Ils dévalisaient les maisons, emportaient tout et sur les routes ils attaquaient, maltraitaient, tuaient ; les représailles étaient parfois terribles.
Une vieille femme d’un village que je visitais était en pèlerinage, portant un panier ; elle fut trouvée sur la neige, dépouillée de tout vêtement et toute défigurée.
Les coupables furent rejoints par les hommes du village, qui les mirent à la torture et les laissèrent périr dans la neige…
Oh ! l’Evangile de paix et d’amour ! "
S.S. TIMES
Un martyre
L’œuvre évangélique en Chine a ses côtés réjouissants et même glorieux ; nulle part elle n’est plus intéressante, mais elle a aussi des aspects terribles.
La persécution n’y a pas seulement sévi à certaines époques néfastes, dans les moments de crise politique qui tournèrent la fureur populaire contre les " diables étrangers ", et très particulièrement contre leurs convertis, membres des Eglises indigènes ; elle se produit, dans certaines régions tout au moins, en permanence, au sein même des familles, ou de voisins à voisins.
Parmi divers traits, que nous en fournissent les récits d’un missionnaire américain, nous en trouvons de particulièrement typiques et qui nous montrent l’héroïsme que déploient, dans l’obscurité, de modestes chercheurs anxieux de connaitre la vérité, et quand ils l’ont trouvée, de lui rester fidèles.
Voici son récit :
" De bonne heure le matin, je descendais les pentes d’une montagne où j’avais visité mes paroissiens ; j’étais accompagné d’un ancien.
C’était un homme de petite taille, frêle, grisonnant, qui avait donné beaucoup de son temps, et avec joie, à parcourir le troupeau, si dispersé.
Il était un de ces hommes dévoués, comme nous en avons bon nombre, qui font leur nourriture et leur breuvage de peiner au service de l’Eglise, et dont c’est tout le délice.
Mon ancien paraissait préoccupé ; il me montra un sentier qui gravissait la montagne à notre droite.
" - Berger, me dit-il, là-bas, de l’autre côté, il y a une vallée que vous ne connaissez pas, et qui remonte bien loin dans le massif montagneux.
Et ici sa voix s’émut et des larmes roulèrent de ses yeux sur ses joues ridées – j’ai là une sœur, logée quelque part dans les côteaux ; elle est chrétienne, elle seule parmi tous les villages.
Elle fut baptisée un peu avant votre arrivée, et elle participa alors à la communion, mais jamais plus dès lors elle n’a eu ce privilège.
Et, oh ! elle désire si fort communier de nouveau !
Elle a tenté bien des fois de descendre vers nous et de venir adorer le vrai Dieu avec ses frères, mais on le lui a toujours défendu.
Dans sa famille, qui est toute entière païenne, on l’a souvent battue et maltraitée ; ils n’ont jamais voulu la laisser aller.
Maintenant elle est gravement malade et ne peut plus se lever de sa couche.
Elle m’a envoyé dire qu’elle aimerait fort qu’on vint prier avec elle et célébrer la cène.
Elle dit : " Je voudrais manger le pain et boire la coupe et annoncer la mort du Seigneur pour moi jusqu’à ce qu’il vienne pour moi. "
Nous cheminions en silence quand je lui dis :
" - Ami, pourquoi ne m’avez-vous pas parlé de cette chrétienne ?
" - Berger, j’avais peur que vous n’alliez la voir, et qu’alors on la tuât ; mais, puisque c’est votre dernière tournée de ces côtés, avant que vous ne retourniez dans votre pays, le grand pays des fleurs (l’Amérique), peut-être voudriez-vous l’aller voir maintenant ?
" Je regardai mon carnet ; son nom était sur la liste ! "
Elle se trouvait inscrite par mon prédécesseur sous son nom de fille célibataire, que le mariage avait fait disparaître, et je la croyais décédée.
En Chine, une fille qui se marie hors de son village disparait aux yeux des siens ; ils ne la connaissent plus.
" Le plan de notre tournée avait été dressé d’avance ; nous étions attendus ce soir-là dans un groupe de chrétiens encore bien distant.
L’expérience toutefois nous avait enseigné à nous laisser guider par la main de Dieu.
Plus d’une fois déjà nous nous étions agenouillés derrière un mur ou sous un bosquet de verdure pour demander la direction d’en haut ; quelquefois dans une grange ou près de la porte d’un temple païen, et alors notre plan avait été modifié.
Nous nous mîmes derrière un grand rocher et répandîmes nos cœurs devant Dieu ; puis, avec joie, nous primes le chemin de la haute vallée.
Ce fut une ascension fatigante, sous un soleil ardent.
Nous distribuâmes fréquemment des traités, adressant la parole aux paysans, mais nos pensées étaient avec la femme malade qui désirait tant nous voir.
La vallée contournait, deci delà, les mamelons couverts jusqu’au sommet de terrasses cultivées et devenait toujours plus resserrée.
Nous suivions un sentier étroit, escarpé, où il eût été impossible de croiser un homme chargé, ses grands paniers suspendus aux deux extrémités du bâton qui se porte sur l’épaule.
A ce moment apparait, au contour du rocher, précisément un paysan qui trottinait, selon l’usage, la tête baissée, ainsi chargé.
" - Le voici ! s’écria mon compagnon.
" - Qui ?
" - Son mari !
" Nous étions sur lui qu’il ne nous avait pas encore aperçus.
Il s’arrêta et posa ses paniers ; sa poitrine nue, tannée, couverte de grosses gouttes de sueur, se soulevait par l’effort de sa respiration.
Il n’avait probablement jamais vu de sa vie un étranger, mais à mon costume kaki il comprit que j’étais un de ces envahisseurs qu’il faut respecter.
Il fut poli, selon les coutumes du pays, accentuant ses marques de déférences, posant les questions d’usage :
" - Quel est votre honorable nom, votre âge vénérable ? ...etc…
" Il s’inclinait et souriait. Enfin mon ami lui dit :
" - C’est le Berger étranger, vous savez !
" Alors ses yeux brillèrent et sa colère s’enflamma.
" - Ni-ni-ni ; na-a-a, ka, na, ki ! …
" Il se tut, les paroles ne lui suffisant pas pour exprimer sa rage, et prit le parti d’allumer sa pipe, qu’il tira de sa ceinture, longue, noircie, la bourra de tabac, alluma très lentement à l’aide de son briquet, et dont il tira des flots de fumée.
Puis il se mit à trépigner dans ses chaussures de bois, de telle façon que je craignais qu’il perdît l’équilibre et culbutât au bas du rocher.
Nous reculâmes jusqu’à un endroit moins étroit et là, il reprit la parole, mais avec une si extraordinaire violence que certainement, si je n’eusse été là, il se serait jeté sur son beau-frère.
Après un dernier saut qui fit résonner ses sabots garnis de clous, il poussa un cri aigu : Pei ! exprimant d’une seule syllabe tout son dégout, son dédain, son arrogant orgueil, sa haine méprisante et se mit à courir dans la direction de sa demeure en s’écriant :
" - Je vais la battre, la réduire en bouillie !
" Nous le suivîmes en priant ardemment, en silence, chacun de notre côté, que Dieu voulut bien intervenir à sa gloire.
" A notre arrivée, voici venir à notre rencontre des enfants nus, de grands jeunes gens, les fils de la famille, fumant leurs longues pipes ; les jeunes femmes, à demi vêtues, tenant leurs bébés dans leurs bras, et enfin apparut la vieille belle-mère, les yeux rouges de sang.
Elle semblait disposée à donner à tout son monde une leçon sur la manière de malmener de la belle manière des hôtes détesté.
Le Seigneur nous aida et nous parvînmes à entrer avant qu’elle pût se déchainer contre nous.
" Peu après, cette pauvre femme changeait d’attitude, nous invitait à venir dans sa cour lui parler du grand Sage Yio Su et nous offrait une modeste hospitalité.
Accroupie sur le sol, sa face ridée dans ses doigts décharnés, elle écoutait comme une âme affamée.
Etrange rassemblement que celui que nous avions devant nous, avec les chiens, les poules, les porcs et l’âne mêlés aux enfants, etc…, adultes, au milieu de la paille qui jonchait le sol, des ordures et des mauvaises odeurs.
Soudain la vieille femme offrit de nous conduire voir la femme couchée.
C’était un premier exaucement à nos prières.
" Le mari avait vu sa femme avant nous et avait assouvi sa colère sur ce pauvre corps déjà souffrant.
Dans une misérable petite chambre, une figure effarée paraissait à demi cachée sous une couverture malpropre.
Une tache verdâtre entourait l’œil et sur la nuque se voyaient les traces de coups de bâton.
Elle ne pouvait parler que très bas, mais elle était sereine.
" - Parlez-moi de Dieu et de Celui qui tient l’âme ! dit-elle.
" Que voulait-elle dire ? Ce n’était pas difficile à comprendre : " Venez maintenant, débattons nos droits, dit l’Eternel ; quand vos péchés seraient rouge écarlate, ils seront blancs comme la laine. "
Elle avait entendu cela à son unique service de cène et désirait l’entendre répéter de nouveau.
" - Dites-moi ce que dit le Saint Livre, qu’il est bon de gagner Jésus.
" Je lus : " En vérité, je compte toutes choses comme une perte en comparaison de l’excellence de la connaissance de Christ… pourvu que je gagne Christ. "
" - C’est cela ! murmura-t-elle. Et maintenant le grand Dieu dans son palais…
" Je lus dans l’Apocalypse : " Voici, je vis une grande multitude… de toute nation... devant l’Agneau…. Ils n’auront plus faim ni soif... et le grand Dieu essuiera tout larme de leurs yeux. "
" - Oui, c’est cela… dites-leur.
" De la tête elle montrait les siens.
Peu d’instants après, à bout de forces, elle rendit le dernier soupir. Ses tourments étaient achevés. "
Prisons bolchéviques
Je recommande vivement aux lecteurs de " l’Ami " le bel ouvrage : Mes vingt-six prisons et mon évasion de Solovki par Youri Bersonov, ancien capitaine de cavalerie de la division caucasienne dit " division sauvage ", traduit du russe par E. Semenoff, avec 9 illustrations hors texte et 4 cartes ; éditeur : Payot, 106 boulevard Saint Germain, Paris ; 20 francs ; 1928.
Ce livre a l’attrait d’un roman par ses péripéties, l’utilité de l’histoire par ses renseignements, vécus, sur la Russie actuelle, la gravité édifiante de la mystique par le tableau d’une âme s’élevant dans la souffrance et par la lutte à l’union avec le Christ.
En compagnie de Bersonov, ceux qu’intéresse le spectacle de la vie russe aux prises avec la vie bolchévique se rendront aisément compte que les hommes qui s’imposent aujourd’hui à l’U.R.S.S. n’ont pas ce qu’il faut pour réaliser le progrès dont ils se vantent, bien à tort, d’être les initiateurs.
Ils sont inférieurs à une pareille tâche, les effets sont là pour en témoigner.
Ce n’est pas sur la délation, l’espionnage et la terreur que l’on édifie des sociétés prospères et durables.
Le tsarisme croule pour en avoir trop usé.
Ainsi en sera-t-il du bolchevisme qui, à le bien prendre, n’est que du tsarisme renforcé, et pire encore que l’ancien.
Lisez Bersonov et vous verrez…
Je transcrirai un passage seulement, extrait du chapitre 22, Solovki, p. 190 – 191 :
" La porte du wagon fut ouverte et on entendit dans le corridor les pas de plusieurs hommes.
On portait quelque chose…
On s’arrêta près du compartiment…
Des jurons retentirent…
- Mais, quoi ! Pas besoin de faire des cérémonies ! …
- Jette-la par terre…
- Quelque chose de lourd, de mou, frappa le plancher.
- Prend la corde ! … Tire ! …Cria la même voix.
Et de nouveau un piétinement.
Je m’approchai de la grille et je vis : dans l’étroit corridor, se tenant de côté, le bras étendu, le convoyeur avançait à petits pas.
A sa main droite était enroulée une corde par laquelle il traînait une femme inanimée pieds et mains liés, avec sa robe déchirée à la poitrine.
Il y avait huit femmes dans mon wagon.
Celle-ci lorsqu’on avait voulu l’emmener de la prison n’avait pas voulu partir.
Alors on l’avait battue, ligotée et malgré le froid atroce, on la jeta telle que, sans manteau, dans le traîneau et on l’amena à la gare.
En chemin, elle perdit connaissance.
" Une autre, en cours de route, nous raconta son histoire :
C’était une paysanne veuve.
Elle avait un enfant qu’elle nourrissait au sein.
Manquant de pain, elle quitta son village et se plaça comme nettoyeuse dans une école.
Le directeur de l’école était communiste.
Dès son entrée au service, il se mit à la poursuivre de ses assiduités.
Elle lui résista et il se vengea d’elle.
On l’accusa de faire de la contrebande, on l’arrêta, et elle resta longtemps en prison, puis, - il y avait un an de cela, on la déporta à Solovki.
Ne voulant pas se séparer de son enfant, elle le prit avec elle.
Mais on n’admet pas les enfants à Solovki et on la renvoya par étapes à Pskov après l’avoir assurée qu’on y réviserait son affaire et que, peut-être, on l’acquitterait.
A Pskov, on fit semblant de l’interroger.
Ne soupçonnant rien elle laissa son enfant à la garde d’une de ses codétenues et se rendit à l’appel du juge d’instruction.
Il lui posa des questions quelconques et la renvoya dans sa cellule : elle ne revit plus son enfant.
Et voici qu’on la transportait pour la seconde fois à Solovki.
G. H.
Nouvelles et faits divers
En Russie
On annonce que par décision du gouvernement des Soviets, le mariage, sous quelques formes que ce soit, est officiellement et définitivement aboli.
Après le mariage religieux, le mariage civil, même sous la forme sommaire d’une simple déclaration des époux consignée sur un registre.
Désormais, l’Etat soviétique ignorera donc ce qui partout ailleurs est considéré comme le fondement de la famille et de la société.
C’est le retour pur et simple à l’animalité ou plutôt à la sous animalité, puisque certains animaux supérieurs manifestent, à défaut de loi morale, une sorte d’instinet assez noble pour leur permettre de fonder de véritables familles.
Doux pays !
Pour la Russie 1930
Devant toutes les douleurs et les souffrances qu’endure la Russie, auxquelles s’ajoutent des persécutions dirigées contre les croyants et contre toutes les Eglises chrétiennes, et qui dépassent ce qu’ont commis les siècles passés, nous nous sentons remués dans le fond de notre être.
Mais ce n’est pas parce que nous sommes impuissants qu’il faut être impassibles !
Il nous reste la puissance de la prière…
Crions à Dieu en faveur des " persécutés ".
"Souvenons-nous de ceux qui sont dans les liens, comme si nous étions prisonniers avec eux. "
Ce n’est pas faire de la politique que de prier pour ceux qui sont malmenés et qui meurent de froid, de faim, ou de mauvais traitements.
Que de nos cœurs, de nos maisons, de nos temples montent vers le Père de la famille humaine des prières d’ardentes intercession en faveur de cette malheureuse Russie.
F. CHRISTOL
En Russie
" Le journal de Genève du 12 mars " rapporte le récit d’un des nombreux paysans russes qui ont passé la frontière polonaise.
Ce paysan, nommé Gromovitch, s’est enfui de Russie avec sa femme, ses quatre enfants et la grand-mère âgée de 70 ans, à cause des persécutions religieuses.
Il raconte qu’on a fermé l’église de son village natal, Slobodka, et arrêté le prêtre.
Un détachement de troupes du Guépéou arriva le 1er mars à Slobodka, arracha le prêtre de sa prison, le déshabilla et le pendit par les mains à un arbre, menaçant de pendre aussi quiconque oserait sauver le pope.
Gromovitch a ajouté que, dans le village voisin, le prêtre avait été cloué par les tchékistes aux portes de l’autel et ensuite fusillé.
Le " Temps " du 12 mars rapporte, d’après une conférence du Rév. Edmund Walsh, vice-président de l’Université de Georges-Town, de retour d’un voyage en Russie, les effroyables tortures infligées aux évêques de Belgorod et Youref, aux archevêques de Parm, de Feofan, de Veroney, et à 160 prêtres du diocèse de ce dernier.
Voici enfin, d’après la " Christliche Welt " du 15 mars, le questionnaire inquisitorial qu’on fait remplir aux enfants russes, dans les écoles, avec interdiction de le porter chez eux.
Un jeune élève sut, toutefois, en transcrire les questions en cachette.
1 – A quelle nationalité appartiens-tu ?
2 – Quelle est la profession de tes parents ?
3 – Quels sont, chez toi, ceux qui vont à l’Eglise ?
4 – Vas-tu toi-même à l’Eglise ?
5 – Te force-t-on à aller à l’Eglise ?
6 – As-tu réussi à faire valoir ton droit, et à ne pas aller à l’Eglise ?
7 – Portes-tu une croix sur la poitrine ? Si oui, pourquoi ?
8 – Pries-tu ?
9 – Comment te trouves-tu de la suppression du dimanche, et qu’en pensent tes parents ?
10 – T’es-tu fait inscrire au cercle anti-religieux ? Si non, pourquoi ?
Choisissez aujourd'hui
Lecture proposée : " Choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : ou les dieux que vos ancêtres adoraient … ou l’Eternel " (Josué, chapitre 24, verset 15).
Un endroit en Suisse est appelé un peu pompeusement : " le milieu du monde. "
Pourquoi ?
Parce que c’est une ligne de partage des eaux.
Les gouttes de pluie qui tombent d’un côté de la ligne s’en iront vers la mer du Nord, celles de l’autre côté partiront vers la Méditerranée.
Si elles avaient, comme nous, la facilité de choisir…
Il y a ainsi dans la vie, des moments cruciaux, comme ces lignes de partage des eaux, où se décide l’avenir pour toute l’existence.
Au début du 20ème siècle, deux jeunes Juifs russes vivaient à New-York.
Un dimanche après-midi, ils furent invités tous deux à une réunion dans une petite chapelle méthodiste de la Cité.
L’un d’eux, Abraham Silberstein, se rendit à cette réunion, il entendit l’Evangile et accepta Jésus-Christ comme son sauveur.
Il devint missionnaire parmi ses anciens coreligionnaires.
L’autre jeune homme refusa l’invitation.
Il retourna plus tard en Russie et voua sa vie au communisme athée.
Il entra dans l’histoire sous le nom de Léon Trotsky.
Après quelques temps, il tomba en disgrâce dans son parti.
Il s’enfuit au Mexique où il fut assassiné en 1940.
Qui sait si aujourd’hui n’est pas un de ces jours de décision pour vous – dans une grande ou petite affaire ?
Mais les petites décisions préparent les grandes et les orientent dans un sens ou dans l’autre.
A. KUEN
Un dégoûté
Paris, le 22 août.
M. Paul Marion, ancien membre du Comité Central du Parti Communiste, ancien chef de la section d’agitation et de propagande du parti communiste, vient de donner sa démission.
Il a fait connaitre sa décision par une lettre à l’" Humanité ", qui s’est bien gardée de la publier.
Nous en extrayons les passages suivants :
Un séjour récent de quinze mois en Russie (novembre 1927 – février 1929) et une année de collaboration au " Rominter " me donnent l’absolue certitude que votre activité démagogique et néfaste ne procède pas d’erreurs passagères.
Elle a sa source dans la conception irrémédiablement fausse que les dirigeants de l’U.R.S.S. et de l’Internationale se font de l’évolution économique et politique du monde, du mouvement ouvrier et de la situation même de leur propre pays.
En effet, après plusieurs mois de présence en Russie, quand j’ai pu m’entretenir directement avec des ouvriers et des petites gens de là-bas, il m’est apparu – et de plus en plus clairement au fur et à mesure que je poursuivais mon enquête dans toutes les couches de la société soviétique – que, derrière la façade " dictature du prolétariat et construction du socialisme ", façade admirablement composée (et j’avoue que je m’y suis laissé prendre au début comme les autres) se cachait la plus cruelle et la plus désolante réalité.
La domination d’une caste de quelques millions de bureaucrates de toute espèce et de toute taille – depuis Staline jusqu’au dernier correspondant de village – sur un pays qu’elle maintient dans la misère économique et morale par sa politique insensée et sa dictature absolue, inquiète, inquisitoriale et qui va s’aggravant avec les années.
J’ai vu des ouvriers, anciens membres du parti, combattants révolutionnaires en octobre 1917, qui considéraient onze ans après comme la plus grande bêtise de leur vie le fait de s’être battus " pour prendre le pouvoir. "
J’ai vu des techniciens chargés d’établir le fameux " plan économique de cinq ans ", honteux des statistiques et des pronostics qu’on les avait contraints d’établir, m’affirmer : " avec le divorce croissant qui se créé chez nous entre l’industrie et l’agriculture, la ville et le village, ce n’est pas au socialisme que nous allons, mais au précapitalisme et à la barbarie. "
C’est tout dire : Il n’y a en Russie ni dictature du prolétariat, ni construction du socialisme, mais dictature d’une caste et enterrement du socialisme.
(Le Nouvelliste de Lyon, vendredi 23 août 1929)
Pour copie conforme : Goerges HEBERT