Livrets 201-220
Le chant dans le brouillard
On raconte qu’il est une île, aux environs de Terre-Neuve, où le brouillard est parfois si épais que les pêcheurs, quand ils reviennent de leur journée en mer, ne peuvent pas distinguer le phare qui d’ordinaire les conduit au port.
La côte, peut-être, est tout près d’eux ; quelques pesées sur les rames et ils seraient, avec leur pêche, en sécurité,
Et cependant, ils sont contraints d’errer longtemps dans le brouillard, craignant la terrible rencontre d’un iceberg ou d’un rocher, et redoutant aussi de s’éloigner sans le savoir de cette île invisible qui est perdue on ne sait où.
Alors les femmes des pêcheurs et leurs petits enfants s’assemblent sur le rivage et chantent, de toutes leurs forces, de toute leur âme, dans le brouillard et dans la nuit, vers ceux qui tâtonnent en mer.
Ce sont ces voix bien-aimées qui ramèneront les pêcheurs vers la clarté du phare et jusqu’au port.
Plusieurs parmi nous pourraient dire qu’ils étaient égarés loin de la vraie lumière, qu’ils ignoraient quelle voie prendre pour trouver le salut et la paix, quand un cantique a touché leur oreille, a ramené leurs yeux à l’éclat de ce phare qu’ils ne distinguaient plus et a conduit la pauvre barque affolée de leur vie hors du brouillard et de la nuit vers la sécurité du port.
C’est pour cela que nous aimons à chanter des cantiques.
Philippe VERNIER
La vie nouvelle, n° 16
La peur
Qu’elle était donc douce et chaude la mer méditerranée en ce début du mois d’août !
Aussitôt arrivée à la plage, je fonce dans les vagues, laissant ceux qui m’accompagnent se prélasser sur le sable.
Par une chaleur pareille, on n’est bien que dans l’eau.
Et me voilà loin du bord, si loin que personne ne pourrait venir à mon secours si j’en avais besoin.
Je ne suis pas une très bonne nageuse, et je ne pars jamais sans mon " garde du corps ", une petite planche en polystyrène.
Mais au moment de revenir, le courant m’emporte au loin, et je n’ai plus la force de lutter contre lui. (J’étais fatiguée après avoir conduit plus de 15 heures).
Et bien sûr, je pense aux accidents par noyade, dont on parle chaque été sur les plages.
Cette pensée me panique et avec la panique, les mouvements deviennent plus désordonnés.
Le courant m’entraine…
Je m’accroche désespérément à la petite planche, mais elle ne m’est pas d’un grand secours.
Si encore c’était une planche à moteur…
Au bout d’un certain temps, trop long en tout cas, je prie et demande à Dieu de me secourir.
Aussitôt la paix et la confiance remplacent la peur.
Je retrouve mon calme et peux de nouveau nager efficacement.
C’est avec un grand soulagement que je pose enfin le bout de mon pied sur le sable.
Cette expérience me fait penser à la vie que nous menons parfois.
Nous partons tranquillement construire notre vie, et puis soudain, les courants de la difficulté nous entourent de toutes parts, et nous nous sentons perdus.
Nous nous accrochons d’abord à toutes les planches de salut que nous trouvons sur notre route : la famille, les amis, le travail, les loisirs…
Mais parfois, cela ne suffit pas.
Que faire alors ?
Simplement lever les yeux, crier vers celui qui seul peut rétablir le calme dans notre vie, et nous sauver de la perdition.
Anne LAHAYE
Récit d'un marin
J’étais rentré chez moi depuis un moment.
Le vent était si violent qu’on n’entendait rien d’autre, et nous écoutions avec effroi, nous demandant quels seraient les sinistres qu’un pareil temps amènerait probablement sur ces côtes hospitalières ?
Tout à coup, au moment où il y eu un peu d’apaisement dans la tempête, un son nouveau se fit entendre.
C’était la cloche d’alarme, que le vieux Pierre devait toujours sonner quand il y avait un navire en détresse !
Ma femme, Marie, devint toute blanche d’effroi, et ma pauvre vieille mère se mit à pleurer, car elles savaient qu’il me fallait partir avec le bateau de sauvetage.
Je ne perdis pas un moment pour commencer mes préparatifs de départ.
J’embrassai tendrement Marie, ma mère et les enfants, car je sentais bien que, peut-être, c’était pour la dernière fois !
- Papa, me dit à l’oreille ma fillette, voilà un cadeau pour toi ! Et elle me mit dans la main un petit paquet entouré d’un morceau de vieux journal.
Je n’avais pas le temps de regarder ce que c’était ; mais je lui donnai un second baiser, et je glissai son cadeau dans ma poitrine, sous ma grosse vareuse.
Je courus vers le hangar placé sous les soins du vieux Pierre.
Mes camarades arrivaient aussi de tous côtés.
Il y en avait neuf, et les autres suivaient de près.
Nos jaquettes de liège et nos bouées de sauvetage étaient suspendues à leurs places respectives ; aussi chacun s’en revêt-il rapidement.
Ensuite nous sortîmes le bateau, et tandis que les hommes attelaient les chevaux pour le trainer sur le rivage, je tirai de mon sein le petit paquet de Jenny pour le regarder.
C’était une carte illustrée qu’elle avait reçue à l’école du dimanche.
Je m’approchai de la lanterne pour lire la carte, car je me disais que je ne reverrais peut-être jamais ma bien-aimée fillette.
Il n’y avait que trois mots, mais ils furent présents à ma pensée toute la nuit : Seigneur, sauve-moi !
Je remis la carte dans mon sein et je me hâtai de partir.
Nos hommes avaient quatre chevaux pour conduire le bateau au rivage, et nous courions après, afin de pouvoir tout de suite le lancer à l’eau.
Le navire avait frappé contre les écueils, à environ six kilomètres du rivage.
Il fallait donc naviguer jusque-là.
Mais ce n’était pas chose facile !
Nous prîmes tous les rames ; mais dès que nous avions réussi à avancer de quelques mètres, une vague formidable venait soulever notre bateau et le jetait violemment contre le rivage !
Nous n’aurions jamais pu réussir par la force seule de nos bras ; mais un remorqueur à vapeur arriva, nous prit à la remorque, et ainsi nous parvînmes à avancer jusqu’au vaisseau en détresse.
Les flots roulaient dans notre bateau et parfois le couvraient complètement.
Une fois même, une vague plus terrible que toutes les autres, se rompit sur nous et nous ensevelit complètement pour un instant.
Mais notre bateau de sauvetage était admirablement construit, il bondit, se secoua et se retrouva debout comme précédemment.
Une autre fois, nous nous trouvâmes près d’un énorme brisant.
Alors les vagues donnant contre ce rocher acquirent une telle violence que le bateau fut jeté en l’air et nous tombâmes tous dans la mer !
Je crus un moment que tout était fini ; mais le bateau se releva de lui-même, et nous revînmes bientôt sur l’eau ; nous grimpâmes dans le bateau, l’un après l’autre, et nous continuâmes notre route.
Ah ! dussé-je vivre cent ans, je n’oublierai jamais ces moments-là, alors que portés comme dans une coquille de noix sur l’océan en fureur, les paroles de la carte de ma fillette résonnaient constamment à mes oreilles et devenaient l’expression de ma prière : Seigneur, sauve-moi !
Il me semblait que le vent et les vagues s’unissaient aussi pour le répéter.
Si j’ai jamais prié de tout mon cœur, c’est certainement cette nuit-là, car la mort me paraissait très près, et je n’étais pas sûr de posséder le salut.
Mais dans ces moments de grands dangers, il me sembla que le Seigneur m’entendait, et qu’il se trouvait auprès de moi pour me sauver, quelles que fussent les conséquences de notre périlleuse expédition.
Oui, je sais qu’il m’entendit et m’exauça.
Nous approchions du lieu du naufrage, et nous écarquillions nos yeux pour voir le malheureux navire.
Le temps était si sombre que, pendant longtemps, nous ne pûmes rien apercevoir, mais de temps en temps, les naufragés lançaient une fusée, et alors on comprenait quelle direction il fallait prendre.
Tout à coup, il y eut une brillante lumière ; c’était une immense torche qu’un des matelots allumait sur le navire pour nous montrer où il se trouvait.
Nous en étions très près, et quand la lumière nous montra la position des naufragés, il y avait de quoi frissonner.
Le navire s’était jeté par la poupe contre les écueils, s’y était enfoncé, et sa proue était en l’air, fort au-dessus de l’eau ; mais les vagues balayaient constamment le pont, et tous ceux qui restaient encore sur le vaisseau ne pouvaient s’y retenir qu’en se cramponnant aux restes des agrès.
Que c’était triste ! il y avait des femmes et de petits-enfants !
Cela me fit penser à ma femme Marie, à mes enfants, Henri, Jenny, et notre petite chérie Marguerite ; aussi je sentis que rien ne me coûterait pour sauver ces femmes et ces enfants.
Je répétai donc au fond de mon cœur, ma prière : Seigneur, sauve-moi, et je continuai à pousser ferme vers le but.
La mer nous chassait avec une violence énorme contre le vaisseau naufragé.
Quand nous fûmes arrivés aussi près que nous l’osâmes, nous jetâmes une ancre afin de ne pas être précipités contre les écueils.
Un très fort câble nous retenait à notre ancre, et nous le laissions courir peu à peu, de manière à nous rapprocher tout doucement du navire en détresse, sous l’action du vent.
Oh ! Quel moment d’anxiété !
On n’entendait absolument rien qu’un ordre donné de temps en temps par Pierre.
Tout à coup, une immense vague nous souleva ; nous laissâmes couler quelques mètres de câbles, et nous trouvâmes côte à côte avec le vaisseau.
Aussi vite que l’éclair, une femme et un enfant nous furent lancés.
- Toutes les mains au câble, et tirez ! cria Pierre, car il vit arriver une autre immense vague, et il savait que si nous ne nous éloignions pas rapidement, notre bateau serait infailliblement brisé contre le navire.
L’ordre exécuté à la minute, nous sauva.
Ensuite, nous nous rapprochâmes de nouveau.
Cette fois-ci, nous pûmes rester plus longtemps ; mais nous dûmes bien des fois nous éloigner et nous rapprocher avant d’avoir pris à notre bord les huit personnes qui restaient sur le vaisseau.
Seigneur, sauve-moi ! Dieu avait entendu ma prière.
Sur mer et sur terre
Dans une diligence pleine d'hommes qui voyageaient ensemble toute une journée, se trouvait un capitaine de vaisseau, robuste marin, à l'expression franche, à l'air distingué, qui causait avec plus de volubilité, riait plus haut et jurait avec plus d'aplomb qu'aucune autre personne de la compagnie.
Le capitaine raconta entre autres un affreux naufrage qu'il avait essuyé dans le golfe de Saint-Laurent.
Quand un ouragan soudain les assaillit, l'équipage prit toutes les mesures commandées par la situation, et s'efforça d'atteindre les côtes rocheuses du Labrador en fuyant devant la tempête.
Mais aucune puissance humaine n'était en état de diriger le navire.
Après avoir dérivé au gré du vent pendant un jour et une nuit, le vaisseau alla donner au matin contre un îlot ; les vagues le lancèrent par-dessus les récifs, pour le laisser enfin accroché sur une roche plus élevée que les autres.
Tous comprirent que le navire ne tarderait pas à être emporté pièce par pièce. Ils se hâtèrent donc de fabriquer un radeau, espérant atteindre le rivage. A peine fut-il achevé que le vaisseau s'effondra.
Les hommes crièrent : " au radeau, au radeau, " mais le capitaine fut le seul, qui, en s'attachant, parvint à s'y maintenir.
Ce fut avec force jurements qu'il raconta cette affreuse scène, et comment les pauvres matelots, qui s'efforçaient en vain de s'accrocher au radeau, furent l'un après l'autre balayés par les vagues furieuses.
" Et à la fin, je demeurai là, seul, ajouta le capitaine ; sans avoir pu sauver la moindre des choses ; sans une bouchée de nourriture, sans une goutte d'eau !
Pendant trois jours et trois nuits, je demeurai sur ce radeau, et j'étais prêt à périr lorsqu'un vaisseau parut.
Il me restait tout juste assez de force pour faire flotter au vent ma chemise de flanelle rouge ; ils la virent et vinrent à mon secours.
J'étais incapable de me tenir debout, ni même de parler ; ma vie tenait à un fil.
Mais enfin me voici en route pour revenir chez moi, après avoir perdu tout ce que je possédais dans ce monde. "
La narration du capitaine avait beaucoup intéressé ses compagnons de voyage, et un monsieur, jusqu'alors fort silencieux, les engagea à faire une généreuse collecte, à laquelle il ajouta la plus grande partie.
Offerte d'une manière très délicate, elle fut acceptée avec une vive reconnaissance et le capitaine parut déchargé d'un grand poids.
Après le coucher du soleil, les passagers sortirent tous de la diligence pour monter à pied une colline.
Le silencieux voyageur marchait à côté du capitaine et se trouva bientôt seul avec lui.
" Capitaine, lui dit-il, me serait-il permis de vous poser une question sans vous offenser ?
" – " Certainement, monsieur ; je serai heureux d'y répondre. "
– " Eh bien ! quand vous vous êtes trouvé seul sur votre radeau, pendant ces longs jours et ces longues nuits, n'avez-vous pas solennellement promis au Seigneur que s'il venait à votre secours vous changeriez de vie et commenceriez à le servir ? "
– " Ceci ne vous regarde pas, monsieur, " répondit le capitaine en devenant très rouge et respirant avec effort. Ils rentrèrent en voiture ; ces deux hommes gardèrent le silence, et bientôt l'on arriva au village où l'on devait passer la nuit.
Le lendemain matin le capitaine devait continuer dans une autre direction.
Avant le point du jour, l'homme silencieux entendit frapper à sa porte.
Après avoir allumé sa chandelle, il ouvrit et se trouva en face du capitaine. Ses yeux étaient rouges, son visage agité et sa large poitrine se soulevait d'émotion.
Il prit la main de son compagnon de route et, avec des soupirs et des sanglots, il lui dit : - " Monsieur, hier je vous ai répondu grossièrement, et je viens vous en demander pardon. Oui, j'ai promis et j'ai fait vœu sur ce radeau que si Dieu m'épargnait, je changerais de vie et le servirais ! Oh, quel pécheur je suis ! Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. Voulez-vous prier pour moi et me pardonner ? "
Le monsieur, très ému, promit ce que le capitaine lui demandait.
Puis la diligence étant attelée, ils se serrèrent la main et se quittèrent pour ne plus se revoir dans ce monde. Se retrouveront-ils dans le monde à venir ?
Ce fait rappelle la prière d'un autre marin.
Un dimanche soir, il y a bien des années, raconte un chrétien anglais, j'accompagnai Mr. Pierre Kitwood, le missionnaire des marins, à la réunion qu'il tenait au dock St-Georges, à Liverpool.
Je fus très frappé des figures différentes et de toutes nuances qui s'y trouvaient réunies ; et j'appris qu'il y avait là des Anglais, des Irlandais, des Ecossais, des Français, des Suédois, des Hollandais, des Allemands, des Norvégiens, des Américains, des Africains et un Indien d'Amérique du Nord.
C'était un aspect instructif et touchant, qui rappelait la maison du Père céleste, où se réuniront les rachetés d'Orient et d'Occident, du Nord et du Midi.
Presque tous ces hommes restèrent pour la réunion de prière qui suivit la prédication, et les simples et ardentes requêtes de plus d'un de ces rudes marins me força à dire : Maître, il est bon d'être ici.
Je n'oublierai jamais entre autres celle d'un capitaine suédois : " O Seigneur ! dit-il avec son accent étranger, il en est ici quelques-uns qui t'ont promis, lorsqu'ils étaient sur mer pendant la tempête, que si tu les ramenais à terre, ils te donneraient leurs cœurs ; mais ils l'ont oublié. Seigneur, remets-leur en mémoire ces promesses, afin qu'ils les accomplissent. "
Oh, chers amis, combien en est-il parmi nous qui ressemblent à ces matelots pendant la tempête !
A l'heure de l'affliction, de la maladie, nous avons promis à Dieu que s'il nous délivrait, s'il nous relevait de notre lit de souffrance, nous vivrions désormais à sa gloire. Mais trop souvent nous avons oublié ces vœux.
Demandons avec le marin suédois que le Seigneur nous remette en mémoire ces promesses, afin que nous le servions fidèlement.
La guérison dans l'Ancien Testament
" Je suis l’Eternel qui te guérit. "
C’est ainsi que le Dieu d’Israël se révèle à son peuple (Exode, chapitre 15, verset 26).
La guérison des malades est donc un témoignage de la présence de l’Eternel au milieu des siens.
La bénédiction de Dieu comprend le fait qu’il " éloigne la maladie " du sein de son peuple (Exode, chapitre 23, verset 25 ; Jérémie, chapitre 33, verset 6 ; 2 Chroniques, chapitre 7, versets 13 et 14).
Quand un fidèle est atteint d’une maladie c’est à l’Eternel qu’il en demande la guérison :
Un psaume de louange bien connu dit de l’Eternel :
Aie pitié de moi, Eternel ! Car je suis sans force ;
Guéris-moi, Eternel ! Car mes os sont tremblants. (Psaume, chapitre 6, verset 3).
C’est Lui qui pardonne toutes tes iniquités, qui guérit toutes tes maladies. (Psaume, chapitre 103, verset 3).
C’est Lui qui " envoie Sa parole et qui guérit. " (Psaume, chapitre 107, verset 20).
Le fait que l’Eternel est toujours " celui qui guérit " ne s’oppose pas, par principe, à l’exercice de la médecine.
Il y avait en Israël des médecins et des médicaments.
Galaad semble avoir été renommé pour ses médecins et pour ses baumes (Jérémie, chapitre 8, verset 22 ; chapitre 46, verset 11).
Esaïe (chapitre 1, verset 6) fait allusion à des pansements qu’on appliquait sur les plaies vives.
Ezéchiel nous décrit la manière de bander un bras cassé (chapitre 30, verset 21).
Mais toujours, même quand la guérison était le résultat d’une médication, l’Israélite en attribuait l’honneur à Dieu.
On peut se faire soigner par les médecins mais jamais il ne faut oublier de remettre son sort à l’Eternel.
L’auteur du livre des Chroniques blâme violemment la conduite du roi Asa, qui " pendant sa maladie, au milieu de grandes souffrances, ne chercha pas l’Eternel mais alla consulter les médecins (2 Chroniques, chapitre 16, verset 22).
Jésus, fils de Sirach, qui écrit vers 90 avant Jésus-Christ, dans un livre qui n’est pas inspiré, mais dont les indications sont précieuses pour comprendre l’Ancien Testament, reproduit une démarche inverse : quand on a prié le " Seigneur qui guérit ", il n’y a aucune raison de se dispenser du médecin :
" Mon Fils, si tu es malade, ne soit pas négligent,
Mais prie le Seigneur, car c’est lui qui guérit.
Abandonne le mal pour la droiture
Et purifie ton cœur de tout péché ;
Offre de l’encens, de la fleur de farine
Et de larges sacrifices, suivant tes moyens ;
Puis accepte l’intervention du médecin
Car lui aussi a été créé par le Seigneur.
Qu’il ne te quitte pas, car tu as besoin de lui.
Il arrive parfois que son intervention a du succès
Car lui aussi prie le Seigneur
De le faire réussir à soulager le malade
Et à le guérir afin d’avoir de quoi vivre.
C’est celui qui pèche devant son créateur
Qui traite le médecin avec mépris.
Nous possédons d’assez nombreux récits de guérison.
Souvent la guérison est accordée à la suite de l’intercession d’un homme de Dieu.
C’est le cas d’Abimélek, roi de Guérar, qui fut guéri, lui et tous ceux de sa maison, parce qu’Abraham avait prié Dieu pour lui et les siens (Genèse, chapitre 20, verset 17).
De même Dieu accorde à Moïse la guérison de sa sœur Marie, frappée d’une lèpre blanche comme la neige, parce qu’il a crié à son Dieu : " Guéris-la " (Nombres, chapitre 12, verset 15).
C’est encore par la prière (2 Rois, chapitre 20, verset 5) que le roi Ezéchias, malade et sur le point de mourir, eut une guérison complète et vis sa vie prolongée de quinze années.
Il semble que Job fut rétabli dans sa santé après qu’il eut prié pour ses amis (Job, chapitre 42, verset 10).
En d’autres occasions la guérison est plus compliquée.
Elisée commande au général syrien Naaman de se tremper sept fois dans le Jourdain afin d’obtenir la purification de sa chair (2 Rois, chapitre 5).
Elie guérit le fils de la veuve de Sarepta chez laquelle il s’était réfugié (1 Rois, chapitre 17).
L’enfant atteint d’une maladie violente ne respirait plus. Le prophète couche l’enfant sur un lit, prie l’Eternel, s’étend trois fois de suite sur le malade, invoque à nouveau son Dieu et l’enfant est guéri.
Elisée (2 Rois, chapitre 4), guérit le fils de la Sunamite.
L’enfant atteint d’une insolation meurt. Prévenu par la mère, le prophète envoie Guéhazi, son serviteur, avec l’ordre de placer son bâton sur le visage de l’enfant.
Peine perdue. Elisée arrive à son tour, s’enferme dans la chambre et prie l’Eternel.
Il se couche sur l’enfant, bouche contre bouche, yeux contre yeux, mains contre mains.
Après un temps d’interruption, il renouvelle ces gestes.
L’enfant éternue, ouvre la bouche ; il est guéri.
Que conclure de cette étude biblique ?
Que Dieu est toujours l’auteur unique de la guérison même quand celle-ci est obtenue par un " canal humain ".
Que jamais il n’y a de guérison miraculeuse sans prière adressée humblement à l’Eternel.
André CORNETTE
Vous l'a-t-on jamais dit ?
Un campement de bohémiens était venu s’établir à la porte d’une ville.
Tandis qu’une dame leur achetait quelques objets, elle apprit qu’un des leurs était malade ; elle demanda qu’on lui permît de le voir.
" Que voulez-vous faire, lui dit avec humeur le plus âgé de la bande, lui parler de religion ?
- Non, pas de religion.
- De quoi donc ?
- De Jésus.
- Alors vous pouvez y aller, mais si vous parlez de religion, je lâche mon chien sur vous ! "
Ce n’était pas rassurant !
Elle se dirigea vers la voiture qu’on lui désigna et trouva le jeune homme couché.
Il était évidemment bien près de sa fin ; pâle, les yeux clos, il semblait déjà mort.
Elle se pencha vers son oreille et lentement lui récita ces paroles de Jésus :
" Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. "
Cinq fois elle lui répéta ces mêmes paroles sans obtenir de réponse.
A la sixième fois, pourtant, il ouvrit les yeux et sourit, puis elle l’entendit articuler faiblement : " Et je ne l’ai jamais remercié ! … Mais personne ne me l’avait dit ! …. Oh ! je le remercie de tout mon cœur. Moi un pauvre bohémien. Quel amour !... Merci ! … Merci ! …"
Il referma les yeux pendant que cette dame priait à côté de lui et murmura encore : " C’est cela. "
Le lendemain quand elle revint, elle apprit qu’il était mort ; il avait été tranquille jusqu’à la fin.
Comme pour le brigand crucifié, les paroles de Jésus avaient trouvé le chemin de son cœur ; comme lui, il avait répondu au premier appel que le Sauveur lui adressait, et cru que Jésus, le don de Dieu, était aussi pour lui.
On ne le lui avait jamais dit.
Combien y a-t-il de gens de tout âge et de toute condition qui ont été baptisés, enseignés et auxquels on ne l’a jamais dit !
On parle souvent de religion, de ses pratiques, mais rarement du Sauveur lui-même, du salut gratuit qu’on reçoit par la foi.
Vous l’a-t-on jamais dit ?
Dieu vous aime. Il se plaît à pardonner et à sauver.
Pour vous, il a envoyé son Fils ; pour vous, il l’a livré au supplice de la croix.
Et maintenant, il vous appelle, il vous attend ; il est prêt à vous recueillir.
Vous l’a-t-on jamais dit ?
On ne peut être sauvé que par le Sauveur ; non pas par les pratiques de la religion, par des devoirs, par des prières, par de bons sentiments mais par le Sauveur seul.
Si vous vous confiez en Lui, Lui vous sauvera.
Vous l’a-t-on jamais dit ?
Croire en Lui, c’est accepter le pardon et le salut qu’Il vous a acquis, et qu’Il vous donne, puis lui soumettre votre cœur et votre vie pour qu’il vous conduise dans le bon chemin.
Vous l’a-t-on jamais dit ?
Ce Sauveur tout puissant qui vous délivre de la condamnation éternelle et des vices dont votre cœur est plein, ce Sauveur est facile à trouver, Il est auprès de vous ; vous pouvez vous adresser à Lui comme si vous le voyiez, Il vous recevra qui que vous soyez.
Et si on vous l’a dit, avez-vous jamais remercié Dieu ?
Ce pauvre garçon qui entendit parler pour la première fois de l’amour de Dieu, s’écria : " Et je ne l’ai jamais remercié ! "
Et vous, si vous savez ces choses, peut-être depuis longtemps, dites aussi : " Merci ".
Un merci qui entraine le don de votre cœur à Dieu, une entière confiance à ce Sauveur, l’obéissance absolue à Jésus, un merci qui transforme votre vie !
Henri NICK
Un J3 récalcitrant
" … Lui (Jésus) qui a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois (la croix) afin que morts au péché, nous vivions pour la justice. " (1 Pierre, chapitre 2, verset 24).
Il appartenait à une brochette de dix dont l’aîné n’avait pas dix-huit ans.
Et c’était lui, l’aîné : grand type à la tête échevelée, au regard candide.
Par une froide journée d’hiver, je pénétrai dans leur " chauffoir ", situé au rez-de-chaussée nord d’un vieux bâtiment patiné, au fronton duquel on lit cette inscription lapidaire :
Maison d’Arrêt et de Justice que les méridionaux facétieux traduisent plaisamment :
Arrêt : virgule,
Justice : point.
Mais c’est toujours un point de suspension désagréable pour les occupants ; il reste encore un peu de vertu morale sur la terre…
" Bonjour, jeunes gens… que faites-vous donc ici ? …. Voyons, ne seriez-vous pas mieux chez vous ?
- Oh si, monsieur, mais. "
- Je m’assieds sur une banquette… de propreté douteuse, et j’interroge à la file.
Pauvres adolescents !
Presque tous font partie de familles nombreuses – de 5 à 8 enfants mineurs – La mère est souvent seule au logis, tandis que le père généralement gros buveur ou débauché, a quitté pour toujours le foyer familial…
Et la nichée de vagabonder, de marauder à qui mieux mieux dans les alentours et de tomber parfois dans les filets du garde-champêtre, voire, comme c’est ici le cas, dans une redoutable prison.
" … Et que faites-vous dans la journée ?
- Vous le voyez, monsieur, rien. Nous grelottons c’est tout.
- Eh bien ! Mes amis, des " Jeunes " ne doivent jamais trembler : ni devant le froid, ni devant la peur, ni surtout devant le travail.
" Vous travaillerez !
" Voici un pavé, des bancs, des étagères, une poubelle… tout cela doit être lavé, brossé, nettoyé, astiqué, et quand c’est fini, on recommence, je vais en parler au surveillant de service, etc., à bientôt.
" En attendant, " en chambre ", faites du mouvement, de la gymnastique… nîmoise ou suédoise, peu importe ; marchez, sautez, courez – en rond où en long – jouez à la friction, au massage, et … hardi, les gars ! "
Huit jours plus tard. Résultats insuffisants :
" Pas de brosse, ni de serpillère, monsieur.
- … Ni de bonne volonté, non plus, sans doute. Hein ! … Il faut obtenir tout cela et, sans délai… "
… Et sans délai, on l’a eu, même avec usure, puisqu’un petit poêle de fortune a été installé dans la grande pièce nue.
Dès lors, le cercle se forme autour du fourneau allumé, et le visiteur, assis, peut parler et écouter à l’aise tranquillement.
Tranquillement ? C’est une autre affaire.
Le chef de la bande – l’aîné dont je parlais tout à l’heure – muni de son tisonnier de cuisine, ne cesse de taquiner l’appareil dont les couvercles circulaires dansent sans arrêt.
Le déficient garçon ne peut suivre même mes développements enfantins.
Et c’est alors que je l’interpelle sur un ton majeur.
" Mon ami, lui dis-je, écoute donc une histoire que je n’ai pas inventée et que ton attitude agaçante me remet en mémoire :
" Un grand gaillard comme toi, avait une mère qui l’aimait beaucoup, beaucoup.
Mais elle avait des prétentions légitimes, des ambitions toutes maternelles à l’endroit de son fils qu’elle aurait voulu parfait.
Pour son éducation, pas de concessions faciles, de demi-mesures.
Or, un jour que son enfant chéri avait soustrait pour la … nième fois, des jouets ou autres objets de valeur à ses camarades, elle lui lança, imperturbablement, cette apostrophe cinglante :
" Vois-tu Pierrot, si je trouve encore dans tes poches des produits troqués ou volés, eh bien, crois-le, ce tisonnier, rougi au feu, te transpercera la main ! … Aux grands maux, les grands remèdes ! "
" Et la menace fut suivie d’effet…
" Certain soir, à l’improviste, Pierrot – l’insouciant, l’incrédule, le désobéissant – fut fouillé par sa mère, méfiante, devant une cuisinière chauffée au maximum…
Impossible de cacher la faute et d’esquiver la sentence.
" Arrive ici, tricheur, trompeur, incorrigible ; donne-moi ton bras, voleur impénitent… Il faut séance tenante – c’était annoncé – payer les larcins et les incartades ! … "
" Et la main, implacable, de s’emparer du tisonnier plongé dans la braise ardente, et de le planter résolument, courageusement dans… dans…. l’autre main… de la mère frémissante, épargnant ainsi celle de son Pierrot consterné.
Un léger crissement des chairs, un peu de fumée âcre, un cri de douleur… et des regrets cuisants – oh ! Combien ! – chez le réchappé confondu !
" … L’amour d’une mère, eh bien, le voilà, mes enfants, dans toute sa beauté.
" Pour corriger son Pierrot aimé, elle est allée, cette mère, jusqu’au sacrifice sanglant, et ce sacrifice a porté ses fruits heureux : le fils a retenu, pour sa conduite future, c'est-à-dire pour toujours, la scène douloureuse du tisonnier.
" Le fer rouge appliqué sur la main coupable n’aurait fait qu’endurcir encore un cœur de pierre et allumer ou attiser une haine peut être inextinguible.
Eh bien, jeunes gens, il est une autre histoire plus tragique et plus émouvante encore.
Ecoutez-la : votre attention recueillie me porte à vous la résumer en peu de mots : on vous la développera plus tard.
" Savez-vous comment Dieu, le Père de tous les hommes, s’y est pris pour les sauver, car tous étaient perdus à cause de leurs fautes accumulées ?
Il s’est livré lui-même, un jour, dans la personne de son fils, Jésus-Christ.
Le sang versé sur une croix, au Calvaire de Jérusalem, a payé tous les péchés de l’humanité.
Celui qui croit cela, et le prouve par une conduite sans reproches, possède la vie, une vie véritable, éternelle et bienheureuse. "
Le J3 récalcitrant, comme ses camarades subjugués, semblent comprendre et saisir cet insondable mystère de l’amour chrétien.
Leur physionomie générale en est comme transfigurée ;
Devant l’insuffisance du serviteur, l’Esprit de Dieu opère.
Puisse-t-il agir dans le cœur de beaucoup de lecteurs !
E.J. ROUVERAND – le Relèvement
De l'anarchie à l'évangile
Histoire d’un ouvrier parisien.
Je suis né en 1855, à Paris, de parents belges.
Je reçu mon instruction primaire à l’Ecole des Frères, et fus même enfant de chœur à l’Eglise Sainte-Marie des Batignolles, jusqu’à ma première communion.
Je fus à même de remarquer la manière de vivre de certains membres du clergé, que je voyais de près, et pus ainsi me rendre compte que, chez plusieurs, la pratique était loin de correspondre à la théorie.
Vers la même époque, se produisit un scandale clérical effroyable.
Ce fait, joint à mes précédentes observations, acheva de me dégoûter de toute religion.
Je devins apprenti menuisier, et l’atelier continua à m’affermir dans mes idées antireligieuses : je perdis tout idéal moral.
Mais, comme l’homme a besoin de lutter pour quelque chose de plus grand que lui, j’entrai dans le mouvement ouvrier, et même je devins anarchiste.
A la suite d’actes de propagande par trop violents, coïncidant avec des troubles graves en Belgique, je fus expulsé de France, par décret du Ministre de l’Intérieur (30 mars 1886).
L’année suivante, je fus autorisé à rentrer à Paris, à la condition que je cesserais de m’occuper de politique.
Je fus mis sous la surveillance de la Préfecture de police.
Mais ne plus m’occuper de politique, abandonner " la lutte de classe ", voilà qui était bien difficile à un tempérament comme le mien !
Plusieurs fois, mes camarades durent me recommander la prudence et, même me l’imposer…
A la suite d’une chute de 3 mètres de haut, je fus alité chez moi pendant six semaines, après quoi je pus reprendre mon travail.
Mais quelques jours après mon retour à l’atelier, et subitement, je fus atteint de paralysie et transporté à la Salpêtrière, où l’on ne me garda pas.
J’allai d’hôpital en hôpital, toujours immobilisé sur un lit, et je continuai à faire de la propagande anarchiste.
Après de longs moins de traitement sans aucune amélioration, le professeur Dieulafoy, membre de l’académie de Médecine, qui me traitait, dut me faire cette déclaration : " La science a fait pour vous tout ce qu’elle a pu, " ce qui signifiait que j’étais incurable.
On m’envoya pourtant à l’Asile de convalescence de Vincennes ; c’est là que pour la première fois de ma vie, je fus mis en rapport avec un chrétien évangélique.
J’essayai de l’amener à mes idées anarchistes ; mais mes efforts furent vains, Dieu merci.
Et c’est lui, au contraire, qui par son simple témoignage, donna le premier coup à mes convictions erronées.
Je fus surpris de trouver un homme à la fois si intelligent, si convaincu, si ferme dans sa foi, laquelle ne ressemblai en rien aux superstitions dont on avait nourri mon enfance.
Je n’ai jamais revu ce brave homme. Combien de fois n’ai-je pas souhaité de le rencontrer de nouveau, et de faire avec lui meilleure connaissance !
Rentré chez moi, mes patrons firent des démarches pour me faire admettre dans un établissement d’incurables.
Imaginez qu’elle était ma détresse morale, à la perspective d’être privé de ma femme et de mes quatre enfants, qui devaient pourvoir à leur subsistance sans que je ne pusse rien faire pour eux !
C’est alors que les voisins conseillèrent à ma femme de me faire conduire au Dispensaire de la Mission populaire évangélique, rue de l’Avre, à Grenelle.
Je refusai d’abord en m’appuyant sur la déclaration du grand docteur : " La science a fait ce qu’elle a pu. "
Enfin, sollicité de nouveau, je me laissai conduire par ma femme à ce dispensaire, dont on ne m’avait pas fait connaître le caractère religieux, car alors mes principes se résumaient en ces deux mots : " Ni Dieu, ni Maître, " et je n’aurais pas accepté d’aller dans une maison chrétienne, même pour y être traité gratuitement.
Ce fut le 26 février 1890, que je me rendis au dispensaire, où je fus obligé d’entendre la lecture de l’Evangile, par l’excellent docteur Estrabaud.
Il lut le chapitre 5 de l’Evangile selon saint Jean, où est racontée la guérison, opérée par Jésus-Christ, du paralytique de Bethesda, qui avait été malade pendant trente-huit ans.
Curieuse coïncidence ! J’étais malade, moi, depuis trente-huit semaines, jour pour jour.
L’explication de ce récit, faite par le docteur, et s’appliquant à chaque malade, me troubla.
Puis la consultation commença.
Mon tour arrivé, le docteur Estrabaud confirma la déclaration du docteur Dieulafoy ; mais il ajouta que, même si la science était impuissante à me guérir, Dieu pouvait le faire, comme il l’avait fait pour le paralytique de l’Evangile… !
A partir de ce jour, je sentis une amélioration très nette dans mon état.
Je revins au Dispensaire, et plusieurs chrétiens (tous partis maintenant pour être avec le Seigneur) prièrent pour moi.
Notamment le colonel Paschkoff, l’ancien chambellan du Tsar, chassé de Russie par l’intolérance cléricale, à cause de sa foi évangélique, et qui vivait à Paris dans l’exil, en faisant beaucoup de bien par sa parole, son exemple et sa grande charité.
M. Louis Sautter, ingénieur civil retiré des affaires, qui consacrait tout son temps et toutes ses forces à l’œuvre de Dieu.
Et Mme Pastaud, chrétienne dévouée, véritable servante des pauvres.
Ils demandaient à Dieu, non seulement ma guérison, qui déjà était en bonne voie, mais surtout ma conversion.
Enfin, le 6 avril 1890, Dieu exauça ces prières.
La réunion, ce soir-là, était présidée par M. Louis Sautter, assisté de M. J. Sainton.
Ce dernier expliqua les paroles du Sauveur ; " Hors de moi vous ne pouvez rien faire… Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé ", (Jean, chapitre 15, versets 5 et 7).
Il chanta ensuite le chant :
Le ciel était voilé,
La route était obscure ;
Voyageur, désolé,
J’errais à l’aventure.
Chaque arbre du chemin
Était une menace,
Et je cherchais en vain
La porte de la Grâce…
Ruben Saillens
Ce chant, ces paroles, dépeignaient l’état de mon âme.
Aux appels de M. Sainton, j’eus peine à attendre qu’il eût fini.
Je me levai comme mû par un ressort ; je déclarai que toute ma vie n’avait été qu’une offense envers Dieu, que je ne méritais pas sa clémence, mais puisque par Jésus je pouvais Lui demander tout ce que je voulais, comme Il avait déjà exaucé les prières pour la guérison de mon corps, je demandais à Dieu de m’accueillir et de faire de moi une nouvelle créature, en précisant que, si jamais je devais encore blasphémer son saint Nom, il m’ôtât plutôt l’usage de la parole.
L’exaucement fut complet.
Mes derniers préjugés étaient tombés.
J’acceptai avec foi et reconnaissance le salut éternel qui nous a été acquis par le sacrifice de Jésus sur la croix.
Depuis, je n’ai eu aucun effort à faire pour être guéri de l’envie de jurer ; elle ne m’est jamais revenue.
Quelle date mémorable pour moi !
Je pus, dès ce moment, reprendre l’exercice de mon métier.
Depuis cette époque, j’ai eu des épreuves de toutes sortes, et même les maladies ne m’ont pas été épargnées, mais elles n’ont fait que confirmer et affermir ma foi en Celui qui est le Tout-Puissant et qui ne nous éprouve que pour nous attirer à Lui.
L’arrêté d’expulsion qui avait été pris contre moi fut rapporté le 12 décembre 1893, les autorités, ayant acquis la certitude que je ne m’occupais plus de politique ni de propagande anarchiste.
Je n’ai pas cessé depuis ma conversion de jouir de la paix intérieure, plus précieuse que toutes les richesses du monde.
Dieu a pourvu à tous mes besoins et à ceux de ma famille ; plusieurs de mes enfants ainsi que ma chère femme, ont, de leur propre gré, embrassé la foi chrétienne.
Je n’aurais voulu les y contraindre pour rien au monde : car qu’est-ce qu’une religion imposée ?
Mais j’ai fait tous mes efforts pour les amener à mes convictions et je n’ai pas eu beaucoup de peine.
Notre foyer n’a jamais été plus heureux.
Et tout cela, grâce à l’Evangile, c'est-à-dire à la Bonne Nouvelle, (car c’est là ce que ce mot signifie) – La Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu, révélé et réalisé par Jésus-Christ, mon Sauveur.
J. B. FLAMENT
Si j'avais milles vies - Isaac HOMEL
Le mercredi 27 octobre 1683 entre quatre et cinq, par un jour de bise grande et froide, à Tournon, expirait sur la roue dans le plus effroyable des supplices, un condamné à mort : Isaac Homel, pasteur de l’Eglise Réformée.
Isaac Homel était né à Valence en 1820.
Son père, Abraham Homel, était avocat.
Protestant zélé, il fréquentait assidûment les cultes qui avaient lieu tous les dimanches dans le temple de Soyons.
Dans ce temps-là, en effet, les protestants de Valence étaient rattachés à la paroisse de Soyons et devaient traverser le Rhône pour se rendre aux cultes.
Lorsqu’il fut devenu jeune garçon, Isaac fut envoyé au collège de Dié.
Il y avait là une Académie protestante (sorte d’université qui comprenait un collège correspondant à peu près à nos lycées aujourd’hui).
Isaac y entra en classe de 4ème ou 3ème et y resta jusqu’à ce qu’il eût passé tous les examens qui lui permettaient d’entrer à l’Académie proprement dit où il fit de solides études de philosophie puis de théologie.
Il désirait être pasteur.
L’exemple de la vie chrétienne familiale et l’éducation reçue au collège lui avaient permis d’écouter l’appel de Dieu et d’y répondre en lui consacrant sa vie tout entière.
Après quelques premières années de ministère à Châteaudouble (Drôme), Isaac Homel est nommé pasteur de l’Eglise de Soyons, qui comprenait aussi les localités de Charmes, Saint-Georges, Toulaud, Guilheraud, Saint Peray (dans l’Ardèche d’aujourd’hui).
Isaac Homel était doué, dit-on, " d’un grand esprit, d’un grand jugement et d’une grande mémoire. "
Les pasteurs qui le reçurent dans le ministère s’accordaient à reconnaître " ses dons rares ".
Marié, il eut un fils et trois filles.
L’une d’elles écrit : " Il avait un grand zèle pour la religion, une grande piété, il était fort consciencieux, sans fard, sans dissimulation ni flatterie… d’une conversation douce et si affable qu’il se faisait aimer de tous, tant d’une que d’autre religion. " (tant des protestants que des catholiques).
A Soyons et dans les lieux environnants, Isaac Homel s’adonna avec zèle à toutes les charges du ministère pastoral : prédications, cultes, visites, instructions, démarches, etc…
Il souffrait beaucoup d’un état de santé médiocre qui lui causait parfois des crises de douleurs aiguës, ce qui ne l’empêcha pas d’accomplir avec conscience son devoir.
Il acquit rapidement une grande autorité auprès de ses collègues pasteurs et fut chargé à plusieurs reprises de présider les Synodes de la région.
Il fut aussi leur délégué au Synode national.
Une fois même, on le chargea d’aller inspecter l’Académie de Dié dont il avait été l’élève.
Isaac Homel était parfois attristé de ce qu’il appelait " la léthargie des peuples, " c'est-à-dire le manque de zèle des protestants, et il s’efforçait de les réveiller en les excitant à la piété, au chant des psaumes, à la lecture de la Bible et à la prière.
En ce temps-là, le Protestantisme n’était que toléré dans le Royaume de France.
Depuis l’Edit de Nantes, promulgué par le roi Henri IV, les Réformés pouvaient librement exercer leur religion, mais cette liberté était souvent menacée.
Vexations et persécutions, ennuis et difficultés de toutes sortes ne manquaient pas.
Au temps d’Isaac Homel, le roi Louis XIV supportait mal qu’il y eût dans son royaume une partie de ses sujets n’ayant pas la même foi que lui.
Il croyait y voir une atteinte à " son pouvoir absolu ", et bien que les Réformés eussent donné de nombreuse preuve de leur fidélité au roi, il résolut de les éliminer, s’il le fallait par la violence.
On commença par restreindre peu à peu les libertés accordées par l’Edit de Nantes.
Sous des prétextes futiles, on ordonnait la démolition des temples.
Le 8 septembre 1682, le Conseil du Roi interdit pour toujours l’exercice de la religion réformée à Soyons et ordonna que le temple serait démoli jusqu’aux fondements.
Isaac Homel essaya des démarches, en pure perte.
Il comprit que les décrets royaux faisaient partie d’un plan d’ensemble de suppression du protestantisme en France.
Cette année 1682 fut sombre.
Les Eglises pressentaient qu’elles étaient à la veille d’une tourmente.
Aussi décidèrent-elles de se concerter et de s’unir malgré les défenses royales.
Des délégués et des pasteurs des diverses régions protestantes du Midi se rencontrèrent.
Un projet " d’union " fut élaboré.
Isaac Homel, y adhéra et devint le directeur du mouvement de résistance en Vivarais (Ardèche).
En quoi consistait cette résistance ?
A continuer de s’assembler pour les cultes dans les lieux interdits.
Aux jours dits, des " assemblées " eurent lieu partout en plein air.
Les pasteurs y prêchaient en robe et rabat dans des chaires démontables ; les fidèles y assistaient et chantaient les psaumes comme dans les temples. Nul n’était armé. On ne se cachait pas.
Isaac Homel, qui résidait à Valence, après la démolition du temple de Soyons vint résider à Chalancon pour diriger le mouvement.
En quittant sa femme, il lui dit : " Adieu, ma mie, console-toi, je m’en vais au martyre. "
Alertées, les autorités réagirent aussitôt.
Quinze jours après les premières assemblées, le ministre Louvois écrivait : " Les troupes nécessaires pour punir les religionnaires du Vivarais sont en marche. "
De fait, deux régiments de dragons et trois régiments de cavalerie approchaient.
Comment empêcher que les protestants du Vivarais ne prissent les armes pour se défendre ?
Malgré les tentatives de pacifications et les promesses d’amnistie faites par l’intendant de la province, un premier combat eu lieu à l’Herbasse.
Quelques centaines d’hommes se trouvèrent aux prises avec les dragons (4000 hommes environ).
Les " Huguenots " durent s’enfuir dans les bois.
Une dizaine d’entre eux furent pris et pendus sur le champ.
Les troupes royales progressèrent le long de la vallée de l’Eyrieux, opérant partout de sauvages répressions.
Elles gagnèrent Chalancon.
C’était la défaite des protestants.
On décida d’accepter l’amnistie et ses conditions, mais les pasteurs en étaient exclus, et durent se cacher et fuir.
Le mercredi 29 septembre 1683, Isaac Homel et ses collègues franchissent l’Eyrieux.
Ils se dirigent vers Gluiras.
Homel et un jeune pasteur du Languedoc se proposent de passer dans cette province et là, de gagner un pays étranger.
Ils partent à cheval tous deux ; un guide les accompagne.
On marche de nuit. Au point du jour, Homel envoie le guide chez un nommé Amas, qui est prostestant, pour le prier " de leur donner retraite. "
Mais le guide est arrêté.
Le jeune pasteur qui accompagne Homel veut aller à sa recherche ; il est arrêté à son tour.
Les habitants du village sont alertés et Isaac Homel doit abandonner sa monture et se cacher dans les rochers.
" Le lendemain, étant sorti pour tâcher de poursuivre son chemin, Homel fut arrêté par un paysan qui lui demanda où il allait.
Et comme il se débarrassa de ses mains et se mit à courir, le paysan lui tira un coup de fusil qui ne le blessa pas, mais attira en ce lieu plusieurs autres paysans qui le saisirent et l’amenèrent au prince d’Harcourt, seigneur d’Aubenas, qui le fit enfermer dans son château. "
Voilà Isaac Homel, arrêté. Il fut aussitôt transféré à Tournon pour y être jugé.
Sur la route, à l’entrée du village de Charmes, il entrevit ses filles qui l’attendaient là, sachant qu’il allait passer, mais on ne lui permit pas de s’arrêter pour les voir.
A Tournon, le procès d’Homel fut rondement mené.
Accusé de rébellion aux ordres du roi, il fut condamné à être rompu vif sur un échafaud.
C’était le supplice de la roue, infamant et horrible.
En attendant l’exécution, Isaac Homel fut autorisé à recevoir la visite de ses filles et de quelques personnes qui purent recueillir ses dernières paroles.
" Le soir avant sa mort, il soupa comme à l’ordinaire ; après il dit sans paraître ému : " Voilà mon dernier " souper ".
Le reste de la nuit il dormit.
Deux heures avant le supplice il dit à un parent : " Ne soyez pas surpris de me voir joyeux, c’est aujourd’hui le jour de mon triomphe. "
Conduit sur la place de Tournon où la roue avait été dressée, devant une grande foule qui garnissait jusqu’au faîte des maisons, il éleva la voix et prononça de nobles paroles dans lesquelles il disait entre autres :
" Quand je considère les bontés de mon Sauveur d’avoir souffert volontairement la mort honteuse et douloureuse de la croix pour moi, je suis ravi en admiration et si j’avais mille vies je les donnerais agréablement pour l’amour de lui.
" Après ces paroles il récita des psaumes, puis s’étendit lui-même de bon gré sur la roue.
Le supplice dura trois heures et plus.
Au milieu d’intenses souffrances, Isaac Homel fit preuve de la patience et de la fermeté des martyrs chrétiens.
Il mourut dans la certitude qu’il allait à Jésus-Christ son Sauveur, et dans l’espérance de la résurrection.
Sa mort eut un grand retentissement, tant en France que dans les pays étrangers protestants.
Elle contribua à affermir la foi des fidèles et à donner à tous l’exemple de l’espérance des martyrs.
Jacques SERR d’après les travaux du Pasteur Samuel Mours
Un vieilllard extraordinaire
Une revue mensuelle très répandue intitule chaque mois un de ses articles : " L’être le plus extraordinaire que j’aie rencontré. "
Bien que nous ne soyons pas Américains, il nous arrive de rencontrer des personnalités qui sortent de l’ordinaire et nous donnent envie de leur ressembler.
Tel était M. Emile Pons.
Lors de notre première rencontre, il avait déjà quatre-vingt-cinq ans ; j’entends encore la voix sonore de ce bon vieillard, tout à fait sourd, qui levant les bras au ciel saluait le jeune pasteur et sa femme en train de faire les premières visites dans leur nouvelle paroisse par ces mots, criés à tous les échos : " Soyez les bienvenus, messagers de l’Eternel ! "
Et quel sourire ! Si la joie rayonnante est l’apanage de la jeunesse, notre octogénaire était étonnamment jeune.
Il était nîmois ; converti par le moyen de l’Armée du Salut, dans les temps héroïques, il avait une piété solide et virile, qui s’extériorisait volontiers, avec toute l’ardeur du salutiste fervent, et la délicieuse fantaisie d’un humour méridional plein de saveur, que l’âge n’avait nullement diminué.
Il m’avait un jour invité à dîner ; la conversation, à cause de sa surdité, se faisait sur un ton très élevé, coupée de silence.
En voici un échantillon :
- M. R…, vous ne savez pas ce que je fais tous les jours, vers deux ou trois heures du matin ?
- J’espère que vous dormez ?
- Eh non, Vous savez, à mon âge, on a parfois des insomnies. Alors je prie pour vous, et pour ce brave Albin (il s’agissait d’Albin Peyron, alors Commissaire de l’Armée du Salut, auquel il était apparenté), et pour tous les serviteurs de Dieu.
Et puis je prie pour les gens du village.
Je suis les maisons les unes après les autres, depuis le haut de la rue jusqu’en bas. (Un silence. Puis il prend un air contrit).
Seulement, parfois, je m’endors avant d’avoir fini…
- Heureux ceux qui s’endorment en priant !
- Oui. Mais vous avez bien lu, n’est-ce pas, que le Seigneur Jésus, lui, passait parfois tout la nuit en prière. Toute la nuit ! Vous avez bien lu cela ? …
- (Un silence) ? C’est qu’il était jeune, lui !
- Oui…
M. Pons vécut jusqu’à quatre-vingt-seize ans.
A quatre-vingt-quinze ans, il était encore moniteur de l’Ecole du Dimanche.
" Le plus vieux moniteur de France, " disait-il.
Et son groupe ne manquait ni de verve, ni de joie, je vous assure.
Il ne manquait jamais le culte.
Quelqu’un s’en étonnait car il n’entendait rien, à peine le chant des cantiques.
Mais une jeune fille de la paroisse s’asseyait à côté de lui.
" Ma brave Lotte, disait-il, m’indique dans la Bible le texte du Pasteur, et je me prêche un sermon à moi-même. "
Le soir de l’Ascension, en mai 1934, il était comme d’habitude au culte.
Le texte de la méditation était : " Les yeux fixés sur le Ciel…. " (Actes, chapitre 1, verset 10).
A la sortie je me tenais à la porte, pour serrer la main des fidèles.
Il s’approche, toujours plein de vie, et, au lieu de me serrer la main, m’embrasse sur les deux joues, puis s’en va, tandis que je pensais, un peu attendri, et à peine surpris : " Encore une fantaisie de ce brave M. Pons ! "
Mais dans la nuit il eut une attaque et, quelques heures plus tard, partait vers la gloire céleste.
Ce saint baiser d’adieu m’est resté comme une des plus précieuses grâces de mon ministère.
Que Dieu nous suscite des Emile Pons !
René DE RICHEMOND – En avant (28 avril 1951)
La cave où se lavent les bouteilles
Je fus pendant quelque temps employé dans une grande maison de commerce à Copenhague.
Il y avait dans cette entreprise une vaste cave, où se faisait le nettoyage des bouteilles, flacons et récipients qui devaient servir plus tard pour la vente des marchandises liquides de la maison.
Ce fut des chargements considérables de verrerie qui passèrent continuellement dans cette cave.
Il y en avait de toutes les formes, de toutes les mesures, de toutes les couleurs et de toutes les odeurs – eau de Cologne, liqueurs, vinaigre, acide, - liquides de toutes applications, quelques-uns aussi avec une étiquette de " tête de mort " pour indiquer que ce flacon ou ce récipient avait servi pour contenir un poison.
Sans distinction et sans ménagement, tous furent jeté dans une grande cuve d’eau pour y être trempés pendant quelque temps.
Après cela, chaque bouteille et chaque flacon passaient entre les mains d’une laveuse, qui les faisait passer dans l’eau chaude dans laquelle était dissoute une forte dose de cristaux.
J’observai alors quelque chose de particulier.
Les étiquettes simples des récipients d’un usage plus ordinaire se détachaient déjà dans le premier bain d’eau, et après le bain dans l’eau chaude, ils étaient prêts à être rincés dans l’eau propre et pouvaient ensuite servir.
Mais dans ce travail, les laveuses devaient faire un minutieux triage, car bon nombre de bouteilles portaient des étiquettes qui collaient si opiniâtrement aux verres et avaient une telle odeur, qu’il était nécessaire de les faire passer par un nettoyage spécial.
C’étaient en général les flacons de parfumerie et de certaines marques de liqueurs renommées, qui donnaient le plus de difficultés, et dans bien des cas, il fallait les traiter rudement avec une brosse métallique.
D’autres avaient laissé un dépôt infect au dedans, et il fallait, dans ces cas, employer le gros sel et les secouer énergiquement pour parvenir à rendre bien propre leur intérieur aussi.
Tout cela ne semble pas, à la première réflexion, présenter un bien grand intérêt.
Mais pour moi, ce fut une leçon de christianisme pratique, que je n’oublierai jamais.
Dieu désire faire de chacun de nous une vase d’honneur – un récipient qui lui appartient – sanctifié, utile à son Maître, propre à toute bonne œuvre (2 Timothée, chapitre 2, 21).
Notre forme extérieure et notre couleur peuvent différer ; cela n’a pas d’importance.
Ce qui compte, c’est le contenu du récipient et sa propreté.
Que de vies spirituelles gâchées, parce que les vases étaient malpropres.
Que d’erreurs et que d’accidents, quelquefois mortels même, parce que l’étiquette avait trompé ; le contenu était un poison de l’enfer au lieu d’être la substance de la vie divine en Jésus-Christ.
Quelles que soient notre vie, nos dispositions, nos étiquettes religieuses, notre extérieur ou notre intérieur, il nous faut tous passer par le même procédé de nettoyage – la même purification par l’œuvre accomplie par le Fils de Dieu ; il faut que nos âmes soient bien trempées dans la Parole vivante et efficace de Dieu.
Pour les uns – ceux qui sont sans prétention et sans complications - , les " étiquettes " tombent toutes seules au premier contact avec la Parole de vérité, et le nettoyage se fait assez rapidement.
Pour les autres, il y a tout un travail, et parfois un rude travail, à faire enlever les fines étiquettes fantaisistes d’une religion superstitieuse et idolâtre (et elle est terriblement tenace, cette colle qui est employée pour ces étiquettes-là).
Ou bien, les étiquettes décoratives de la vanité et de la recherche des plaisirs de la chair, qui elles aussi sont très lentes à disparaître.
Pour ne pas parler de toutes ces multiples odeurs : alcool, nicotine, parfums, produits de maquillage, etc... etc...
Tout doit passer au bain purificateur de la Parole de Dieu, et bien souvent le péché laisse un tel dépôt infect en nous que nous devons exiger une bonne mesure de ce " sel ", qui seul peut dissoudre et enlever les mauvaises dispositions de notre vieille nature pécheresse.
" Le sel est une bonne chose ", nous dit l’Evangile, mais à la condition qu’il conserve sa saveur.
Pour un peuple infidèle, idolâtre et perverti, Jérémie recevait un jour, dans l’atelier d’un simple potier, le message solennel concernant les vases qui ne " réussissent " pas, et comment le potier les rejette et en formera d’autres, qui " réussissent " mieux.
C’est souvent dans les circonstances les plus ordinaires et dans la situation où nous l’attendons le moins, que Dieu adresse aux hommes ses appels et ses avertissements les plus simples et les plus solennels.
Pour ma part, je bénis le Seigneur aujourd’hui pour l’enseignement reçu il y a une vingtaine d’années, dans cette " cave de nettoyage de récipients " à Copenhague.
Et si je vous en donne ici le récit, c’est uniquement dans le but qu’il vous serve, comme il a servi pour moi, d’illustration pour mieux comprendre l’œuvre de Dieu avec les hommes individuellement et avec les nations particulièrement.
Plaise à Dieu que notre peuple écoute et comprenne les avertissements qu’Il a multipliés à notre égard, afin que le terrible sort de Moab et de bien d’autres peuples nous soit épargné.
Ove FALG – Viens et Vois (juillet 1944)
Témoignage d'un métallo
Ben voilà…, commence-t-il avec des gestes gauches et timides.
Et il fait l’historique de sa pauvre vie dans un langage sans apprêt oratoire, mais combien vivant et poignant.
Fils d’un charbonnier de la Haute-Savoie, il devint ouvrier dans une grande usine métallurgique.
Père de famille, il se laissa aller à la boisson et devint un ivrogne invétéré, souvent en crises de délirium tremens.
- Je n’en voulais faire qu’à ma tête, avoue-t-il, et je gâchais tout.
Pourtant il voulait se libérer du terrible esclavage :
- Hélas ! Tous mes efforts désespérés n’ont abouti à rien.
Un jour un grave accident le conduisit à l’hôpital.
L’idée de suicide s’empara de lui quand il apprit qu’il ne pourrait sans doute plus se servir de ses jambes.
Le voyant très abattu, une religieuse lui parla de Dieu.
- Ma foi, c’était ma seule planche de salut, alors j’ai sauté dessus.
Malheureusement, il ne tint pas bon.
Et comme de juste, il échoue à l’Armée du Salut où il assiste à une réunion d’évangélisation.
Qu’est-ce qu’il entend ?
Le salutiste parle d’un ivrogne devenu sobre, un autre homme, ça l’intéresse, l’impressionne :
- Comment cette chose peut-elle se faire ?
- Par la conversion, dit le salutiste.
- La conversion ! … Frappé par tout ce que j’ai entendu ce soir-là, je m’amène au banc des pénitents !
Depuis c’est fini.
Vous pouvez demander à ma femme et à mes enfants, à mes voisins et à mes camarades d’usine : je suis devenu un autre homme.
Bien sûr ce n’était pas sans fluctuations.
A certains moments, il se sentait affreusement tenté, mais un salutiste lui dit :
- Quand tu passes devant un bistro et que tu te sens tenté, dis de tout ton cœur : " Jésus, Jésus ". Appelle-Le à ton secours et passe ton chemin.
Notre métallo suivit ce conseil ; il le trouva bon…
En avant (10 novembre 1951)
La photographie
Une jeune fille quitta le foyer familial, se perdit dans la vie trépidante d’une grande ville et, finalement, échoua dans une maison de honte.
Lorsque sa mère désolée apprit ce qui était arrivé, elle partit à sa recherche.
Elle emporta quelques-unes de ses propres photographies et en déposa une dans chaque maison de prostitution de la ville.
La jeune femme regarda un jour négligemment la photographie, qui était sur une cheminée, s’approcha et pâlit.
C’était le portrait de sa mère, avec ces mots : " Viens à la maison, signé maman. "
Elle quitta ce lieu et retourna dans les bras maternels.
Si la vie de Jésus a une signification, c’est la photographie de Dieu placée parmi ses enfants errants et pécheurs ; en travers est écrit : " Viens à la maison. "
C’est tout ; mais c’est assez.
Voilà la signification de l’incarnation.
C’est seulement Dieu qui dit à ses enfants : " Venez à la maison. "
Il est des bras dans lesquels les fils prodigues peuvent pleurer leur péché et leur honte – que ce soient des prodigues qui ont gâché leur vie dans le mal ou des prodigues qui ont perdu des occasions de faire le bien.
L’Evangile offre une occasion de tenter une seconde fois la chance ; c’est l’Evangile d’un nouveau commencement.
A la vitrine d’une boutique étaient écrits ces mots : " Aucune porcelaine n’est trop brisée pour être réparée. "
Sur l’Evangile entier est écrit : " Aucune vie n’est trop brisée pour être réparée. "
E. STANLEY – JONES
Invoque-moi … Je te répondrai !
Un scaphandrier se trouve en plongée dans le port du Cap.
Soudain un bras mystérieux s’enroule autour de sa jambe, un autre étreint son bras droit, un troisième enlace sa poitrine…
Jean Palmer est assailli par une pieuvre géante. Il est perdu ! … Non ! … Il tire de toutes ses forces la corde qui le relie à la surface.
Son ami répondra-t-il à temps ? …
Moments diaboliques, la pieuvre le regarde.
Là-haut, dans la barque, son ami actionne le treuil.
Jean Palmer commence à monter.
Mais la bête ne lâche pas prise. Elle l’étreint plus fortement encore en montant avec lui.
La lumière devient intense. La pression de l’eau diminue.
Le scaphandrier arrive à la surface.
Son ami doit se servir d’un couteau et même d’une hache pour couper bout après bout les terribles tentacules qui adhérent par des centaines de petites ventouses.
Enfin Jean Palmer est libre.
Livré à lui-même il était immédiatement perdu.
Mais son ami veillait, prêt à intervenir au moindre signal.
Ne vous semble-t-il pas que nous sommes souvent assaillis par une pieuvre plus terrible encore ?
La pieuvre du mal sous ses mille et une formes.
La pieuvre des adultères, la pieuvre de l’alcool, la pieuvre du mensonge, du vol, de la haine, la pieuvre horrible du découragement et du doute…
Ne vous est-il jamais arrivé de soupirer après la délivrance de telle passion dégradante ou de sentiments coupables qui vous tourmentaient ?
Comme le scaphandrier nous sommes impuissants.
L’ennemi de nos âmes nous a liés.
Du haut du Ciel, Jésus-Christ veut intervenir.
Il attend que nous tirions la corde de la prière.
Alors Il nous attire à Lui et Il brise les chaînes de nos passions.
Voici ce qu’Il nous déclare :
" Quiconque se livre au péché est esclave du péché. Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres. "
Votre sort est peut-être bien plus tragique que celui du scaphandrier.
Celui-ci connaissait l’ami qui était dans la barque, tandis que vous ne connaissez Jésus-Christ que de nom et peut-être doutez-vous-même de son existence.
Ou, si vous admettez qu’Il est ressuscité comme l’Evangile le raconte, et qu’Il est monté au Ciel, vous ne croyez cependant plus à Son Amour où à Sa Puissance de vous sauver.
Un de mes amis, légionnaire en Algérie, s’est trouvé dans votre cas.
Il avait décidé de s’ôter la vie. Pourtant au moment d’accomplir l’acte fatal, il se souvient de sa mère qui a si souvent prié pour lui, et il lui vient cette pensée : " La prière, si tu essayais ce truc-là. "
Il veut prier, mais ne sait que dire… ; et bientôt, de sa voix grave, il articule cette requête émouvante : " O Dieu, si tu existes, prends-moi parce que moi j’en ai marre ! "
Le lendemain par un concours de circonstances tout à fait providentiel, un camarade lui remet un livre qui lui fera connaître le grand Libérateur.
Jésus-Christ, notre ami céleste, a entendu et exaucé le S.O. S. du légionnaire.
Celui qui avait été lié par la pieuvre du péché a été délivré par notre puissant Sauveur.
Un soldat de l’armée américaine a été parachuté dans le nord de la Chine et les Japonais l’ont fait prisonnier.
Pendant des mois ceux-ci l’affament lentement ainsi que ses camarades.
Il conçoit une haine farouche à l’égard de ses ennemis.
Puis il commence à lire la Bible et le message d’amour de cette Bible le bouleverse.
Il demande à Dieu de pardonner ses fautes.
Il croit que Jésus-Christ, mourant au Calvaire, a porté ses péchés.
Il accepte la grâce divine. Bientôt son cœur est rempli d’amour pour ses bourreaux.
A l’armistice, il rentre aux Etats-Unis.
Après sa convalescence il se prépare à retourner au Japon comme missionnaire.
Jésus-Christ a tué la pieuvre de la haine et a donné à ce soldat d’aimer ses ennemis.
Au lieu de bombes, il apportera des Bibles aux Japonais.
J’aimerais m’adresser à vous, chers amis chrétiens, qui depuis longtemps peut-être avez reçu Jésus comme votre Sauveur.
Plusieurs bras de la pieuvre ont été coupés déjà.
Vous avez été délivrés de certaines passions, et cependant l’un des bras visqueux de la pieuvre est encore accroché à votre âme.
Jésus-Christ veut vous en libérer.
Laissez-le faire. Renoncez à tout péché connu.
Acceptez la victoire que Jésus vous offre maintenant.
Non seulement Jésus veut nous délivrer de l’étreinte mortelle du péché, mais Il veut encore intervenir dans toutes nos circonstances, nous sauver de toutes nos détresses.
Voici sa promesse : " Invoque-moi au jour de la détresse, je te délivrerai et tu me glorifieras. "
Durant la guerre une forteresse volante prit feu par l’explosion d’un ballon d’oxygène.
L’équipage put s’enfuir en parachute.
Privé du sien par la violence de l’explosion, le pilote, condamné à rester dans l’avion en feu, essaya d’atterrir sur la côte anglaise.
L’avion était encore à 1000 mètres d’altitude.
Les commandes de l’appareil étaient endommagées.
Les bombes qu’il transportait pouvaient sauter d’un moment à l’autre.
Dans la nuit noire, le pilote parvint à se poser sur un champ miné et à se sauver avant l’explosion de sa charge meurtrière.
Voici ce qu’il a déclaré à la presse : L’homme qui est là-haut, c’est lui qui m’a fait atterrir. Je lui ai parlé, je lui ai beaucoup parlé et il doit m’avoir entendu…
Cette expression toute laïque peut nous surprendre.
Elle exprime l’absolue conviction du pilote qui devait son salut à une intervention divine.
En parlant ainsi, le lieutenant Vinson n’a pas voulu manquer de respect à son Créateur.
Son allusion à " L’Homme qui est là-haut " est conforme à l’enseignement du Nouveau Testament.
Vous vous souvenez peut-être de cette déclaration du martyr Etienne, quelques années après l’ascension de Jésus-Christ : Je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu.
Ailleurs encore il est écrit : Jésus-Christ est toujours le même, hier, aujourd’hui et éternellement. Il peut sauver parfaitement ceux qui s’approchent de Dieu par Lui, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur.
Comme le scaphandrier :
Enlacé par la pieuvre a tiré la corde qui le reliait à son ami resté dans la barque, vous, chers amis, qui êtes liés par la pieuvre de la désobéissance à Dieu sous toutes ses formes, tirez la corde de la prière.
Invoquez Jésus-Christ, votre Ami céleste, et Il vous délivrera de la chaîne de vos passions.
Comme le légionnaire :
Criez à ce Dieu que vous ne connaissez pas, en qui vous croyez à peine, et Il se révèlera dans votre vie.
Comme le parachutiste américain :
Lisez la Bible ! Croyez à ses promesses.
Obéissez à ses ordres.
Et Dieu transformera vos cœurs.
Comme le pilote de la forteresse volante :
Suppliez Dieu de venir à votre secours dans toutes vos détresses, car Il a dit : Invoque-moi au jour de la détresse, Je te délivrerai et tu me glorifieras.
Ernest LORENZ – L’appel du Maître
La lanterne du garde-voie
La ligne de chemin de fer gravissait en cet endroit une côte abrupte.
Au haut du talus de rocailles se trouvait la petite loge qu’on avait posée à l’abri du rocher, et, dès la tombée de la nuit, André, le garde-voie s’y portait avec sa lanterne.
Il y restait jusqu’au matin, solitaire au milieu des ténèbres et du silence.
Les trains étaient rares et passaient devant la niche d’André sans que personne ne prit garde à lui.
Il avait pour unique tâche de veiller à ce que rien sur la route ne vint compromettre la sécurité des voyageurs.
Combien les nuits étaient longues, même les plus belles nuits étoilées, jusqu’à ce qu’un filet d’une pâle clarté annonçât l’aurore !
André était illettré, mais il avait été à l’école de la nature ; il savait observer, réfléchir, penser, et son esprit ne restait point inactif.
Dans son isolement, dans son existence si simple et si monotone, il s’était instruit lui-même de bien des choses ; il savait admirer ; parfois il priait.
Une certaine nuit, dont nous allons faire l’histoire, l’âme d’André se trouvait en proie à une effroyable tempête ; un immense chagrin l’avait récemment atteint, son cœur était dans le deuil et en révolte ; tandis que le silence régnait autour de lui, le tumulte était dans ses pensées.
Peu à peu une amertume poignante avait allumé chez lui une sourde colère, qui s’exprima par des paroles incohérentes ; dans son exil, loin de tout voisinage, il ne songeait à les réprimer.
Tandis qu’il était ainsi travaillé dans son esprit, quelqu’un se dirigeait lentement et sans bruit vers lui.
Il y avait au pied de la montagne un élégant château, et minuit avait sonné, qu’une lumière brillait encore à l’une des fenêtres.
Dans cette chambre, un étranger, hôte de la maison, homme d’âge mûr, ne pouvait songer à dormir ; lui aussi était agité par de pénibles pensées.
Regardant au dehors, son attention avait été attirée par la petite lumière qui brillait à mi-hauteur de la colline.
La lanterne du garde-voie l’intrigua et, fatigué de son insomnie, il se décida à aller voir ce que pouvait être ce point lumineux en un endroit si désert, si peu accessible.
Il se glissa hors de la maison et se dirigea, dans les demi-ténèbres d’une belle nuit, vers un petit sentier en zigzags qu’il avait remarqué dans ses promenades.
Il avait lentement gravi ce chemin sinueux à travers les roches dévalées et il arrivait près du but qu’il s’était proposé, quand il entendit une voix qui parlait avec passion.
L’homme à la lanterne étendait ses deux bras vers le ciel, et sa silhouette se détachait sur l’espace qu’éclairait la lanterne, cachée par la saillie du rocher.
L’étranger s’arrêta pour écouter.
- Oh ! Seigneur Dieu ! disait la voix ce n’est pas juste ce que tu as fait. Nous n’avions que cet enfant pour nous donner un peu de bonheur. En quoi t’avons-nous offensé ?
Jeanne et moi avons toujours rempli notre devoir. Quel reproche méritons-nous ?
Nous n’avons jamais ni juré, ni bu, ni porté faux témoignage ; nous rendions service à qui nous pouvions.
Depuis notre mariage nous avons été à l’Eglise sans manquer et à la communion.
Pourquoi donc as-tu repris notre chère petite ?
Oh ! Seigneur Dieu, est-ce que nous ne l’élevions pas bien ?
En quoi avons-nous péché ?
Si nous étions en faute, tu pouvais nous le faire savoir d’une autre manière.
Si tu n’expliques pourquoi tu as frappé, à quoi servait de nous affliger ?
Faudra-t-il que nous renoncions à te servir ?
Les bras s’agitaient et l’accent du pauvre homme devint plus amer, plus frémissant.
Sa querelle avec le Tout-puissant s’envenimait.
Voilà Thomas, notre voisin, qui boit tout l’argent de sa paie, qui bat sa femme et ses enfants ; nous n’en avions qu’un, et tu nous le reprends !
Que peux-tu me répondre à cela, ô Dieu ! ô Seigneur ! Il n’y a pas de raison à ce que tu as fait. Parle, justifie-toi ou je blasphémerai et j’irai à la mort !
Que m’importe maintenant ! Je ne tiens plus à rien ! Dis ! Comment peux-tu supporter la vue de cette mère qui se désole là-bas sur son lit, en ce moment même, ne comprenant rien à ce que tu nous as fait ?
Qu’ai-je besoin d’un Dieu comme toi, sans pitié, sans justice ?
O ma pauvre petite chérie, il me la faut, il me la faut ?
Où est-elle la mignonne enfant ?
Réponds ! Ici, dans la nuit, nul ne nous entend, ne parleras-tu pas ?
A ce moment, le visiteur inattendu jugea à propos de se montrer.
Il fit quelques pas jusqu’à ce que la lanterne l’éclairât.
André fut tout interdit.
Il se demandait d’abord si Dieu lui envoyait un messager, mais ayant considéré l’intrus qui voilait si inopinément sa retraite, il le reconnut pour l’avoir rencontré plus d’une fois.
Il y eut une explication, puis André reprit sa plainte :
- Vous m’avez entendu ! Il y a deux mois que j’ai perdu ma petite fille, et je ne puis m’en consoler. Comment Dieu a-t-il pu me la reprendre ? Pourquoi s’est-il plu à nous traiter ainsi ?
- Ecoutez, mon ami, dit l’étranger, moi aussi j’ai une plainte à faire entendre. Chez moi, nous étions de même à trois ; nous avions un fils qui était notre espoir, notre gloire, nous rêvions pour lui de grandes choses ; ce fils n’est pas mort, mais bien pis que cela, il est enfermé dans une des cellules du pénitencier.
Il nous a déshonorés, il nous a brisé le cœur, et sa mère en est morte de chagrin.
Je crois que ma peine est plus grande que la vôtre.
Dans deux mois d’ici, j’irai rejoindre ce fils à sa sortie de prison, je m’y prépare avec douleur.
Voilà ce qui me tient éveillé les nuits, ce qui ne me laisse à aucun moment ni paix, ni repos.
Quel âge avait-elle votre enfant ?
- Neuf ans, monsieur, et si vous saviez comme elle était jolie, la chérie ; on eût dit un ange !
- Peut-être que Dieu vous l’avait laissée jusqu’à cet âge pour que vous sachiez un peu ce que c’était qu’un ange et pour vous faire penser au ciel.
- Vous croyez, monsieur, mais vous, avec votre fils…. Qu’en dites-vous ?
- Eh bien, mon ami, j’ai, grâce à Dieu, un message pour ce fils. Sa mère, avant de mourir, m’a fait promettre de faire en sorte de lui amener son garçon là-haut.
J’étais un bien pauvre chrétien, et pour pouvoir répondre à ce vœu de ma défunte, j’ai dû d’abord chercher Dieu ; j’ai voulu me mettre à la hauteur de la tâche qu’il m’a confiée.
C’est un premier bienfait du coup cruel qui nous a frappés.
Je suis certain maintenant que là où est allée ma femme, j’irai moi-même.
Ce fils, que je destinais à une position brillante dans le monde, je le conduirai à Dieu.
L’humiliation qu’il nous a fait subir et qui lui a été infligée sera son salut.
J’en suis venu à dire que Dieu fait bien ce qu’il fait. Nous l’avions oublié, Il nous a ramenés à lui.
- Alors, vous croyez qu’on peut se retrouver dans le ciel ?
- C’est mon vif sentiment.
- Si nous pouvions être sûrs de la revoir un jour notre petite, ce serait une grande consolation.
- Dieu nous appelle à nous rencontrer tous autour de son trône. Si nous nous y préparons, notre attente ne sera pas trompée.
- Ah ! … fit André. Eh bien, il me tarde que le matin soit là ; il pointe déjà ; je suis pressé d’aller parler de cela à ma pauvre Jeanne. Si la petite nous attend là-haut, nous allons demander à Dieu ensemble qu’il nous conduise vers elle.
Désormais André, le garde-voie, fera son chemin éclairé par une espérance, l’espérance des chrétiens.
(Paix et Liberté)
Aux personnes qui désirent le réveil
Chapitre 8
" Soyez sobres et veillez donc dans la prière. N’usez point de vaines redites, comme les païens qui croient qu’ils seront exaucés en parlant beaucoup. "
Si l’abondance des paroles et la pauvreté des idées sont le fait des prières païennes, que de païens, hélas ! Même au sein des peuples chrétiens !
" Dans la multitude des paroles, il y a une multitude de péchés : crains Dieu ! " dit le Sage.
Apprenons la sobriété évangélique qui réprime le verbiage, les phrases inutiles, les exagérations de sentiments, les fausses emphases, les faisages de littérature en priant.
Rappelons-nous donc que c’est à Dieu que nous parlons ; qu’il sait très-bien ce que vous voulons dire sans que nous ayons besoin de tant le lui expliquer ; que si l’un de nous a présenté un sujet de requête, il est inutile que l’autre le reprenne pour redire les mêmes choses.
Certes, les sujets de demande ne manquent pas, que nous ayons besoin de faire ainsi l’écho les uns des autres !
Le champ est riche, n’est-ce pas ?
Si l’un cultive le blé, que l’autre cultive l’avoine.
Si ton frère parle de tel malade, toi, présentes-en un autre.
Sur un seul sujet, selon moi, il est permis de se répéter : c’est dans la demande du Saint-Esprit.
Cette prière-là, renfermant toutes les autres, ne saurait se multiplier assez ; car elle est le cri de toute âme qui a soif, et, Dieu en soit mille fois béni ! Nous avons soif maintenant.
Cette soif n’est-elle pas déjà un exaucement ? et cet exaucement n’est-il pas déjà un commencement du réveil ?
Réjouissons-nous donc ! Courage et espérance ! Redoublons nos cris ; qu’ils soient bien en effet des cris… non des bavardages.
" Seigneur Jésus, viens ! " voilà celui qui est enseigné à l’Eglise.
Puissent les enfants de Dieu le jeter au Ciel de toutes parts !
Puissent-ils le chanter sur tous les tons, dans toutes les Eglises de la terre ! car il est la prière que le sérieux des temps actuels doit mettre au cœur de plus en plus.
N’oublions pas celle que Christ nous a apprise, le modèle sur lequel nous devrions régler toutes les nôtres.
N’est-elle pas un peu négligée parmi nous ? est-elle bien réellement " notre prière quotidienne ", ainsi qu’elle a été nommée ?
Et cependant, ne dit-elle pas tout ce que nos cœurs doivent dire d’essentiel !
Dans cette nouvelle année, revenons-y, chers frères ; qu’elle salue, entr’autres, l’aurore de nos journées de travail où, trop souvent, l’activité extérieure envahissant, l’heure de la tranquille méditation du matin, il ne nous reste que le temps d’une courte invocation à notre Dieu.
Pour le soir, une simple action de grâce peut suffire à qui succombe sous l’épuisement de la fatigue.
J’ai connu un chrétien malade qui, ne pouvant appliquer sa tête à l’effort mental de la prière, s’agenouillait chaque soir pour ces simples paroles, prononcées du fond du cœur :
" Mon Dieu, je te rends grâces pour toutes choses ;
" Je te prie pour toute choses ;
" Bénis-moi au nom de Jésus. Amen ! "
" Lorsque tu t’approches de l’autel, n’offre pas le sacrifice des insensés, mais use de peu de paroles, car Dieu est au ciel, et toi sur la terre ! "
Chapitre 9
" Si vous aviez de la foi gros comme un grain de moutarde, vous diriez à cette montagne : Ote-toi de là, et te jette dans la mer, et elle le ferait. "
Que de montagnes qui pèsent encore sur nos cœurs et sur nos consciences !
Montagnes de péché surtout, poids de misère sans nombre, chaînes lourdes et maudites qu’avec plus de foi nous aurions victorieusement culbutées dans la mer !
A quoi ont servi nos prières de tant d’années, si nous en sommes toujours au même point, si la victoire n’est pas obtenue !
Il est écrit cependant : " Je puis tout en Christ qui me fortifie. "
Ah ! c’est que nous ne connaissons guère la prière fervente d’Elie, cette prière qui ne porte point en doute la certitude de la promesse faite à la foi. (Jacques, chapitre 1, versets 6 à 8).
Ote, ôte, Seigneur, les " comment cela pourrait-il se faire "qui se font jour si souvent au fond de notre cœur, jusqu’au milieu de la plus ardente invocation !
Pourquoi " borner le Saint d’Israël ? "
Est-il homme pour mentir, et fils des hommes pour se repentir ?
Y-a-t-il quelque chose de difficile à mes yeux ? dit l’Eternel.
Et quand nous prions selon sa volonté, pour sa gloire et pour la vie du pécheur, - pour que son Nom soit sanctifié, que son règne vienne, et que sa volonté soit faite comme au ciel - pourrions-nous douter de son bon plaisir à accorder nos demandes ?
N’a-t-il pas dit : " Avant même que tu cries ", je te répondrai, - et dans Daniel : " la réponse est sortie dès le commencement de ta prière. "
En ce cas, pourquoi ai-je prié et n’ai-je vu aucune réponse !
Pourquoi ? ….. parce que je n’avais pas besoins de voir, mais…. de croire, - parce que les temps et les moments sont à Dieu et que l’humble travail " du combat de la foi " est à moi, - parce que notre tendre Père veut nous enseigner à " attendre en repos la délivrance de l’Eternel ", - parce que, enfin Il a promis… et que cela doit suffire.
Ah ! sur cette seule promesse, le regard de la foi voit déjà la montagne emportée au loin, engloutie à toujours.
Qu’as-tu donc besoin, pauvre chrétien abattu, de voir ces bénédictions, ces délivrances que tu réclames ?
Lis le chapitre 11 aux Hébreux ; ceux-là ont-ils " vu " la réponse à leur foi (versets 39 et 40) ?
Pourquoi raisonnes-tu, au lieu de " croire seulement " ?
Le petit enfant demande une pomme.
Je te la donnerai, dit sa mère. Le voilà tranquille, il sait qu’elle ne le trompe jamais.
" A combien plus forte raison, le Père ne donnera-t-il pas son Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent ! "
Il est des chrétiens qui sont continuellement et souvent miraculeusement exaucés : les Moraves, par exemple.
Ils vivent d’une succession d’actes de foi et de délivrances dans les grandes et dans les petites choses de leur vie.
C’est qu’ils sont des chrétiens " petit enfant, " et nous, nous sommes des chrétiens raisonneurs.
C’est fort différent.
Je connais une âme qui, lorsqu’elle a fait une prière de foi dans les conditions posées par la Parole, rend déjà grâce pour l’exaucement, comme le Psalmiste qui commence beaucoup de ses psaumes par le gémissement et les finit par l’action de grâces et la louange.
Mais cette âme laisse à Dieu, du reste, le " quand, " et le " comment " Il voudra faire apparaître cette réponse à ses yeux.
Faisons de même.
Et si je venais à mourir auparavant ! qu’importe ?
Peut-être y eut-il des Israélites qui moururent pendant les sept jours de l’assaut de Jéricho ; et la muraille n’en tomba pas moins à l’heure propice, parce qu’ils avaient cru, et cru " sans hésiter. "
Mais pourquoi ces retards dans l’exaucement ?
D’abord, les " pourquoi " ne nous regardent pas.
" L’argile dira-t-elle au potier : Que fais-tu ? "
Puis ces retards mêmes ne sont-ils pas une grâce de sanctification bien précieuse à ton âme !
Dieu n’a nul besoin de nos prières pour bénir.
C’est son œuvre, c’est son bonheur suprême.
S’il les demande, c’est pour nous, non pour Lui.
C’est pour nous accorder le bienfait de nous associer aux grâces que sa miséricorde veut répandre sur nous et sur d’autres.
Seulement, de peur que cette faveur ne nous nuise, en suscitant en nous l’orgueil spirituel, il semble nous rebuter un certain temps ; mais ce n‘est que pour éprouver notre foi plus précieuse que l’or, " afin que cette épreuve nous tourne à louange, à honneur et à gloire lorsqu’Il paraîtra. "
Prends donc courage, pauvre Cananéenne ! Il a recueilli chacun de ses soupirs, chacun de tes cris persévérants.
Si, depuis des années, tu le poursuis sans qu’Il daigne se retourner, n’est-ce pas pour te dire un jour avec d’autant plus d’amour : " O femme ! ta foi est grande ; qu’il te soit fait selon ce que tu désires. "
En attendant ce jour de festin joyeux dans la délivrance, contente-toi des miettes du petit chien.
Abaisse-toi de plus en plus dans la prière ; car plus ton âme se prosternera dans la poudre, reconnaissant qu’il ne te doit rien, plus le trésor des bénédictions de l’exaucement s’accumulera, pour t’enrichir au double quand l’heure marquée sera là.
" Nous avons tous besoin de patience, afin qu’après avoir fait la volonté de Dieu, nous remportions l’effet des promesses. "
Chapitre 10
" Priant par l’Esprit. "
Prions-nous par le Saint-Esprit ou par notre propre esprit ?
Sondons-nous bien sur ce point.
Ne serait-ce point-là la clef de tant de prières inexaucées ?
La pierre de touche de notre véritable état spirituel, a-t-on dit, c’est la prière individuelle.
Je sors d’une réunion, d’un culte de famille, où j’ai invoqué Dieu avec ardeur, avec puissance peut-être.
Je rentre dans ma chambre… ; je m’agenouille… et veux présenter à mon Dieu l’oblation du soir….
Mais, ô douleur ! je me sens froid, sec et vide !
Ces mêmes sujets sur lesquels je criais avec d’autres sous des formes si édifiantes, sont des rochers que je ne puis plus soulever.
Cette richesse d’élans, de pensées, d’impressions, tout est parti ! Me voilà pierre, rien que pierre, et vase vide !
Mais si l’Esprit priait en moi naguère avec d’autres, pourquoi n’y prierait-il pas de même dans la solitude ?
Il faut approfondir avec sérieux ce pourquoi dans ma conscience.
Toutefois, ne nous décourageons pas…
Si notre propre esprit, si pétillant en public, nous fait défaut en particulier, tout n’est pas perdu.
Il nous est bon, très-bon même, de pouvoir nous rendre compte ainsi exactement où nous en sommes, et en nous trouvant " pauvres, misérables et nus ", de nous jeter tels quels dans les bras du Seigneur.
Il est bon, très-bon, d’avoir à nous frapper la poitrine, et ces seuls mots à lui dire, comme le plus ignorant enfant : " Enseigne-moi à prier ! "
Ton Saint-Esprit, ô Dieu ! ton Saint-Esprit ! ton Saint-Esprit !
Chapitre 11
" Ne te hâte point de te retirer de devant sa face. "
" Parce qu’elle m’importune, dit le juge inique, je lui ferai justice. "
Quelle grâce que la persévérance dans la prière ! mais qu’elle est rare !
Si le chrétien était persévérant, il aurait déjà changé la face du monde.
Nous voulons obtenir une conversion, une guérison ?
Nous prions, nous combattons ardemment pendant quelque temps ; puis les circonstances changent, l’impression s’affaiblit… ; on passe à autre chose, et l’on oublie que Jésus avait dit : " Il faut toujours prier et ne se relâcher point. "
C’est Joas qui frappe trois fois et reçoit en raison de sa petite foi.
S’il avait frappé plus, il eût été béni davantage.
Pourquoi ne pas continuer à rappeler dans nos prières ceux qui nous ont intéressés une fois ?
L’amour chrétien est-il d’un jour ?
Le trône de grâce est-il fermé en une heure ?
" Ce sont les violents qui l’emportent ", est-il dit.
Où est notre violence ?
Notre bon Dieu n’a point besoin, d’ailleurs, de tant de mots.
Un nom, un soupir, jetés avec amour à son cœur, c’est tout ce qu’il lui faut pour bénir.
Et l’insistance dans la prière, la pratiquons-nous mieux ?
Nous sommes à genoux, languissants, desséchés ; l’effort pour " veiller dans la prière " nous fatigue.
Nous nous efforçons cependant, nous luttons contre l’ennemi, pendant cinq, dix minutes ; puis, épuisés, découragés (sans profit nous semble-t-il), nous nous relevons vivement.
Et Jésus nous dit avec tristesse : Tu n’as donc pu veiller une demi-heure avec moi ! – Satan nous tirait loin de Dieu ; nous avons fait sa volonté.
Jacob cependant lutta la nuit entière, lutta jusqu’à ce que…
Retourne donc, mon âme, retourne.
Agenouille-toi encore, et si tu ne peux rien dire…, eh bien ! reste là, silencieuse et douce, respectueuse et humble, prosternée devant ton souverain, car c’est le cœur qu’il lui faut, bien plus que des paroles…
L’Esprit vivifiant descendra peut-être si, faible et impuissante, tu regardes au serpent d’airain ; et qui sait ? ...
Après avoir pleuré comme Jacob, de ta solitude, de ton abandon, bientôt le point du jour luira aussi pour toi et changera le lieu de ta lutte en un Péniel.
D’autres fois le cas est inverse :
Une assemblée de prières, lentement réunie, commence à entrer dans le sanctuaire intime du Saint des saints ; l’Esprit souffle, on le sent…, on l’écoute…, on l’adore…
Mais l’heure sonne, il faut tout briser ! ….
Il faut redescendre du ciel en terre et refouler ces ardents soupirs amassés dans les cœurs par la parole de quelque Elie !
Doit-on aussi briser avec son Dieu, quand Lui-même nous unit étroitement à son cœur ?
Doit-on brusquer les mouvements de l’Esprit, quand on a tant de peine à les voir apparaître ?
Non ! Prenons garde de ne pas le contrister, si nous voulons qu’il agisse au milieu de nous.
Laissons-lui son temps, ses méthodes, sa marche, souvent fort irrégulière, pour ne pas dire irrationnelle.
Que ceux qui ont des devoirs à heure fixe y courent, c’est bien ! Mais pourquoi ceux qui n’en ont pas ne resteraient-ils pas tant que leur cœur les y pousse ?
Ne posons pas des règles au Saint-Esprit ; la grâce veut être libre et confondre souvent notre orgueilleuse sagesse.
C’est pourquoi elle se plaît quelquefois à se manifester par des voix faibles, des femmes, des enfants, par les instruments les plus misérables, " par les choses folles qui confondent les sages. "
C’est pourquoi aussi elle s’accompagne en certains lieux d’excentricités, physiques ou intellectuelles, qui choquent nos idées reçues sur les convenances chrétiennes.
Esprit, souffle des quatre vents des cieux et fais revivre ces os secs !
Lève-toi, bise ! Viens, ô vent du midi, souffler par le jardin de Dieu et en faire distiller les parfums, et que le Bien-Aimé puisse y venir recueillir des fruits délicieux !
Chapitre 12
" Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles. "
Dans une de nos réunions, un cher et digne frère criait à Dieu : " L’humilité, Seigneur ! l’humilité, l’humilité ! donne-nous-la, à nous comme chrétiens, donne-la à notre peuple ! "
Et à ce cri, parti du plus profond de ce cœur, peut-être le plus humble de tous, l’assemblée faisait écho par des soupirs, par des Amen intimes, qui indiquaient assez combien cette prière répondait aux besoins les plus sentis parmi les chrétiens.
L’orgueil, en effet, n’est-il pas la barrière principale entre Dieu et l’homme, l’obstacle essentiel à l’exaucement de nos prières ?
" Voici, tu as dit : Je suis riche, - et tu n’as pas vu que tu étais pauvre, misérable, aveugle et nu. "
Si Dieu résiste aux orgueilleux, combien ne nous importe-t-il pas de bien savoir où nous en sommes.
Etudions donc un peu quelques caractères de l’orgueil, sans avoir toutefois la prétention de faire un traité sur ce péché capital, qui a précipité Satan et nos premiers parents dans la ruine, et sur lequel on pourrait écrire des volumes sans parvenir à épuiser le sujet.
Mais ce n’est pas moi (qui me sens trop engagé dans cette lutte corps à corps avec le plus puissant ennemi de notre paix), ce n’est pas moi qui pourrais m’étendre librement sur ce chapitre.
J’aime mieux laisser parler des voix plus capables et plus dignes d’enseigner que la mienne, parce que ces âmes ont fait l’expérience tout entière de la connaissance de leur propre cœur, de l’humiliation devant cette connaissance, de la prière sous cette humiliation, - et ensuite, de la victoire obtenue par la puissance de la grâce.
Si je ne suis qu’au bas de l’échelle, à ce premier degré douloureux et humiliant de la découverte d’un orgueil immense dans un cœur que j’avais cru jusqu’ici modeste et détaché, il s’agit pour moi de monter d’échelon en échelon, soutenu par la main divine, jusqu’à la parfaite stature de Christ, dont il nous donne le modèle, ne l’oublions pas, dans celle … , du petit enfant placé au milieu des disciples (Marc, chapitre 9, verset 36).
Cette ascension a ceci de particulier, en effet, que c’est en descendant qu’on progresse et en diminuant qu’on grandit.
Jean-Baptiste lui-même, l’apôtre de l’ascétisme, disait : " Il faut que Christ croisse et que je diminue. "
" Et c’est pour me vider de moi, dit Rochat, et me remplir de Lui, qu’Il me laisse faire des expériences humiliantes souvent répétées.
Or, comme nous sommes de notre nature pleins de nous-mêmes, que notre orgueil a des racines d’une profondeur incroyable, il faut que le Seigneur creuse bien avant pour aller jusqu’à la source du mal.
Il ne veut rien faire à demi dans nos âmes ; c’est pourquoi Il nous met dans le creuset, plus souvent et plus longtemps.
Lorsque nous croirions peut-être avoir été suffisamment humiliés, Il remet encore sa main sur nous, pour refondre au net notre écume et ôter tout notre étain. "
Lorsque nous pensons avoir bien connu notre orgueil, être bien dépouillés de l’idée de nos propres forces, voici, Il nous montre par quelques expériences frappantes qu’à peine nous sommes encore sur les bords de l’humilité, qu’à peine nous avions soupçonné la profondeur de notre plaie.
Laissons-le faire.
Il ne se trompera pas, Il ne nous humiliera pas plus qu’il ne faut pour notre bien.
Le Seigneur ne travaille à nous vider de notre orgueil que pour venir demeurer en nous avec tout ce qu’Il a de grâce, de sainteté et de joie par le Saint-Esprit.
Soumettons-nous donc, si ce n’est avec joie, du moins avec patience, à toutes les humiliations, persuadés que le Seigneur nous promène par le désert " afin de nous éprouver pour nous faire à la fin du bien. "
Ce que le Seigneur veut empêcher, c’est que notre cœur ne s’élève devant les richesses de sa grâce, comme Ezéchias devant les trésors de sa maison, - comme Nébucadnetzar devant la grande Babylone qu’il avait bâtie. "
Qu’en tout temps donc, et quels que soient les biens spirituels et temporels dont puisse nous combler sa miséricorde, nous jetions toujours toutes nos couronnes à ses pieds, nous écriant :
" A lui la gloire et à moi la confusion de face ! car qu’ai-je que je n’aie reçu ? "
" L’orgueil ! voilà le plus grand des maux, dit encore Rochat, parce qu’il marche devant la ruine.
L’orgueil est le plus grand de nos péchés, parce qu’il vole à Dieu ce qui lui appartient.
L’orgueil ! Voilà ce que Dieu a en abomination par-dessus tout, parce qu’Il est " un Dieu jaloux, qui ne donne point sa gloire à un autre. "
" J’habiterai, dit l’Eternel, avec celui qui a le cœur brisé, qui est humble d’esprit et qui tremble à ma Parole. "
Pour " devenir forts, devenons donc faibles ", et pour être affaiblis consentons à être ployés par les autres.
Cela est difficile !
On demande à genoux l’humilité avec ardeur, on se relève tout ému, tout brisé, croyant presque en avoir fini à tout jamais avec cet adversaire…
A peine debout, voici que le mal reçoit quelque bon soufflet d’autrui, ou seulement un coup d’épingle…, et aussitôt on crie a l’injustice, on s’aigrit, on raidit son cou…
Il en est Un, cependant, qui souffrait tout sans se plaindre, recevant des injures et n’en rendant point, bénissant quand on le maudissait, ployant sous les coups de fouet, les moqueries et les crachats ! …
O mon Maître ! qui m’apprendra ta débonnaireté sainte et douce ? qui m’enseignera à marcher avec les humbles, ne présumant point de moi-même ?
Qui me l’enseignera ? .... La souffrance !
Et bénie soit cette puissante main qui me courbe, malgré moi, jusqu’en terre !
Une branche gourmande s’élevait fièrement au sein d’un pommier, se glorifiant de la vigueur de son jet comparé à celui des autres.
En automne, les branches chargées de fruits se courbaient vers la terre ; le rameau stérile, avec son port élancé et son vert feuillage, se relevait d’autant.
Le jardinier vint, releva les branches fertiles mais abaissées, puis coupa et jeta au feu la branche verte, dont toute la beauté s’en alla bientôt en fumée.
" Tu avais mis ta force dans ma montagne, mais tu as caché ta face et j’ai été tout éperdu. "
Et pourquoi avait-il caché sa face ? - " Parce que dans l’abondance du pain et dans l’abondance des eaux ", mon cœur s’était élevé et avait été en abomination devant Lui.
Hélas ! l’orgueil est une hydre aux cent têtes ; quand nous l’avons écrasé sous une forme, voilà, il reparait sous une autre.
Il y a aussi tous les genres d’orgueil ; celui de l’un n’est pas celui de l’autre.
Chacun a son pharisaïsme particulier, son " je te remercie, ô Dieu ! de ce que je ne suis pas comme tel et tel. "
" Orgueil de naissance, dit Lobstein, orgueil de position, orgueil de talents, orgueil spirituel ; c’est toujours la même idolâtrie de nous-mêmes, la même usurpation de la gloire de Dieu.
Il est naturel que " Dieu résiste aux orgueilleux et qu’Il bouche leur chemin avec des épines, leur faisant une cloison de pierre, " tellement qu’ils ne trouveront point leur sentier. "
La vie de l’orgueilleux est pleine de vexations.
Jamais on ne l’a apprécié comme il voudrait l’être ; cela le fait cruellement souffrir.
Le cœur humble, celui qui a le sentiment de sa petitesse, celui qui regarde les autres comme plus excellents que soi, est un terrain où tous les dons de Dieu fructifient.
Assurance du pardon, paix profonde, saveur de la Parole divine, esprit de prière, fermeté dans les afflictions, secours de toute espèce : toutes ces choses sont pour les humbles, à tout instant et gratuitement ; mais la vraie humilité n’a point conscience d’elle-même.
On devient orgueilleux sitôt qu’on se croit humble.
Puissé-je, moi, pauvre péager, qui ne crains pas devant Dieu de me considérer comme le plus grand des pécheurs, puissé-je me frapper la poitrine tous les jours de cette année !
Puissé-je apprendre de Celui qui était doux et humble de cœur à " regarder les autres (hommes ou nations, n’importe !) comme plus excellents que moi, " eu égard aux lumières reçues !
Car " à celui a qui il a été beaucoup donné, il sera beaucoup redemandé. "
" Puissé-je ne point présumer de moi-même, ni m’enfler dans mon propre sens, voulant faire prédominer mon opinion dans les comités, ma parole dans les conversations, ma personne dans les assemblées !
Encore quelques mots sur l’orgueil spirituel.
Moins ce sujet nous plaît, plus nous devons nous y appliquer.
Puissions-nous n’être pas assez orgueilleux pour passer rapidement sur ces lignes !
L’orgueil spirituel, le plus monstrueux, et, hélas ! le plus caressé des orgueils !
" La connaissance enfle, est-il dit ; l’amour seul édifie ! "
Ce " piège du diable ", comme l’appelle Saint Paul, si dangereux en particulier pour les ouvriers du Seigneur nouvellement convertis, ce piège du diable faisait une telle peur à Saint Paul, qu’il rendait grâce d’en avoir été préservé par " l’écharde mise en sa chair, de peur qu’il ne s’élevât sous l’excellence de ses révélations, et qu’il " se plaisait dans les faiblesses, dans les opprobres, dans les maux extrêmes. "
Quand la croix pèse, le front se courbe.
" Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à soi-même. "
Et nous au contraire, ne nous recherchons-nous pas jusque dans la prière ?
Nous posons devant Dieu, nous posons devant nos frères, nous posons devant notre propre personne…, même à genoux ! …… O ridicule !
Après un beau discours, une bonne prière, combien de fois, pour être franc, n’aurions-nous pas à confesser, comme Bourdaloue, à la bonne femme qui vient nous le dire : " Satan me l’avait déjà dit. "
" Ne vous complaisez point en vous-même. "
Pour prévenir ce mal, faisons-nous quelques règles.
Et d’abord, bannissons à jamais entre chrétiens ces éloges pour les sermons, pour les prières, pour les charités.
C’est par ces paroles flatteuses des " imprudents bons cœurs " d’un troupeau que plus d’un cher serviteur de Christ, béni d’abord dans la petitesse, a chaviré dans la grandeur.
C’est par trop d’encens jeté à tel chrétien mieux doué que d’autres pour l’amabilité, le talent, les grâces chrétiennes, qu’il en est venu à obliger son Dieu de l’en dépouiller pour un temps, afin qu’il rapprît laborieusement, la tête basse, le chemin du ciel.
Ici, permettez-moi de vous transcrire une lettre peu connue de ce cher et digne pasteur Rochat, déjà cité plus haut, qui eut beaucoup à lutter avec l’orgueil spirituel, et qui en fut délivré par la prière et la vigilance assidues.
" Rolle, le 22 mai 1844.
" …L’orgueil est de tous nos ennemis celui qui meurt le plus lentement, le plus difficilement.
Mme de Staël disait à son lit de mort : " Ce qui meurt le dernier en nous, c’est l’amour propre !
L’orgueil est ce qui rompt toute communion avec Dieu et attire ses plus grands châtiments.
Dieu rabaisse la fierté de l’homme, et il y a un jour assigné contre tout homme hautain de cœur. "
Cela étant, vous comprenez qu’on ne peut faire plus de mal à quelqu’un qu’en lui donnant des louanges qui peuvent nourrir son orgueil.
" Celui qui flatte son prochain étend le filet devant ses pas. La langue qui flatte fait tomber. "
De plus croyez que nous sommes de trop courte vue pour bien juger du degré de piété de nos frères.
Il faudrait, pour peser leur foi et leur valeur morale, les balances du sanctuaire, que nous n’avons pas et qui sont entre les mains de Celui qui pèse les cœurs.
" Ne jugeons donc rien avant le temps, jusqu’à ce que le Seigneur vienne, qui manifestera les desseins des cœurs et rendra à chacun sa louange.
En attendant, ne portons nos jugements sur nos frères, soit en bien, soit en mal, qu’avec la plus grande modération.
" Si je vous demandais comment vous savez que je suis " un des hommes les plus avancés dans les voies chrétiennes, un serviteur de Dieu éminent ", comme vous dites, vous seriez sans doute fort embarrassé de me répondre.
Me citerez-vous mes ouvrages ?
Mais vous qui dites aussi des paroles édifiantes, ne savez-vous pas par expérience que " les yeux voient plus loin que les pieds ne vont, " et que malheureusement nous ne sommes point, toujours et en toutes choses, les hommes de nos discours ?
Nous portons ce trésor de connaissance évangélique dans des vases de terre, afin que l’excellence de sa force soit attribuée à Dieu, non à nous.
" Je ne veux pas vous dire ce que je pense de moi.
Je m’y rechercherais probablement, et peut-être en me recherchant pourrais-je paraître humble, ce que je ne suis pas.
J’aime mieux vous dire ce que le Seigneur pense de moi.
Ce glorieux Maître qui sonde les cœurs, qui parle en vérité, qui est l’Ancien, le Témoin fidèle et véritable, m’a souvent parlé dans le secret de mon cœur : grâces lui en soient rendues !
Mais je puis déclarer que jamais Il ne m’a dit que je fusse un chrétien éminent et avancé dans les voies de la vérité.
Au contraire, Il me dit très clairement que si je savais me mettre à ma place, je m’appellerais le premier des pécheurs, le moindre de tous les saints.
Je puis dire que lorsqu’on me loue, j’éprouve deux choses : l’une, que mon orgueil voudrait encore trouver là sa pâture ; l’autre, que ma conscience, mon nouvel homme se déplaît dans ces éloges, en rougit, et même les ressent comme une espèce de reproche de me faire paraître aux autres au-delà de ce que je suis.
" Croyez-moi, louons le Seigneur ! Lui seul est digne d’être loué, vénéré, adoré ; jamais on n’a trop célébré sa bonté.
A cela il n’y aura peut-être point de danger.
Le cantique des bienheureux ne loue que Celui qui est a racheté par son sang ; il ne renferme pas un mot d’éloges pour aucun d’eux, pas un mot qui les classe en éminents ou non éminents.
Tous se confondent sous le titre commun de rachetés qui fait leur gloire et leur bonheur.
Tâchons de mettre nos cœurs en harmonie avec ce cantique, auquel nous espérons joindre un jour nos faibles voix.
Ce sera notre bonheur dès ici-bas, et cela contribuera à la gloire de Dieu, qui souffre des éloges continuels que les chrétiens se donnent entre eux.
Puissions-nous faire dès à présent comme les séraphins qui de deux ailes couvraient leurs pieds, comme cachant leur démarche à eux et aux autres, et de deux volaient pour exécuter la sainte volonté du Roi des rois, en criant l’un à l’autre : " Saint, Saint, Saint est l’Eternel-Dieu ! "
Amen.
Seigneur ! crée en moi un cœur humble, " froissé, brisé, tremblant ", qui s’humilie sous ta verge comme sous tes grâces excellentes, - qui fuie l’ostentation en toutes choses, surtout dans la prière, - qui se contente des œuvres basses, cachées et sans attrait, - qui ne cherche point son propre chemin, ses goûts propres, ses œuvres propres, - qui ne se relève aux yeux de personne, pas même de ma servante, ni du pauvre que je soulage, mes égaux devant Dieu - qui cache aux autres, à moi-même si possible, le bien qu’il m’est donné de faire (Matthieu, chapitre 6, versets 3 et 4), - qui courbe doucement le cou sous le joug " même fâcheux " de mes supérieurs et ne se permette plus l’amertume et la plainte.
Qui revête enfin, de plus en plus, les caractères de la " brebis muette " et " les dispositions de l’Evangile de paix. "
Si parfois, ô mon Dieu ! tu veux bien te servir de mon néant pour ton œuvre sainte, brise-moi en m’y employant, plutôt que de permettre que Satan vienne " déguisé en ange de lumière, m’élever par orgueil " et m’enfler à perdition.
Merci, merci, mon Dieu ! de toutes les échardes, de toutes les épines, de tous les opprobres que tu places à tes serviteurs et à tes servantes sur le chemin de leur dévouement à Toi !
Il ne me fallait rien moins que d’être " jeté par terre ", pour que j’apprisse la valeur de cette promesse des promesses : Ma grâce te suffit.
Oui, je te bénis, ô mon Père ! de toutes ces croix, de tous ces jugements, de toutes ces sévérités, qui me tuent à la terre et me font vivre au ciel : il était bon pour ton enfant d’être ignoré, rabaissé, souffleté.
Je te rends grâces même de me cacher tes exaucements, car tu m’aimes en me rebutant, comme tu m’aimeras en me délivrant.
D’ailleurs, ils sont là, je le sais, dans ta main, derrière un voile, nécessaire à mon humilité.
Père, je les y laisserai, et je resterai en paix jusqu’au jour marqué ; car " tes voies sont trop merveilleuses pour moi, tes jugements sont impénétrables…. "
Conclusion
" Et il vint un ange qui se tint devant l’autel, ayant un encensoir d’or, et on lui donna beaucoup de parfums pour les offrir avec les prières de tous les saints sur l’autel d’or qui est devant le trône.
" Et la fumée des parfums avec les prières des saints monta de la main de l’ange jusque devant Dieu. " Apocalypse, chapitre 8, versets 3 et 4
Et maintenant, adieu ! Adieu, mes chers frères et mes chères sœurs, avec lesquels il m’a été doux de m’unir dans l’examen de la Parole de Dieu et dans la recherche de sa volonté.
Je me recommande à vos sentiments fraternels en Jésus-Christ, notre lien, notre amour.
Je vous remercie de l’indulgence que vous me promettez, n’est-ce pas ? quoique je vous sois inconnu.
Je vous remercie enfin de vos prières que vous ferez pour que ces pensées reçues de Dieu, en réponse à beaucoup de supplications, servent à le glorifier par nous.
Si nous avons été affligés ensemble par l’humiliant examen de notre triste cœur " rusé et désespérément mauvais " et de nos infirmes prières, prenons courage, cependant, et consolons-nous ensemble en tournant nos regards sur le " Souverain Sacrificateur qui porte l’iniquité de nos saintes offrandes. "
S’il nous enseigne à prier " en son Nom ", c’est pour pouvoir présenter ces prières à son Père " dans l’encensoir d’or ", de ses parfaits mérites, " comme un parfum de bonne odeur. "
Comme un parfum ! … Serait-il vrai ? …
Ces misérables invocations, dont pas une ne fut faite dans les conditions bibliques, dont pas une ne réalisa l’idéal de prière que j’avais conçu !
Néanmoins, tu les entends, tu les accueilles, ô mon Dieu ! et non seulement tu les reçois par Jésus-Christ qui les purifie, mais tu les rassembles comme ton trésor particulier sur l’autel de la Jérusalem céleste !
Oh ! ne veillerai-je pas désormais pour que, parmi ces parfums divins qui ont une si grande destinée, il ne s’introduise aucun parfum étranger !
Ne veillerai-je pas pour que ces parfums soient bien véritablement de " ces prières des saints ", des sanctifiés, des mis à part pour le service du Père ?
Ne veillerai-je pas aussi pour qu’il y en ait " beaucoup ", puisqu’il est dit : " Ceux qui en auront amené plusieurs à la justice luiront comme les étoiles à toujours et à perpétuité ? " (Daniel, chapitre 12, verset 3).
Mais si, malgré ma vigilance, ces prières ne sont point ce que je voudrais, néanmoins j’irai en paix.
Ne sont-elles pas couvertes, comme toute ma personne, comme toutes mes œuvres, de l’aspersion du sang de l’Agneau, du manteau blanc de la justice de Christ ? "
Et cela aussi " comme faibles nous sommes forts ", car dans notre infirmité reconnue et pleurée, le Saint-Esprit agira davantage.
Oui, " l’Esprit nous soulage dans nos faiblesses ; nous ne savons pas ce que nous devons demander pour prier comme il faut, mais l’Esprit lui-même intercède pour nous par des soupirs qui ne se peuvent exprimer, et Celui qui sonde les cœurs connaît quelle est l’affection de l’Esprit lorsqu’il prie pour les saints, selon la volonté de Dieu. "
O bon Consolateur ! vient donc ! …
Viens soutenir tes enfants dans la lutte !
Pour faire monter leur cœur jusqu’à Toi, enlève-le Toi-même aux Cieux.
Pour amener par eux la Pentecôte promise à leurs prières, que les flammes du feu divin descendent d’abord en leurs âmes et viennent les embraser de ce zèle de ta maison qui dévore !
Bénis-les, unis-les, vivifie-les et soutiens-les !
Viens, Seigneur Jésus, " venger bientôt tes élus qui crient à Toi jour et nuit ! Viens bientôt ! Oui Seigneur Jésus, viens ! " Amen.
" Je te loue, ô Père ! de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les a révélées aux enfants. "
Cantique
" Il est un baume salutaire
Que le monde ne connaît pas,
Don précieux du sanctuaire,
Où le chrétien porte ses pas.
Ce baume guérit la blessure
D’un cœur dès longtemps ulcéré,
Et donne à l’âme qu’il épure
Un bonheur souvent ignoré.
" Ce doux trésor, c’est la prière,
L’épanchement d’un cœur pieux
Dans le sein d’un céleste Père
Dont l’amour n’est compris qu’aux cieux.
Ce bien, que dédaigne le monde,
Du fidèle est l’heureuse part,
La source de sa paix profonde
Et dans les dangers son rempart.
" Ainsi qu’une fleur desséchée
Au souffle brûlant de l’été,
Quant au ciel tombe la rosée,
Relève son front humecté ;
Ainsi, quand, lassé de la vie,
Il souffre et languit faute d’eau,
Il prie, et son âme est guérie,
Et, joyeux, il rit de nouveau.
" Si son cœur se glace de crainte,
S’il soupire désenchanté,
Si sa vigueur est presque éteinte
En luttant contre le péché ;
S’il est balloté par l’orage,
Si du doute il est tourmenté,
Il prie, et bientôt le nuage
Par le Seigneur est dissipé.
" Quand la main de ce Dieu qui l’aime
Le frappe de ses rudes coups,
Et qu’en sa sagesse suprême
Il rompt ses liens les plus doux ;
Lorsque sa paix semble tarie,
Tout son recours est dans les cieux ;
Il prie, et sa voix est ouïe,
Et les pleurs sèchent à ses yeux.
" Ainsi, dans sa courte carrière,
Son ferme appui se trouve au Ciel.
Toujours, quand sa coupe est amère,
Le Seigneur y répand du miel ;
Et lorsqu’enfin il touche à l’heure
Où son voyage est terminé,
Il est reçu dans la demeure
Où son Sauveur l’a précédé.
Aux personnes qui désirent le réveil
Avis
L’actualité de cet opuscule fera comprendre à quel usage il est destiné, et l’examen des sujets traités fera comprendre l’importance des précautions avec lesquelles il doit être répandu.
La seule raison qui ait pu décider l’auteur à placer sous les yeux de ses frères quelques-unes des pensées les plus intimes de son âme, a été l’espoir qu’ils regarderaient à Dieu dans cette œuvre, non à la créature.
C’est ce qui l’enhardit à la produire en toute simplicité, malgré ses imperfections de tout genre.
Que celui qui se sert parfois des choses les plus faibles, des instruments les plus misérables pour faire du bien à ses enfants, leur apporte, par ces lignes écrites à la hâte, quelque consolation en Christ, quelque force nouvelle à l’entrée de cette année, quelques pensées de paix dans l’horizon de troubles qui s’ouvre devant nous !
S’il en est ainsi, il sera amplement payé de sa peine, et vous l’en remercierez par des prières.
Puisse l’efficace du Saint-Esprit en accompagner la lecture, et que toute gloire soit à Dieu dès maintenant et à toujours.
Chapitre 1
" Que la foi, la paix et la charité soient avec tous les frères, de la part de Dieu le Père et du Seigneur Jésus-Christ Amen ! "
Chers frères et chères sœurs en Jésus-Christ,
Permettez à une faible voix amie de s’introduire jusque dans vos maisons, pour vous apporter, tout d’abord, un vœu de bénédiction sur vous et sur les vôtres.
Puisse cette année 1860, qui s’ouvre à tous d’une manière si sérieuse, vous être, à vous et à vos familles, un an de grâce toute nouvelle !
Un an qui marque dans l’histoire de vos âmes comme un grand pas fait dans la foi, dans l’amour, dans le détachement du visible pour l’invisible !
- Puisse-t-elle vous être un an qui marque dans l’histoire de vos familles par ces conversions si ardemment désirées de vos cœurs, par ces réveils qui transforment des Saul en Paul, par ces réformes qui changent des maisons de troubles en Béthel ! (Genèse, chapitre 35).
- Puisse-t-elle surtout être réellement, pour notre bien aimé pays, " l’an favorable, l’an de la bienveillance et du salut ! "
Pour cela, chers amis, nous sentons tous, n’est-ce pas ? le besoin d’en faire une année de prières.
Oui, nous sentons le besoin de nous réveiller dans ce " travail à genoux ", le plus puissant de tous.
Nous sentons le besoin que notre bon Dieu daigne " vivifier nos os secs ", daigne réveiller nos familles, nos Eglises, notre patrie.
Nous sentons, en un mot, qu’il nous faut une Pentecôte au milieu de nous comme celle qui (Gloire à Dieu !) commence à poindre déjà, comme un nouveau jour, sur plusieurs lieux de notre globe.
Bénissons Dieu ! car ce besoin, ce désir, " cette faim et cette soif " de l’Esprit, cette recherche plus sérieuse, plus vivante de la prière, soit de la prière individuelle, soit de la prière collective, ne sont-elles pas déjà un commencement de réveil ?
Ne sont-elles pas déjà un premier exaucement ?
Cependant, disons-le, qu’est-ce que ce qui a été obtenu, en comparaison de ce qu’il faut obtenir ?
Les " vierges sages " s’aperçoivent qu’elles sont appesanties et s’en affligent : bien ! Mais ce n’est pas tout.
Il faut qu’elles rallument leurs lampes et reprennent leurs courses au-devant de l’Epoux.
Il faut que, luttant plus énergiquement que jamais contre l’ennemi qui veut anéantir leur œuvre et leurs forces, et qui se sert pour cela de tous les moyens : A languissement de la foi, inquiétudes de cette vie, adversité et prospérité, maladies morales et physiques, impuissance à la prière, conscience faussée sur l’importance des devoirs terrestre, les mille liens enfin qui clouent à la terre l’âme qui voudrait s’élever au-dessus ;
- Il faut, dis-je, que, prenant toutes les armes de Dieu (Ephésiens chapitre 6), elles se réveillent dans le combat ; il faut qu’elles redeviennent des Jacobs " luttant avec Dieu, pleurant et demandant grâce (Osée, chapitre 12, jusqu’à ce que la bénédiction descende.
Ah ! qui d’entre nous n’aspirerait à ce beau nom d’Israël vainqueur de Dieu ?
" Qui de nous voudrait, au dernier jour, entendre ce reproche de la bouche de nos enfants, de celle de nos parents, de nos amis, du moindre de nos compatriotes même : " Tu pouvais m’obtenir le salut, et tu ne l’as pas fait ! "
Quelle sérieuse pensée !
Frères et sœurs, commençons l’année avec elle, et puisse cet appel que nous aurons reçu à son aurore ne pas retomber, comme un poids douloureux, sur notre conscience au 31 décembre prochain, s’il nous fallait encore une fois nous dire comme à celui de 1859 peut être :
" Mon âme, as-tu prié comme tu le devais ? Humilie-toi ! C’est une année de perdue ! …. "
Chapitre 2
" Nous n’obtenons pas, parce que nous demandons mal ".
" Toutefois, me direz-vous, si nous n’avons point assez prié, nous avons pourtant " fait des prières. "
Prières individuelles, prières de famille, réunions de prière, grâce à Dieu, nous pratiquons tout cela plus ou moins, suivant les temps, bien ou mal, suivant notre capacité. "
- Bien ou mal ! en effet.
- Et probablement plus souvent mal que bien, si je juge de vous par moi.
Il faut du moins que cela soit, pour que, depuis tant d’années que nous crions : " Ton règne vienne ! " ce règne ne soit pas plus évident parmi nous.
Il faut bien que cela soit, pour que, malgré tous ces soupirs pour la bénédiction de notre peuple, l’ennemi n’en ait pas moins fait son œuvre, pour que l’orgueil, l’égoïsme, l’amour de l’argent, le luxe, l’immoralité croissent d’année en année, au lieu de diminuer !
Pourquoi Dieu n’a-t-il pas répondu ?
Pourquoi dans une Amérique, vouée, semble-t-il, au terre-à-terre industriel ; pourquoi dans une Irlande, ignorante et papiste, la prière a-t-elle été promptement, puissamment exaucée ?
Pourquoi notre niveau religieux élevé, Dieu merci, depuis cinquante ans, à une assez grande hauteur, est-il resté pourtant toujours à peu près le même ?
Temps de haut, temps de bas ; ravivements partiels, relâchement général ; abondance de secours, peu de résultats ; richesse de lumières, excellentes théories, très-peu de pratique !
Pourquoi ?
A ce pourquoi, mes amis, ne remue-t-il pas les fibres les plus sensibles de notre cœur chrétien ?
Pourquoi avons-nous prié, et nos enfants ne sont pas convertis ?
Qui sait même s’ils n’ont pas empiré !
Pourquoi avons-nous prié, et nos maisons ne sont pas des sanctuaires ?
Qui sait même si elles ne sont pas des maisons de querelles, de mondanité, de toute espèce de trouble et de mal !
Pourquoi avons-nous prié, et nos multitudes ne sont-elles pas réveillées comme celles de New-York, de Belfast et d’ailleurs ?
Qui nous donnera les temps des Farel, des Wesley et des Neff !
Ce " pourquoi " si douloureux plaçons-le sérieusement sur nos consciences, et, ouvrant ensemble la Parole, demandons-lui la réponse :
- " Vous n’obtenez pas, parce que vous demandez mal. "
- Que faut-il donc faire pour demander bien ? ou, en d’autres termes, quelles conditions Dieu met-il à l’exaucement de la prière ?
Etudions-en quelques-unes.
Chapitre 3
" Si donc tu apportes ton offrande à l’autel, et que là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, et va-t’en premièrement te réconcilier avec ton frère ; puis, après cela, viens et offre ton offrande. "
Et d’abord j’ouvre l’Evangile, et je suis surpris de voir que la première condition dont il y soit question pour l’acceptation de nos prières, c’est : une simple règle de charité.
Matthieu, chapitre 5, versets 23 et 24.
Mais c’est un point plus délicat qu’on ne pense.
Mon frère, ma sœur, soyons sincères, ne sentons-nous pas, à l’ouïe de ces paroles, un sentiment pénible au-dedans de nous ?
Un certain malaise, un je ne sais quoi de vague, d’angoissant, qui nous dit : Es-tu bien réellement en paix avec tous tes semblables ?
L’es-tu au moins autant que cela dépend de toi ?
Si cela n’a pas été, frère, il faut que cela soit maintenant.
Pour que Dieu veuille effacer tes péchés de 1859, il faut que tu oublies ceux des autres.
Sonde-toi ! Non dans les faits seulement, mais dans les pensées secrètes, dans les mouvements cachés et profonds du cœur.
Mets-toi à nu devant ton Dieu, demande-lui d’être bien droit, car cela est quelquefois difficile quand il peut en résulter une humiliation.
Ah ! Si l’Esprit de sainteté vient te dire : " Tu es cet homme-là ! Tu as manqué de charité vis-à-vis de tel ou tel ! "
Il n’y a pas à hésiter… ; tu sais ce que tu as à faire…
Va ! Va, mon frère, et que Dieu t’accompagne !
Il aplanira ton sacrifice ; et après l’heure de l’humiliation, combien l’heure de la prière ne sera-telle pas doublement bénie !
Combien la paix ne coulera-t-elle pas en toi comme un fleuve, au pied du trône de grâce !
O chers enfants du Dieu des miséricordes, chers disciples du Sauveur de paix, chers auditeurs de la Parole de charité !
Quand bannirez-vous du milieu de votre famille évangélique, en tous lieux, les dissensions, les amertumes, les sectes, les animosités de tous les genres ?
Supposez un père sage, instamment prié par ses enfants de leur accorder un bien précieux ; mais voici : tout en le priant, ne viennent-ils pas à se disputer, à se battre, aux pieds même de ce vénérable père !
Que fera-t-il ? Si ce n’est de leur dire : " quand vous serez d’accord, je pourrai vous écouter ; jusqu’alors je ne veux rien de vous. "
Frères, " si vous voulez que votre Père qui est aux Cieux vous pardonne vos offenses, pardonnez aussi de même. "
Car " celui qui dit qu’il aime Dieu et qui n’aime pas son frère est un menteur. Comment aimera-t-il Dieu qu’il ne voit pas, s’il n’aime pas son frère qu’il voit ? "
Il n’y a donc pas d’alternative ; il faut ou nous arrêter de prier, ou obéir à ce commandement : " Va et réconcilie-toi ! "
Si nous voulons, entre autres, nous joindre à cet appel de prières fait aux chrétiens du monde entier pour obtenir une grande extension du règne de Dieu, souvenons-nous " d’aller d’abord … nous réconcilier ; puis après cela nous viendrons, le cœur léger, " offrir joyeusement notre offrande. "
Courage donc, frères et sœurs ! et qu’une pluie d’amour et de paix vienne arroser tous nos cœurs dès les premiers jours de cette année, et les réjouir, comme celui de notre Père, par la cessation de toute brouillerie, de toute aigreur, de toute susceptibilité parmi nous.
" Heureux, ceux qui procurent la paix ! ils seront appelés enfants de Dieu. "
Chapitre 4
" Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés. "
Un sujet qui touche de près au précédent, ce sont les jugements téméraires, qui ont, hélas ! un cours beaucoup trop habituel chez nous, même parmi les vrais chrétiens.
Ah ! Mes frères, ne vous est-il jamais arrivé de souffrir en vous sentant incompris, méconnus de vos alentours ?
Vous aviez agi pour le bien, n’est-ce pas ? un mobile élevé vous avait guidés ; tout pleins de votre bon sentiment, vous alliez à votre frère le cœur ouvert, l’amour sur les lèvres…
Votre élan chaleureux a rencontré la glace.
Parfois même un léger mouvement du coin de la bouche vous avait fait pressentir la raillerie muette qui se cachait sous la parole polie (car on est toujours poli en bonne société, - poli, même en blessant).
D’où vient ce froid ?
L’élément sympathie, le lien des vrais chrétiens en tout lieu, serait-il anéanti parmi nous ?
Pourquoi ton cœur, tout palpitant d’amour fraternel, ne rencontre-t-il qu’une pierre ?
Pourquoi ? ..... Cela n’est pas étonnant ! au lieu de t’aimer, on te juge !
Pendant qu’entraîné vers ton frère, tu ne pensais qu’à lui faire du bien, qu’à en recevoir de lui, - lui, calme, silencieux, réfléchit au lieu de t’écouter, t’examine, t’observe.
C’est qu’il cherche à se formuler au-dedans de lui une appréciation de ton caractère, de tes facultés, de ton jugement.
Trop heureux es-tu s’il ne t’apporte pas déjà tout faite et si, quoi que tu dises ou que tu fasses, la prévention qu’on s’est formée contre toi n’anéantit pas toute ton influence, ne détruit pas tout le respect auquel tu croyais avoir droit.
Oui, tu as souffert ainsi plus d’une fois, n’est-ce pas ?
Et t’enveloppant dans le sentiment de ta bonne conscience, de ton bon droit, tu te consoles en te répétant : Après tout, j’ai Dieu qui me juge.
Que m’importe le reste !
" L’homme spirituel peut juger de toutes choses, dit le saint Paul, mais personne ne peut juger de lui. "
Personne ne peut juger de lui ! …
Pourquoi donc l’as-tu jugé, toi ?
Ce dont il te fait souffrir, ne l’as-tu pas fait mille fois à son égard ?
" O toi qui condamnes ton frère et qui fais les mêmes choses, si tu ne veux pas être jugé, ne juge pas non plus autrui. "
Pour cela, veille sur ton cœur plus encore que sur ta bouche.
Arrête à temps ce regard, cette sonde maudite jetée sur le fond intime de ton semblable et que ton imagination seule, peut-être, va manier.
Laisse, laisse à ton Dieu l’état d’âme de sa créature.
" Qui es-tu, toi qui juges le serviteur d’autrui ? S’il se tient ferme ou s’il tombe, c’est à son maitre de le juger ", non pas à toi, pauvre ver de terre !
Ah ! Puissé-je apprendre à me préoccuper de ma poutre bien plus que du fétu de mon frère ! à " me garder avec soin de tout levain des pharisiens ! "
Puissé-je fuir, entre autres, ce piège satanique et subtil de porter le péché du jugement jusque dans la prière, en y faisant la leçon à mon frère, quand je ne suis, moi, qu’un pauvre pécheur supporté par grâce par le Maître, aux pieds duquel je m’abats avec lui !
Puissé-je apprendre aussi, chaque fois que j’aurai à souffrir des jugements de mon prochain, au lieu de m’envelopper dans ma propre dignité blessée et me retirer à l’écart, puissé-je apprendre à regarder non à l’homme, mais à Dieu !
N’est-ce pas Lui, en effet, qui permet son erreur pour répondre à mes prières ?
Je lui disais : " sanctifie-moi, ô Dieu ! Arrache l’orgueil de mon âme ! "
Et Lui m’a répondu : " Eh bien ! Voilà ce que les autres pensent de toi ; sonde ton cœur jusque dans ses replis cachés : n’auraient-ils point raison en ceci, en cela ?
Humilie-toi donc devant moi, et je te relèverai quand le fruit de cette dispensation humiliante aura été produit en ton âme. "
Chapitre 5
" Levons à Dieu des mains pures, sans contestations et sans disputes. "
Irai-je plus loin sur ce trop riche, mais bien triste sujet des manques de charité, causes fréquentes, je pense, du non-exaucement de nos prières ?
Entrerons-nous ensemble dans l’examen des devoirs domestiques ?
Pour approfondir ce sujet, il y aurait trop à dire ; tenons-nous-en à quelques points particuliers.
" Maris, ne vous emportez point contre vos femmes, afin que vos prières ne soient point troublées. "
" Afin que vos prières ne soient point troublées ! "
Maris, femmes, pères, maîtres, ne vous ai-je pas entendu dire quelquefois : " Je ne sais ce qui m’arrive, je ne puis plus prier, je ne peux m’élever à Dieu. Je ne suis pas heureux en priant. "
Et en avez-vous cherché la cause ?
La colère conjugale, la dispute fraternelle, la dissension domestique ne sont-elles pas là bien souvent s’abaissant comme un voile épais entre votre âme troublée par le péché et le Dieu qui ne veut être servi que dans l’amour ?
Que de fois, angoissé, malheureux sur mes deux genoux, de ne pouvoir trouver mon Dieu, de sentir sa chère, sa douce face voilée à mon cœur, - que de fois ne me suis-je pas levé pour courir à ce parent, à ce maître vis-à-vis de qui j’avais péché, et dans un simple " pardonnez-moi ", que de fois n’ai-je pas retrouvé la paix ? "
J’ai connu une simple servante, pauvre selon le monde, mais riche en Dieu.
Son caractère était fier, susceptible, violent, et pourtant elle était devenue une des plus douces et des plus humbles chrétiennes que j’aie connues.
Savez-vous comment ?
Par cette seule recette : " Que le soleil ne se couche pas sur ta colère. "
Que de fois, je l’ai vue, à l’heure où tout repose, venir frapper doucement à la porte de sa maîtresse : " Madame, je ne puis m’endormir ainsi ! .... je vous ai mal parlé aujourd’hui, pardonnez-moi pour que je puisse prier ! "
Et la colère des chefs de famille, combien plus encore ne trouble-t-elle pas la paix des maisons ? …
Comment, après une impatience, peuvent-ils ouvrir la Parole au culte domestique et prêcher sur la charité ?
Veullent-ils donc apprendre l’hypocrisie à leurs enfants ? ou leur faire croire que les commandements de Dieu ne sont plus qu’un vain son résonnant aux oreilles ? "
" L’Ecriture parle-t-elle en vain ? "
Dieu n’est-il pas un Dieu de vérité, un feu consumant ? "
Et cette " pureté incorruptible de l’esprit doux et paisible de la femme chrétienne ", où est-elle ?
Certes, " s’il vaut mieux habiter au coin d’un toit qu’avec la femme querelleuse ", comment m’unirais-je avec elle dans la prière ?
" Si deux s’accordent…. " est-il dit.
Et si toi, père, " tu irrites ton enfant ", sous prétexte de faire son éducation, crois-tu qu’il s’agenouillera bien volontiers à tes côtés ?
Et si toi, maître, " tu trouves ta volonté dans tes sabbats et jusqu’au jour de ton jeûne, en tourmentant les autres et exigeant durement ce qui t’est dû ", crois-tu que ton serviteur écoutera bien paisiblement ta belle méditation sur le renoncement évangélique ?
Et toi, servante, si tu fuis l’œil de ta maîtresse pour la tromper (dans les petites et dans les grandes choses peut-être), si tu ne lui donnes pas le respect, l’obéissance que Dieu t’ordonne de lui rendre comme à Lui-même ", dit la Parole de Dieu.
Si tu fais ces choses devant l’Eternel qui te voit, et que tu viennes ensuite te prosterner mensongèrement dans la prière au culte de famille, n’entends-tu pas le " Dieu qui ne peut être moqué " te crier :
" La requête de celui qui détourne son oreille pour ne point obéir à la loi sera en abomination devant moi ! "
Et toi, enfant, qui gardes rancune à ton compagnon de jeu, qui médites peut-être quelque vengeance contre lui, ou qui as menti à tes parents, oubliant que " tous ceux qui disent ou commettent la fausseté seront jetés dans l’étang ardent de feu et de soufre ", crois-tu donc que ton baiser trompeur, après la prière du soir, ne t’attirera pas le courroux de Celui qui ne bénit que les enfants droits ?
Et toi, riche, qui te traites délicatement, en oubliant le pauvre Lazare couché dans ses ulcères et dans ses haillons.
Et toi, pauvre, dont le cœur bouillonne d’aigreur et d’envie contre les heureux de ce monde, - croyez-vous que l’offrande que vous apportez à l’autel, dans le même temple, chaque dimanche, en vous haïssant l’un l’autre, hélas ! sera bien acceptable à Celui qui a horreur du formalisme, à Celui qui regarde au cœur ?
Ah ! Il y aurait trop à dire, en effet, sur ces sujets si palpitants, sur lesquels l’examen de sa propre âme en apprend beaucoup plus que celui des autres.
Prenons plutôt la Bible, taisons-nous et ouvrons-la, vous et moi, à ces commandements précis sur les devoirs des différentes positions sociales ; et puisse, l’Esprit de Dieu nous convaincre lui-même de péché et nous faire jeter, comme Daniel, la face contre terre, en répétant après lui :
" Hélas ! Seigneur, nous avons péché, nous avons commis l’iniquité. A toi est la gloire, à nous la confusion de face ! à nous et à nos principaux, aux pères et aux enfants, aux maîtres et aux serviteurs, aux magistrats et au peuple.
Nous avons tous transgressé ta loi, nous nous sommes détournés pour ne point t’écouter.
Seigneur, pardonne ! Seigneur, fais grâce ! " (Daniel chapitre 9)
Chapitre 6
" Je crierai à Dieu le soir, le matin et à midi. Je me lèverai à minuit pour célébrer les ordonnances de sa justice. "
L’avez-vous senti comme moi, chers amis ?
J’ai cru pendant longtemps que lorsque j’avais fait ma prière, le matin et le soir, que lorsque j’avais été au culte le dimanche, j’étais ainsi dire en règle avec Dieu.
Les autres devoirs sont si nombreux, la vie si pleine, le temps si court !
J’aurais voulu prier davantage, mais comment faire ?
Je ne disais cependant pas avec le monde : " Qui travaille prie. "
Mais je pensais qu’il fallait laisser aux gens de loisir ces multiplications de cultes particuliers ou publics, qui ne sont point l’affaire de l’artisan, du négociant, du travailleur de toute classe.
Il est à remarquer ici, en passant, que dans les divers lieux où simultanément, sans convention réciproque, on a choisi l’heure du milieu du jour pour les réunions de prières, ce sont des artisans qui l’ont fait, et, en le faisant, ils ont sacrifié leur seule heure de repos et de promenade sanitaire.
" Présenterai-je à mon Dieu des sacrifices qui ne me coutent rien ! disait David.
Toutefois, reconnaissons-le, c’est Dieu lui-même qui ordonne le travail, qui assigne la tâche et nous donne les moments.
" Tu feras toute ton œuvre ", dans la semaine, nous dit-il, puis le dimanche tu es à moi !
" Souviens-toi du jour du repos pour le sanctifier. "
C’est vrai ! Et voilà pourquoi je serai actif et assidu dans ma vocation, pour obéir à mon Maître, encore plus que pour gagner de l’argent.
Mais voici qu’au milieu de mes plus beaux raisonnements sur l’impossibilité d’enlever une heure à ma tâche, il me survient un accident.
C’est quelque plaisir, quelque affaire spéciale, quelque intérêt de cette terre, en dehors du cadre habituel de la vie.
La chose plaît ; " cela me va ! " (C’est le mot sans réplique, vous savez !)
J’irai ! – Eh mais la tâche ! eh mais, le devoir ! – Ah ceci vaut la peine d’un extra ? Coûte que coûte je le ferai, dussé-je même veiller cette nuit !
Il en est un aussi qui se réveillait pendant la nuit pour suivre son goût, son plaisir, son affaire première ; et c’était un roi !
Trois fois le jour ne lui suffisait-pas, " car il prenait son plaisir dans l’Eternel, qui lui accordait " en retour " les demandes de son cœur. "
Je pense que la tâche d’un roi, et d’un roi citoyen comme David, qui était, en même temps législateur et civilisateur de son peuple, sacrificateur et organisateur des cultes, littérateur et compositeur de musique ; je pense que cette tâche valait bien celle de ma vocation cependant !
Et là-haut, maintenant, que pense-t-il de mes difficultés sans nombre ?
Ah ! Ne voudrait-il point aussi, comme le riche de la parabole, dans l’intérêt de notre salut, nous envoyer un Lazare, pour nous dire : Insensé ! Insensé ! " Que te sert-il de gagner tout le monde, si tu négliges ton âme ? Cherche donc avant tout le royaume de Cieux et sa justice ! "
Frère, si nous essayions quelques jours du planning de David ? ... Qu’en pensez-vous ? ....
Ce n’est pas pour rien que le Saint-Esprit a mentionné cette prière de " midi ".
Quand nous avons déjeuné, en nous levant, trouvons-nous que cela suffise pour le reste du jour ?
Les forces du corps n’ont-elles pas besoin, en dehors le repas du matin, d’être réparées quelques heures après ?
Et si un généreux ami vient, pour cette heure-là, inviter à sa table le pauvre, l’artisan, le négociant, croyez-vous que ceux-ci négligeront d’y aller apaiser leur faim et leur soif ? …. et cela, sans le moindre préjudice pourtant au repas qu’ils méditent pour le soir.
Et moi, pauvre indigent des biens spirituels, bien plus encore que des richesses temporelles, je négligerais une invitation quelconque de mon Souverain !
Ah ! s’il daigne m’appeler à un repas de famille, au milieu de ses enfants bien-aimés, pourrais-je m’en priver légèrement, fallût-il même y sacrifier quelque chose d’important selon ce monde, fallût-il travailler une heure de plus, le matin ou le soir, pour satisfaire aux exigences de ma vocation ?
C’était ce que faisait une pauvre ouvrière de notre ville, qui allait à ses journées une heure plus tôt et s’activait au double dans son travail, afin de ne pas manquer la réunion de son Eglise.
C’est dit ! Désormais les intérêts de mon âme, ceux de mon Maître, passeront avant tout, et je ne soignerai pas moins la santé de mon âme si précieuse à mon Dieu que celle de ce pauvre corps que les vers rongeront bientôt.
J’essaierai, comme tel et tel, de surmonter les difficultés, de changer le plan de mes journées, de mes affaires, de mes repas, pour aller prendre ma part de la bénédiction qu’ils trouvent à rompre forcément le train de cette vie en recherchant la face de Dieu.
Là, à genoux, seul ou tous ensemble, je rafraichirai mon cœur à la source, j’éclairerai mon esprit à la lumière, j’élèverai mon âme jusqu’au lieu de la paix…. J’oublierai pour un moment le tracas de ce monde.
Puis, après cette " bonne bouchée "de l’ange consolateur, après " ce gâteau levé donné sous le genêt ", comme à Elie, je reviendrai plus heureux pour la traversée du désert, plus fort pour le combat du travail.
Cela est dit pour moi qui me tenais volontairement à l’écart.
Mais toi, mon frère, toi ma sœur, que " le zèle de la maison de Dieu dévore ", toi dont on peut dire que la foi renverse bien véritablement les montagnes, pour aller, comme Marie, t’asseoir une heure aux pieds du Maître, toi qui as faim et soif de la bénédiction promise au " priez sans cesse ", promise aux " deux ou trois assemblées au nom de Christ ", si c’est le devoir seul, impérieux et sacré, qui te retient à l’attache, regarde à Dieu, soumets-toi et renonce : " obéissance vaut mieux que sacrifice ! "
" Qui n’a pas soin des siens est pire qu’un infidèle. "
Pendant que tes frères prient, travaille en paix ; ta main agit, mais ton cœur est en haut, cela suffit.
Puis, laissez-moi te dire une consolation :
Si tu n’as pas le jour à toi, tu as…. la nuit. Fais comme David.
Prie ton Dieu de t’éveiller, demande-lui l’élan du cœur, le regard de sa face, le doux son de sa voix chérie…
Alors tu verras, tu l’entendras bien mieux quand ont cessé tous les bruits de la terre, quand ce monde enseveli dans le repos permet de se dégager de ses liens.
Puisses-tu là, bien aimé frère, jouir en plein de l’ineffable bonheur du " face à face avec Jéhovah, comme un ami avec son intime ami ! "
Et toi, malade, couché sur un lit de souffrance, dont la tête obscurcie ne peut plus saisir nettement la prière, demeure aussi en paix !
Tes frères prient, ton Sauveur prie ; tu n’es pas oublié ! (Romains, chapitre 8, versets 26 et 27).
Oui, pour mon âme Jésus prie,
Et sa requête jusqu’à moi
Descend comme un fleuve de vie
Où s’abreuve ma pauvre foi.
A son enfant, auprès du Père,
Son cœur obtient un doux pardon,
Et, pour l’aider dans sa misère,
Sa voix réclame un nouveau don.
Sous le parfum de ta prière,
Fais-nous marcher avec bonheur.
Pour te bénir, notre âme entière
S’élève à toi, puissant Sauveur !
Chapitre 7
" Si deux d’entre vous s’accordent pour demander quelque chose, cela leur sera fait. "
Quel bienfait que cet accord de la fraternité, chers amis !
Si toute la prière a de la puissance auprès du Père, à combien plus forte raison la prière de l’amour fraternel !
En chimie, plusieurs ingrédients, faibles en eux-mêmes, ne forment-ils pas un agent puissant ?
A notre foyer mettons un tison seul : tant vivant soit-il, loin d’allumer notre feu, il s’éteindra et l’on aura froid.
Réunissons-les : la chaleur de l’un excitera la chaleur de l’autre, et plus de tisons brûlants vous assemblerez plus votre foyer brillera d’une flamme lumineuse et vivifiante.
Pourquoi donc repoussez-vous les réunions de prière, vous, frère ou sœur, qui croyez pourtant à cette parole : " Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux " ?
" N’avez-vous pas déjà expérimenté la vérité de cette déclaration : " Oh ! que c’est une chose bonne, que c’est une chose agréable que les frères s’entretiennent entre eux ! "
Si tu es père ou mère de famille, n’aimes-tu pas à voir tes enfants se chercher les uns les autres et s’unir pour quelque bonne œuvre ?
Je sais que c’est par principe que tu te tiens à part des prières collectives (tout ce que l’on fait chez nous, de bien ou de mal, n’est-ce pas par principe, par raisonnement, qu’on le fait ?)
Je sais même que tu t’y unis de loin, car ton cœur est plein de bons désirs, digne frère ; il a autant de soif que le nôtre du réveil que nous demandons ; tu donnerais même quelques verres de ton sang pour l’obtenir ; mais un sacrifice de ton temps, de tes idées, de ton plan de vie… c’est autre chose !
Et cependant dis-nous si, au fond de ton cœur, tu n’es pas bien aise de sentir que pendant que tu t’en " vas à ta métairie, à ton trafic ", tes frères prient pour toi, pour tes enfants, pour ton pays ?
En te tenant ainsi à part, " comme un passereau seul sur un toit ", n’oublies-tu point ce que dit la Sagesse :
" Malheur à celui qui est seul ! Deux valent mieux qu’un ; si l’un tombe, l’autre le relève, et ensemble ils auront plus de chaleur. "
Essaie au moins, cher ami, plein de conscience et de droiture, mais que nous croyons mal éclairé sur ce point, essaie, avant de le rejeter, ce qui te serait peut-être une source de grâce à l’usage.
Ne va pas une fois, deux fois, mais poursuis un mois durant…
Alors, après l’expérience faite, tu pourras juger sans témérité si l’accord dans la prière ne possède pas une force double.
Convenons-en cependant : pour que cette force y soit, il faut qu’il y ait bien véritablement " accord. "
Or, comment m’unir, diras-tu, avec des vingtaines, des centaines d’individus, quand je ne trouve pas un seul esprit fait sur le moule du mien, un seul jugement appréciant les choses à ma mode ?
Mais, mon ami, chacun en est logé là.
Crois-tu que tel et tel qui s’y trouvent pourront cadrer sur tous les points avec leur voisin de droite, avec celui de gauche ?
Et cependant l’harmonie existe, et cependant la prière monte à Dieu de tous ces cœurs, comme d’un seul.
Ah ! c’est que là, sur ce terrain sacré de la prière, Dieu a placé une bénédiction spéciale.
Là, les individualités s’effacent, la vie de Christ est tout.
L’homme s’oublie (ou doit s’oublier du moins), et Dieu descend en raison de ce qu’il s’est oublié davantage.
Alors le lien de l’esprit demeure seul, et ce lien, c’est l’amour, c’est la vie !
En effet, rien n’alimente l’amour fraternel, auquel l’Ecriture nous appelle si fortement, comme d’avoir prié ensemble.
Et comment n’aimerais-je pas le frère qui vient de porter à mon Dieu toutes les demandes du fond de mon âme, ces bénédictions tant désirées, sur moi, sur les miens, sur mon pays ?
Et lui aussi, comment ne m’aimerait-il pas, si je suis associé par tout ce qu’il y a de plus chaud, de plus sérieux en moi, aux ardentes supplications qu’il a prononcées ?
Mais vous m’objecterez que ce ne sont pas toujours " des ardentes supplications " que l’on entend.
Dans ces réunions de prière mutuelle, il y a du mélange, des haut, des bas, des âmes de prière et aussi des faiseurs de belles phrases ; quelquefois même des gens non instruits, qui, ne sachant pas parler, feraient beaucoup mieux de se taire.
C’est peut-être vrai !
Et je ne nierai pas que, pour leur propre bien, peut-être leur vaudrait-il mieux de se tenir à l’ombre, dans l’humilité que Dieu leur assigne par le manque de dons ou de langage ; mais pour mon bien à moi, je ne pense pas ainsi.
Combien de fois n’ai-je pas été plus édifié, pour mon compte, d’une pauvre phrase mal bâtie d’un frère simple mais plein de foi, que de la " cymbale qui retentit ", mais qui sonne creux ; que de la péroraison bien arrondie, mais qui part de la tête, non du cœur !
Puis, dit-moi, ami, dans ce que tu fais, toi, n’y a-t-il pas aussi les hauts, les bas, les bonnes et mauvaises prières, les jours de vie et les jours de sécheresse ?
Tant qu’il en sera ainsi, laisse ta critique ; tu n’as pas le droit de jeter la pierre à ton frère, qui d’ailleurs vaut peut-être mieux que toi ?
Va plutôt avec une âme simple, pleine d’amour et d’humilité, vas-y chercher Dieu, non l’homme, - de la foi, non de la littérature.
Crois-moi, pose au seuil de " la chambre haute " ton esprit caustique et jugeur. Entre là avec ton cœur, avec ta foi, avec ton Seigneur de paix, et tu verras si tu n’en ressors pas raffermi, réchauffé, vivifié !
" Dieu avait créé l’homme droit, mais ils ont cherché beaucoup de discours. "
Souviens t’en !
- Mais je n’aime pas ces appels, diras-tu, qui dans une œuvre toute d’élan, comme la prière, viennent vous marquer des lieux, des jours, des heures, des époques d’intercession spéciale…
- Tu n’aimes pas ! ......mais, permets-moi de te le dire avec franchise, ce que tu aimes ou n’aimes pas a-t-il grande importance devant Dieu ? Sont-ce nos goûts propres, nos idées propres, nos jugements propres, notre volonté propre qui doivent nous diriger ? Sommes-nous nous-mêmes ou à Dieu ?
Je me demande souvent ce que pensent les anges de cette parole : " Cela me va, cela ne me va pas ! " appliquée si fréquemment dans notre pays comme critère aux choses saintes ?
La question n’est pas là, Dieu merci !
Ce n’est pas à ma pauvre petite lumière personnelle, qui n’est souvent que ténèbres, que je regarderai pour être dirigé ; " c’est à la loi et au témoignage. "
C’est plus haut que moi-même qu’il me faut consulter, et chaque fois qu’on me proposera quelque bonne chose, me gardant bien de la passer au crible de ma chétive raison humaine, " qui n’est que folie ", dit Saint Paul, j’ouvrirai les Ecritures et je rechercherai si cela va à mon Dieu, oui ou non ; si elle est selon sa Parole et approuvée de lui.
Ne croyez point, cependant, que je veuille faire du caractère chrétien un lit de Procuste, un même habit pour toutes les tailles.
Ah ! Loin de là ; chacun a son moule, son type donné, sa forme de mission spéciale en ce monde ; ce n’est pas pour rien qu’il est dit :
" Les uns sont donnés pour être apôtres, d’autres pour être prophètes, d’autres pour être évangélistes, d’autres pour être pasteurs et docteurs, pour l’assemblage des saints, pour l’œuvre du ministère, pour l’édification du corps de Christ.
(Et plût à Dieu que les Eglises pèsent davantage cette déclaration divine !)
Oui, " nous sommes membres les uns des autres ; mais les dons sont différents selon la mesure de la grâce qui a été donnée.
Que celui donc qui a le don d’exhorter, exhorte, et que ceux qui ont le don des assemblées de prières, prient. "
Et s’il y en a qui ne travaillent pas avec nous, comme nous, quoique travaillant d’après la Bible aussi, qu’ils soient bénis, ces chers frères, séparés de nous de fait, non de cœur, j’espère !
Qu’ils soient bénis dans leur droiture et leur fidélité à la conscience ! Car " qui n’est pas contre moi est pour moi ", dit Jésus.
L’œuvre de Dieu n’a-t-elle pas toujours été : Diversité dans l’unité ?
Si c’est par des chemins différents que nous devons aller au ciel, que ce soit, comme on l’a dit, en nous tendant la main au-dessus des barrières, en unissant d’autant plus nos cœurs, si les mains ne le sont pas !
Toutefois, laissez-moi vous le dire, dignes amis d’opinions différentes, combien ne nous serait-ce pas doux si, comme le nôtre, votre cœur sentait aussi le besoin de rapprochement ; si comme notre amour pour vous le désire tant, vous vouliez quelquefois avec nous chercher la… réunion !
N’est-ce pas sur ce terrain de la prière, le plus large, le plus élevé, le plus céleste des terrains de la piété, que nous pouvons le mieux être véritablement " UN ", comme Jésus-Christ nous y appelle ?
Quoi qu’il en soit, ensemble ou séparés, Chrétiens de toute dénomination, Eglises et Congrégation évangéliques, accordons-nous au moins de loin, si ce n’est de près, à l’entrée de cette année, pour crier avec tous nos frères : Un réveil, un réveil !
" Oh si tu ouvrais les cieux et si tu descendais ! "
Puisse cette nouvelle année être une année de paix, de concessions fraternelles, de rapprochements réciproques !
Une année de resserrement entre frères contre l’ennemi commun, tellement que le monde ait la bouche fermée, en étant obligé de dire : Voyez comme ils s’aiment. "