Livrets 181-200
Par son Esprit
Le 9 janvier 1885, vers 9 heures du matin, Dieu sanctifia mon âme.
J’étais à ce moment-là dans ma chambre, mais presque aussitôt je sortis et vis dans la rue un ami auquel je racontai ce que le Seigneur venait de faire pour moi.
Le lendemain j’en rencontrai un autre auquel je dis également combien Il m’avait béni.
Il poussa un cri de joie et loua Dieu, m’exhortant à prêcher le salut dans sa plénitude et à témoigner en tous lieux de sa vérité.
Dieu se servit de lui pour m’encourager et me venir en aide.
Aussi, dès le lendemain, j’annonçais le plein salut avec toute la clarté et la force dont j’étais capable, terminant par mon propre témoignage.
Dieu bénit puissamment cette parole pour mes frères, mais plus encore pour moi-même.
Ce témoignage attira sur moi l’attention et rendit toute retraite impossible, en coupant les ponts derrière moi.
Trois mondes me contemplaient comme quelqu’un qui professait avoir reçu de Dieu un cœur pur ; j’en avais rendu témoignage, je ne pouvais plus reculer ; il fallait avancer.
Dieu vit que mon intention était d’être fidèle jusqu’à la mort.
Deux jours plus tard, au moment où je me levais et lisais quelques paroles de Jésus, Il répandit sur moi une bénédiction telle que je ne l’eusse jamais cru possible ici-bas.
Un ciel d’amour était entré dans mon cœur. Je me rendis avant déjeuner dans un parc voisin, pleurant de joie et louant Dieu.
Oh ! Combien j’aimais ! à cette heure-là, je connus Jésus et ressentis pour Lui un tel amour qu’il me sembla que mon cœur allait en être brisé.
J’aimais les moineaux, j’aimais les chiens, j’aimais les chevaux, j’aimais les gamins des rues, j’aimais les étrangers qui me coudoyaient, j’aimais les païens – j’aimais le monde entier !
Désirez-vous savoir ce qu’est la sainteté ? C’est le pur amour.
- Voulez-vous savoir ce qu’est le baptême dans le Saint-Esprit ?
Ce n’est pas un vague sentiment, une agréable sensation qui disparaît en une nuit ; c’est un baptême d’amour qui amène toute pensée captive au Seigneur Jésus, bannit toute crainte, détruit le doute et l’incrédulité, comme le feu brûle l’étoupe ; qui rend " doux et humble de cœur " (Matthieu, chapitre 11, verset 29), nous fait haïr d’une haine absolue l’impureté, la fraude et le mensonge, les discours flatteurs, et toute voie mauvaise ; qui fait du Ciel et de l’Enfer des réalités éternelles ; qui rend patient et doux envers les hommes pervers et pécheurs, " pur, ensuite pacifique, modéré, conciliant, plein de miséricorde et de bons fruits, exempt de duplicité, d’hypocrisie " (Jacques, chapitre 3, verset 17).
Qui, par une sympathie parfaite et ininterrompue, nous rend un avec Christ dans son labeur et son effort pour ramener à Dieu un monde rebelle et perdu.
Dieu a fait tout cela pour moi ; que son saint nom soit béni !
Oh ! Combien j’avais soupiré après la pureté ! Combien j’avais eu faim et soif de Dieu, du Dieu vivant ; Il a exaucé le désir de mon cœur, Il m’a satisfait – je pèse mes paroles – Il m’a satisfait ! Il m’a satisfait.
Ces quarante années ont été merveilleuses.
Dieu est devenu mon Maître, mon Guide, mon Conseiller, mon Tout, mon bien suprême.
Il a permis que je fusse parfois perplexe et tenté, mais toujours pour mon bien.
Je ne puis me plaindre de Lui en aucune façon.
Si parfois Il a paru m’abandonner, c’était comme la mère qui s’éloigne de son enfant pour l’habituer à se servir de ses membres et lui apprendre à marcher ; Il m’a préservé de toute chute.
Il a veillé sur ma bouche, inspirant mes paroles, afin que je puisse parler au monde de Jésus et de son grand salut, pour instruire, encourager et sauver d’autres âmes.
Il a été pour moi la lumière dans mes ténèbres, la force dans ma faiblesse, la sagesse dans ma folie, la connaissance au sein de mon ignorance.
Lorsque mon chemin semblait sans issue au milieu des tentations et des difficultés, Il m’a ouvert une voie, comme Il entrouvrit jadis les flots de la mer Rouge devant Israël.
Mon cœur souffrait-il ?
Il m’a consolé ; mon pied allait-il glisser ? Il m’a soutenu ; ma foi était-elle tremblante ? Il m’a encouragé ; dans la détresse, Il est venu à mon secours ; quand j’avais faim, Il m’a nourri ; quand j’avais soif, Il m’a désaltéré d’eau vive.
Gloire à Dieu ! Que n’a-t-Il pas fait !
Que n’a-t-Il pas été pour moi ! Oh ! Combien je voudrais Le faire connaître au monde !
Il m’a montré que le péché seul peut me nuire et que la seule chose qui puisse me faire du bien dans ce monde, c’est" la foi qui est agissante par la charité " (Galates, chapitre 5, verset 6).
Il m’a enseigné à m’attendre à Jésus par la foi, pour être sauvé de tout péché, de toute crainte, de toute honte ; Il m’a appris à témoigner mon amour en Lui obéissant en toutes choses et en cherchant par tous les moyens à en amener d’autres à Lui obéir.
Je Le loue ! Je L’adore ! Je L’aime ! Mon être entier Lui appartient pour le temps et l’éternité.
Je ne suis plus à moi-même.
Il peut faire de moi ce qu’Il jugera bon, car je suis à Lui.
Je sais que ce qu’Il choisira sera pour mon bien éternel. Il est trop sage pour se tromper, trop bon pour me nuire.
J’ai confiance en Lui, j’ai confiance en Lui ! Mon attente est en Lui, non en l’homme ou en moi-même, mais en Lui.
Il a été avec moi durant ces quarante ans ; je sais qu’il ne m’abandonnera jamais.
Depuis quarante ans, en effet, Dieu m’a rendu capable de poursuivre sans interruption ce but : Le servir de tout mon cœur.
Aucune tentation ne m’a dévié ; aucune ambition mondaine ou ecclésiastique n’a pesé dans la balance, même d’un atome, pour me séduire.
" Sainteté à l’Eternel ! " (Exode, chapitre 28, verset 36) a été ma devise, la seule en réalité, qui put exprimer le profond désir et l’aspiration de mon âme.
Pendant un an et demi, j’ai été tenu éloigné de mon travail par la faiblesse physique.
Il fut un temps où j’aurais jugé cette croix trop lourde pour être portée ; mais en ceci, comme en toute autre chose, sa grâce m’a suffi.
Dans ces derniers temps, Dieu m’a béni tout particulièrement.
Mon cœur soupire après Lui et comme je Le cherche dans une prière fervente, patiente, pleine de foi, et dans une étude minutieuse de sa Parole, Il approfondit l’œuvre de sa grâce dans mon âme.
Commissaire S. L. BRENGLE
Docteur en Théologie
Par Mon Esprit
Tel est le titre d’un livre profondément édifiant du docteur Jonathan Goforth, missionnaire en Chine.
Ce volume, traduit en français par madame A. Blocher, nous révèle que le temps des miracles corporels et spirituels n’est pas fini.
Aujourd’hui, la Corée, la Mandchourie et la Chine voient se reproduire les faits surnaturels rapportés dans les premiers chapitres des Actes des Apôtres.
" Nous devons comprendre une chose, a dit le docteur Schofield, c’est que depuis la Pentecôte, le travail soudain et direct de l’Esprit de Dieu sur les âmes a toujours été accompagné de manifestations plus ou moins anormales.
Après tout, n’est-ce pas naturel ?
Nous pouvons nous attendre à ce qu’un flot surabondant de puissance et de lumière divines agissant profondément sur les émotions et transformant les vies, ait de remarquables résultats.
De même qu’un tremblement de terre, une inondation ou un ouragan sont des manifestations extraordinaires, un réveil véritable est un évènement qui sort de l’ordinaire. "
Cependant, ajoute le docteur Goforth, tout en parlant des manifestations de la Pentecôte comme anormales, nous maintenons que la Pentecôte fut le christianisme " normal. "
Quand le Saint-Esprit, prenant la place de Jésus-Christ, se charge du contrôle, les résultats sont toujours conformes au plan divin.
Les premiers chrétiens étaient remplis de toute la plénitude de Dieu ; Dieu faisait en eux et par eux au-delà de tout ce qu’ils avaient demandé ou pensé.
Se contenter de moins, c’eût été ravir au Seigneur les mérites du Calvaire.
Le but du Saint-Esprit était de glorifier le Seigneur Jésus tous les jours, depuis le commencement jusqu’à son retour.
Il est inconcevable qu’il se lasse d’agir.
Ma conviction est que la puissance divine, si manifeste dans l’Eglise de la Pentecôte, doit être en évidence de la même façon dans l’Eglise actuelle.
Le christianisme normal, dans les intentions du Seigneur, ne devait pas commencer par l’Esprit pour finir par la chair.
La construction du temple spirituel ne se poursuit ni par la puissance, ni par la force, mais toujours par son Esprit (Zacharie, chapitre 4, verset 6).
Cette puissance divine est pour nous comme pour eux.
Nous aussi, nous pouvons faire les œuvres que notre Seigneur a faites, et même en faire de plus grandes.
Le ministère du docteur Goforth en est une preuve et il en existe beaucoup d’autres.
Les dons que possédait l’Eglise primitive n’ont pas disparu.
De nos jours encore le don de prophétie, le don de guérison et celui des miracles, même en puissance pour chasser les démons existent, nous en avons été témoins.
Le docteur Goforth raconte différents cas de possessions démoniaques.
L’un de ces démoniaques était un païen qui semblait subir une souffrance aiguë quand on priait pour lui.
Chaque fois que les mot " Jésus de Nazareth " étaient prononcés, il perdait toute raison.
Finalement, l’ancien Chang posa sa main sur la tête du démoniaque et dit d’une voix forte : " Esprit immonde, au nom de Jésus de Nazareth, sors de cet homme ! "
Le possédé se jeta par terre et se roula sur le sol en écumant.
Soudain j’entendis un bruit comme celui d’un vomissement.
Plus tard, j’inspectai soigneusement le sol, mais ne vis aucune preuve qu’il eût vomi.
Cependant quelque chose était sorti de lui, car, aidé de plusieurs évangélistes, il se leva.
Il était pâle, tremblant et faible, mais dans son bon sens ; cela ne faisait aucun doute. "
C’est par milliers que le docteur Goforth vit des conversions se produire en Mandchourie et en Chine.
Dans une localité appelée Putoupeichen, le sixième jour des réunions, l’Esprit agit avec une telle puissance que les malades qui se trouvaient dans l’assemblée se sentirent guéris de leurs maladies.
Ces chrétiens affirmaient que soudain, quand la puissance était à son apogée, leurs infirmités avaient disparu.
Des témoignages identiques furent rendus dans une autre province.
Les étudiants d’un collège avaient montré une grande légèreté.
Ils avaient brisé les meubles et brûlé le directeur en effigie.
Ils assistèrent aux réunions du docteur Goforth en s’amusant.
Leurs figures étaient dures, fermées, hostiles.
Cependant le cinquième jour au matin, ces jeunes gens avaient les yeux rouges en arrivant à la réunion.
Quand j’annonçai le premier cantique, dit Goforth, avec quels accents ils le chantèrent !
Lorsque la réunion de prière commença, l’un après l’autre ils montèrent sur l’estrade pour confesser leurs péchés.
Ils avouèrent qu’ils jouaient, qu’ils buvaient, qu’ils fréquentaient de mauvaises maisons.
Quelques-uns étaient si écrasés par la douleur qu’ils tombaient par terre dès le début de leur confession.
Les étudiants d’une Ecole supérieure avaient fondé un club athée à l’insu des missionnaires et même de leurs professeurs chinois.
Les garçons les plus âgés en étaient membres ; ils lisaient dans leurs réunions secrètes des livres d’incrédulité.
Quand ils assistèrent à une série de réunions, et que l’Esprit toucha leur cœur, ces jeunes gens vinrent, l’un après l’autre, s’agenouiller devant l’estrade pour confesser leur incrédulité et demander à Dieu de renouveler leur foi.
Le président du club était dans une telle angoisse, que je crus, dit Goforth, qu’il allait briser ses mains sur le dossier du banc devant lui.
" Seigneur Jésus, criait-il, prépare un fouet, garnis-le bien de cordes, et chasse de mon cœur le démon de l’incrédulité. "
Dans un champ de mission, tout le travail du missionnaire Goforth semblait avoir été accompli en pure perte quand, dans une réunion, un évangéliste arrogant et le directeur chinois de l’Ecole des garçons tombèrent par terre en poussant des cris terribles.
Bientôt hommes et femmes, jeunes gens et jeunes filles tombèrent à genoux et confessèrent leurs péchés.
Tous, prosternés, suppliaient Dieu de leur faire grâce.
Un soir, un diacre répondit à un ancien qui l’invitait à rester à la réunion : " Croyez-vous que je voudrais m’humilier et confesser mes fautes comme ces malheureux l’ont fait ce matin ? J’aimerais mieux mourir ! "
Le lendemain matin, le diacre arriva, il semblait être une vivante image du désespoir ; " J’ai passé par l’enfer depuis que je vous ai vu hier, gémissait-il, je n’ai pas dormi de la nuit ! Je suis sûr que je suis l’homme le plus malheureux de la Chine. "
Quand il vint sur l’estrade pour faire sa confession, il était si ému qu’il pouvait à peine parler.
Il se tint près du tableau noir : " Mes péchés sont trop grands, dit-il, pour les confesser par des paroles, je vais les écrire. "
En caractères énormes, il écrivit : " Menteur, puis Adultère, puis Meurtrier. "
Un autre homme et moi, dit-il avions décidé de prendre dans un guet-apens un homme très riche.
Nous devions le tuer et le dépouiller de son argent.
Nous attendîmes au coin de la route, la nuit, pendant des heures. Notre victime a décidé, au dernier moment, de ne pas partir de chez elle. J’ai donc été en intension meurtrier. "
L’œuvre en Chine est-elle plus facile que chez nous ?
Non, au contraire, mais des hommes de prière et de foi, remplis du Saint-Esprit, travaillent là-bas.
Il faut donc que l’Esprit qui les possède nous possède, et nous verrons les mêmes miracles, nous entendrons les mêmes confessions, nous serons témoins des mêmes renouvellements spirituels.
Il nous faut en France, en Suisse, une nouvelle Pentecôte !
Quand on pense à l’état moral de nos populations, aux ténèbres dans lesquelles elles sont plongées, à leur ignorance, à leur indifférence, à leur égarement, aux chaînes dont elles sont liées, à la somme de tristesse et de souffrance qui existe autour de nous, est-ce qu’on peut se consoler ?
Ceux qui se consolent n’ont pas de cœur.
Jésus-Christ ne s’est pas consolé, lui. Il voyait devant lui notre monde perdu, et il disait à ses disciples : " Allez par tout le monde, prêchez l’Evangile à toute créature. "
Il nous faut absolument une nouvelle Pentecôte.
Demandons-la en obéissant du cœur à toute la Parole de Dieu, demandons-la en la voulant à n’importe quel prix, demandons-la en portant sur nos cœurs les misères, les détresses, et les hontes de notre pauvre monde, et nous verrons en France les miracles qui se voient en Chine.
S. DELATTRE
Encouragements de Jean FONTAINE
Cher René,
Voici environ un mois maintenant, j’étais parmi vous pour le culte du 19 juillet suite à ton invitation et j’aimerais partager avec toi un petit témoignage qui prend sa source dans cette rencontre.
A la fin du culte, tu as souhaité échanger quelques mots quant à ce que tu vis et notamment tes relations (ou plus exactement ton manque de relationq) avec Francis.
Ce bref moment m’a beaucoup touché et j’ai cru discerner beaucoup de tristesse sur ton visage.
Toujours est-il que, depuis cet entretien, pourtant si bref, le Seigneur m’a mis sur le cœur de prier très régulièrement pour toi et si j’ai tardé à te partager cela c’est volontairement pour voir si cette attitude persistait ou n’était qu’occasionnelle.
Or, depuis ce jour, je ne puis commencer mon moment de recueillement personnel sans que le Seigneur ne me conduise à prier pour toi, pour Ghislaine, ton Assemblée et le problème relationnel avec Francis.
Voici une cinquantaine d’années que nous nous connaissons et j’ai toujours apprécié notre amitié fraternelle même si nos contacts, en raison des kilomètres qui nous séparent et nos activités réciproques ont fait que nos relations étaient loin d’être parfaites.
Je pense souvent à tous les efforts que tu as déployés pendant des décennies, au travail précurseur de ton père dans cette région et au peu de résultats " visibles ".
Tous les ingrédients seraient là pour être découragé surtout avec l’âge qui s’avance.
Cependant je crois, comme toi aussi sans doute, que ce travail accompli dans la fidélité n’aura pas été vain.
Seul le Seigneur connaît combien de cœurs ont été touchés même si ces personnes ne se sont pas manifestées.
Aussi, je demande à Dieu dans mes prières quotidiennes, qu’il te donne des encouragements car je sais moi-même combien cela est important.
Je crois que le Seigneur a encore beaucoup de bénédictions en réserve pour toi et les tiens, et je veux me tenir sur ce terrain de la foi uni avec toi dans un même combat.
Je te salue bien affectueusement en Jésus-Christ ainsi que Ghislaine.
Jean FONTAINE
L’appel... et la pioche
Un serviteur de Dieu, maintenant auprès du Seigneur, avait l’habitude de répondre à ceux qui lui disaient avoir reçu un appel pour servir Dieu :
" Vous avez l’appel ? Très bien, maintenant, prenez la pioche ! "
Cette boutade, signifiant qu’il ne suffit pas de se sentir appelé, mais qu’il faut aussi se mettre au travail, attristera peut-être certaines personnes, qui, elles aussi, ont un jour entendu dans leur cœur un appel au service de Dieu, mais pour qui la porte ne s’est jamais ouverte.
J’en connais qui étaient prêts à se mettre au travail, à justement saisir le manche de cette fameuse pioche.
Mais ils ne l’ont jamais trouvée.
Et dix, vingt ans plus tard, ils se demandent encore s’ils n’ont pas rêvé ou s’ils ne se sont pas imaginé ce prétendu " appel ".
Ce n’était pas un appel à prêcher, sinon ils auraient pu le concrétiser dans leur Eglise locale, en étant prédicateurs laïques par exemple, mais il s’agissait plutôt d’un appel pour un service pratique.
En raison de cette aspiration, ils ont toujours eu à cœur la mission, ils se sont toujours intéressés aux nouvelles des missionnaires, à ce qui se passait sur ces champs lointains, espérant qu’un jour ou l’autre, le Seigneur leur ferait signe.
Mais rien n’est jamais venu… et les années ont passé, les enfants ont grandi, puis les petits-enfants, et la retraite est arrivée.
Mais l’insatisfaction est restée, l’impression d’être passés à côté de ce que Dieu attendait, d’avoir en quelque sorte enfoui leur talent.
Et si la porte s’ouvrait maintenant !
Si on vous disait : " Le travail ne manque pas dans le service de Dieu. Ce qui manque, ce sont des mains pour saisir la pioche et se mettre à l’ouvrage ! "
Savez-vous par exemple que le Cours d’Introduction à la Linguistique, qui forme en France des traducteurs de la Bible, souffre cruellement d’un manque de personnel administratif ?
Peut-être avez-vous, au cours de votre longue carrière, acquis précisément les capacités de gestion et d’organisation requises pour ce travail ?
Peut-être que toutes ces années de vie active qui semblaient vous détourner d’un but plus élevé étaient-elles aux yeux de Dieu justement, un temps de préparation pour un travail que vous pourriez faire maintenant à son service ?
A ceux qui travaillent pour le Seigneur
C’est d’un côté un triste métier que celui d’évangéliste, quand on voit si peu d’âmes disposées à recevoir la Bonne Nouvelle ; et encore ceux qui l’ont reçue marchent si lentement et sont si peu vivants, si peu fidèles.
On jetterait parfois les outils de détresse.
Mais si nous considérons d’un autre côté que ce n’est pas notre œuvre, mais celle du Seigneur lui-même ; si nous pensons que ce métier si décourageant, Jésus a daigné le faire lui-même et qu’il a éprouvé toutes ces difficultés ; qu’il a eu d’abord peu de succès, car il dit :
" J’ai travaillé pour rien, j’ai usé mes forces pour le néant et sans fruits ; le Seigneur m’a dit de ramener Jacob, et Israël ne se rassemble point ; qui a cru à notre prédication et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé ? " (Esaïe, chapitre 53, verset 1).
Et si nous lisons les livres des prophètes, nous verrons qu’Elie, Esaïe, Jérémie, Ezéchiel trouvaient des cœurs endurcis et plus rebelles qu’aujourd’hui ; et que souvent, dans tout Israël, ils ne rencontraient pas un frère à qui ils pussent raconter leurs peines.
Quelquefois même, Dieu leur annonçait d’avance qu’ils ne seraient pas écoutés (Ezéchiel, chapitre 2, versets 5 à 7 ; chapitre 3, verset 7 à 11 ; Jérémie, chapitre 7, verset 26).
Ils étaient quelquefois bien découragés et nous voyons comment ils se plaignaient et que quelquefois ils prenaient la résolution de tout abandonner (Jérémie, chapitre 2, verset 9 ; 1 Rois, chapitre 19, verset 4 ; Nombres, chapitre 11, versets 11 à 15).
Mais Dieu ne le leur permettait pas, parce que c’est à lui seul qu’appartiennent les temps et les moments et qu’il nous suffit de lui obéir.
Felix NEFF
De l'importance de persévérer
Antoine Court raconte que dans les commencements de son travail, les réunions de culte qu’il convoquait partout où il pouvait abriter sa tête, étaient fort peu nombreuses.
" C’était beaucoup, dit-il, lorsqu’à force de soins et de sollicitations je pouvais disposer dans un même lieu, six, dix, douze personnes à me suivre dans quelque trou de roche, dans quelque grange écartée ou en rase campagne, pour rendre à Dieu leurs hommages et entendre de moi les discours que j’avais à leur adresser.
Quelle consolation aussi ne fut-ce pas pour moi de me trouver, en 1744, dans des assemblées de dix mille âmes au même lieu où à peine, dans les premières assemblées de mon ministère, j’avais pu assembler quinze, trente, soixante, ou tout au plus cent personnes. "
Comment le bucheron devint un missionnaire
Dans la grande forêt canadienne, un groupe de jeunes bûcherons discutaient ensemble devant un arbre d’une hauteur vertigineuse, sans doute le plus grand de toute la forêt, se demandant qui d’entre eux aurait le courage de grimper si haut pour commencer à abattre ce géant.
" Moi " dit Michel, un vigoureux garçon de 18 ans, et joignant le geste à la parole, il saisit sa hache bien aiguisée, ses souliers à crochets et sa ceinture de cuir pour s’attacher au tronc en faisant le travail.
Agile comme un singe, il parvint rapidement au sommet de l’arbre, balancé et ci de là par le vent du nord.
Ses compagnons le suivaient du regard tandis qu’il abattait d’un coup de hache branche après branche, puis s’attaquant au tronc lui-même, il en coupa plusieurs mètres, le tout venant s’abattre avec fracas sur le sol.
Après cela, comme ivre de son succès, Michel décrocha sa ceinture, puis se hissant jusqu’au sommet de l’arbre décapité, il se tint debout, sans aucun point d’appui, et cria " hourra ! "à ses compagnons qui d’en bas le regardaient en retenant leur souffle, s’attendant à le voir tomber de son piédestal d’un instant à l’autre…
Mais non, notre brillant équilibriste réussit à se raccrocher au tronc géant et quelques minutes plus tard, il sautait d’un pas leste sur les aiguilles de pins, entouré des acclamations de tous ses camarades.
Ils étaient si enthousiasmés de la prouesse de leur ami qu’ils voulaient le nommer chef d’équipe.
Mais quand Michel se retrouva seul dans sa cabane ce soir-là, au lieu de s’endormir, il se tourna et retourna sur son lit de camp, ne pouvant trouver le sommeil.
Il se sentait tout à coup malheureux, si malheureux qu’il se leva et se mit à arpenter la forêt solitaire…
Arrivé au pied de l’arbre géant, il s’assit sur le tronc renversé, la tête entre ses mains, tandis qu’une vision passait devant ses yeux comme un film de cinéma…
Il se revoyait dans la grande tente de la Mission, à genoux devant l’estrade avec plusieurs autres jeunes gens, tandis que l’assemblée chantait à mi-voix : " A Toi mon Dieu, je me donne – je me donne tout entier… "
Oui, ce soir-là, Michel avait décidé de consacrer sa vie au service de son Sauveur.
Il lui avait dit : " Me voici, Seigneur, envoie-moi ! "
Et puis les jours, les semaines avaient passé, et la Voix d’En-Haut qui l’avait appelé avait été étouffée par les voix du monde, le travail, les amis, les plaisirs de la vie moderne, etc.
Et finalement il avait oublié sa promesse et s’était engagé avec une équipe de bûcherons afin de partir bien loin de chez lui.
Et maintenant, dans le grand silence de la forêt endormie, sous le scintillement des étoiles, le grand Dieu du Ciel venait de parler à son cœur.
Il lui avait rappelé ses vœux négligés puis oubliés, ses lâchetés, son abandon de la maison de Dieu.
Lui qui avait professé de suivre Jésus, il n’avait jamais parlé de Lui à ses compagnons, il avait vécu comme eux dans le péché et l’indifférence.
Et Michel comprit alors tout son péché, mais aussi tout l’amour de son fidèle Berger qui venait à lui à cette heure, pour le prendre sur Ses épaules, comme la brebis perdue, et le ramener au bercail.
Sentant la présence de son Sauveur si près de lui, en cette nuit inoubliable, Michel tomba à genoux et le cœur brisé, sanglotant sur sa misère, et pleurant de joie en même temps parce qu’il venait de retrouver la communion de son Dieu, il lui demanda pardon et se laissa purifier tout à nouveau par le précieux Sang de Jésus.
Ensuite, le cœur léger, libéré de son fardeau, il regagna sa couchette et s’endormit paisiblement.
Dès le lendemain matin, à la stupéfaction de ses camarades, il leur fit ses adieux et leur fit part de sa décision de servir Celui qui s’était révélé à lui, et l’avait appelé à vivre désormais pour Lui seul.
Il rentra dans sa ville natale par le premier train du matin, à la grande joie de sa mère qui n’avait cessé de prier pour son enfant bien-aimé.
Après un séjour béni à l’Ecole Biblique, Michel le bûcheron devint Michel le missionnaire, consacré désormais pour le restant de sa vie à proclamer aux pauvres Indiens le merveilleux salut en Jésus-Christ.
Ami lecteur, sais-tu que toi aussi, le Seigneur t’appelle aujourd’hui ?
Si tu l’as reçu comme ton Sauveur, oh ! N’hésite pas à lui consacrer toute ta vie, et ce sera une vie bénie pour le temps et pour l’éternité.
Tante CHRISTINE
Vocation
Le fait le plus étonnant de la religion de nos jours, c’est le grand nombre d’hommes et de femmes qui, sauvés par Christ, refusent de se livrer à Christ pour vivre pour Lui.
Ceux qui répondent de tout leur cœur, avec joie, à l’appel divin sont en aussi petite minorité dans nos Eglises que les inconvertis qui reçoivent l’Evangile.
Quel mépris de l’amour de Jésus, quelle révélation du règne du " moi ! "
Deux hommes se promenaient au crépuscule sur les rives d’un fleuve.
L’un d’eux, citant le mot d’un ouvrier devenu célèbre dans le travail du règne de Dieu, s’écria :
" Le monde n’a pas encore réalisé ce que Dieu pourrait faire d’un homme qui lui serait complètement consacré. "
Son compagnon, s’arrêtant, lui dit : " Répète cela. "
Et avec une nouvelle emphase, son ami répéta : " Il reste encore à réaliser aux yeux du monde ce que Dieu serait capable de faire au moyen d’un homme qui lui serait complètement consacré. "
Levant sa main dans le demi-jour, Dwight L. Moody, car c’était lui, dit : " Par la grâce de Dieu, je serai cet homme ".
Et il partit pour faire une œuvre de Dieu telle que peu d’hommes en ont produit.
Voilà le secret de la force du grand évangéliste.
Complètement consacré à la volonté de Dieu, il fut transformé et rempli de l’Esprit de Dieu, et ainsi rendu capable de faire son œuvre.
" Un homme de Dieu, à la place voulue de Dieu, faisant l’œuvre de Dieu à la manière de Dieu, " voilà la désignation caractéristique de Hudson Taylor quant à la place que tout vrai serviteur de Dieu doit occuper dans la vie.
M. F. B. Meyer aussi parle du temps de sa vie où, jeune étudiant, il comprit cette vérité grâce au ministère de M. Studd.
Il parle du besoin intense que son cœur éprouvait d’une vie plus profonde en Christ, et il raconte comment le jeune étudiant de Cambridge insista sur le devoir et le privilège de pouvoir consacrer sa vie au Seigneur, et sur la nécessité d’une confiance absolue en l’Esprit du Seigneur pour être transformé par Lui.
Et le grand prédicateur de Londres continue à relater comment il se rendit dans un bois, s’agenouilla dans le sanctuaire silencieux de la nature ; comment il livra sa vie à Dieu en toute simplicité, puis rentra chez lui, se fiant désormais au Saint-Esprit pour la direction de sa vie.
Cet acte de foi et d’obéissance ne fut suivi d’aucun fait extraordinaire.
Aucune extase ne lui fut donnée.
Mais il réalisa, dès ce moment, la présence et la puissance de Dieu en lui et sa vie fut un déploiement merveilleux de la vertu divine.
La consécration fut suivie de transformation. La foi complète fut suivie de plénitude.
Son abandon à Dieu lui valut le ministère le plus riche et béni qui attache au nom de ce serviteur un parfum de paix et de bénédiction pour des multitudes d’enfants de Dieu affamés de vérité.
" Jeunes gens, disait un saint homme, le missionnaire Georges Bowen, à des étudiants qui l’entouraient, la présence spirituelle de Jésus-Christ dans mon cœur est plus réelle que votre présence, à vous qui êtes assis devant moi. "
La présence du Christ est-elle aussi réelle pour nous que pour ce pieux serviteur de Dieu ?
Sinon, pourquoi pas ?
Notre Seigneur nous révèle, dans Jean, chapitre 14, verset 21, le mystère de sa vie abondante. Il dit bien clairement : " Je me manifesterai moi-même à vous. "
C’est son plan, son désir, sa pleine volonté de remplir ses enfants de sa plénitude.
Et quel en est le secret ?
" Celui qui garde mes commandements, je me manifesterai à lui. "
Et " c’est ici mon commandement, que vous vous aimiez les uns les autres " et " personne n’a un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. "
Le plus grand commandement du Christ, c’est l’amour, l’amour du prochain.
C’est pourquoi celui qui garde ce plus grand commandement sera le plus près de Dieu.
Or, l’amour suprême consiste à donner nos vies comme Il a donné la sienne.
Il en résulte que le don de notre vie à Dieu est la manifestation suprême de notre amour.
Et comme notre consécration se perfectionne à mesure que la volonté de Dieu nous est toujours mieux révélée, ainsi Il manifestera d’une manière toujours plus complète la plénitude toujours grandissante de son Esprit en nous.
C’est dans la mesure où vous vivrons sa volonté que nous serons remplis de sa vie.
Et nous rapprochant de l’une, nous nous rapprochons de l’autre ; en faisant l’une, nous sommes remplis de l’autre.
Si nous sauvons notre vie, nous perdons la plénitude de la vie de Christ.
Mais en renonçant à notre propre vie, nous gagnons sa vie divine.
James H. MCCONKEY
Une jeune fille de Nouvelle-Zélande
On raconte qu’une jeune fille de ce pays amenée en Angleterre pour son éducation, y est devenue une fidèle chrétienne.
Quand elle fut sur le point de retourner dans sa patrie, ses camarades de classe cherchèrent à la retenir.
- Pourquoi repartir pour la Nouvelle-Zélande ? lui disaient-elles. Vous vous êtes accoutumée à l’Angleterre. Vous aimez nos sentiers ombragés et nos beaux champs de trèfle. Notre climat convient à votre santé.
Songez, en outre, que vous pouvez faire naufrage sur l’Océan et que vos compatriotes, qui vous auront oubliée, sont capables de vous tuer pour vous manger.
- Quoi, répondit-elle, pensez-vous que je puisse garder pour moi la bonne nouvelle du salut ?
Pensez-vous que je puisse me contenter d’avoir obtenu pour moi-même le pardon, la paix et la vie éternelle, sans aller dire à mon cher père, à ma mère qu’ils peuvent l’obtenir aussi ?
Dussé-je traverser l’Océan à la nage, j’irai ! N’essayez pas de me retenir, car il faut que j’aille annoncer la Bonne Nouvelle à mon peuple.
Comment un petit garçon fut l'instrument d'un puissant réveil
Un des orateurs les plus populaires des conférences de Northfield (Etats-Unis) fondées par D. L. Moody – le Dr. Len Broughton, pasteur d’une grande Eglise d’Atlanta, raconta un jour l’incident suivant de son ministère :
J’entrepris une fois une mission de réveil dans une église très conservatrice d’une des villes les plus conservatrices des Etats du Sud.
A un moment donné je demandais à tous les pères qui avaient des fils non convertis de bien vouloir se lever.
Personne ne bougea, excepté un petit garçon d’environ douze ans qui était assis presque au fond de l’auditoire.
Non content de se lever, il monta sur son siège et leva les mains.
Il voulait qu’on le vît.
On rit à propos de son erreur et je dis :
Mon garçon, cela va bien, assieds-toi !
Je m’adressai ensuite aux mères, mais pas une ne bougea.
Cependant le même petit garçon s’était levé.
- C’est bien, dis-je, assieds-toi.
Je m’adressai ensuite aux frères et sœurs. Je fis cinq propositions de ce genre.
Le garçon répondit à chacune d’elles, paraissant être le seul qui y eut prêté attention.
Je quittai la réunion très humilié.
Il en fut de même le lendemain soir et pendant trois jours.
A chaque proposition que je faisais, il était le seul à répondre.
En fin de compte, un diacre de l’Eglise vint à moi et me dit :
- Ce garçon est simple d’esprit et ces gens viennent le voir faire.
- Alors, dis-je, que pensez-vous que je doive faire ?
- Eh bien, répondit-il, arrêtez-le, naturellement.
Je répliquai :
- L’arrêter ? Jamais. Ce garçon est la seule étincelle d’espérance que l’Eglise possède, autant que je puis le voir. Je ne puis pas penser à mettre de côté ce lumignon.
Il continua de la même manière pendant le restant de la semaine.
De temps en temps, quelque âme simple se joignait à lui pour demander qu’on priât pour elle, mais très rarement.
A la fin de mon discours, le dimanche matin, quand j’invitai ceux qui désiraient se joindre à l’église, à s’avancer, le jeune garçon arriva.
Le même soir, comme j’entrai dans l’église, un homme se leva et dit :
- Frère Broughton, je désire demander des prières pour l’un des citoyens les plus honorés de notre ville, un homme de 85 ans, qui n’est pas entré dans une église depuis 25 ans jusqu’à ce soir. Il était connu comme un sceptique, mais je le vois ici.
Je pense qu’il me pardonnera de faire cette requête, je sens profondément le poids de son âme.
Aussitôt que ce chrétien se fut assis, le vieillard en question se leva et dit :
- Amis, je suis l’homme pour lequel vous prierez. Je désire vous dire pourquoi je suis ici ce soir. Le petit garçon assis à côté de moi est mon petit-fils. Vous savez que sa santé laisse à désirer, nous l’en aimions davantage.
Ce matin, il est rentré à la maison, a jeté ses bras autour de mon cou et m’a dit :
- Grand-papa, je me suis donné à Dieu et je me suis joins à l’église. Je suis si heureux que je ne sais plus que faire.
Je voudrais que grand-maman soit là. Tu sais qu’elle est allée au ciel il y a trois mois, maintenant je n’ai plus personne à qui parler de Jésus !
Ce que l’enfant me disait ainsi m’a atteint au cœur.
Pensez-en ce que vous voudrez, mais si vous pouvez par vos prières demander que la grâce de Dieu vienne dans mon cœur, je vous serai reconnaissant.
Avant que la réunion fût achevée, ce vieillard était converti.
Le matin suivant le petit garçon se rendit en ville auprès de son père qui tenait un bar et lui dit :
- Papa, ne veux-tu pas venir avec moi entendre notre prédicateur ?
Le père le lui promit, il y alla le même soir et se convertit.
Le jour suivant cet homme déclara qu’il voulait se rendre auprès des autres tenanciers de bars pour les persuader de venir à l’église.
Ils y vinrent, furent atteints par le réveil qui éclata dans la ville et qui s’étendit non seulement aux environs, mais dans les états voisins.
Six mois plus tard, il n’y avait plus un bar dans le district en question.
Tous les tenanciers avaient abandonné leur commerce.
Comment tout ceci se produisit-il ?
Par le moyen d’un petit garçon, simple d’esprit, qui se confia en Dieu de son mieux et fit tout son possible pour Lui.
Père SEVERON
Evangéliser ensemble
Quelle force de travailler en équipe !
Si le chrétien n’est certes jamais seul, sa communion avec Christ s’enrichit de la communion entre frères.
Pourtant la vraie force de la communauté ne vient pas du nombre des frères mais bien toujours d’un Autre, de Celui qui nous a tant aimés qu’Il donna pour nous sa vie.
Nous aussi, nous devons donc donner notre vie pour Lui et pour les frères, ceux de l’Eglise comme ceux du monde.
Seul cet amour du Christ peut nous " presser " à cette audace persévérante.
Quel enrichissement alors d’évangéliser en coopération entre la Belgique (avec ses oppositions spirituelles, catholicisme de Louvain et humanisme de Bruxelles), la Suisse (de formation " réformée ", piétiste ou revivaliste), la France (de minorité protestante, mûrie au feu de 150 ans de persécutions, du " Réveil " et du " Renouveau ") !
Quelle richesse de se retrouver entre " évangéliques ", mennonites ou luthériens, réformés ou baptistes, méthodistes ou militants de l’Armée du Salut, frères des Assemblées ou pentecôtistes !
Mais aussi quel chemin d’humilité, quelle découverte de la réalité du Corps de Christ, de la diversité de l’équipement nécessaire à l’évangélisation.
Dans le livre " Un seul Monde ; un seul Evangile ; un seul Devoir " (Congrès de Berlin), on notait à ce sujet que :
- Dieu ne fait pas fi du messager ni de son tempérament particulier. Il charge tel homme de tel message, alors qu’un autre reprend une autre face de la révélation. (p. 111)
- Tous les vingt ans, ô ironie, on repousse l’évangélisation " de masse " comme chose du passé, donc dépassée.
Comme si pouvait vieillir l’évangélisation qui vise à la conversion à Christ ! (p. 118)
- Les premiers chrétiens, même s’ils s’attaquaient à bien des problèmes de leur temps, considéraient le Christ Jésus et son œuvre comme le vrai centre de tout leur témoignage, même s’ils se préoccupaient de guérir les corps. (p. 120)
Examinons quelques-unes des méthodes aujourd’hui utilisées.
Campagnes de visites à domiciles
Ainsi commença le beau ministère du regretté Tom Allan en Ecosse (voir son livre " The face of my parish "). En France, nous possédons un excellent guide : " Visiteurs pour Christ ", du pasteur luthérien Greiner.
Il s’agit là de revoir chez eux, pour des entretiens, tous les gens connus du quartier, grâce à des équipes de deux (suivant le principe évangélique : " Il les envoya deux par deux ").
L’important sera :
1 – d’établir à l’avance, suivant les besoins du temps et du lieu, la liste des familles à voir, en donnant aux visiteurs quelques renseignements précis ;
2 – de fournir ces visiteurs d’un certain matériel simple de tracts ou opuscules à laisser, évangiles, feuilles de renseignements sur les activités de la communauté, sur la manière de lire l’Ecriture ;
3 – de former ces visiteurs spirituellement dans la prière et l’étude de la Bible, conseils pratiques ou connaissances spirituelles des questions qui peuvent se poser ou être posées.
Le but à rechercher dans ces visites sera d’engager une conversation sérieuse, pleine de tact, sur les sujets de la foi.
Et ne pas se décourager, si cette conversation se révèle difficile.
Si la porte reste fermée, laisser toujours un mot amical par écrit ;
4 – de tenir très sérieusement compte des résultats, critiques, refus ou encouragements, comme des renseignements recueillis.
Car ces visites doivent mener à des inscriptions, à d’autres rencontres ou visites ;
5 – l’organisation même de ces campagnes et leur déroulement, soutenus par la prière de la communauté, peuvent devenir un véritable enrichissement, tant parmi les visiteurs que parmi les visités.
Et les résultats dépendent beaucoup du sérieux de la préparation de tous.
Aujourd’hui où des villes et des quartiers neufs se multiplient ,cette méthode peut s’appliquer à la visite de tous les habitants d’un bloc ou d’un quartier.
On y fait de forts utiles découvertes : veiller à en tenir soigneusement compte.
Campagnes menées en une semaine ou plus dans la même ville par des communautés diverses.
On l’affirme de divers côtés, les campagnes de longue durée semblent les plus efficaces ; en général une semaine, au moins cinq soirées, portent aussi des fruits.
Sans vouloir ici les nommer, nous connaissons tous des " techniciens " particulièrement doués pour ces tentatives.
Cette méthode, utilisé par Billy Graham, est pratiquée dans nos trois pays, malgré certaines critiques dont il faut tenir compte.
Insistons ici sur la nécessité d’une longue préparation, portant même sur une année entière.
Il serait naïf d’appeler un " frère " du dehors, au talent prestigieux, et penser que cela suffit à résoudre tous les problèmes.
Quelques points à souligner :
1 – De toute nécessité, réaliser entre communautés responsables l’entente préalable et instituer des groupes vivants de prières en commun.
Rien ne se fera sans une sérieuse coopération spirituelle, à la recherche des directions du Seigneur.
2 – En commun décider du but de la campagne, en particulier du public que l’on désire atteindre, et choisir en conséquence le lieu des réunions (salle neutre, tente, maison de jeunesse ou salle de culte), la ou les dates et l’horaire.
Tout ceci doit être arrêté à l’avance, même si en cours de préparation quelques modifications s’imposent.
3 – Vient alors le choix du ou des sujets et par conséquent des orateurs, évangélistes ou témoins à qui faire appel.
On peut aussi décider d’abord des orateurs et les laisser choisir eux-mêmes ; mais c’est leur laisser une responsabilité… dangereuse ; que ceux qui connaissent le public à atteindre donnent au moins des conseils, des suggestions.
Les sujets et les titres peuvent ne pas coïncider ; sans tromper le public, il est souhaitable que les sujets indiqués soient formulés avec brièveté, originalité, ou fassent allusion à quelque préoccupation du public neutre.
Publicité et honnêteté peuvent fort bien aller de pair.
4 - Arrêter le schéma (minuté) du déroulement des soirées et donc des aides nécessaires.
S’il doit y avoir des appels précis en fin de réunion, la préparation des " conseillers " prend une importance aussi grande que leur choix.
Il serait trop long ici de donner des suggestions.
Se reporter aux expériences antérieures.
5 – La formation des chorales ou le choix des solis prend, tant pour les communautés responsables que pour le succès de la campagne, une importance à ne pas mépriser.
Le témoignage par le chant permet d’utiliser beaucoup de bonnes volontés et les engage dans une vraie fidélité à Christ.
Sur l’auditoire, ce témoignage mené avec compétence et foi peut s’avérer le plus efficace des appels.
6 – Le comité central d’organisation ne peut s’occuper de tout.
Très tôt il faudra constituer des commissions spéciales, en particulier : prières, finances, propagande (tracts, affiches, lettres…), salle, service d’accueil, conseillers, chant…
Une des plus importantes de ces commissions se préoccupera de la " suite ".
Si des décisions sont prises en cours des réunions, si des adresses sont données par les auditeurs, il faut à l’avance décider comment ces noms seront relevés, puis répartis entre les équipes ou les visiteurs bien préparés pour aller avec discrétion, tact, mais sans tarder, offrir soit l’entrée dans l’une des communautés, soit tout autre moyen de progrès spirituel dans la connaissance de Christ.
Pour les finances, l’expérience prouve que si le Seigneur ordonne et si l’on recherche avant tout sa volonté, l’argent nécessaire se trouve soit à l’avance par des dons bénévoles des chrétiens, soit au cours des réunions par simple collecte sans insistance dans les rangs ou de préférence à la sortie, et encore par des dons de reconnaissance qui parviennent ensuite.
En fait, là comme ailleurs, tout dépend de Dieu.
Seul le Saint-Esprit peut toucher un cœur, convaincre un athée, entrainer une décision.
Seul il peut accorder à chacun les dons nécessaires pour son service.
Mais souvent ces campagnes donnent l’occasion de découvrir en un joyeux étonnement, que déjà il a su distribuer au sein de nos communautés des " charismes " spéciaux tout heureux de s’employer.
Tout se prépare donc dans la prière et avec soin.
Mais de toute évidence, l’essentiel tient au " message " apporté dans la vérité biblique, et par conséquent au messager.
Il est donc essentiel que tous les aides, quelque place qu’ils occupent, soutiennent par leur prière celui ou ceux à qui l’on demande d’exposer la Parole de Dieu en puissant témoin du Christ vivant.
Quelques-uns d’entre nous apportent ici de pertinentes critiques, qu’il faut méditer.
Trop de temps passé à la préparation de ces campagnes au détriment de la vie ordinaire (et évangélisatrice) de la communauté.
Appels financiers désagréables ou même appui du " capital " alors que les apôtres allaient " sans le sou ".
Goût du sensationnel et de l’excentrique. Durée trop courte des campagnes. Déroulement trop pieux des réunions…
Surtout on nous convie à un très sérieux examen de nos " messages ".
En France, où l’on ignore si complètement la Bible, il faut dire qui est Jésus, conter tel épisode de sa vie, balayer tout exemple biblique à moins de l’expliquer (le public moyen ignorant qui est Abraham, David, le prophète Esaïe…), brosser le " plan du salut " ou le " dessein de Dieu ", avec précision et vie.
Mais comment prêcher la repentance à nos contemporains qui se disent " adultes " ?
Attention à notre vocabulaire.
Les mots de rédemption, repentir, salut, foi sont compris dans un tout autre sens que le sens biblique. Croire, c’est ne pas être certain…
Or le message est le fer de lance de toute évangélisation. A nous de le traduire sans le trahir. Il y faut beaucoup de soin.
Enfin, n’oublions pas que dans le livre des Actes, c’est Dieu qui attire les foules et son Esprit qui touche les cœurs.
Campagnes d’évangélisation simultanée
Il ne s’agit plus ici dans une même région d’unir plusieurs communautés différentes mais au contraire de demander à chacune d’entre elles de préparer une campagne dans son secteur, avec ses propres et seules forces et au même moment autant que possible.
Avantage : chacun est appelé à se mettre au travail, sans plus compter sur les dons " remarquables " de tels ou tels aides du dehors.
Autre avantage : la communion spirituelle et l’émulation se fortifient entre communauté.
Un thème commun est pourtant choisi.
Des circulaires, tracts, affiches, rencontres, conseils de préparation, étudiés et préparés au centre, sont proposés aux diverses communautés jointes dans cet effort.
Après la campagne, tous les nouveaux attirés peuvent aisément être suivis par ceux-là même qui les ont amenés aux réunions ou les y ont rencontrés.
Il sera sans doute préférable de ne pas hésiter à dire clairement à l’avance, par l’imprimé, qui l’on est, de quelle église, où elle se trouve, ses activités, etc...
Cette méthode oblige donc à trouver dans chaque communauté tous les aides nécessaires et souvent l’on s’étonne de voir se révéler des valeurs que la vie ordinaire de la communauté n’avait pas jusque-là manifestées.
Jésus, et à sa suite tous les pionniers de l’évangélisation, ont toujours souligné l’importance et la possibilité de pousser au témoignage tout chrétien, même tout nouveau.
En donnant, on s’enrichit.
Le responsable des messages reste alors le pasteur ordinaire de la communauté.
Cependant, par sagesse et discernement des dons, l’on peut faire appel à un autre frère et ceci peut amener à choisir, en cas de campagne nationale, deux séries de dates pour des zones différentes, par exemple Nord et Sud, ce qui permet une entraide entre prédicateurs.
Là encore, la préparation doit se poursuivre pendant des mois.
L’esprit comme le déroulement de la campagne et des réunions peuvent rester les mêmes que pour la méthode dit " Billy Graham. "
Une communauté fidèle évangélise par chacune de ses activités
(culte dominical, école du dimanche, groupes de jeunes, diverses réunions pour catégories spécialisées) mais à condition qu’on le veuille, qu’on se laisse inspirer en vue de cette évangélisation, que ces divers rassemblements se préoccupent non tant de leur propre vie et maintien que d’attirer ceux du dehors, et s’orienter spécialement pour eux.
D’ailleurs nous savons que dans toutes nos communautés existent beaucoup d’habitués dont la vie spirituelle et les convictions se maintiennent à l’état infantile.
Certains passent par de sérieuses crises spirituelles, de cruelles épreuves, échecs, deuils, tentations.
Raisons péremptoires pour que nos activités courantes agissent de temps à autre comme de vraies réunions d’évangélisation ou d’appel.
Une série de cultes est consacrée (à l’avance annoncés comme tels) à l’exposé simple pour un incroyant de telle ou telle partie du merveilleux panorama de la révélation divine.
Et l’on distribue des invitations spéciales pour ces cultes.
Tel culte ou réunion se terminera par un appel au don de soi à Dieu, à l’assurance du salut, à la confession et réparation d’une faute, à une réconciliation.
Tel autre message répondra aux objections de l’incrédulité moderne comme d’ailleurs il est excellent que telle prédication soit une vraie instruction religieuse sur un aspect de la foi.
On est souvent frappé de constater comme nos auditoires réclament instruction et encouragement à la vie en Christ et à la sanctification.
Les groupes de jeunes peuvent trouver là un ministère de première importance.
Les réceptions dans l’Eglise ou la célébration publique du baptême des nouveaux convertis, leur témoignage ému ou joyeux, apportent des forces neuves à la " vieille " communauté.
Colportage des textes bibliques ou de tracts bien conçus
De tous temps, ce travail de pionnier, à tort trop méprisé de nos jours, s’utilisa au profit de l’évangélisation des masses.
En France, les règlements de police l’interdisent en partie, mais on peut même tenir des réunions en plein air si l’on s’assure la présence souriante et l’excellente aide de quelque uniforme salutiste.
Et si les Témoins de Jéhovah, comme les Mormons, donnent tant de soin à ce " porte à porte ", pourquoi pas nous ?
La Parole de Dieu agit d’elle-même, sans que l’on sache comment, si nous la distribuons dans un esprit de prière et de foi.
Même pratiqué seul ou deux à deux, ce témoignage a les promesses du Seigneur.
Nous sommes pauvres en tracts.
De nouveaux textes devraient être étudiés avec soin, bien écrits et publiés dans une typographie moderne.
Et pourquoi ne demanderions-nous pas avec plus de foi un nombre plus grand de ministères de colporteurs ?
Conférences en salle neutre
Tenues même le soir de la semaine, pendant plusieurs semaines, si elles sont bien annoncées par tracts et affiches, elles attirent toujours quelques nouveaux.
Les sujets les plus religieux, comme les plus "actuels ", peuvent s’y traiter et exposer les données bibliques essentielles.
Un entretien général, ou tout auditeur peut poser ses questions, permettra de vrais contacts fructueux et ensuite même des appels à une décision devant Dieu.
Nous ne redirons jamais assez ce que révèle et donne le Dieu de la Bible.
Que d’ignorances, d’erreurs ou de vraies superstitions se découvrent, chez les gens même les plus cultivés, au sujet du Christ des Evangiles !
Et aujourd’hui, en France tout au moins, la Bible attire, ne serait-ce que par curiosité.
Une méthode dite " Evangélisation en profondeur " s’emploie actuellement en Amérique du Sud avec de sérieux résultats ; des chrétiens belges l’utilisent aussi.
A qui veut la connaître, il suffit de se procurer le livre (Evangélisation totale par Kenneth Strachan, édition de la Mission évangélique Belge).
On trouvera plus loin des remarques sur l’évangélisation parmi les jeunes et par les jeunes, comme sur l’évangélisation des enfants, que beaucoup de nos communautés négligent ou ignorent, fort mal à propos.
Ensemble avec le Seigneur des combats
Travaillons ensemble, donc entraidons-nous sur ces divers points en nous communiquant expériences et tentatives, critiques et conseils, joies ou échecs.
Soyons " évangélistes ", suivant les dons que Dieu nous accorde.
Ne laissons pas notre lampe sous le boisseau.
Sachons aussi encourager les autres à devenir de meilleurs témoins de Christ.
Nos communautés, leurs pasteurs eux-mêmes, s’imaginent trop que nul ne se préoccupe de ce témoignage.
Mais il suffit de savoir que Christ lui-même nous y pousse tous.
Et l’on s’étonne de voir, dès que l’on met la main à la charrue, combien de chrétiens d’apparence indolente souffrent de leur état, désirant une vie plus rayonnante, ou vont la chercher ailleurs.
Pourquoi ne pas organiser localement ou régionalement des rencontres, par exemple en week-end, samedi et dimanche après-midi, où l’on étudierait " ensemble " telle partie de ce livre-ci ou de tel autre (celui sur " Berlin" …)
Demandons au Seigneur des " évangélistes " à plein temps.
Il est navrant de constater comme notre peuple ignore les insondables richesses de l’Evangile ou même les plus élémentaires, quelles superstitions ou criantes erreurs il prend pour la vraie foi.
Inutile d’accuser qui que ce soit. Le fait nous crève les yeux ; à nous d’y remédier.
Nul ne sait, entre les mains du Dieu vivant, quelle portée aura son témoignage.
Nul ne peut prévoir comment le Seigneur exaucera nos prières pour qu’Il envoie des ouvriers dans le vaste champ de sa moisson.
Que de chemins s’offrent à nous, que de méthodes pour répondre à l’ordre suprême de Jésus : " Allez et enseignez les nations ", c'est-à-dire les païens.
Que chacun trouve sa voie, choisie par Celui qui nous promet de nous y mener " tous les jours jusqu’à la fin du monde.
" Combien de gens aujourd’hui, riches ou déshérités, ne savent que faire de leur vie ou se demandent même s’il vaut la peine de vivre !
Le Christ peut et veut les arracher à cette existence sans but et sans espoir.
A nous de nous offrir comme " ambassadeurs " de ce grand Prince et Seigneur.
C’est une vie d’aventure passionnante. A nous de les y entraîner.
Récemment dans une rencontre du Conseil œcuménique, le professeur de théologie Hromadka, de Prague en Tchécoslovaquie, disait à propos des communistes :
" Ils commencent à comprendre qu’il ne suffit pas de changer les structures sociales, si l’on ne se préoccupe pas des hommes. "
Quels seront les hommes qui vivront dans la nouvelle société ?
Tel est aujourd’hui comme toujours notre beau rôle : par la puissance de la résurrection et d’amour qui est en Jésus-Christ, travailler à une humanité nouvelle.
Sommes-nous peu nombreux ?
Dieu ne voulut que 300 hommes sans épée pour vaincre Madian avec Gédéon (Juges, chapitre 6, verset 14).
Saint Paul envahit l’Europe avec trois compagnons seulement, convertis de la veille ou l’avant-veille (Actes des Apôtres, chapitre 16).
Dieu se trouve rarement près des gros bataillons ; il choisit plus volontiers ce qui est humble, afin que la victoire se manifeste comme la sienne et que nul ne se sente indigne de son amour.
J.P. BENOIT et A. THOBOIS, de Paris
Le réveil
Les Réveils sont bibliques
J’espère que vous serez tous d’accord pour reconnaître que les réveils sont parfaitement bibliques.
De tout temps, Dieu a réveillé son Peuple.
Il y eut un puissant réveil avec Moïse, lorsqu’il fut envoyé en Egypte pour délivrer le Peuple de la " maison d’esclavage. "
Depuis Moïse, Dieu suscita toujours des prophètes et des hommes pour rappeler à Lui les enfants d’Israël chaque fois qu’ils retournaient sur le chemin de l’idolâtrie.
J’avais l’habitude de penser que j’aurais bien voulu vivre aux temps de ces prophètes, mais j’ai abandonné cette idée, car les prophètes apparaissaient toujours à l’époque la plus noire, quand Israël se détournait de l’Eternel pour servir des dieux étrangers.
Alors Dieu suscitait des prophètes pour rappeler à Lui Son Peuple.
Les ennemis de Dieu
Toute œuvre véritable de Dieu eut ses pires ennemis – non seulement de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur - exactement comme au temps de Néhémie.
Il y a toujours quelques bonnes gens qui se joignent à Satan pour élever leur voix contre l’œuvre de Dieu.
L’action la meilleure rencontre toujours l’opposition la plus forte.
Que quelqu’un aille dans une ville, y prêche avec toute l’éloquence de Démosthène, attire les foules, et qu’il n’y ait pas de conversion, tous les journaux l’applaudiront et feront son éloge !
Mais qu’il y ait quelques conversions, l’opposition deviendra aussi brûlante que l’enfer peut la rendre ; elle a toujours existé et existera toujours.
Plus un homme vit en Christ, plus il est fidèle, mais plus aussi les ennemis de Dieu seront cruels à son égard.
Y a-t-il eu dans le monde un prédicateur tel que Jean-Baptiste en dehors du Maître Lui-même ?
Voyez comme l’opposition fut violente et non seulement de la part des mauvaises gens, mais aussi de la part de ceux qui s’appelaient " bons " à cette époque.
Son ministère fut court, mais ce fut comme un souffle de printemps après une longue nuit d’hiver.
Puis vinrent Christ et ses apôtres, qui accomplirent une œuvre immense, rencontrant néanmoins l’opposition partout.
Les dénominations engendrées par les Réveils
Maintenant, je ne peux pas comprendre comment un homme ou une femme qui connaît la Bible peut s’élever et agir contre un mouvement de réveil.
Je suis étonné de voir dans l’histoire de l’Eglise, dénomination après dénomination s’élever contre ce que j’appelle l’œuvre de Dieu.
L’Eglise Catholique romaine réclame d’être apostolique, comment peut-elle être opposée aux réveils quand l’Eglise de Christ est née de la Pentecôte ?
Ce fut le plus grand réveil que le monde ait jamais connu, et encore que l’Eglise Catholique n’aime pas le mot " réveil ", les prêtres tiennent des " missions " qui sont exactement la même chose.
Et l’Eglise Episcopale (qui correspond, aux Etats-Unis, à l’Eglise anglicane), si elle pouvait tracer une ligne jusqu’à la Pentecôte, verrait qu’elle est aussi une enfant de réveil ;
Je ne sais pas comment celui qui appartient à une Eglise Episcopale peut s’opposer à un mouvement de réveil.
Plus l’Eglise devient vieille, plus elle a besoin d’un réveil, car la tendance est toujours au formalisme.
D’où vient donc l’Eglise Luthérienne, si elle n’est pas née d’un réveil au temps de Luther ?
Comment un Luthérien peut-il s’opposer à un mouvement de réveil, c’est pour moi un mystère.
Que Dieu ait aussi pitié d’un méthodiste qui ne croit pas aux réveils, car son Eglise est née d’un réveil qui nous est encore presque contemporain.
Le Méthodisme n’est-il pas né d’un réveil avec Charles et John Wesley et Georges Whitfield ?
Leur nation ne fut-elle pas bouleversée par leur prédication ?
D’où viennent aussi les Quakers, sinon d’un réveil avec Georges Fox ?
Et nos Unions Chrétiennes de Jeunes Gens, ne sont-elles pas le résultat du réveil de 1857 ?
Tous nos meilleures institutions sont nées de réveils, et néanmoins, tant de gens ont peur du réveil et apportent objection sur objection pour le combattre !
Objections aux Réveils
L’objection la plus populaire est celle-ci : Trop de convertis ne tiennent pas.
C’est tout à fait vrai.
Si tous ceux qui ont professé de se convertir avaient été fidèles, il y a longtemps que le monde entier eût été amené à Christ.
Mais, savez-vous, je trouve qu’il y a quelques pasteurs et serviteurs de Dieu qui ne sont pas fidèles.
Mais si tous eussent été fidèles, ce serait contraire à tout ce que peut nous rapporter la Bible.
Cette objection ne vaut pas la peine qu’on s’y arrête, tous ceux qui se convertirent aux jours de Jésus sont-ils restés fidèles ?
Regardez dans Jean, chapitre 6, nous lisons : " Plusieurs de Ses disciples se retirèrent, et ils n’allaient plus avec Lui. "
Imaginez qu’un cultivateur ne veuille plus semer parce que toute la semence ne lève pas et ne mûrit pas, que nous coupions tous nos pommiers parce que toutes les fleurs ne deviennent pas des pommes, qu’adviendrait-il ?
Il est estimé que 90% de ceux qui entrent dans les affaires font faillite, supposez que plus personne ne veuille entrer dans les affaires parce qu’il y en a tant qui font faillite ; c’est là le genre d’arguments que l’on apporte contre les réveils : " Ils ne tiennent pas tous. "
Un enfant naît, vais-je ne pas me réjouir parce qu’il y en a tant qui meurent ?
Un homme tombe dans la rivière, quelqu’un saute et le sauve. Vais-je ne pas me réjouir avec lui de crainte qu’il n’y tombe de nouveau ? Et voilà l’argument le plus fort qu’on apporte contre les réveils !
Un autre argument qui semble capital pour beaucoup est celui-ci : Il y a tant d’agitation.
Mes chers amis, je voudrais bien qu’il y ait autant d’agitation dans l’Eglise de Dieu et dans Son œuvre, qu’il y en a dans d’autres choses.
Allez dans n’importe quel lieu de plaisir, et vous y trouverez de l’agitation.
Je connais un pasteur éloquent qui fit un sermon contre une réunion de réveil que M. Sankey et moi-même avions tenue en Grande-Bretagne.
Tout le sujet de son sermon portait sur une " agitation illégitime. "
Dans la nuit du vendredi au samedi suivants, ce pasteur était lui-même l’animateur d’un bal qui dura jusqu’à cinq heures du matin.
Alors, j’ai supposé qu’il avait préparé son sermon en pensant à une " agitation illégitime dans les réunions religieuses ! "
Il y a des cabarets qui restent ouverts toute la nuit, et où les gens deviennent tellement excités qu’ils finissent par se taper les uns sur les autres et s’entre-tuer ; et voilà qu’il ne faut pas avoir de réunions de réveil parce qu’il y a " trop d’agitation ".
Il y a eu en une semaine plus d’agitation dans les salles de billard, les salles de jeux, lieux de plaisir et cabarets, que dans toute l’Eglise en une année.
Les journaux, eux, n’ont rien à dire, car il n’y a pas sous le ciel des gens qui essaient de produire autant de sensation que les reporters.
S’il n’y en a pas en vue, ils en fabriquent, aussi sont-ils les derniers à devoir nous jeter la pierre.
Je n’ai pas si peur de l’agitation que certaines gens ; dès qu’il y a un souffle d’intérêt, ils se mettent à crier : " Du sensationnel ! Du sensationnel ! "
Je vous dirai que je préfère l’agitation à l’inertie, à quelque moment que ce soit.
Il n’y a rien qu’un marin redoute comme le brouillard, il ne craint pas beaucoup plus la tempête.
Il y a beaucoup trop de brouillard dans l’Eglise de Christ, et il faut en sortir.
Prenez un serviteur de Dieu qui vit dans le brouillard, il vous dira : " Je n’attire pas les foules, mais, Dieu soit loué, je ne suis pas l’homme du sensationnel. "
Laissez-le écrire un livre, il sera si " sec " qu’il pourra presque s’enflammer seul, et personne ne pensera à le lire. Cet homme pourtant, remerciera Dieu de ce qu’il n’est pas l’homme du sensationnel.
Pensez-vous qu’il y ait eu dans ce vaste monde un pays plus bouleversé que la Palestine par la prédication de Jean-Baptiste, de Jésus et des apôtres ?
N’ayez pas peur d’un peu d’agitation et d’un peu de sensationnel ; il me semble que tout serait préférable à l’absence de vie.
Il n’y a ni agitation ni sensationnel dans une tombe, quelqu’un y est couché tel qu’on l’y a mis, mais je pense qu’il y aura un bouleversement au jour de la résurrection.
Là où il y a de la vie, il y a toujours du mouvement.
Ce dont nous avons besoin, c’est de Vie !
Une expérience dans une ville des Etats-Unis
Je me suis arrêté l’hiver dernier dans une ville de l’est de six mille habitants (Moody prêcha ce message le 2 aout à East Northfield, dans l’est des Etats-Unis).
Une grande partie de la population était composée de jeunes gens dont quelques-uns étaient diplômés d’université et cherchaient à se faire une situation.
Il y avait dans la ville quatre Eglises et trente-six cabarets. Beaucoup de ces cabarets et salle de concert restaient ouverts jour et nuit, hiver comme été, tandis que les Eglises étaient pour la plupart fermées en été.
Le pasteur de l’Eglise Episcopale, malade des deux poumons, était parti ; et il n’y avait plus de service dans son Eglise.
Le pasteur baptiste était mort et le culte avait également cessé dans cette Eglise là.
Le pasteur méthodiste n’avait plus qu’un poumon, et tout ce qu’il pouvait faire était de parler à voix basse.
Il restait encore un pasteur qui prêchait contre les mouvements de réveil et mettait en garde ses paroissiens à l’égard des réunions que je devais tenir dans la ville.
Parmi mes auditeurs, je découvris qu’il n’y avait que deux jeunes gens qui appartenaient à ces Eglises.
A la première réunion, l’un d’eux, malade, ne put venir. Ainsi, il ne me restait plus pour m’aider, qu’un seul jeune homme et un pasteur prêchant contre les réveils !
Il y avait bien là de quoi décourager même les anges du ciel, et cependant, qu’y avait-il de plus nécessaire qu’un réveil, pour sauver tous ces jeunes gens qui, pour la plupart, avaient quitté les meilleurs foyers de ce pays pour aller gaspiller leur temps, leur santé et leur argent dans ces cabarets et dans tous ces bouges d’iniquité ?
Je crois que si nous demandons à Dieu une vraie manifestation de Sa puissance, Il ne nous en donnera pas une contrefaçon.
Si nous Lui demandons du pain, Il ne nous donnera pas une pierre.
S’il existe de la fausse monnaie, il doit bien exister quelque part aussi de la monnaie authentique ; et s’il existe de faux réveils dans l’Eglise – car Satan essaie toujours de nous contrefaire – nous n’allons pas pour cela renoncer aux vrais réveils.
Les gens raidissent le cou, et disent : " Où sont donc les convertis de ce grand réveil ? "
Dieu seul le sait et ils ne viendront pas frapper à votre porte ni tirer votre sonnette pour vous dire qui ils sont.
Si vous vous opposez aux réveils, vous êtes la dernière personne à laquelle ils s’adresseront.
Le Missionnaire et l’Incrédule
Quelques personnes revenant des Indes offraient à Londres un grand dîner.
Parmi les invités, se trouvait un riche marchand, type parfait du sceptique, et un missionnaire.
Pendant le dîner on souleva la question des nouveaux convertis.
Le riche marchand anglais, prenant la parole, affirma hautement :
- J’ai vécu vingt ans aux Indes, mais je n’ai jamais entendu parler de nouvelles conversions ; j’en ai plus entendu parler à Londres qu’aux Indes. Je n’ai jamais rencontré un seul nouveau converti tout le temps que j’ai passé là-bas.
Tous les invités attendaient une réponse du missionnaire, mais celui-ci ne répondit rien ; plus tard dans la soirée, il se tourna tout à coup vers le riche marchand et lui posa cette question :
- Avez-vous vu des tigres aux Indes ?
Le visage du marchand s’illumina aussitôt.
- Oh ! Oui, je ne les ai pas seulement vus, mais j’en ai tué un grand nombre.
- ça c’est curieux, répliqua le missionnaire, j’ai vécu vingt ans aux Indes et je n’ai jamais vu un seul tigre !
L’un cherchait des tigres et l’autre cherchait des âmes.
On finit toujours généralement par trouver ce que l’on cherche.
Nous avons besoin d’un Réveil
J’en arrive maintenant à un autre point, qui est primordial.
Chaque fois que Dieu a revivifié Son œuvre, c’est parce qu’elle en avait besoin ; il fait nuit avant l’aurore.
Je crois que nous allons vers l’époque la plus noire de l’histoire et ne pensez pas que je sois pessimiste ; si je devais vivre dix mille ans je ne serais pas pessimiste.
Je ne doute pas plus de l’accomplissement des prophéties de la Bible que de la fin de ma propre vie.
Je crois que Jésus règnera en souverain Maître sur toute la terre, et que le temps est proche où la volonté de Dieu sera faite sur la terre comme au ciel et où la voix de l’homme ne sera que l’écho de la voix de Dieu.
Je crois que l’heure arrive où au nom de Jésus tout genou fléchira et toute langue confessera que Jésus-Christ est le Seigneur.
Je ne suis pas pessimiste, mais je ne me cache pas non plus la tête dans le sable comme l’autruche.
Je veux simplement vous faire voir les choses telles qu’elles sont pour que vous agissiez en conséquence, car les temps s’assombrissent toujours plus.
Paul dit dans sa seconde épître à Timothée : " Sache que, dans les derniers temps, il y aura des temps difficiles, car les hommes seront égoïstes. "
N’est-ce pas vrai aujourd’hui ?
" Egoïste ", prouvez donc le contraire si vous le pouvez.
Regardez un peu tous ceux qui entassent des millions.
Je suis encore assez jeune pour me souvenir du temps où, dans ce pays, on devenait difficilement millionnaire, mais quand un homme avait son million, il en avait assez.
Aujourd’hui, deux, trois, cinq cents millions ne peuvent le satisfaire.
" Amis de l’argent, fanfarons, hautains, blasphémateurs, rebelles à leurs parents, ingrats, irréligieux. "
Ecoutez : " Insensibles, déloyaux, calomniateurs, intempérants, cruels, ennemis des gens de bien. "
N’avons-nous pas besoin d’une Réforme ?
N’est-il pas venu pour les enfants de Dieu le temps de crier : " Revivifie Ton œuvre ! "
" Traitres, emportés, enflés d’orgueil, aimant le plaisir plus que Dieu… "
Récemment, un projet de loi fut envoyé à la législature de New-York en vue de permettre aux théâtres d’ouvrir le dimanche dans cette ville.
Je dis à l’un des politiciens éminents de cet Etat : " J’espère que vous allez vous opposer à ce projet et faire tout ce que vous pouvez pour le faire annuler. "
" Non, dit-il, j’y crois ; et c’est ce que nous voulons. Je vais à la messe le dimanche matin, mais je crois que le Seigneur nous accorde le repos pour nous distraire. "
Servant le Dieu Vivant le matin, et Baal l’après-midi et le soir !
La malédiction de cette génération, c’est que nous recherchons deux autels, l’un pour Baal, et l’autre pour l’Eternel.
Vous ne pouvez pas faire cela ; il doit y avoir une séparation.
Nous avons besoin d’un réveil pour purifier l’air.
D. L. MOODY
Le baptême dans le Saint-Esprit de MOODY
Né en 1837, Dwight Moody fit profession de conversion vers 1854- 1855, abandonna tout métier lucratif en 1860 et se consacra à l’évangélisation de la jeunesse de Chicago.
Pasteur d’une Eglise formée de ses convertis, directeur ou secrétaire d’organisation de jeunesse, aumônier durant la guerre de Sécession, il pouvait en toute vérité jeter un regard reconnaissant sur l’œuvre qui s’était faite grâce à lui.
Bien sûr, on le critiquait à cause de ses fautes de grammaire, et il acceptait volontiers ces remarques.
Mais on déplorait aussi qu’il fût (vers 1865) " triste, plein d’ardeur et d’anxiété pour les âmes " – écrasé sous le travail, la correspondance, les entretiens.
Disons-le franchement ; s’il était un puissant prédicateur, il devait apparaître aussi comme un homme d’affaires (spirituelles, bien entendu) agité et trépidant.
En 1867, à trente ans, Moody rencontra un jeune évangéliste anglais, Moorhouse.
Celui-ci, invité à prêcher dans l’Eglise de Moody, prit pour texte, sept fois de suite, le verset 16 du troisième chapitre selon saint Jean.
Moody eut la révélation de l’Amour ; il crut qu’il n’avait jusqu’alors jamais réellement vécu l’Amour de Dieu.
Les témoins de la vie de Moody, sa femme, lui-même déclarent que sa prédication changea alors.
Elle abandonna dans une certaine mesure l’appel à la crainte, elle mit l’accent sur l’Amour de Dieu.
Il se mit à étudier la Bible avec passion.
Signalons encore que le passage de Moorhouse, marqué par une bénédiction dans le ministère de Moody, apporta à celui-ci la révélation du Retour de Jésus-Christ : il avait prêté jusqu’alors une assez distraite attention à cet enseignement des Ecritures.
Parmi ses paroissiennes, deux femmes âgées troublaient leur pasteur.
Présentes aux réunions, elles provoquaient une gêne en lui. Absentes, elles lui manquaient.
Un jour, à l’issue d’une réunion l’une d’elles murmura : " Nous avons prié pour vous. "
Moody, probablement un peu vexé, répliqua : " Pourquoi ne priez-vous pas pour les auditeurs ? " " Parce que c’est vous qui avez besoin du Saint-Esprit. "
Il fut profondément humilié parce que les deux paroissiennes le considéraient comme un " vieil homme. "
Il chercha à y voir clair. Sa femme l’y aidait, qui donna raison aux deux chrétiennes.
" Oui, j’avais besoin de puissance, mais je croyais la posséder. Mon auditoire était le plus important de Chicago, et j’obtenais de nombreuses conversions.
Jusqu’à un certain point, je pouvais être satisfait.
Or, sans se lasser, ces deux femmes continuaient à prier pour moi, et ce qu’elles me dirent de la nécessité d’être revêtu du Saint-Esprit me donna fort à réfléchir.
Je fini par leur demander de venir me voir. Elles vinrent. Nous nous agenouillâmes.
Elles répandirent leur cœur devant Dieu et le supplièrent de me donner la plénitude de son Esprit.
Je sentis alors s’éveiller en moi comme une grande aspiration vers quelque chose que je ne connaissais pas encore.
Je criai à Dieu comme jamais je ne l’avais fait.
Je sentis qu’en réalité peu m’importait de vivre davantage si je n’obtenais pas cette puissance dont on me parlait. "
Il y avait dix ans que les deux paroissiennes priaient pour que Moody reçut la plénitude de l’Esprit, quand il se joignit à elles dans cette requête.
Cela se passait en 1871.
Le 8 octobre 1871, éclata le grand incendie de Chicago (l’un de ceux qui comptent dans l’histoire d’une ville, et d’une nation).
Toute l’œuvre de Moody était par terre, en cendres.
Il établit une Eglise provisoire, et se mit à crier à Dieu pour recevoir le baptême dans le Saint-Esprit.
Il s’attacha, dans la prédication, à demeurer plus proche du texte biblique qu’il ne le faisait auparavant.
Il tint des réunions dans un faubourg de New-York, à Brooklyn en novembre 1871.
Un évangéliste anglais attiré par la renommée de Moody, Douglas Russell, vint à ses réunions.
Dans une étude biblique sur l’épître aux Galates, (chapitre 4), Russel prit la parole pour montrer que l’esprit d’adoption était différent que l’esprit de puissance.
Moody l’interrompit en s’écriant : " Je n’avais jamais compris cela ! J’ai été troublé des années sans le comprendre ! "
Le lendemain, tandis que Moody marchait par les rues de New-York en suppliant Dieu de l’aider dans sa détresse, une joie divine l’envahit soudain.
Ce fut une ivresse exaltante. " Chaque pas qu’il faisait était scandé d’un Gloria ou d’un Alléluia qui retentissait au fond de son cœur.
Et cette prière montait, ardente : " O Dieu, pourquoi ne m’obliges-Tu pas à marcher avec Toi toujours ?
" Délivre-moi de moi-même. Prends la direction de ma vie ! "
Profondément ému, il court s’enfermer chez un ami et reste seul de longues heures. "
Plus tard quand il évoquera ce moment, il dira que les mots lui manquent pour décrire la force qui le subjuguait.
Et sans doute a-t-il voulu garder un silence discret sur cette expérience religieuse.
Il rentre à Chicago.
Sa prédication ne fut pas changée (elle l’avait été en 1867) ; mais des centaines de conversions marquèrent ses réunions, aussi bien dans sa propre ville qu’en Angleterre où il se rendit bientôt à l’appel de Douglas Russell.
Conversions ? Oui certes, le mot, trop souvent, est-il employé à la légère. En 1894, à Glasgow, on fit une enquête au sujet des cinquante jeunes gens qui, vingt ans plus tôt, avaient déclaré se convertir lors d’une réunion tenue par Moody.
On en retrouva quarante-deux. Cinq seulement étaient redevenus indifférents ; trente-neuf étaient chrétiens, dont vingt-sept, à un titre ou à un autre étaient " serviteurs de Dieu. "
Moody ne parlait pas volontiers de son intimité avec Dieu.
La déclaration qu’il a faite en 1893, devant un Congrès d’Etudiants, à Northfield, n’en a que plus de valeur.
Il divisait sa vie, en effet, en trois périodes : celle de l’homme naturel ; celle de la grâce (depuis sa " naissance de l’Esprit" au jour de sa conversion) ; celle de la puissance, enfin, depuis son baptême dans le Saint-Esprit.
F. L. CRESPIN
Le Saint-Esprit
Quelle grâce, mes bien-aimés, si nous savions l’entendre, que de recevoir ce pain et ce vin que le Seigneur nous donne lui-même, présent quoique absent, et plus présent, étant absent, que s’il était présent :
" Ceci est mon corps rompu pour vous, ceci est mon sang répandu pour vous. "
Désormais, c’est par l’étroite union avec le Seigneur, c’est par la possession de son corps et de son sang que nous sommes appelés à faire son œuvre.
C’est dans son corps meurtri et dans son sang répandu que nous sommes appelés à souffrir toutes les angoisses et toutes les douleurs de la chair ; et renouvelés par le Saint-Esprit en celui qui nous appelle à sa communion éternelle par la communion présente et visible, nous avons pour l’œuvre de Jésus la force de Jésus, la grâce de Jésus, et la nature divine de laquelle nous avons été fait participants en Jésus par les promesses de la foi.
Hélas ! Nous sommes des gens de petite foi.
Quel spectacle donnerions-nous au monde si nous étions des gens de grande foi, d’une foi capable d’exciter, comme celle du centenier, l’admiration ou l’étonnement du Seigneur lui-même !
D’une foi qui, en saisissant Jésus-Christ, saisirait en lui la vie éternelle et tous les trésors de grâce qui sont déposés en ce Sauveur miséricordieux !
Nous nous occupions, il y a quelques jours, mes chers amis, en considérant les pensées dans lesquelles se repose le chrétien quand il arrive à ce moment auquel on fait allusion, et que, touchant à la fin de sa carrière, il dit au Seigneur dans sa petite mesure :
" J’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire " (il le dit, si toutefois il a été fidèle dans sa petite mesure) ; - nous considérions, dis-je, la puissance et la vérité de cette Parole sur laquelle le Seigneur s’est révélé à nous, et par laquelle jour après jour il nourrit nos âmes, en sorte qu’elle nous est comme une communion perpétuelle par laquelle nous vivons de la vie de Jésus-Christ, et nous accomplissons l’œuvre de Jésus-Christ.
Mais ne l’oublions pas, et apprenons-le, soit des déclarations de la Parole de Dieu, soit des humiliantes expériences de notre vie, cette Parole, toute puissante et tout divine qu’elle est, qui faisait dire à Job : " Oh combien sont fortes les paroles de l’Eternel ! " n’a de force qu’autant qu’elle est appliquée à nos âmes par cet Esprit qui l’a fait déposer sur les pages du livre, qui a opéré dans le cœur d’un Esaïe et d’un Jérémie, d’un saint Paul et d’un saint Jean, et qui, les ayant choisis pour organes, les a conduits pour donner à toutes les générations humaines, sans danger d’erreur, la vérité éternelle.
Cette Parole a besoin d’être récrite dans nos cœurs, et d’y être comme fixée par ce même Esprit, sans quoi elle est pour nous comme une parole morte et sans effet.
Nous pourrions relire les saintes Ecritures pendant des années que nous n’en recueillerions aucune bénédiction réelle, et que nous nous étonnerions de la voir si peu puissante, si peu justifiée par l’expérience, si le Saint-Esprit ne nous l’explique et ne nous l’applique, en venant demeurer en nous.
Or, ce même Esprit qui nous applique et nous explique la Parole de Dieu, est aussi celui qui opère en nous tout le reste.
L’œuvre du Père qui nous a gratuitement sauvés, l’œuvre du Fils qui nous a rachetés par son sang, deviennent vaines sans l’œuvre du Saint-Esprit, qui ouvre notre âme pour croire au Père et au Fils et pour mettre en pratique ces paroles de vie.
L’homme, le cœur de l’homme nous est représenté dans l’Ecriture, où tout est grand, infini, éternel, comme un théâtre qui excite l’attention des saints anges et du Seigneur lui-même, et dans lequel se livre un combat continuel entre les puissances de l’enfer et les puissances du ciel, qui n’est que le renouvellement de ce grand combat qui s’est livré entre ces mêmes puissances dans la vie intérieure et extérieure de notre Seigneur Jésus-Christ, dans lequel il a été rendu complètement vainqueur et nous a rendus nous-mêmes capables de l’être, en celui qui nous a aimés, plus que vainqueurs à notre tour.
Ainsi nous sommes ou les esclaves et les dépositaires de l’esprit de ténèbres, ou les esclaves, les bienheureux esclaves et les riches dépositaires de l’Esprit de lumière et de vie, et c’est à nous de choisir l’un par l’incrédulité ou l’autre par la foi, car il est écrit : " J’ai mis devant vous le bien et le mal, choisissez. "
Mais il y a cette différence bien digne de la miséricorde de Dieu que, tandis que l’esprit de Satan, quelque ingénieux qu’il soit pour solliciter toutes les entrées, toutes les portes de nos cœurs, n’est pourtant jamais capable de s’unir entièrement à notre esprit, et d’être un avec lui, l’Esprit de Dieu daigne pénétrer au-dedans de nous et s’unir tellement avec nous que nous devenons les temples du Saint-Esprit, et qu’étant remplis de l’Esprit de Jésus-Christ, nous sommes capables de faire les œuvres qu’il a faites, et d’en faire même en un sens de plus grandes, ainsi qu’il l’a dit lui-même, en annonçant la promesse du Saint-Esprit : " Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais, et il en fera même de plus grandes "
Si bien que Jésus déclare à ses disciples qu’à cause de cet Esprit qu’ils attendent de sa part, il vaut mieux pour eux qu’il s’en aille : " Il vaut mieux pour vous que je m’en aille. "
O mon Sauveur ! Que de fois j’ai souhaité de t’avoir près de moi comme Pierre et Jean, et de pouvoir m’approcher de toi, m’entretenir avec toi et te consulter ! Mais voici que tu me l’as déclaré toi-même, il y a un don si précieux qu’avec lui il vaut mieux pour moi que tu t’en ailles, et ce don, tu me l’as fait par le Saint-Esprit.
Qui sont ceux qui connaissent et qui apprécient le don du Saint-Esprit ?
Ce qu’on peut dire, c’est que Dieu accorde à l’Eglise fidèle contemporaine la grâce de sentir combien elle a peu apprécié et possédé cet Esprit créateur qui n’est autre que Dieu lui-même venant demeurer en nous et y faire toutes choses nouvelles, cet Esprit à qui rien n’est impossible.
Heureux celui qui croit et qui ne doute point !
Si j’ai à vaincre une tentation redoutable, ce n’est pas moi qui dois la vaincre, c’est l’Esprit de Dieu que j’appelle en moi par la prière.
Si j’ai à supporter des douleurs insupportables pour la chair, ce n’est pas moi qui ai à les supporter, c’est l’Esprit de Dieu que j’appelle en moi par la prière.
Si j’ai à revêtir cet esprit d’amour si contraire à notre égoïsme naturel, ce n’est pas moi qui exercerai cette puissance d’amour, c’est l’Esprit de Dieu appelé en moi par la prière, - et de même de toute le reste ; en sorte que pour douter que nous puissions, par le Saint-Esprit, accomplir l’œuvre à laquelle nous sommes appelés, il faudrait commencer par douter, premièrement que Dieu soit fidèle dans ses promesses, et puis qu’il possède la puissance nécessaire pour les accomplir.
O mes amis, disait un chrétien mourant, nous n’avons, même dans nos meilleurs jours, que les yeux à demi ouverts ; cette parole à la vertu et à la puissance du Saint-Esprit ; et j’applique tout particulièrement car si nous avions les yeux bien ouverts, pour le voir et pour l’apprécier, y aurait-il parmi nous tant de gémissements et de plaintes, et ne nous verrait-on pas toujours remplis de la puissance de la communion du Christ pour accomplir notre œuvre ?
Mes amis, voyez la place que le Saint-Esprit occupe dans les Ecritures, voyez celle qu’il occupe dans les promesses de Jésus-Christ à ses apôtres, le passage qu’il opère des Evangiles aux Actes, et le changement immense qu’il produit dans les apôtres eux-mêmes, pour montrer à tous les disciples de toutes les générations ce qu’il est capable de faire dans tous les temps.
Le Saint-Esprit est la grande promesse du Nouveau Testament ; c’est lui qui met le comble à tout le reste.
Elus du Père, racheté du Fils, si nous venons à être remplis du Saint-Esprit et à vivre de sa vie, alors, et seulement alors, nous sommes mis en possession de son héritage, en attendant que nous recueillions dans un monde meilleur et sous un ciel plus serein, la plénitude de cet héritage, dégagé d’avec toutes les infirmités de la chair et de la terre, et que nous ne soyons plus que les temples du Saint-Esprit, tellement que nos corps mêmes soient appelés des corps glorieux et spirituels.
Tombe bientôt, corps de poussière et de péché, pour faire place à ce corps glorieux, à ce corps spirituel dans lequel nous accomplirons la volonté de Dieu avec la perfection de Jésus-Christ lui-même, et nous connaîtrons par la lumière du Saint-Esprit, tous les dons du Saint-Esprit et toutes ses grâces ; - nous les connaitrons pour en jouir et surtout pour avoir appris à aimer comme nous fûmes aimés !
Adolphe MONOD
Méditation prononcée avant la Sainte Cène, donnée dans sa chambre de malade le 2 mars 1856 (voir " Les Adieux d’Adolphe Monod ").
Adolphe Monod, pasteur de l’Eglise réformée de Paris, devait mourir le 6 avril 1856.
Le réveil national
Que voulons-nous exprimer par ce mot de Réveil national, dont nous nous servons, non parce que nous les trouvons parfaits, mais parce que nous n’en trouvons pas de meilleurs ?
Telle est la question à laquelle nous voudrions essayer de répondre, pour provoquer vos réflexions et éclairer peut-être l’esprit des autres, en augmentant la clarté dans nos propres esprits.
A l’heure actuelle, il ne nous est plus permis de nous laisser paralyser ou diviser par de simples malentendus.
Chacun avec ses convictions particulières, tous avec la même charité, nous devons travailler à la grande œuvre : le salut, il faudrait peut-être dire le sauvetage de notre patrie par notre Eglise.
Notre patrie ! Nous pensons d’abord à elle et nous y pensons avec inquiétude.
On nous a interdit il est vrai de parler de Réveil national, parce que la France n’a jamais été composée tout entière de chrétiens et qu’il faut y faire non pas renaître, mais naître à la foi.
Mais laissons ces ratiocinations byzantines.
Le fait trop réel, c’est que dans ce moment notre patrie traverse une crise, une crise à la fois dangereuse et humiliante.
Je ne veux vous rappeler qu’un fait.
Il y a à peine deux mois (il semble qu’il y a deux ans, tellement il faut changer le mot de la balade et dire non : " les morts ", mais " les vivants vont vite "), toute la presse parlait d’un bal que l’Association des étudiants de Paris allait donner.
Le programme était si scandaleux que la plupart des membres honoraires furent obligés de donner leur démission.
Malheureusement, cet incident déplorable fut l’occasion d’une manifestation plus déplorable encore.
Presque tous les journaux prirent parti pour l’immoralité " échevelée " contre la vulgaire honnêteté.
Il nous fallut trouver jusque dans des feuilles modérées et politiquement respectables, jusque dans la bouche de professeurs graves, de publicistes de bon sens, l’apologie cynique du vice nécessaire, et la justification, l’innocentation (excusez le mot) de l’adultère le plus vil.
On eût dit un marais large et profond qui, tout à coup troublé, laissait échapper les émanations les plus fétides !
Or, précisément à ce moment éclata, au Palais Bourbon, la bombe de Vaillant.
On causait débauche, et c’était la dynamite qui prenait la parole.
Vous direz : quel rapport y avait-il entre le vice du bal de Bullier et le crime à la Chambre des Députés ?
Quel rapport ? Demandez-le à notre vieil Evangile.
Il vous montrera comment l’immoralité finit par le sang ; après avoir dansé, Hérode fit couper la tête à Jean-Baptiste.
Quel rapport ? Tout simplement le rapport de la cause à l’effet.
Vaillant était le fils du vice ; sans le vice il ne serait pas même né !
Et puis ce vice, dont il portait le germe dans son sang, il l’avait nourri par une vie passée dans le vice.
Depuis la première page jusqu’à la dernière de son curriculum vitae, il y a un mot, toujours le même, qui revient, entremêlé à celui de vol, c’est celui de l’adultère.
Est-il étonnant que le crime ait pu s’emparer de ce cerveau déformé, de ces nerfs détraqués, de cet être vicié jusque dans son fonds ?
L’impureté a été de tout temps une voie qui mène au crime ; toute la question pour les impurs est de savoir s’ils s’arrêteront en route ou s’ils iront jusqu’au bout.
Après avoir dansé, Hérode, ivre de vice, fit couper la tête de Jean-Baptiste !
Et l’on nous dirait qu’il n’y a pas lieu de parler d’un Réveil national !
Alors cet abaissement des mœurs, cet affaissement de toutes les vertus, ce serait notre niveau normal, comme nation !
Alors cette névrose physique et morale qui frappe presque toutes les volontés de paralysie, et en jette quelques-unes dans des crises de manie aiguë, ce serait notre état normal, comme nation !
En vérité, Messieurs, mon patriotisme s’indigne et proteste !
Non ! Non ! Le réveil des mœurs, le réveil de la vertu, le réveil du spiritualisme, le réveil de l’idée du devoir, le Réveil…. Il est nécessaire, il est urgent, mais il est possible ! Il doit, mais il peut y avoir un Réveil national.
Alors, en même temps qu’à notre patrie, nous pensons à notre Eglise.
Il est naturel que nos regards se portent de l’une à l’autre ; qui prêchera, en effet, l’Evangile à la patrie sinon l’Eglise ?
Or, pour une telle œuvre, notre Eglise réformée est-elle prête ?
Certes, il y a du bon dans notre Eglise, et même beaucoup.
Je ne suis pas, à son égard, pessimiste ; et personne, ce me semble, n’a le droit de l’être, en ce moment moins que jamais.
A tous les points de vue, notre Eglise ne se reconstitue-t-elle pas ?
N’y a-t-il pas un désir d’ordre, un désir d’union, un désir d’activité, un désir de foi, un désir de piété ?
Ces désirs ne commencent-ils pas à se réaliser ?
Ne sentons-nous pas en elle un tressaillement, comme le tressaillement d’un organisme au cœur duquel afflue de nouveau le sang, dans la poitrine duquel arrive de nouveau l’air vivifiant ?
Saluons, Messieurs, avec reconnaissance et avec espoir, non seulement ces promesses, mais ces symptômes de vie nouvelle.
Et cependant, notre Eglise est-elle prête pour son œuvre ?
Ne voulant pas sortir de mon sujet, je demande surtout : Est-elle vraiment en contact avec le peuple ? Sa vie, forte ou faible, est-elle du moins en état de la communiquer ? Si elle parle, sera-t-elle écoutée ? Sera-t-elle entendue ?
Il me semble qu’entre notre Eglise et notre peuple, je vois partout des fossés étroits ou larges, des barrières basses ou hautes.
J’ai comme la vision d’une île, d’un îlot que les flots ne se donnent pas même la peine de venir battre.
Que dis-je ? Cette Eglise, au moment où elle aurait besoin de forces nouvelles, ne perd-elle pas celles qu’elle avait ?
C’est un fait : notre protestantisme diminue.
Aujourd’hui le mouvement continu de la civilisation tend à mêler de plus en plus les habitants d’un pays.
Il n’y a plus de distance pour les commerçants, pour les industriels, pour les fonctionnaires.
Les petits groupes, à chaque instant diminués, sont peu à peu réduits à l’état de poussière.
C’est ce qui est, c’est ce qui sera de plus en plus : c'est-à-dire que nous, minorité protestante, nous sommes destinés à être de plus en plus disséminés, à être de plus en plus clairsemés dans la grande société catholique.
Or, la dissémination, c’est la privation du culte, c’est la privation du milieu religieux, c’est la privation des liens et des appuis protestants, c’est l’affaiblissement de la foi, et finalement, par le mariage mixte, c’est, pour le protestantisme, la diminution, la disparition.
On a calculé qu’il disparaissait ainsi une église de population moyenne, chaque année ; cinq à six cents protestants.
De plus, la dépopulation qui sévit sur notre patrie, ne nous épargne pas ; en certaines contrées, elle nous frappe spécialement. Les familles s’en vont, et on a calculé qu’ainsi il disparaissait de nouveau une église chaque année, et même une très belle église : sept à huit cents protestants.
A deux églises par an, que deviendra notre protestantisme français dans un siècle ou deux ?
Je n’ai parlé de notre Eglise que d’une façon bien extérieure, si j’ose m’exprimer ainsi.
Mais le dehors ne trahit-il pas suffisamment le dedans ?
Si notre foi était la vraie foi, si notre piété était la vraie piété, verrions-nous ainsi nos rangs s’éclaircir ?
Serions-nous victimes des divisions, des doutes, des lâchetés de la pensée et de la conscience ?
Le Réveil au-dedans est donc aussi nécessaire que le Réveil au dehors.
Or, le Réveil de l’Eglise pour le Réveil de la nation, voilà posée la question du Réveil national.
E. DOUMERGUE
Le réveil
"…. non avec les discours persuasifs de la sagesse humaine mais avec une démonstration d’Esprit et de puissance " (1 Corinthiens, chapitre 2, verset 4).
L’Evangile et ses contrefaçons
On se forge souvent l’idée que les gens ne veulent plus entendre le vieil Evangile parce qu’il a perdu de sa puissance.
Il y a un tas de choses que les gens appellent l’Evangile, mais il n’y a pas plus d’Evangile dedans " que de beurre en broche. "
Après combien de sermons pourrait-on ajouter : comprends si tu peux !
Je peux dire sans crainte que j’ai entendu des hommes remarquables prêcher dans les nuages et si moi, je crois cependant être un homme d’intelligence moyenne, je n’ai rien compris du tout, qu’ont pu saisir les autres gens ?
Si vous présentez le vieil Evangile positivement et sans équivoque, il a plus de puissance aujourd’hui qu’Il n’en a jamais eu.
Il est faux de croire que les gens veulent un nouvel Evangile et que sa prédication a perdu de sa puissance.
Depuis six mille ans, l’homme n’a pas changé, le péché a pris dans le monde des proportions redoutables.
Le premier homme qu’une femme enfanta fut un meurtrier et nous ne sommes rien de plus que des vauriens.
C’est cela qu’il faut dire aux hommes, au lieu de les flatter et de les laisser croire qu’ils sont " des petits saints " parce qu’ils ont une certaine éducation.
Un coquin éduqué est le pire des coquins.
L’hiver dernier, alors que j’étais sur les côtes du Pacifique, j’appris par un journal qu’un pasteur trouvait que ma prédication commençait à perdre de sa puissance.
Ceci me donna à réfléchir et je me promis d’y veiller à l’avenir.
Le dimanche suivant, je prêchais au temple des Mormons, à Salt Lake City ; il y avait là à peu près 7000 personnes.
Je commençais à parler du péché. (Je pense que les Mormons sont des pécheurs autant que le reste d’entre nous).
Je dénonçais le péché aussi sévèrement que je le pus et pour terminer je dis : " M’avez-vous bien entendu ? Êtes-vous prêts à rompre avec le péché ? N’êtes-vous pas las du péché ?
Puis j’ajoutais : N’agissez pas sous l’effet d’une impulsion momentanée, mais prenez le temps de bien réfléchir. S’il y a quelqu’un dans cette maison qui veut en finir avec le péché, qu’il se lève et reste debout pendant que je prierai. "
Je leur posai la question de façon nette et précise, et je leur laissai à peu près cinq minutes avant de les amener à prendre une décision.
Eh ! Savez-vous ? Presque toute l’assemblée se leva ! Les larmes coulaient sur leurs joues.
Pourtant j’avais déjà prêché dans cette ville plusieurs années auparavant, sans cependant obtenir les mêmes résultats.
Le dimanche suivant, je prêchai à Détroit et j’eus l’après-midi une réunion pour les hommes dans une des plus grandes Eglises de la ville.
Je parlai sur le même sujet – Le Péché – et quand j’eus fini, je dis : Décidez-vous maintenant si vous voulez rompre avec le péché ou non ; voyez, maintenant, où vous en êtes. Je pris le temps de leur expliquer la décision qu’ils allaient prendre afin qu’ils ne fassent rien à la légère.
J’insistai encore sur ce point : " Maintenant, leur-dis-je, je ne veux pas que quelqu’un se lève parce que quelqu’un d’autre sera levé, mais si vous voulez rompre avec le péché, je vous demanderai de vous lever, tandis que je prierai pour vous. "
Cet auditoire – deux mille jeunes gens, composé d’employés de banque, d’employés de bureaux et de commerçants– se leva en masse.
J’avais déjà prêché à Détroit plusieurs années auparavant, mais je n’avais rien vu de pareil.
C’était le premier dimanche que j’étais là-bas, et c’est aussi la première fois que j’avais un auditeur aussi réceptif.
Ils étaient comme de l’argile dans les mains d’un potier.
Puis, je voulus leur adresser un appel encore plus personnel et je leur dis : " Si vous voulez vraiment signifier l’acte que vous venez de faire, je vous demande de rester après la réunion et nous parlerons avec vous. "
Plus de deux cents jeunes restèrent pour les entretiens personnels ; ils étaient fatigués et en avaient assez du péché.
Le dimanche d’après, je prêchai à Yale.
On ne peut rien dire d’après la première réunion dans la chapelle d’un collège, car tous les élèves sont tenus d’y assister, que cela leur plaise ou non.
Je pris de nouveau le même sujet, le Péché : je ne les épargnais point.
Le soir, ils étaient libres de venir ou de ne pas venir et cependant la chapelle était remplie.
Lorsque je fis l’appel, je vis qu’il y avait à Yale plus de gens tourmentés par leur conscience que je n’en avais jamais vus.
Vingt ans auparavant j’y était passé, mais quelle différence maintenant !
Le quatrième dimanche, je donnai un message dans la prison de Maryland.
C’était un nouveau genre d’auditoire : des Mormons, des commerçants, des employés de banques, quelques étudiants de Yale et les détenus de la prison.
Je dois également dire que j’avais déjà passé six mois à Baltimore, de 1878 à 1879, et j’avais prêché à la prison chaque dimanche matin.
Alors que j’avais prêché là-bas, il y a vingt ans, il s’était bien passé au moins quatre ou cinq dimanches avant que je n’eusse osé faire un appel pour une décision.
Mais au printemps dernier, quand j’eus fini de donner ce même message sur le péché, tout l’auditoire pleurait.
Ainsi, quatre dimanches de suite, quatre auditoires différents et cependant toujours les mêmes résultats !
Ne venez donc pas me dire que l’Evangile n’a plus la même puissance qu’autrefois, ou que les hommes ont besoin d’un message plus moderne.
Notre premier devoir est, de dénoncer avec force le péché et d’annoncer Jésus-Christ, seul remède de Dieu pour délivrer du péché.
Il y a plus de puissance pour sauver les hommes aujourd’hui, qu’il n’y en a jamais eu.
Les hommes sont toujours les mêmes, la nature humaine n’a pas changé ; plus vite nous l’aurons compris mieux cela vaudra.
Je crois que vous pouvez aller aujourd’hui dans n’importe quelle réunion d’évangélisation en Amérique et demander que les personnes qui se sont converties au cours d’un réveil se lèvent ; vous verrez que sur cinq chrétiens, quatre se lèveront.
J’ai essayé cela à travers tout ce pays à plusieurs reprises et j’ai trouvé cette même proportion.
Dieu est très près de nous.
Je crois que nous sommes à la veille d’œuvre puissante, si nous voulons seulement nous lever et la réclamer avec foi.
Je crois que, quand Dieu aura vivifié Son œuvre, les gens retourneront à la vieille Bible ; ils ont assez de la controverse.
La devise de Sam Jones disait : " Faites taire votre médiocrité ".
J’espère que bientôt, les serviteurs de Dieu de ce pays diront : " Maintenant, laissons là nos vieilles querelles, mettons-nous au travail et annonçons le pur Evangile.
A présent, voici la question qui se pose à nous : voulons-nous avoir une grande moisson d’âmes ou voulons-nous encore continuer à discuter autour de nos divergences théologiques ?
En ce qui me concerne, je suis terriblement fatigué de toutes ces vaines divisions.
Avant de quitter cette terre, je voudrais voir l’Eglise de Dieu revivifiée, comme elle le fut en 1857 et je voudrais aussi qu’une vague de salut, allant du Maine à la Californie, saisisse des milliers d’âmes pour le Royaume de Dieu.
Pourquoi ne pas, après tout, parler de cette œuvre qui n’est pas encore terminée ?
Le vent de la Pentecôte peut encore souffler aujourd’hui !
Les fruits du Réveil de 1857 sont encore là, sous nos yeux ; quelques-uns des meilleurs membres de nos Eglises furent sauvés par ce Réveil.
Pourquoi le pays ne serait-il pas de nouveau soulevé par une puissante vague de bénédictions ?
Seriez-vous peut-être de ceux qui s’y opposeront ?
Moody termina son message par cette question.
N’est-elle pas aussi pour nous ? Dieu ne nous a-t-il pas adressé Son Appel ?
L’Esprit de Dieu nous attend pour venir.
Ne voulons-nous pas obéir maintenant, à Sa Voix ? ….
D. L. MOODY (Le messager évangélique)
Pourquoi le réveil ne se produisait pas
Un vieux prédicateur visitait un jour une paroisse de campagne, où le terrain était sec, au point de vue religieux.
Il y avait cependant un petit groupe de chrétiens, qui persistaient dans la prière et demandaient à Dieu le réveil de la paroisse.
Depuis quinze mois, ils persévéraient dans l’intercession.
Le pasteur de la paroisse profita de la visite de son vieil ami pour convoquer tous les membres de l’Eglise.
Le vieux prédicateur ne voulut pas " prêcher " ce soir-là, mais exposa simplement la situation anormale et douloureuse de l’Eglise endormie, où les bénédictions se faisaient de plus en plus rares, où depuis longtemps, il n’y avait plus eu aucune conversion.
Il termina en invitant les auditeurs à s’unir, pour crier à Dieu, afin qu’Il révèle ce qui l’empêchait d’envoyer le réveil tant désiré.
Après un silence solennel, un homme se leva et dit :
" Monsieur le pasteur, je crois que le Réveil ne viendra pas tant que Valentin et moi serons en désaccord et ne nous parlerons plus. "
Sortant de son banc, il s’en alla auprès de son frère Valentin pour se réconcilier et lui demander son pardon.
Bientôt un autre frère se leva et dit à son tour :
" Monsieur le pasteur, il n’y aura pas de Réveil aussi longtemps que je vous souris et vous approuve quand vous me parlez, tandis que derrière votre dos, je dis du mal de vous. Je vous demande pardon de mon hypocrisie. "
Ce soir-là, la réunion dura plus longtemps que de coutume.
Plusieurs autres chrétiens confessèrent leurs péchés et implorèrent le pardon de leurs frères et sœurs.
Une ère nouvelle commencera pour cette Eglise, dans laquelle les obstacles au réveil furent mis à jour et confessés.
" Non, la main de l’Eternel n’est pas trop courte pour sauver, ni son oreille trop dure pour entendre.
Mais ce sont vos crimes qui mettent une séparation entre vous et votre Dieu ; ce sont vos péchés qui vous cachent sa face et l’empêchent de vous écouter. " (Esaïe, chapitre 59, versets 1 et 2)
Le messager évangélique
(78 rue de JEHANSTER, VERVINS)
Et le feu se propagea !
Le grand Réveil de 1904 au Pays de Galle dont je fus un témoin commença ainsi.
M. Alexander et moi avions été invités à nous rendre à Cardiff, au Pays de Galles, pour une mission d’un mois.
Notre visite fut annoncée près d’un an avant la date fixée et les prières commencèrent à monter à Dieu à travers toute l’Angleterre et l’Ecosse et le Pays de Galles, demandant à Dieu d’envoyer son Réveil non seulement sur Cardiff mais dans tout le Pays de Galles.
Lorsque nous fûmes arrivés dans cette ville, nous apprîmes qu’une réunion de prière pour le Réveil y avait eu lieu pendant toute une année, tous les jours, de 6 heures à 7 heures le matin.
Pendant les deux premières semaines, les choses allèrent lentement.
De grandes foules étaient venues et l’on montrait beaucoup d’enthousiasme dans les chants, mais il nous était difficile d’obtenir de chacun une œuvre personnelle.
Nous décidâmes alors de consacrer une journée entière au jeûne et à la prière, aussi bien à Cardiff, que dans d’autres parties du Pays de Galle.
Seth Josué, qui fut par la suite l’instrument de si grandes bénédictions de la part de Dieu pour les foules, m’écrivit une lettre dans laquelle il relatait avec joie tout ce que le Seigneur avait accompli ce jour-là dans sa ville où il avait été chargé de diriger des réunions de prière.
Je crois que c’est ce jour-là, alors qu’il était agenouillé aux côtés d’Evan Roberts, que la puissance de Dieu tomba sur ce dernier.
Ensuite la puissance de Dieu vint sur Cardiff d’une façon si merveilleuse, que les réunions continuèrent, malgré notre départ obligatoire au bout d’un mois, et ce pendant plus d’une année.
Des multitudes furent amenées au salut.
Depuis Cardiff, le feu se propagea à travers les vallées du Pays de Galles.
Peu après notre arrivée à Liverpool, après avoir quitté Cardiff, nous reçûmes une lettre du pasteur, secrétaire de notre Mission de Cardiff, dans laquelle il nous racontait que son assistant s’était rendu le dimanche précédent dans une vallée pour prêcher.
Tout à coup, la puissance de Dieu était tombée sur lui et cent personnes avaient été converties par sa prédication.
Le feu s’étendit à tout le pays sous le ministère d’Evan Roberts et d’autres et on estime à plus de cent mille le nombre de personnes converties pendant cette année-là.
R. A. TORREY
Le réveil d'autrefois
Moody a visité trois fois les Iles Britanniques.
En 1892, nous avons eu le privilège d’assister à sa mission d’une semaine à Londres.
Nous n’avons jamais rien vu d’aussi beau, d’aussi saisissant, d’aussi grandiose que ces assemblées tenues dans le Tabernacle de Spurgeon.
Nous voudrions pouvoir vous faire éprouver quelque chose de ce que nous avons ressenti et dépeindre les scènes inoubliables dont nous avons été témoin.
Contentons-nous de détacher de notre carnet de voyage quelques notes prises sur place, regrettant que cette manière d’instantané ne donne qu’une idée bien effacée de la réalité.
Mercredi soir, 12 octobre.
J’entre dans le Tabernacle à 18 heures.
Nous sommes déjà deux cents et on ne commence qu’à 20 heures !
Des enfants passent de rang en rang, vendant des recueils de cantiques.
Dix-neuf heures : La chorale de 400 exécutants est au complet, et il y a déjà au moins 4000 auditeurs.
Elle chante avec un intervalle de cinq minutes entre chaque cantique.
C’est splendide !
Dix-neuf heures trente : Une vague humaine envahit l’édifice.
En deux minutes, tout est plein, même les passages et les escaliers.
Du parterre aux galeries, on ne voit qu’une tenture de têtes.
C’est si grand, si extraordinaire pour moi que je dois faire un effort pour réaliser que j’ai devant moi des êtres vivants et non un tableau.
C’est Moody qui arrive : taille moyenne, gros, carré, barbe et cheveux grisonnants, physionomie douce.
Cet homme doit aimer les enfants et jouer avec eux.
On dirait qu’il donne quelques ordres autour de lui. Il fait un grand geste de ses deux bras.
Tous debout pour chanter le numéro 379, et vivement !
C’est le neuvième cantique que j’entendrai. C’est si beau ! Moody fait varier les effets.
D’abord le chœur chante seul, puis tout le monde. Maintenant le chœur et la deuxième galerie. Ceux de la troisième galerie chantent, on dirait des voix venant du ciel.
Quand tout l’auditoire se fait entendre en même temps, c’est formidable, d’une puissance incomparable, surtout aux refrains.
Un cornet à piston sur l’estrade essaie de dominer et de diriger cette masse de voix d’homme ; même en écoutant bien, je ne parviens pas à l’entendre.
Moody fait des annonces : " Demain, je parlerai sur Semer et Moissonner. "
Si certaines personnes ne tiennent pas à m’entendre sur ce sujet que j’ai traité, il y a sept ans, elles n’ont qu’à ne pas venir. Cela fera de la place pour d’autres. "
Il demande les prières des chrétiens.
Il dit quelques versets et explique brièvement sa lecture. On chante encore. Un chrétien prie. Moody nous invite à rester en prière silencieuse pendant une minute.
Il parle sur Jean-Baptiste. Tout le monde peut comprendre. C’est si simple et si intéressant.
Il ne craint pas d’exciter notre hilarité, mais en quelques secondes, il nous ramène au sérieux le plus profond.
Sa voix est rude, presque grinçante quand il crie. Mais avec quel amour il parle ! On sent qu’il veut que chacun soit sauvé ce soir.
Cela vous étreint, vous pénètre. On se condamne soi-même. Comment serait-on assez fou pour continuer à vivre en jouant avec un tel danger ? Qui pourrait persister dans la révolte envers un Père si bon ?
Le moment est solennel. On pressent que Moody va terminer son allocution.
Pas le moindre mouvement dans cette immense masse humaine.
On écoute avec anxiété. Le grand évangéliste est si ému que sa voix devient tremblante. Il pleure. Quelques mots se perdent inintelligibles.
Tous les fronts se penchent.
Il termine par une prière poignante. Elle est coupée, saccadée, pleine de silences.
Beaucoup de " Parle, Seigneur ! …. Parle… Qu’on t’entende ! ... "
Parfois il s’arrête plusieurs secondes entre ses demandes à Dieu.
Il cite quelques passages. Puis, il reprend.
Il s’adresse maintenant à l’auditoire : " Que les chrétiens parlent à leurs voisins. "
Il indique un cantique. Entre les versets, il pousse trois fois de suite à l’action personnelle sur les âmes travaillées.
Il dit à ceux qui cherchent : " Venez ! N’ayez pas peur ! Allons les jeunes ! J’avais dix-sept ans quand je me suis converti, et depuis jamais mes regards ne se sont détournés de Christ. "
Après chaque strophe, il fait entendre une explication, une exhortation, un encouragement, un appel.
Rendez-vous maintenant dans l’Inquiry room (salle où se tient une seconde réunion pour ceux qui cherchent le salut) ; on vous y donnera les conseils et les encouragements nécessaires. On y priera pour vous. Quelle occasion unique de vous décider ce soir ! Si vous tardez trop à y descendre vous ne pourrez plus entrer, la porte sera fermée.
… Je descends dans l’Inquiry room.
800 personnes s’y trouvent déjà. On chante " Debout sainte cohorte ! "
Moody qui vient d’arriver demande à tous les chrétiens de se lever pour chanter un appel : " Christ reçoit les pécheurs. "
Il exhorte les convertis avec larmes, il leur lit le livre aux Hébreux, chapitre 5, verset 8 sur l’obéissance due à Jésus, qu’il commente : " C’est maintenant qu’il faut commencer à obéir, le voulez-vous ? "
Il parle presque à mi-voix avec une douceur inexprimable. Maintenant, il ne fait plus rire. " Dites : Je viens, je me repens ! Voulez-vous obéir à cet appel, venir ? "
Il cite d’autres invitations scripturaires.
Ceux qui veulent – ils sont nombreux – s’avancent vers lui et lui tendent la main.
On les dirige à mesure par groupes dans de petites salles où, sous la direction d’un chrétien expérimenté, aura lieu une réunion de prière.
Certains, plus timides, restent à leur place, osent à peine lever la main. Des femmes, beaucoup d’hommes, deux ou trois soldats.
A ceux qui serrent la main, il demande : " Voulez-vous venir ? " Moody est toujours sur son estrade : " Qui veut confesser Christ ? "
Au pied de l’estrade, un fait touchant se produit : deux soldats se rencontrent qui viennent de se donner à Christ. Ils se serrent la main avec effusion.
" Ils vont tous venir ce soir ", s’écrie Moody calmement, sans la moindre trace d’exaltation.
Après cette première série nombreuse, l’évangéliste continue à appeler, à pousser au devoir.
Moody encourage les chrétiens au travail personnel. Ils passent de rang en rang.
Des conversations personnelles s’engagent sur tous les points de la salle. Les uns discutent, d’autres pleurent, d’autres prient à genoux.
Moody aperçoit trois jeunes filles à l’air moqueur. Il va s’asseoir à côté d’elles et leur parle longuement. Elles sont devenues bien sérieuses ! Il leur fait écrire leurs adresses.
Derrière moi, un ivrogne crie :
- Que quelqu’un prie pour moi ! Je veux être délivré de ma passion. Seigneur, je ne veux plus boire !
Un peu plus loin, un rétrograde est aux prises avec un jeune étudiant en théologie.
La lutte se prolonge sans résultats. Il ne cesse de répéter : " J’étais chrétien, président d’une Union chrétienne. Je suis tombé, par manque de vigilance, aussi bas que possible. Je suis maintenant trop loin de Christ. Je ne vois pas le moyen de remonter. "
Ils se mettent à genoux. Le pauvre pécheur semble agonisant. Encouragé, il essaie de prier. Ce ne sont que des cris, des soupirs et des sanglots.
Puis des requêtes. La prière monte, peu à peu devient plus confiante, et l’âme reçoit son pardon. La brebis perdue est retrouvée.
Le combat se livre toujours sur plusieurs points de la salle.
Certains sont radieux, d’autres sombres et mornes, effrayants de tristesse.
Quels déchirements ! Il est 11 heures. Je dois quitter à regret ce champ de bataille.
Moody est sorti.
A la dernière réunion de cette mission d’une semaine, mille personnes se présentèrent, déclarant qu’elles avaient été converties par le moyen du grand évangéliste.
Pareilles victoires n’avaient pas été enregistrées depuis le temps de Wesley.
Il nous est impossible de suivre Moody dans le déploiement de sa dévorante activité.
De retour aux Etats-Unis, il se dépense sans compter. Il continue sa tâche d’évangéliste.
Tout en la poursuivant il fonde les fameux collèges de Northfield et de Chicago où sept cents jeunes des deux sexes sont entrainés chaque jour à l’évangélisation intensive et agressive.
Il crée de toutes pièces une œuvre colossale de colportage, vivifie les Eglises et donne au christianisme américain une impulsion et une vigueur inconnues avant lui.
Enfin, pendant l’Exposition, il organise une grandiose campagne d’évangélisation avec l’aide des hommes de Dieu les plus puissants de langue anglaise.
Jusqu’à la fin, il se multiplie parlant trois cents jours par an, à raison de trois fois par jour, à des foules considérables.
On l’appelle de tous côtés. On se le dispute. Mais, débordé par sa tâche, il voit sa constitution pourtant si robuste, fléchir sous l’effort surhumain.
Un tel surmenage finit par user son cœur. C’est à Kansas City, au milieu d’une réunion, que ses forces le trahissent. On doit l’emporter chez lui.
Les siens ont à peine le temps d’accourir à son chevet.
- Mon œuvre est terminée, puisque Dieu m’appelle, conclut-il. Et, triomphant, il confirme par ses dernières paroles toute sa vie et toutes ses espérances :
- La terre disparaît et le ciel s’ouvre, s’écrie-t-il. Il monte au Père toujours humble et confiant, le 22 décembre à midi.
Avec quels cris d’allégresse, ceux qu’il a amenés au Seigneur et qui l’ont précédé là-haut doivent avoir accueilli son entrée dans la lumière !
Comment ce petit pâtre sans instruction, ce jeune marchand de chaussures qui ne savait pas lire couramment, a-t-il pu devenir le grand Moody ?
Bien des raisons peuvent être mises en avant pour expliquer son ascendant si extraordinaire.
Assurément il possédait une santé de fer et une capacité cérébrale exceptionnelle. Et il en fallait pour venir à bout des 30000 réunions qu’il doit avoir présidées !
Il avait aussi, à un très haut degré, le génie de l’organisation, un bon sens pratique et un flair surprenant. Il étonnait son entourage par la justesse de ses appréciations et la sûreté avec laquelle, en quelques minutes, il jugeait son homme.
S’il était resté dans le commerce, il aurait surement fondé un des maisons les plus considérables des Etats-Unis.
Sans doute c’était encore un orateur dans toute la force du terme – nous ne disons pas beau parleur – car il ne s’exprimait pas toujours correctement, son élocution était plutôt monotone et sa voix désagréable.
Mais, comme il empoignait son auditoire ! Avec quelle facilité il travaillait.
Quel genre simple, intéressant, populaire, original, direct, plein d’entrain et de verve !
Cependant on peut avoir tout cela et ne pas gagner une seule âme à Dieu.
Le secret de son succès, le voici tel qu’il nous apparaît : L’amour de Dieu le consumait !
Surtout depuis qu’il avait été baptisé du Saint-Esprit.
Il le demanda longtemps avec instance sur l’observation de deux auditrices qui lui dirent un jour : " Vous manquez de puissance ! "
" Dieu se révéla à moi, raconta-t-il, et je sentis à un tel point la grandeur de Son amour que je dus Le prier de cesser. "
Cet homme envoyé de Dieu avait un message à proclamer.
Il portait au-dedans de lui une vérité qui embrasait son âme et qu’il criait sans se lasser jamais : " Dieu vous aime ! Dieu vous a pardonnés ! Dieu vous attend ! Acceptez son salut ici et maintenant, vous pouvez croire sur le champ à Son amour. Venez ! Ne tardez plus ! Si vous êtes perdus, ce ne sera pas parce que Dieu ne vous aime pas, mais parce que vous aurez refusé de croire à Son amour. "
Cet amour du Père et des hommes, cet enthousiasme pour Dieu et pour l’humanité le possédait, le transformait, lui donnait une puissance irrésistible.
C’est là, et non ailleurs qu’il faut chercher l’explication de ses succès sans précédents et la puissance de sa foi devant les plus formidables obstacles.
Jean SEQUESTRA