Livrets 61-80
Née VAN BERCHEM - 1892 - 1919
Son enfance et sa jeunesse - Son appel pour la mission
Avant propos
Les pages qui suivent ne sont pas une biographie.
En cédant aux désirs de nombreux amis de rassembler quelques souvenirs de celle qui nous a été si tôt et si soudainement redemandée, il nous a paru surtout utile de la laisser raconter elle-même l’histoire de son âme.
Aussi trouvera-t-on dans ces pages, non de la littérature, mais des fragments de lettres tout intimes, dont nous avons respecté le caractère juvénile et primesautier, désireux que nous étions de permettre à chacun de lire au plus profond de cette âme et d’y suivre comme pas à pas l’œuvre de l’Esprit.
Enfance et jeunesse
1892 - 1910
Renée était la troisième fille des huit enfants du Colonel Paul Van Berchem et d’Alice Van Berchem, née Necker.
Elle naquit au château de Crans, sur les rives du Léman, le 21 juin 1892.
Fluette, un peu délicate pendant sa première enfance, avec de grands yeux bleus profonds, frangés de longs cils, vite effarouchée à l’approche de figures inconnues, elle aimait à chercher un refuge dans les bras de sa maman et à blottir sa tête sur son épaule.
Mais, si elle était timide envers les étrangers, elle n’était certes pas craintive dans les jeux et les exercices physiques.
Très adroite et hardie, elle osait tenter les sauts les plus audacieux et entreprendre les escalades les plus risquées.
Elle avait une grande sûreté de gestes, et sa mère la revoit encore, à neuf ans, entrant dans sa chambre, portant sur un bras, avec une aisance parfaite, son petit frère de quelques semaines, et de l’autre main un plateau chargé d’une tasse de thé.
Son enfance s’est épanouie heureuse, dans le beau cadre de Crans, au milieu de ses sept frères et sœurs et d’une joyeuse bande de cousins et cousines.
Toujours prête à se rendre utile, à s’occuper des cadets, à céder aux aînés, elle aimait à s’oublier elle-même.
Plus d’une fois, si elle avait reçu au repas de famille une pêche ou une poire plus grosse que celle de sa voisine, en cachette elle faisait l’échange.
Souvent, en partant pour une course avec la bande joyeuse de ses sœurs et de ses cousines, elle revenait sur ses pas dire à sa mère :
" Vous êtes toujours seule, maman, voulez-vous que je reste avec vous ? "
Et, au retour, sa première pensée était de savoir si sa mère avait eu aussi une bonne journée.
Douée d’une intuition particulière pour deviner les pensées et les désirs de chacun, elle allait au-devant des services à rendre avec une perspicacité dont la source était dans son cœur aimant.
Par son caractère si égal, elle contribua grandement à créer au sein de sa famille une atmosphère joyeuse et paisible.
Renée avait onze ans lorsqu’elle perdit sa grand-mère, Mme Necker.
Ce fut son premier grand chagrin, et elle n’oublia jamais le texte qu’elle reçut d’elle à son lit de mort :
" A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. "
La grande intimité des quatre sœurs aînées ne fera que s’accroître au cours de la vie, et leurs beaux souvenirs communs d’enfance et de jeunesse vont créer entre elles un lien indissoluble.
Si dans la suite, leurs mariages et leurs vocations vont les séparer et les disperser au-delà des mers, rien ne pourra affaiblir leur affection mutuelle, et Renée gardera avec chacune d’elles une intimité toute spéciale.
Bien vite sa jeune âme a été attirée à Dieu comme par un puissant aimant.
La Bible est devenue son livre favori.
Chaque matin, fidèlement, elle inscrivait dans un carnet qu’elle appelait son " Livre de Merveilles " un texte, accompagné d’autres références, que lui avait suggéré sa lecture journalière.
Dans une réunion des Unions Chrétiennes groupant un grand nombre de jeunes filles de la contrée, le sujet de la nécessité de confesser le Sauveur ayant été exposé, un appel fut adressé à toute cette jeunesse, les invitant à saisir l’occasion de rendre leur témoignage.
Après quelques minutes de silence, Renée, que chacun connaissait si timide et réservée, se leva et dit tout simplement, mais avec tant de sincérité et de ferveur :
" J’aime Jésus et je veux être sa servante. "
Ces quelques mots, acte d’obéissance à la voix intérieure de l’Esprit de Dieu, ont aidé d’autres bouches à s’ouvrir.
Dieu a béni ce premier témoignage, et a marqué de Son sceau Sa jeune servante, qui écrivait peu après :
" Maintenant j’ai la paix de Dieu dans mon cœur. "
Au cours des hivers 1904 à 1907, Renée dut faire trois séjours de montagne pour lutter contre une lésion aux poumons provenant des suites d’une violente coqueluche.
Elle écrivait de la montagne :
" Je suis joyeuse, très joyeuse, parce que Jésus m’a non seulement pardonnée, mais m’a déjà donné de remporter des victoires sur moi-même.
" Christ m’a fortifiée par ce texte : - " Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi je vous ai choisis ", - et puisque c’est Lui qui m’a choisie pour être Sa servante, je Lui remets tout mon être avec confiance, sachant qu’Il peut tout faire, même pour moi qui L’ai offensé de tant de manières. "
Les études de Renée furent forcément entravées par ces séjours de montagne ; elle était extrêmement timide et défiante d’elle-même.
Elle n’avait pas une grande facilité de mémoire ; mais elle était si consciencieuse et si appliquée, si désireuse de satisfaire ses maîtres, qu’elle acheva ses études avec de très bons résultats.
Pendant les hivers 1908 et 1909, elle fit avec beaucoup d’intérêt son instruction religieuse avec M. le pasteur Sauvin.
Elle aimait beaucoup la nature et jouissait de la vie à la campagne, des beaux étés à Crans, des vacances de Pâques passées au château de Vufflens, des séjours de montagnes, où elle donnait libre cours à son goût pour les courses.
A deux reprises elle fit un voyage en Italie, une première fois au lac Majeur avec ses parents et ses sœurs, puis elle accompagna son père avec sa sœur Yvonne à Bologne, à Florence et dans la Maremme, où elle eut l’occasion de monter à cheval.
Elle avait gardé tout particulièrement le souvenir de ce dernier voyage.
Désireuse de se rendre utile auprès de moins privilégiés qu’elle, Renée fit, en été 1909, un stage à Burtigny, dans l’orphelinat de " La Maison "[1].
Ce séjour fut doublement béni pour elle, tout d’abord en l’associant à cette œuvre de foi et d’amour, de travail et d’abnégation, puis en lui faisant sentir le prix de tout ce qu’elle avait reçu en partage.
Voici quelques fragments de ses lettres de cette époque :
A sa mère : 20 août 1909
Si je savais dessiner, je ferais un croquis idéal du lieu où je suis.
Assise au bord d’un champ de blé, surveillant une douzaine d’enfants qui glanent, j’ai devant les yeux une vue magnifique, des champs de blés, des prés, la plaine, où j’essaye de distinguer notre cher Crans, - où j’aimerais quelquefois me trouver, - puis le lac et les montagnes, qui d’ici sont splendides.
…. Me voici depuis une semaine à Burtigny.
Je commence à m’habituer à cette nouvelle vie et à me rendre un peu utile.
Lever vers cinq heures, puis lever des " petits " et réunion de prières.
J’ai la responsabilité des enfants de quatre à huit ans.
C’est le moment des vacances, et celui des moissons ; aussi sommes-nous à peu près toute la journée dehors, à la glane ou au bois.
…. J’ai mis la main à tout.
L’autre jour, comme il n’y avait plus de grands garçons disponibles pour aller rentrer le regain, j’ai été manier le râteau et appris l’art de faire des " cuchets ".
…. Je me suis à peu près accoutumée aux habitudes de la " Maison " ; mais je vous assure que j’apprécie et que j’apprécierai bien plus à l’avenir tout le confort de notre délicieux home.
…. Je suis très contente d’être venue ici, cela m’a ouvert les yeux sur tant de choses dont je jouissais et que je n’ai pas du tout su apprécier comme j’espère le faire maintenant.
…. Je me plonge dans de profondes réflexions sur les grandes différences entre les existences des uns et des autres, et je suis contente de voir de près la vie qu’on mène ici.
Avec quelle attention et quel soin on économise la moindre chose !
En vérité rien, absolument rien ne se perd.
A sa sœur Anne, en séjour en Angleterre :
…. Tu peux être sûre que tes quarante francs ont été bien placés.
Une seule fois, sœur Cécile nous a parlé d’argent, et encore lorsque celui-ci venait d’arriver.
Un beau jour, il n’y avait plus ni farine, ni pain, à part quelques miches seulement, qui ne devaient pas durer longtemps.
(En une semaine on en consomme cent cinquante et de grosses !)
Le matin de cette constatation, sœur Cécile reçoit un écu avec ce passage :
" Ne vous inquiétez pas du lendemain, car le lendemain aura soin de lui-même. "
Tu penses bien que cette somme n’était pas suffisante, et il fallait à tout prix chercher la farine le jour suivant, le char était déjà commandé pour descendre au moulin.
Dieu était prêt à répondre, et le lendemain matin, juste avant le départ du char, sœur Cécile reçoit cent francs.
…. Vers la fin de mon séjour, nous avons été visiter, sœur Cécile et moi, plusieurs autres institutions de bienfaisance.
Je crois, que, sans les voir, tu ne peux te figurer les misères humaines.
Ce jour-là, j’ai vu et appris beaucoup de choses.
Comme nous sommes heureuses et privilégiées !
Que de souffrances il y a dans le monde, et quels drames affreux se passent à côté de nous sans que nous n’en sachions rien !
A sa sœur, pour sa fête : 26 août 1909
Que cette année qui va passer, et qui ne reviendra plus, te laisse quelque chose ; que tu sois heureuse et que tu apprennes à l’être.
Recherche le bonheur, c’est un devoir ; mais ne fais pas passer le tien en premier ; recherche celui des autres, et tu trouveras le tien.
… Oui, pour nous deux, nos pas sont bien petits et bien chancelants dans le chemin que nous avons choisi, mais ils deviendront fermes et notre marche plus rapide.
Par la nouvelle naissance d’En Haut, le fondement d’une construction nouvelle a été posé en nous.
Sur ce fondement le Saint-Esprit, comme un divin architecte, se met à bâtir, et il persévère jusqu’au complet achèvement, ou à la parfaite ressemblance avec le Modèle éternel (2 Corinthiens 3 : 18).
A sa sœur : 21 septembre 1909
Je suis maintenant, - et je voudrais tant que tu le sois aussi, - entourée comme d’une lumière éblouissante ; je suis heureuse, plus qu’heureuse, j’ai tout donné à Dieu.
Mais pour en arriver là, Dieu m’a fait passer par des luttes terribles, par des doutes affreux.
Tu sais, quelquefois, lorsque tu avais de ces doutes, je ne te comprenais pas bien ; l’existence de Dieu, son amour, tout cela me paraissait plus qu’évident.
Mais, à la Convention de Chexbres, c’était comme si Dieu se voilait et me livrait à moi-même et au mal.
Tous ces cantiques qui résonnaient à mon oreille, ce langage chrétien dans toutes les bouches me repoussaient.
Maman ne savait pas ce que j’avais.
Je ne suis pas allée dîner ce jour-là, et, dans ma chambre, je sanglotais.
Oh ! C’était si affreux, je ne pouvais pas prier….
Peu à peu je sentais que Dieu me demandait de me donner à Lui toute entière, et je voyais clairement à ce moment tout ce que cela signifiait, si clairement que je reculais devant ce don et ce sacrifice complet.
Se donner pour la vie entière, sans restriction, à un Être dit notre Créateur, mais que personne n’a vu ni ne connaît !
Je ne le pouvais pas ….
Le lendemain matin, j’étais si malheureuse que j’ai laissé la tente et ses réunions et je suis descendue au bord du lac.
Après avoir escaladé la barrière d’un embarcadère, je me suis blottie sur de gros rochers, tout au bord de l’eau.
Et là, j’ai crié à Dieu et je Lui ai dit que je ne partirais pas de là avant qu’Il ait remporté pour Lui la victoire en moi.
Après de nouvelles luttes, tout d’un coup, j’ai pu dire sincèrement : " Je me donne ".
Comme c’était beau !
Je me sentais dans les bras du seul Dieu vivant, du Dieu d’amour qui m’avait choisie, qui avait permis ces heures sombres pour que la victoire fût plus parfaite.
Dieu est si bon ! Je suis écrasée par la pensée de mon indignité en face de toute Sa bonté.
Chérie, j’avais besoin de t’écrire tout cela.
Je ne l’ai dit qu’à maman, et je voudrais que pour tous les autres ce fût ma conduite qui parlât.
Je désire que tu saches toute ma joie, tout mon bonheur et tout mon amour pour toi dans mes prières, afin que toutes les deux nous marchions le visage rayonnant et illuminé par la présence de Dieu.
3 octobre 1909
Dieu me montre maintenant mon péché et m’humilie tellement devant Lui.
Combien de mal, de recoins obscurs en moi et que de choses qui ne sont pas selon Sa volonté !
Quel bonheur d’être entre les mains d’un Dieu fidèle et plein d’amour, et d’avoir Sa Parole, si remplie d’admirables promesses !
En automne de cette même année la santé de Renée donnait de nouveau quelque inquiétude ; une atteinte d’appendicite fut suivie d’une nouvelle manifestation de la fragilité de ses poumons.
Voici l’expérience bénie qu’elle raconte dans une lettre datée du château des Bois, du 1er novembre, adressée à sa mère :
Tout notre petit monde va bien, très bien même, et moi la toute première.
Oh ! Maman chérie, je remercie Dieu de tout mon cœur, car Il m’a guérie.
Je m’en vais tout vous raconter.
Les premiers jours ici j’étais un peu inquiète, sentant une douleur au côté droit.
Alors un soir, bien tranquille dans mon lit, j’ai demandé à Dieu de me guérir, et j’ai cru que Dieu était non seulement tout puissant, mais aussi tout amour, et qu’Il le ferait.
Effectivement, le lendemain soir je ne sentais plus rien.
Comme j’étais heureuse et comme je le suis maintenant !
Dieu me montre que, si mon corps avait besoin d’une guérison, mon âme en a plus besoin encore ; et, en la demandant à Dieu comme la première, je crois qu’Il me l’accorde.
(En effet, Dieu a agi merveilleusement ; car Renée a été guérie radicalement de ce mal et n’a plus eu besoin de séjour de montagne).
Je viens de lire un magnifique psaume, le 20ème :
" Ceux-ci s’appuient sur leurs chars, ceux-là sur leurs chevaux, nous, nous invoquons le nom de l’Eternel notre Dieu.
Eux, ils plient et tombent ; nous, nous tenons ferme et restons debout. "
C’est tellement beau, n’est-ce pas ?
A sa sœur : 5 décembre 1909
Si tu es triste, renferme cette tristesse, console ceux qui près de toi sont encore plus tristes…
Je voudrais que tu sois bien heureuse, et si je te donnais un conseil, je te dirais : Cherche à procurer, chaque jour, une joie à quelqu’un.
J’ai cherché à le faire ces derniers jours, et lorsque j’y ai réussi, j’étais très heureuse le soir.
Ce ne sont, en général, que de très petites choses que nous pouvons faire, mais c’est toujours cela.
A sa sœur : Vufflens, le 23 mars 1910
Nous voilà à Vufflens, et nous jouissons intensément des vacances, des ravins, du beau temps !
Nous sommes toute la journée dehors, faisant des courses effrénées, lançant des ponts de pierres sur la rivière.
C’est délicieux, les petits jubilent.
Dans quelques semaines, dans quelques jours, nous allons te revoir !
Quel bonheur !
Qui de nous s’en réjouit le plus ?
Bientôt ce sera mon tour de partir pour l’Angleterre.
Je crois que pour moi, l’envie de revenir à la maison sera plus forte que pour vous. On verra.
C’est un sentiment assez agréable de sentir devant soi l’inconnu.
Enfin je crois une chose, c’est que partout l’on peut et l’on doit être heureux et joyeux.
Sœur chérie, ne deviens ni trop sérieuse ni trop savante, sois encore un peu enfant.
Quand nous serons à Crans, nous t’emmènerons faire des courses folles, riant, chantant, sautant de joie, nous jouirons de tout, mais surtout de s’aimer et de sentir qu’on s’aime.
J’ai une foule de projets pour ces grandes vacances ; dessiner, peindre, faire de la botanique, cela est passionnant !
La vie est si riche, si pleine, la nature si grande, si remplie de magnificences !
Je plains tant les gens qui s’ennuient, c’est si peu naturel.
Nous devons jouir de tout. Dieu a voulu notre bonheur, et l’un de ses commandements est d’être toujours joyeux.
En Angleterre 1910 – 1911 - Premier appel pour la mission
En juillet 1910, Renée, accompagnée de sa mère, partait pour l’Angleterre, où elle allait passer une année.
Un premier séjour à Keswick, pour participer à la Convention chrétienne qui se tient là chaque année, la mit en contact avec la vie religieuse anglaise et lui ouvrit des horizons nouveaux.
Après le départ de sa mère, Renée va rejoindre à Sandown, au bord de la mer, une mission spéciale pour les enfants et la jeunesse qui fréquentent les plages en été.
C’est là qu’elle fera ses premières armes dans l’évangélisation.
…. Si Dieu veut se servir de moi pour attirer une âme à Lui, quelle joie profonde j’en aurai !
A sa mère : Sandown, 10 août 1910
…. Ce séjour ici fait grand bien à ma timidité.
Dimanche, au sortir des églises, nous avons distribué les programmes de la mission.
Lundi, premier service sur la plage, une immense plage, que deux d’entre nous parcourent en invitant les enfants à participer à des cultes en plein air.
Ce matin, c’était mon tour, ce n’est pas très facile pour moi, à cause de la langue.
Il y a parfois des groupes de famille fort intimidants à aborder.
Mais j’avais cette parole avec moi : " Je puis tout par Christ qui me fortifie ", et j’ai été de l’avant aussi crânement que possible.
Dieu m’a montré que, si je ne pouvais pas encore agir extérieurement, je pouvais avoir une activité intérieure, la prière, et c’est là la plus belle de toutes.
4 septembre 1910
…. On m’a demandé de parler à notre dernière réunion.
Parler en anglais !
J’ai pensé que, si Dieu me le demandait, Il me donnerait le message et les mots pour le rendre, et j’ai dit oui.
Je sais que par moi-même je ne puis rien, mais " Dieu a choisi les choses faibles du monde, celle qui ne sont rien " ….
J’ai essayé de leur dire que la vie chrétienne est la seule heureuse. (Ecclésiaste 8 : 12)
" Ses pensées pour chacun de nous sont des pensées de paix. "
(Jérémie 29 : 11)
" Une joie éternelle couronnera la tête des rachetés de l’Eternel. "
(Esaïe 35 : 10)
…. " Vous avez tout pleinement en Lui " – je voudrais dire cela au monde entier.
On jouit tellement plus de tout ce que la vie peut donner en connaissant Christ.
Je suis mille fois heureuse de me sentir conduite par Lui et de pouvoir faire quelque chose pour Lui.
Voici quelques fragments d’une correspondance adressée par Renée à sa petite sœur de douze ans, qu’elle a toujours entourée d’une tendresse spéciale, et sur laquelle elle a eu une très grande influence.
Août et septembre 1910
…. Tu sais, quand on aime, on voudrait faire quelque chose pour celui qu’on aime.
Ce que je peux faire pour toi, c’est prier, et à ton tour, si tu m’aimes, tu peux prier pour moi.
Je sais que tu le fais, et j’en ai besoin.
Veux-tu que je te dise quelque chose ?
Il y a quelqu’un qui t’aime, et qui ne s’est pas contenté de prier pour toi, mais qui, parce que tu en avais besoin, s’est donné entièrement jusqu’à mourir pour toi ; Il t’a aimée, maintenant aime-Le et donne-toi aussi à Lui.
Donne-toi aussi entièrement que Lui s’est donné pour toi, car tu sais, si tu avais besoin du sacrifice de Jésus, Jésus maintenant a besoin de toi, parce que, par toi, Il veut en attirer d’autres à Lui.
…. Ce que nous devons chercher à faire, c’est de comprendre mieux Jésus et de le laisser habiter en nous.
Nous ne pouvons pas obéir à deux maîtres à la fois.
Si nous avons demandé à Jésus de nous diriger, Il empêchera le mal de dominer sur nous, et peu à peu, à mesure que nous serons prêtes à l’accepter, Il entrera dans notre vie jusqu’à ce qu’Il devienne le Maître de notre être tout entier, et ce sera notre bonheur et notre joie d’obéir à Jésus seul.
…. N’est-ce pas merveilleux de se dire que Jésus veut se servir de nous ?
Il ne faut pas chercher à agir toi-même, mais tu dois tout simplement ouvrir ton cœur bien grand et laisser Jésus entrer et prendre toute la place, et Lui agira par toi.
S’il est ton Roi, tu peux dire ce verset : " Le Seigneur est mon aide, je ne craindrai rien, que peuvent me faire les hommes ? " Hébreux 13 : 6.
Avec Lui, nous sommes forts et nous pouvons supporter les moqueries ; personne ne peut te faire de mal, car c’est Lui qui te garde.
Jésus nous a aimés, et Son immense amour a été accompagné d’une immense souffrance.
Si nous L’aimons, nous devons aussi souffrir un peu pour Lui, et nous souffrons bien peu en comparaison.
Un seul peut t’aider, c’est le Tout-Puissant.
Il est toujours près de toi, et lorsque tu es dans un moment bien difficile, prononce tout bas Son nom, dans ton cœur, alors tu pourras remporter la victoire.
A sa sœur Yvonne, au moment de ses examens : Sandown, août 1910
Hier, sur mer, comme j’aurais voulu t’avoir avec moi !
Je te voyais plongée dans d’arides thèmes latins et j’aurais voulu te faire partager tout ce dont je jouissais.
…. Ta vie d’étude et de travail est très belle.
Quel privilège de pouvoir apprendre tant de choses et élargir ainsi ton esprit !
Dieu a besoin de serviteurs intelligents remplis de connaissance et de sagesse.
Je Lui demande que tu deviennes une de ces servantes-là.
A son père : Sandown, 17 août 1910
Merci de vos bons conseils ; j’aime à les recevoir et j’essaie de les suivre.
Ce qui me frappe ici, c’est de trouver chez les Anglais une grande liberté, une grande indépendance, jointe au manque absolu de la peur du " qu’en dira-t-on ".
Partout, dans n’importe quel but, vous pouvez tenir une réunion en plein air ; seules, deux conditions sont requises : Ne pas nier Dieu, ni parler contre le Roi.
Ainsi chacun déclare ce qu’il pense et ne met pas son drapeau dans sa poche.
C’est une grande qualité, et cet exemple m’est très salutaire.
…. Une autre chose frappante est de voir l’association des jeux et sports avec le sérieux de la vie chrétienne.
Je vous assure que notre vie ici n’est que joie et gaieté.
Elle est si bien remplie que j’ai beaucoup de peine à trouver le temps d’écrire, aussi ce matin, j’étais contente de voir tomber la pluie pour pouvoir le faire.
S’il faisait beau, je serais maintenant dans l’eau, nageant comme un poisson.
…. Mon séjour à l’étranger éveille en moi de nouvelles curiosités, un désir de voir et de connaître un peu le monde.
Comme vous le dites, il faut apprendre à observer pour pouvoir juger et apprécier les choses par soi-même.
J’aime vos lettres philosophiques, il y a tant de domaines de la pensée que je n’ai jamais abordés et dans lesquels vous pouvez me conduire.
En septembre, Renée, invitée par une amie, va faire un séjour plein de charme au sein d’une nombreuse et joyeuse famille dans le Lincolnshire.
Avec son ardeur habituelle, elle participe à tous les jeux et sports anglais, hockey, tennis, golf, courses à pied et à cheval.
Elle jouit intensément de la vie à la campagne.
" Les Anglais sont uniques pour jouir de la vie, " écrivait-elle.
Quelques visites à Londres et les vacances de Noël passées à Edimbourg dans une famille amie lui donnent l’occasion de voir bien des choses nouvelles pour elle.
C’est à Hastings, dans une famille chrétienne, que Renée va passer l’hiver, pour apprendre l’anglais et suivre des cours dans une école de jeunes filles.
C’est là que son âme assoiffée de Dieu trouvera l’atmosphère favorable pour s’épanouir librement au contact de l’amour de Dieu, et étudier fidèlement sa Parole.
C’est là qu’elle entendra le premier appel de Dieu pour la mission lointaine.
A sa mère : Hastings, 10 octobre 1910
Je voudrais aujourd’hui vous parler très intimement… ; je m’imagine que vous êtes ici tout près de moi et que je vous parle à cœur ouvert.
Vous souvenez-vous du texte que vous m’avez donné l’année dernière ?
Il me revient sans cesse à la pensée :
" Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi je vous ai choisis et je vous ai établis afin que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure. "
Ne pensez-vous pas que Dieu choisit des hommes et des femmes pour les appeler tout spécialement à son service ?
Le monde a tellement besoin de Jésus. Jésus a tellement besoin de témoins.
J’ai senti ces derniers temps qu’Il était très près de moi, j’ai entendu comme un appel de sa part, j’ai répondu et je réponds de tout mon cœur :
" Me voici, sers-toi de moi pour attirer des âmes à Toi. "
N’est-ce pas Dieu Lui-même qui met en nous ces profonds désirs de Le servir, ces grandes ambitions pour l’avancement de Son règne ?
Si c’est Lui qui les a créés en nous, c’est Lui aussi qui les réalisera.
Quelle sera et où sera la tâche que Dieu a préparée pour moi ?
Je suis prête à aller pour Lui là où Il aura besoin de moi.
Maintenant je veux être fidèle dans ma tâche journalière, je veux me tenir aux pieds de mon divin Maître et me laisser instruire par Lui.
Nous ne pouvons donner au monde que ce que nous avons reçu de Dieu.
Oh ! Pouvoir répandre autour de soi ce qui donne la vie, l’amour du Christ !
Dieu nous en donnera la puissance. Dieu est si bon, Il fait tant pour moi, mon cœur est rempli d’une immense reconnaissance.
Les richesses de Sa grâce sont pour chacun de nous personnellement, elles nous submergent, et je sens profondément que la vie chrétienne est la seule vraiment heureuse et joyeuse.
Les heures sombres et les sacrifices qui se trouvent sur le chemin de celui qui suit Jésus sont peu de chose en comparaison de la paix profonde qu’Il donne.
Je voudrais trouver les mots pour vous dire tout ce qu’Il est devenu pour moi :
" Mon Sauveur, mon Confident ; Celui qui est toujours là et qui veut habiter en moi.
Il est tout pour moi, et je puis dire du plus profond de mon cœur qu’Il me satisfait. "
Et vous le savez bien, quand on possède un si grand trésor, quand on a trouvé la perle de grand prix, on n’a qu’un désir, Le faire connaître à d’autres.
A sa sœur Yvonne : Hastings, 23 octobre 1910
C’est à toi la première que je confie ce que Dieu m’a révélé, ce qui se passe entre Lui et moi.
Je crois que Dieu m’appelle à devenir missionnaire.
Depuis que je suis en Angleterre, Dieu semblait sans cesse me dire : " Je t’ai choisie pour être Ma servante. "
Toutes les fois que j’entendais parler des missions, quelque chose vibrait en moi, mais je ne voulais pas chercher à diriger moi-même ma vie, sans entendre un réel appel de Dieu.
Alors j’ai prié, beaucoup prié, pour que Dieu me révèle le plan qu’Il avait formé pour mon avenir.
Je pensais continuellement à cela, et un dimanche matin, en allant à l’église, j’ai tout d’un coup senti en moi que c’était la pensée de Dieu.
Mais tu sais comme c’est facile de se figurer les choses que l’on désire.
Assise à l’église pendant le service, je me suis dit que, si Dieu m’avait réellement parlé, Il me confirmerait son message maintenant par le moyen de Son ministre, et voilà que le sermon était un appel pour la mission !
Pour la mission aux Indes !
Il faut des femmes missionnaires pour pénétrer dans les zénanas.
Je pourrais te parler longtemps de ce que j’ai entendu des pauvres petites veuves hindoues.
Elles sont si malheureuses.
L’une d’entre elles écrivait une fois à une missionnaire pour lui demander une médecine qui la ferait mourir.
Oh ! Que de souffrances là-bas et dans le monde entier !
Si nous souffrons d’en entendre parler, combien plus Jésus doit-il souffrir, et combien son cœur aimant doit saigner à la vue de tous ces êtres bien-aimés qui sont dans les ténèbres !
Il a besoin de nous pour révéler son amour.
Voici ce que dit S. D. Gordon :
" Aujourd’hui les mains des païens, tendues pour demander l’Evangile, sont plus nombreuses que les mains des chrétiens qui le leur apportent. "
A sa mère : Novembre 1910
Ma lettre à Yvonne est toute pour vous.
Avant de l’envoyer, j’ai voulu posséder la certitude de l’appel de Dieu, et je Lui ai demandé hier soir de me donner cette certitude si c’était Sa volonté :
- " Il appelle par leur nom les brebis qui Lui appartienne, Il les conduit, Il marche devant elles et les brebis Le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix. " -
Ce que j’ai demandé à Dieu très ardemment, c’est de ne pas me laisser faire un faux pas.
Je sais qu’Il ne me permettrait pas de vous envoyer cette lettre si je me trompais.
Hier soir, après Lui avoir demandé de me montrer clairement sa volonté, je me suis endormie confiante dans ses promesses.
Je ne dormais pas depuis longtemps lorsqu’en rêve, j’ai vu une main tendue qui, en me faisant signe de venir, semblait m’appeler.
Cela était si réel que je me rappelle avoir crié (en anglais) : " Qui est là ? " J’ai sauté hors de mon lit, mais sitôt la bougie allumée, tout avait disparu.
Le premier mouvement de frayeur passé, j’ai pensé, ou plutôt Dieu a mis en moi la pensée que cette main était une des nombreuses mains qui se tendent vers nous pour demander l’Evangile.
Oh ! Maman chérie, c’est si magnifique d’être choisie pour porter au loin l’histoire de Jésus !
Je me sens tout à fait indigne, et par moi-même bien incapable ; mais je sais que Jésus ne nous demande pas de travailler nous-mêmes, mais seulement de Le laisser travailler par nous.
…. Lisez ma dernière lettre à papa.
Tout le monde doit savoir que ma vie est consacrée à Dieu, et que, lorsqu’Il m’appellera directement dans son champ de travail, c’est avec joie que je répondrai et que j’annoncerai son merveilleux message à ceux qui ne l’ont jamais entendu.
A son père : Novembre
Je crois que chaque personne, en sortant de l’enfance et de la dépendance de ceux qui l’entourent, en voyant la vie s’ouvrir devant elle, cherche à trouver le but qu’elle donnera à sa propre vie, but en vue duquel elle agira toujours et qui sera l’inspiration de sa vie.
Je ne sais pas si tout le monde a trouvé un tel but, mais je sais que tous ceux qui portent avec joie le nom de chrétiens ont devant eux un grand et magnifique but, et celui-là est le mien : Faire connaître Christ, ou plutôt, et plus simplement, Le servir.
Si c’est dans la mission lointaine que Dieu m’appelle, est-ce que vous me donnerez à Lui pour cela ?
A sa cousine : Hastings, 1er décembre 1910
Oui, il m’a semblé entendre un réel appel de Dieu pour la mission.
Je lui avais demandé avec tant d’ardeur Ses plans à mon égard, il me semblait dur d’attendre, j’aurais voulu que toute l’énergie dépensée à jouer au hockey ou au golf fût dépensée au service de mon Maître.
Mais peu à peu je comprends combien Dieu a besoin de préparer Ses serviteurs.
…. Ce qui importe, c’est d’être prêt à répondre à l’appel, et puis de vivre très près de Dieu, afin d’entendre l’appel bien clairement lorsqu’il viendra.
…. Combien j’ai besoin de savoir que je suis conduite par Dieu.
De nombreuses questions, des hésitations, des moments de trouble et d’angoisse m’assaillent quelquefois ; de grands pourquoi auxquels je ne puis répondre.
Dans ces moments-là, je n’ai qu’une chose à faire, écouter la voix de mon Roi, ouvrir Sa parole, et Celui qui m’a prise à Sa charge dès mon origine, Celui à qui tu appartiens aussi, me calme et me remplit de Sa paix qui surpasse toute intelligence.
Oh ! Viens aussi écouter Sa voix !
Il te conduira dans la tâche qu’Il t’a préparée, et rappelle-toi qu’Il est plus ambitieux pour ta vie que tu ne l’es toi-même.
A sa sœur Anne :
C’est si bon d’avoir la vision de ce que sera ma vie. Mon but est de faire des études de garde-malade en vue de la Mission.
Je voudrais me mettre de suite à l’œuvre, mais je sais que Dieu a fixé l’heure de Son appel.
Ce ne sera peut-être que dans bien des années, et je pense aux trente longues années où Jésus a vécu ignoré et inconnu.
Quelle longue et patiente attente avant que l’œuvre de Dieu ne sonne.
A sa mère : 10 décembre 1910
…. Comme cela est vrai, " la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence ! "
Ce matin mon cœur en est rempli. L’immensité de l’amour de Dieu est incompréhensible.
Comme Il doit être peiné de nous voir nous troubler ou nous agiter à propos de ce qu’Il nous a réservé et de Ses plans à notre égard !
Tant que nous sommes prêts à obéir, tout va bien. Il est quelquefois difficile de discerner Sa voix.
Quand elle se fait entendre, on ne peut pas se méprendre, mais nous ne sommes pas toujours assez près de Lui pour l’entendre.
Edimbourg, décembre 1910
C’est délicieux de me trouver ici, où mes sœurs ont passé tant d’heureux moments.
Mme Lunn m’a accueillie les bras ouverts avec un de ces baisers qui nous mettent à l’aise tout de suite.
Tout le monde est si gentil !
Hastings, février 1911
…. C’est étrange de rencontrer parfois des chrétiens tristes et maussades.
Je sais bien que Dieu envoie parfois des épreuves et éduque Ses enfants en les faisant passer par la souffrance, mais rien ne doit nous ôter la paix profonde de Christ et la joie de Son pardon.
Je dois apprendre à vivre dans Sa présence, la saisir à chaque instant, et pas seulement lorsque je suis à genoux.
Oh ! Comme le péché et l’indifférence m’éloignent encore de Dieu ! Mais Christ me prend à son école, et par Son amour et Sa patience il m’apprendra à jouir de Sa présence et me donnera la victoire sur moi-même.
Merci, mère chérie, pour tout ce que vous avez fait pour moi.
Je sens que je dois tant à votre amour et à vos prières.
C’est vous qui avez mis devant moi le but auquel seul ma vie doit tendre : Glorifier Dieu.
C’est si bon de se sentir unies dans le même idéal.
Mars 1911
…. Les voies de Dieu sont des voies naturelles ; je veux dire qu’Il agit en nous comme Il agit dans la nature, lentement, mais sûrement.
Je pense que, pour notre transformation, il faut l’acte décisif qui nous jette dans les bras de Dieu ; une fois là ce n’est que pas après pas qu’on avance, conduit par Dieu.
Plus de confiance, voilà ce qu’Il nous faut.
Dieu achèvera l’œuvre commencée, malgré les retards que nous pouvons occasionner.
A la suite de cette affirmation, citons ce fragment d’une lettre qu’elle adressait à sa sœur peu après son retour d’Angleterre :
Crans, 29 juillet 1911
…. Nous sommes entre les mains d’un plus fort que Satan, et que nous-mêmes. Moi aussi j’ai à lutter contre le péché, mais Dieu a vaincu pour moi.
Quand je considère la transformation qu’Il a opérée en moi pour ma timidité, je ne dois plus douter, je ne le peux plus, car Il agit merveilleusement.
Plus tard, elle écrivait à sa sœur :
…. Dieu délivre, mais Satan est toujours là prêt à nous faire tomber, il nous attaque sans en avoir l’air, et si nous laissons s’interrompre notre communion avec Dieu, nous succombons.
…. Il y a une joie immense à savoir qu’il n’y a plus de barrière entre Dieu et nous.
Le péché qui nous séparait a été vaincu par Christ : " Sachant que notre vieil homme a été crucifié avec Lui, afin que le corps du péché fût frappé d’impuissance et que nous ne soyons plus asservis au péché. " (Romains 6 : 6).
Que tout cela est beau, plein de mystère, mais plein de réalité aussi.
Confiance avant tout, Il est puissant et Il nous aime. Veillons et prions. La victoire, Dieu nous l’a promise, elle est à nous.
Plus tard encore, à une amie :
…. Tu me dis que des luttes, des angoisses, des souffrances, des tentations de toutes sortes te voilent parfois le Christ.
Chérie, il nous faut à tout prix arriver à une victoire sur le péché.
Rien ne doit ni ne peut nous voiler la face du Christ, sinon le mal auquel nous succombons.
Dans ma vie, j’ai passé par des moments de lutte contre le péché, je sentais le mal, je le voyais en moi, je voulais faire le bien, et j’étais captive du péché.
Tu as peut-être passé par là, et tu connais ces moments d’angoisse où l’on se sent terrassé par un ennemi plus fort que soi.
Mais n’oublions pas que Christ a vaincu. C’est pour le péché qu’Il est mort. Il nous a affranchis du péché.
En tous cas bon courage !
L’apôtre Paul a fait aussi l’expérience du péché qui nous pousse là où nous ne voulons pas aller ; mais il saisit la délivrance en Jésus-Christ et a pu s’écrier :
" En toutes ces choses nous sommes plus que vainqueurs par Celui qui nous ai aimés. "
Lorsque nous aurons fait cette expérience victorieuse sur le péché dans notre cœur, alors nous pourrons parler au monde avec autorité de la puissance du Christ.
[1] Cet institut, fondé en 1899 par M. le pasteur Moreillon, sur les mêmes principes de foi que les fameux orphelinats de Georges Muller, à Bristol, ne fait pas d’appels financiers, mais attend jour après jour de la main de Dieu le pain quotidien pour les cinquante à soixante orphelins qu’on y élève.
" Tu aimeras ton prochain comme toi-même " (Matthieu 19 : 19)
Très souvent le Sauveur prenait pour texte de ses discours les préceptes de la loi morale.
Plusieurs de ses sermons (et quels sermons pourraient se comparer aux siens ?) ne contiennent absolument rien de cet assemblage de vérités capitales que de nos jours l’on désigne communément sous le nom d’Evangile.
Chaque fois qu’il se levait pour prêcher à la multitude, il ne revenait point sur les doctrines de l’élection, de l’expiation, du salut gratuit ou de la persévérance finale.
Non, il parlait tout aussi fréquemment des grands devoirs de la vie humaine, de ces précieux fruits de l’Esprit que la grâce de Dieu peut nous faire produire.
Ce que j’avance là vous étonne peut-être, mes chers auditeurs ; mais relisez avec attention les quatre Evangiles, et jugez vous-mêmes si je me hasarde trop en affirmant qu’une très grande partie du ministère de notre Sauveur fut employée à dire clairement aux hommes comment ils devaient se conduire les uns envers les autres.
Il est même tel discours de Jésus, qui, fût-il prononcé aujourd’hui pour la première fois, risquerait fort de ne point être classé par certains critiques de notre époque au nombre des discours " pleins de saveur et d’onction ", non pas toutefois qu’aucune parole de Jésus manque de saveur ; mais on comprend que sa morale sévère ne convienne que médiocrement à ce christianisme fade et sentimental qui n’embrasse la religion que par son côté abstrait, et fait bon marché de son côté pratique.
Mes bien-aimés, à l’exemple de leur Maître, les ministres de l’Evangile sont tenus d’avertir les hommes de leurs devoirs, non moins que de proclamer le salut qui est en Christ.
S’ils négligent de prêcher le devoir, je ne pense pas que le Seigneur leur accorde jamais la grâce d’amener des âmes à reconnaître la suprême beauté de la doctrine de l’expiation ; et, s’ils ne font jamais retentir aux oreilles de leurs auditeurs les tonnerres de la loi, réclamant pour leur Maître l’obéissance qui lui est due, je doute qu’ils puissent parvenir à convaincre les hommes de leur état de péché - du moins de cette conviction profonde et sérieuse qui mène à la conversion.
Je sais d’avance que mon discours d’aujourd’hui sera condamné comme manquant de saveur et de vie par ceux d’entre vous qui voudraient que le prédicateur tournât éternellement dans le même cercle de doctrines ; mais peu m’importe.
Ce méchant monde a quelquefois besoin d’être repris, et quand l’occasion s’en présente, nous ne devons pas lui épargner les censures.
D’ailleurs, si jamais il y eut un temps où le ministre de l’Evangile ait eu besoin de rappeler le précepte contenu dans mon texte, sans contredit ce temps est bien le nôtre.
A quelle époque, en effet, a-t-on plus souvent oublié, plus rarement pratiqué cette parole de Jésus-Christ : Tu aimeras ton prochain comme toi-même ?
Nous examinerons, en premier lieu, le commandement positif que nous donne mon texte.
Puis j’essaierai de vous indiquer quelques-uns des motifs qui doivent vous porter à y obéir ; enfin, je terminerai en appelant votre attention sur quelques importantes vérités qui ressortent de mon texte.
Avant tout, occupons-nous du commandement.
Jésus-Christ l’a appelé, vous le savez, le second commandement.
" Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. "
Ce qui revient à dire : " Tu aimeras ton Dieu plus que toi-même "; voilà le premier commandement.
Et voici le second dont les exigences sont, à la vérité, un peu moindres, mais qui n’en est pas moins d’une prodigieuse élévation : " Tu aimeras ton prochain comme toi-même ".
Et d’abord, qui dois-je aimer ?
Mon prochain.
Par le mot prochain, nous devons entendre premièrement toute personne qui vit près de nous, et, par extension, tout membre, quel qu’il soit, de la grande famille humaine.
Dans son sens propre, ce mot signifie voisin ou proche, en sorte que celui-là est essentiellement mon prochain, qui vit, demeure ou se trouve près de moi.
Ainsi, par exemple, le pauvre blessé, gisant à demi-mort sur le chemin de Jéricho, était le prochain du bon samaritain et avait droit à sa compassion, par le seul fait qu’il se trouvait sur sa route. Aime donc ton prochain, ô mon frère.
Peut-être est-il riche, tandis que tu es pauvre.
Ne convoite pas ses richesses, et ne nourris dans ton cœur aucune pensée amère à son égard.
Quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, il y aura toujours inégalité de fortune parmi les hommes.
Sois content de ton sort, si tu ne peux l’améliorer ; surtout ne regarde pas ton prochain d’un œil d’envie ; ne souhaite pas de le voir réduit, comme toi, à la pauvreté.
Aime ton prochain, et alors tu ne saurais lui porter envie.
Et toi, riche de ce monde, ne méprise point ton voisin parce qu’il est d’une condition autre que la tienne.
Ne rougis point de l’appeler ton prochain ; ne rougis point de reconnaître que tout pauvre qu’il est, il a droit à ton amour.
Le monde l’appelle ton inférieur ; mais, je te prie, en quoi consiste cette infériorité ?
S’il n’est pas ton égal en position, il l’est en réalité. Dieu a fait naître d’un seul sang tout le genre humain (Actes 17 : 26).
Tu n’as pas plus de valeur que lui ! Il est homme ; et toi, qu’es-tu de plus ?
Il peut être un homme en haillons, mais un homme en haillons est toujours un homme, c’est-à-dire un être créé à l’image de Dieu ; et quand même tu serais un homme vêtu de pourpre, encore ne serais-tu, après tout, qu’un homme.
Ne manque donc pas d’aimer ton prochain, ô mon frère, et garde-toi de le mépriser, fût-il même tombé au dernier degré de l’échelle sociale.
Aime aussi ton prochain, quelles que puissent être ses convictions religieuses.
Tu crois que la fraction de l’Eglise à laquelle tu appartiens est la plus près de la vérité, et tu ne doutes ni de ton salut, ni de celui de tes amis qui pensent comme toi.
Ton prochain, lui, pense différemment. Sa religion, selon toi, est erronée et mensongère : aime-le malgré cela.
Que les divergences qui séparent vos opinions ne séparent point vos cœurs.
Peut-être a-t-il tort, peut-être a-t-il raison, je ne prétends point décider entre vous ; quoi qu’il en soit, je sais une chose ; c’est que celui-là pratique le mieux l’Evangile, qui aime le plus son prochain.
Mais il se peut que tu aies affaire à un homme qui n’ait pas de religion du tout.
Il insulte ton Dieu, il est sceptique et il s’en fait gloire.
N’importe ; tu dois l’aimer. Des paroles hautaines ne pourraient que l’éloigner davantage de la piété ; une conduite dure à son égard ne le disposerait pas à devenir chrétien. Aime-le, malgré son impiété.
Aussi bien, son péché n’est pas contre toi ; il est contre ton Dieu.
Or, ce Dieu, tu le sais, se charge lui-même de tirer vengeance des péchés commis contre lui : Laisse donc ton prochain entre les mains du juste juge ; mais, en attendant, si tu peux lui rendre service, lui témoigner de l’intérêt ou de la bienveillance, fais-le sans hésiter, fais-le de nuit ou de jour.
Et si tu établis quelque distinction entre lui et un autre, qu’elle soit plutôt en sa faveur qu’à son préjudice.
Que ta conduite toute entière lui dise clairement : " Parce que tu n’es pas de ma religion, parce que mon Dieu n’est pas ton Dieu, je veux chercher d’autant plus à t’être agréable, afin de te gagner, si je le puis, à la bonne cause.
Quoique tu sois un Samaritain hérétique et moi un Israélite orthodoxe, je te considère pourtant comme mon prochain, et je veux t’aimer, dans l’espérance que bientôt tu ne monteras plus à ton faux temple du Garizim, mais que tu viendras adorer Dieu avec moi dans son sanctuaire à Jérusalem. "
Oui, mon cher auditeur, aime ton prochain, je le répète, quoique sa religion soit autre que la tienne.
Tu dois l’aimer également, quoiqu’il te fasse concurrence et que ses intérêts soient opposés aux tiens.
C’est là une maxime qu’il serait difficile, je le sais, d’introduire à la Bourse ou dans les affaires ; néanmoins, c’est une maxime, industriels et commerçants, qu’il est de mon devoir de vous faire entendre.
Un jeune homme vient peut-être de se lancer dans une entreprise et vous craignez que, s’il réussit, il ne vous cause du dommage.
Gardez-vous surtout de rien faire ou de rien dire qui puisse porter atteinte à son honneur ou à son crédit.
Votre devoir est de l’aimer ; car bien qu’il soit votre compétiteur en affaires, il n’en est pas moins votre prochain.
Peut-être aussi un de vos confrères est-il votre débiteur. Si vous exigez le paiement de sa dette, vous le ruinez du coup ; si, au contraire, vous lui laissez la somme qu’il a entre ses mains, il pourra faire face à l’orage et sortir heureusement de la crise qu’il traverse.
Quel est votre devoir envers lui ?
Vous devez l’aimer comme vous vous aimez vous-même et agir envers lui comme vous voudriez qu’on agisse envers vous, si vous étiez placé dans les mêmes circonstances.
Quel que soit celui avec lequel tu entretiens des relations commerciales, souviens-toi donc, ô homme, qu’il est ton prochain.
La loi chrétienne ne t’exhorte pas simplement à ne le point haïr ; elle t’ordonne de l’aimer ; et quand même il entraverait tes projets, quand même il t’enlèverait ta clientèle, ton crédit, ou, ce qui est mille fois pire, ta réputation, - encore serais-tu obligé de l’aimer comme toi-même.
Cette loi n’admet point d’exception : Tu aimeras ton prochain.
Tu dois encore aimer ton prochain, ô mon frère, quoiqu’il t’afflige par son péché.
Souvent, n’est-il pas vrai ? Nos esprits se soulèvent, nos cœurs se serrent au-dedans de nous, en voyant les iniquités qui s’accomplissent dans les rues de nos grandes villes.
Nous voudrions pouvoir mettre au ban de la société, comme des malédictions vivantes, le pécheur scandaleux, le débauché, la femme de mauvaise vie…
Ce sentiment n’est pas bon, il n’est pas chrétien. Nous devons aimer les plus grands pécheurs, et loin d’en bannir aucun de la douce région de l’espérance, nous devons faire tous nos efforts pour les ramener au bien.
Mon prochain est-il un brigand, un menteur, un scélérat ?
Me baissant vers lui, je puis espérer de le relever en quelque mesure et de réveiller dans son âme ne fût-ce qu’une faible lueur de dignité morale ; je pèche si je ne le fais point, car le Seigneur m’ordonne de l’aimer comme je m’aime moi-même.
Oh ! Plût à Dieu que ce grand principe fût pleinement mis en pratique !
Mais, je vous le demande, mers chers auditeurs, en est-il ainsi ?
Non, vous n’aimez pas votre prochain ; vous savez que vous ne l’aimez pas !
C’est à peine si vous aimez les personnes qui viennent tous les dimanches invoquer le Seigneur avec vous dans le même lieu de culte : comment donc pourriez-vous songer à aimer ceux qui ne partagent pas vos croyances ?
Que dis-je ? C’est à peine (ô humiliant aveux !), c’est à peine si vous aimez ceux qui vous sont unis par les liens du sang, qui ont sucé le même lait que vous, ont grandi sous le même toit, ont eu part aux mêmes tendresses.
Si donc vous n’aimez pas vos amis eux-mêmes, est-il surprenant que vous n’aimiez pas vos ennemis ?
Que de familles, en effet, sont déchirées par des divisions intestines !
Que de frères en guerre contre leurs frères, de proches contre leurs proches !
Peut-être y a-t-il un homme dans cet auditoire qui, ce matin, avant de venir dans la maison de Dieu, a échangé des paroles amères avec un des siens.
Ah ! Mes chers auditeurs, si vous n’aimez pas ceux de votre famille, vous êtes pires que des païens et des infidèles !
Comment donc, encore une fois, pourrait-on s’attendre à ce que vous pratiquiez dans toute son étendue ce grand et solennel commandement : Tu aimeras ton prochain ?...
Mais que vous le pratiquiez ou non, mon devoir est de le prêcher hautement sans ménager les oreilles susceptibles de cette génération rebelle et contredisante.
Aussi je tiens à le redire en termes aussi clairs que possible : Mon texte nous impose l’obligation, d’abord, d’honorer et d’aimer tous les hommes, simplement parce qu’ils sont hommes ; puis d’aimer d’une façon particulière nos voisins, nos connaissances, toute personne, en un mot avec laquelle nous sommes en rapport ; et cela, non point à cause de sa position sociale ou en raison de ses qualités, mais simplement parce qu’elle est notre prochain, et parce que Dieu nous a dit : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
Mais quoi ?
Est-il bien vrai que je doive aimer mon prochain ?
Oui, je dois l’aimer.
Le mot est fort, j’en conviens, mais c’est celui dont le Sauveur a fait usage ; par conséquent, on ne saurait le remplacer.
" Eh bien ! Dira quelqu’un, à tout prendre, je crois que j’obéis à ce commandement. Je ne parle de personne en termes malveillants. Je n’ai jamais nui, que je sache, à la réputation de qui que ce soit.
" J’évite soigneusement de faire du tort à mes voisins.
" Même dans les affaires d’intérêt, je veille à ce que l’esprit mercantile n’étouffe pas en moi l’esprit de charité.
" Je cherche à être juste et poli envers tout le monde. "
Mon cher auditeur, jusque-là, c’est très bien, mais ce n’est point assez.
Il ne suffit pas, quand tu le rencontres sur ton chemin, que tu t’abstiennes de lui courir sus, ou quand il est retiré dans sa maison pour la nuit, que tu respectes son repos.
Le commandement de mon texte n’est pas négatif : il est positif.
Il nous dit, non ce qu’il ne faut pas faire, mais ce qu’il faut faire.
Il va sans dire que tu ne dois nuire en aucune façon à ton prochain ; parce que tu as accompli cette partie de ton devoir, ne te persuade pas avoir tout fait.
Tu dois l’aimer : voilà ce que Dieu demande de toi.
" Mais, dit un autre, non seulement je ne fais pas de mal à mon prochain, mais je cherche à lui faire du bien.
Lorsque mes voisins sont malades, je leur donne des marques d’intérêt ; s’ils sont dénués de toute ressource, je donne mon argent, afin qu’ils soient convenablement soignés. "
Tu fais bien, mon cher auditeur ; on ne peut assurément qu’approuver ta conduite ; toutefois, sache-le, tu peux donner, et pourtant ne pas aimer.
Souvent, j’ai vu une aumône jetée à un malheureux, à peu près comme un os est jeté à un chien, sans un seul atome de charité.
J’ai vu de l’argent donné à un pauvre avec beaucoup moins de civilité qu’on n’en met d’ordinaire pour présenter du foin à un cheval. " Allons ! Prenez cela, et allez-vous-en.
" Je suis bien fâché que vous soyez venu chez moi. Pourquoi ne vous adressez-vous pas à d’autres ?
" Vraiment, je ne sais où cela finira ; je suis assailli par des mendiants ! "
Voilà de quelles paroles la plupart des aumônes sont accompagnées ; puis, on ajoute, à part soi : " Il faut bien que je lui donne, je suppose, sans quoi on dirait que je suis avare !...
" Oh ! Mes amis, je vous le demande, est-ce là aimer son prochain ?
Est-ce là le moyen de s’en faire aimer ?
Si vous lui aviez parlé avec bonté, tout en lui refusant votre argent, il vous en aurait su plus de gré que de votre aumône donnée d’une façon si blessante.
Ô toi qui nourris le pauvre et qui visites le malade, non, tu n’as point obéi au commandement de mon texte, à moins que ton cœur n’ait donné l’impulsion à ta main, et que ta générosité soit la fidèle expression de l’intime charité de ton âme. " Tu aimeras ton prochain ".
Mais ici je prévois une interruption d’un autre genre.
" Prédicateur, me dira-t-on, avec la meilleure volonté du monde, je ne puis pas aimer mon prochain.
Peut-être pouvez-vous aimer le vôtre, parce qu’il est meilleur que le mien ; mais les personnes avec lesquelles j’ai affaire ont l’esprit si mal tourné, qu’en vérité on perd son temps à vouloir les aimer.
J’ai souvent essayé ; mais, à tous mes témoignages de bon vouloir et d’affection, elles n’ont répondu que par l’ingratitude, la froideur et l’insulte."
Eh bien !
Mon frère, ne te décourage pas ; aime-les toujours, et tu n’en seras que plus héroïque. Soldat faible, voudrais-tu donc n’avoir rien à souffrir dans la sainte guerre de l’amour ?
Sur ce terrain, sache-le, la victoire reste toujours au plus vaillant ; c’est pourquoi, quelque rudes que soient tes premiers pas dans la carrière, avance hardiment, avance sans te laisser rebuter par les obstacles, avance en aimant ton prochain envers et contre tout, en l’aimant, s’il le faut, malgré lui-même.
Amasse des charbons de feu sur sa tête.
Et, s’il est, par sa nature, difficile à contenter, ne t’en mets point en peine ; cherche, non à lui plaire, mais à plaire à ton Maître.
Et si ton affection est méprisée par les hommes, souviens-toi que ton Maître, lui, ne la méprise pas, mais que tout acte de charité et de dévouement, quoique méconnu par celui qui en est l’objet, n’en est pas moins agréable à ton miséricordieux Sauveur.
Tu aimeras ton prochain !
Le jour où ce commandement serait mis en pratique, toute colère, toute violence et toute animosité, disparaîtrait de la terre.
Qui n’est jamais en colère contre lui-même ?
Sans doute, dans un certain sens, tout homme sage l’est quelquefois ; pour ma part, j’avoue que je ferais bien peu de cas de celui qui, en présence, soit du mal qu’il sent dans son cœur, soit du mal qui se commet autour de lui, pourrait toujours conserver son sang-froid. Mais souviens-toi, ô homme ! Que tu n’as pas le droit de t’irriter contre ton frère plus que tu ne t’irrites contre toi-même.
Tu es parfois indigné de ta propre conduite, et tu peux t’indigner également de la sienne, s’il commet une mauvaise action.
Mais ta colère contre toi est de très courte durée, n’est-il pas vrai ?
Tu pardonnes bientôt, je n’en doute pas, à ta chère personne ; eh bien !
Tu dois, tout aussitôt, pardonner à ton prochain.
Si tu lui as dit quelques paroles trop vives, va et retire-les sur le champ, et si tu n’as fait que le reprendre selon la vérité, n’ajoute rien qui pourrait augmenter sa confusion.
Quand c’est nécessaire, proteste hardiment contre le péché, mais fais-le avec toute la charité possible. Ne sois pas plus raide qu’il ne faut.
Agis envers autrui comme tu agirais envers toi-même. Surtout, ne conserve aucune rancune.
Que le soleil ne se couche jamais sur ta colère.
Ce n’est qu’à ces conditions que tu pourras aimer ton prochain, car il est absolument impossible d’obéir aux paroles de mon texte en nourrissant dans son cœur la moindre pensée de ressentiment ou de vengeance.
Mais il y a plus.
Tu es tenu d’aimer ton prochain ; prends donc garde de ne pas le traiter avec indifférence.
Ne le néglige pas ; intéresse-toi à ce qui le concerne.
Peut-être est-il triste, ou malade, ou abattu ; une simple visite de ta part pourrait lui faire du bien ; mais, quoiqu’il habite près de chez toi, il ne t’envoie pas chercher, car, dit-il " Je ne veux importuner personne ".
C’est donc à toi, mon cher auditeur, qu’il appartient de rechercher la souffrance de ton frère.
Les personnes les plus dignes d’égards sont celles qui en sollicitent le moins.
La pauvreté la plus digne de respect est celle qui ne demande pas la pitié.
N’attends pas qu’on vienne s’informer de la détresse de tes voisins, mais sois le premier à la découvrir, et, autant qu’il te sera possible, viens en aide à chacun, selon ses besoins.
Et lorsque tu vas voir un pauvre, chez lui, ne prends pas, je t’en supplie, cet air de condescendance hautaine que revêt trop souvent la charité ; vas-y, non comme si tu étais quelque créature d’un ordre supérieur qui se prépare à octroyer un bienfait, mais comme un frère qui vient s’acquitter envers son frère d’une dette à laquelle la nature et l’Evangile lui donnent des droits sacrés.
Assieds-toi à son côté, parle-lui, témoigne-lui de l’affection.
Et si tu as affaire à un homme aux sentiments fiers et élevés, agis à son égard avec beaucoup de prudence ; garde-toi bien de lui donner ouvertement une aumône, mais assiste-le d’une manière détournée, de peur que tu n’affliges son esprit en voulant le soulager, et que tu ne le blesses avec la boîte même de parfum dont tu avais l’intention d’oindre sa tête.
Ne lui fais pas de la peine par ta maladresse ; respecte sa susceptibilité.
Laisse ton offrande sans rien dire, et il oubliera bientôt ce qu’il y a de pénible à recevoir, mais il se souviendra toujours de ta bonté et de ta sympathie.
Il me serait impossible, vous le comprenez, mes chers amis, d’entrer dans tous les développements qu’exigerait le vaste sujet qui nous occupe.
Je me bornerai donc à observer que l’amour du prochain réduit aussi à néant tout péché qui ressemble à la convoitise, à l’envie ou à la malveillance.
Il nous dispose en tout temps à rendre à nos semblables toute sortes de bons offices, à leur pardonner tout le mal qu’ils peuvent nous faire, et à consentir même à leur servir en quelque sorte de marchepied, si par là nous pouvons leur prouver que nous sommes de vrais disciples du Seigneur Jésus.
" Mais, en fin de compte, objectera peut-être quelqu’un, je ne vois pas que je sois tenu de toujours pardonner.
" Il y a chez toute créature vivante un irrésistible instinct qui la porte à se révolter contre celui qui l’opprime.
" Voyez le ver lui-même : Ne se redresse-t-il pas sous le pied qui l’écrase ?...
" Prends-tu donc un ver pour modèle, mon cher auditeur ?
" Oui, un ver se redresse, mais un chrétien supporte.
Amère dérision, en vérité, de me proposer un ver pour exemple, tandis que j’ai Christ pour modèle !
Jésus-Christ a supporté.
Quand on lui disait des insultes, il n’en rendait point.
Quand on le crucifia, quand on le cloua sur le bois maudit, il s’écria : " Père pardonne-leur ! "
Oh ! Chrétien, imite ton Sauveur dans son incomparable charité.
Qu’un amour invincible, un amour à toute épreuve, un amour si puissant que beaucoup d’eaux ne pourraient l’éteindre et que les fleuves mêmes ne pourraient le noyer (Cantiques des Cantiques 8 :7), qu’un tel amour habite dans ton cœur. Tu aimeras ton prochain.
Et maintenant, il nous reste à examiner quelle doit être la mesure de cet amour.
Plût au ciel que telle grande dame aime son prochain autant qu’elle aime son épagneul !
Plût au ciel que certains riches propriétaires s’intéressent autant à leurs semblables qu’à leurs chevaux ou à leur meute de chiens !
Très sérieusement, mes chers amis, je crois que l’amour fraternel serait en grand progrès parmi nous, si chacun voulait consentir à accorder à ses voisins une aussi grande part dans son affection que celle qu’il accorde à un animal favori.
Mais quoi ?
N’est-ce pas ravaler l’amour du prochain que de le réduire à un tel niveau ?
Oui, sans doute, et pourtant, je le crains fort, ce niveau est bien supérieur à celui que la plupart d’entre vous lui avez donné jusqu’ici.
N’est-il pas vrai que vous aimez vos frères beaucoup moins que vos champs, votre maison ou votre bourse ?
Qu’elle est donc élevée, qu’elle est donc sublime, la règle d’or de l’Evangile : " Tu aimeras ton prochain comme toi-même ! "
Ici, une question se présente : Combien les hommes s’aiment-ils eux-mêmes ?
Je réponds : " Aucun, trop peu ; la plupart, trop.
" Tu peux t’aimer autant qu’il te plaira, mon cher auditeur, mais à la condition que tu aimes ton prochain dans la même mesure.
" Je suis assuré qu’il n’est nullement nécessaire de t’exhorter à t’aimer toi-même.
" Ton bien-être, tes affaires, ta santé, forment, je n’en doute pas, le principal objet de ta sollicitude. Tu ne négligeras rien, j’en suis parfaitement sûr, pour garnir ton nid d’un moelleux duvet, afin de le rendre aussi doux que possible.
" Il serait superflu, je le répète, de t’exhorter à chérir ta propre personne : tu n’as rien à apprendre à cet égard.
Comme donc tu t’aimes toi-même, ainsi aime ton prochain.
Et n’oublie pas que ce mot de prochain est d’une largeur infinie ; n’oublie pas qu’il embrasse tous les rangs de la société, qu’il comprend même ton ennemi, celui dont tu as le plus à te plaindre.
Oh ! Quelle révolution radicale s’accomplirait dans le monde si ce grand principe de l’amour fraternel avait force de loi parmi les hommes !
Quel puissant levier serait cette simple parole du Sauveur : Tu aimeras ton prochain comme toi-même, pour renverser de fond en comble une foule d’abus et de préjugés qui sont passés dans nos mœurs !
Dans nos sociétés civilisées, quoi qu’on en dise, il règne un esprit de caste presque aussi tranché qu’aux Indes.
Monseigneur regarde avec dédain quiconque n’est pas son égal en dignité, et celui qui le suit dans la hiérarchie sociale considère l’industriel ou le commerçant comme des êtres d’un ordre subalterne.
Le commerçant à son tour regarde le travailleur comme infiniment au-dessous de lui, et il n’est pas jusqu’aux diverses catégories d’ouvriers qui ne se piquent d’une certaine supériorité les uns sur les autres.
Oh ! Quand donc luira le jour où ces absurdes préjugés s’écrouleront tous ensemble ; où l’humanité, sentant enfin qu’un même sang circule dans ses veines, ne formera plus qu’une grande famille ; où chacun aimera son frère, et où toutes les classes de la société comprendront qu’elles sont dépendantes les unes des autres !
Mais, en attendant ce jour béni, travaillons chacun pour son propre compte à nous pénétrer de l’esprit de mon texte, et à nous dépouiller de plus en plus de ce misérable orgueil dont les meilleurs mêmes ne sont pas exempts.
Ô vous, ma sœur, si bien habillée, peut-être vous êtes-vous assise souvent, ici même, dans la maison de Dieu, à côté d’une pauvre femme, vêtue, il est vrai, sans aucun chic, mais qui n’en est pas moins une enfant de Dieu.
Lui avez-vous jamais parlé ? Non, jamais.
Et pourquoi cela ? Voulez-vous que je vous le dise ?
Parce qu’il se trouve que vous avez plus de francs à dépenser par jour qu’elle, la pauvre femme, n’a de centimes !...
Et vous, Monsieur le Comte, vous entrez dans cette église, la tête haute, vous attendant à ce que chacun vous témoigne le plus grand respect.
Et, en effet, vous avez droit à notre respect, car vous êtes un homme ; or, le même passage qui nous dit : " Honorez le roi ", nous dit aussi : " Honorez tout le monde. " (1 Pierre 2 : 17).
Nous sommes donc tenus de nous honorer mutuellement.
Mais quant à vous, tout en croyant que plus que personne vous êtes digne de la vénération publique, que Votre Seigneurie me permette de lui dire qu’elle serait bien plus grande aux yeux des autres, si elle l’était un peu moins à ses propres yeux.
Béni soit notre Père céleste, béni soit le Seigneur Jésus, de nous avoir donné ce commandement, car, je le répète, une ère de bonheur se lèvera sur le monde quand ces paroles seront accomplies à la lettre : " Tu aimeras ton prochain comme toi-même. "
Et maintenant, mes chers auditeurs, je désire vous indiquer quelques-uns des motifs qui doivent vous porter à obéir à ce commandement.
Le premier, le plus puissant des motifs, est celui-ci : nous devons aimer notre prochain, parce que Dieu nous le commande.
Pour le chrétien, il n’est pas d’argument aussi fort que ces simples mots : " Dieu l’a dit "
La volonté de Dieu est la loi du croyant. Il ne demande pas :
Que gagnerai-je en agissant ainsi ?
Que dira l’Eglise ?
Que dira le monde ?
Il se demande simplement : " Est-ce la volonté de mon Père ? "
Puis, cette question une fois résolue, il s’écrie : " Ô Esprit Saint ! Donne-moi d’obéir, non à cause des avantages qui peuvent résulter de mon obéissance, mais uniquement parce que tu as parlé ! "
Oui, c’est le privilège, c’est la gloire du chrétien, de faire la volonté de Dieu, en obéissant à la voix de sa Parole (Psaumes 103 : 20).
Mais, je le sais, ce motif, tout-puissant pour le chrétien, est de nulle valeur pour les gens du monde.
En voici un autre, d’une nature toute différente, qui aura probablement plus de poids auprès d’eux.
Nous devons aimer notre prochain dans notre propre intérêt. Au premier abord, il faut en convenir, ceci à l’air d’un paradoxe. Ne semble-t-il pas, en effet, qu’en nous encourageant à aimer les autres, l’égoïsme se donnerait, pour ainsi dire, la mort de ses propres mains ?
Et cependant, pour peu qu’il fût intelligent, je soutiens que l’égoïsme lui-même nous tiendrait ce langage : " Ego, aime ton prochain, car alors ton prochain t’aimera.
Ego, aide ton prochain, car alors ton prochain t’aidera. Fais-toi des amis, ô Ego, avec tes richesses iniques, afin que lorsque tu seras dans le besoin, ils te reçoivent dans les tabernacles éternels. (Allusion à Luc 16 : 19).
Ego, tu recherches tes aises : le meilleur moyen de te les procurer, c’est de bien traiter ceux avec qui tu as affaire.
Ego, tu recherches le plaisir, les jouissances : tu ne pourras jouir de rien si ceux qui t’entourent te haïssent.
Efforce-toi donc de te concilier leurs bonnes grâces, et ainsi, ô cher Ego, tu seras heureux." Egoïstes !
Profitez de ces sages conseils de votre maître, et puissiez-vous devenir assez logiquement, assez judicieusement égoïstes pour témoigner à vos voisins des égards et de la bonté.
Le plus court chemin pour arriver au bonheur, c’est de rendre les autres heureux.
Le monde est bien mauvais, mais il ne l’est pas assez pour être complètement insensible à la puissance de la bonté et de l’amour.
Pour ma part, si je désirais obtenir la plus grande somme de bonheur possible, je ne demanderais point à la terre son luxe et ses richesses, ni aux plaisirs des sens leurs joies et leurs voluptés :
Toute mon ambition consisterait à me sentir entouré d’êtres aimés et aimants, et à pouvoir me dire que partout où je vais, je répands l’allégresse.
Oui, c’est là le vrai moyen d’être heureux soi-même.
Ainsi donc, mon cher auditeur, tu vois que ton intérêt, bien entendu, doit te porter à aimer les autres, car, par le fait, en les aimant, tu travailles à ton propre bonheur ; tant il est vrai qu’entre ton prochain et toi, il existe une si étroite solidarité, que le courant d’affection, qui découle de ton cœur vers lui, refluera tôt ou tard vers toi.
Mais je ne me suis arrêté que trop longtemps à un motif aussi misérable que celui-là.
Il est indigne d’un chrétien, il est indigne même de tout homme généreux !
Aimez votre prochain, vous dirai-je encore, parce que c’est le moyen de faire du bien dans le monde.
Vous êtes philanthropes ; vous vous intéressez à tout ce qui se fait pour soulager ou améliorer l’humanité ; vous donnez de l’argent aux sociétés de missions, aux orphelinats et aux institutions charitables.
Sans doute, toutes ces œuvres sont excellentes : Dieu me garde de les déprécier en aucune manière !
Mais tout excellentes qu’elles sont, je me demande souvent si elles ne nuisent pas en quelque mesure aux efforts individuels des chrétiens, et si elles n’encouragent point notre paresse naturelle, dans ce sens que nous nous croyons autorisés à nous décharger sur elles moyennant une légère contribution, du devoir de faire du bien à nos semblables.
Encore une fois, qu’on ne se méprenne point sur le sens de mes paroles.
Je ne médis nullement de nos sociétés religieuses ; je vous exhorte, au contraire, à les soutenir autant qu’il vous sera possible ; seulement, voici ce que je vous dis, mes bien-aimés : Si vous désirez réellement le bien de l’humanité, ne vous contentez pas d’y concourir, en quelque sorte, par procuration, mais mettez vous-mêmes la main à l’œuvre.
N’ayez pas constamment recours à ces intermédiaires pour témoigner à votre prochain que vous l’aimez.
Soyez vous-mêmes les distributeurs de vos aumônes ; nourrissez ceux qui ont faim, visitez les malades, recueillez même l’orphelin dans votre maison.
De la sorte, n’en doutez pas, vous travaillerez efficacement au bien de la société.
Chers amis, souvenez-vous qu’il n’est pas de plus sûr moyen d’améliorer le monde, que d’être bon.
Etes-vous ministre de l’Evangile ?
Annoncez la vérité d’un ton bourru et grondeur : Vous aurez bientôt une Eglise où l’on haïra la religion.
Etes-vous moniteur dans une école du dimanche ?
Instruisez vos élèves en fronçant le sourcil : Vous verrez quel profit ils retireront de vos leçons.
Etes-vous chef de famille et célébrez-vous le culte chez vous ?
Mettez-vous en colère et, après cela, dites : " Prions Dieu ", quelle grande dévotion vous provoquerez dans le cœur de vos proches !
Vous avez de pauvres gens autour de vous ; vous voudriez les relever, les éclairer.
Allez les voir, et tancez-les vertement sur la malpropreté de leurs demeures, sur l’état d’abaissement moral dans lequel ils sont plongés : Bon moyen, en vérité, de les engager à profiter de vos conseils !
Essayez plutôt un tout autre système.
Laissez là, croyez-moi, le front dur et le regard sévère ; oignez votre visage de l’huile parfumée de la bienveillance, et, le sourire aux lèvres allez vers votre prochain en lui disant :
" Je vous aime. Je ne fais pas de grandes phrases sur la fraternité, mais vous pouvez compter sur moi, et, autant qu’il me sera possible, je vous prouverai mon affection. "
Voyons : Que puis-je faire pour vous ? Quel service puis-je vous rendre ?
Puis-je vous aider à franchir un mauvais pas ? Vous secourir dans un moment difficile ?
Vous encourager quand vous êtes abattu ?
Il me semble que je pourrais m’occuper de votre petite fille ou envoyer le médecin à votre femme qui est malade. "
Pratiqué sur une large échelle, un tel système de bienveillance et de bons procédés ferait plus, j’en suis convaincu, pour le relèvement moral des masses, que tout ce grand déploiement de rigueur par lequel on cherche à les contenir.
Vos gibets et vos échafauds n’ont point amélioré le monde.
Pendez les hommes autant qu’il vous plaira ; vous n’en serez pas plus avancés.
La corde n’a jamais moralisé personne, et ne le fera jamais. A mon avis, la peine de mort n’est point une nécessité.
Encore une fois, traitez votre prochain avec compassion, traitez-le avec amour, et, moyennant la bénédiction de Dieu, vous verrez qu’il n’est pas de loup, sous les traits d’un homme, dont le cœur ne s’attendrisse pas sous l’effet de la sainte chaleur de la charité.
Je vous le dis donc, mes bien-aimés, dans l’intérêt de l’humanité, aimez votre prochain. Aimez-le aussi, vous souvenant que par votre manque d’affection, vous pouvez augmenter sa part de souffrance.
Il est dans le monde bien des misères dont nous ne soupçonnons pas l’existence. Souvent, nous avons adressé de dures paroles à de pauvres âmes désolées ; nous ne l’aurions point fait si nous avions connu leur souffrance, mais notre ignorance ne nous excuse pas, car nous aurions dû la connaître.
Car qui est responsable de notre ignorance, si ce n’est nous-même ?
Notre devoir n’est-il pas, avant de prendre une décision, de questionner celui qui nous demande un service, et de prendre des renseignements sur son compte ?
" Ce n’est point ainsi que se traitent les affaires ", me répondez-vous.
C’est possible, mais c’est ainsi qu’un chrétien devrait les traiter.
Périssent vos affaires si elles vous obligent à vous conduire en enfant du diable et non enfant de Dieu !
Si vous faites profession de piété, cherchez à servir Dieu, même dans vos affaires, et n’oubliez pas qu’il vous a dit : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
Oh ! Plût à Dieu que j’obéisse toujours moi-même à ce commandement, et que je puisse le faire pénétrer dans le cœur de tous ceux qui m’écoutent !
Le dernier argument dont je ferai usage s’applique exclusivement aux enfants de Dieu.
Chrétiens, mes frères, leur dirai-je, vous devez aimer votre prochain, parce que Christ vous a aimés.
Il vous a aimés le premier. Il vous a aimés quand il n’y avait rien en vous qui fût aimable.
Il vous a aimés quoique vous l’eussiez méconnu, méprisé, insulté.
Il vous a aimés avec persévérance, il vous aime d’un amour éternel.
Il vous a aimés dans vos chutes, il vous a aimés dans vos relèvements.
Il vous a aimés malgré vos péchés, vos ingratitudes et vos folies.
Son cœur aimant n’a jamais changé, et il a répandu tout le sang de ses veines pour vous prouver son amour.
Il vous donne ici-bas tout ce dont vous avez besoin, et vous prépare dans les cieux une habitation éternelle.
O chrétiens, la religion que vous professez exige que vous aimiez comme votre Maître a aimé.
Il vous a dit, vous le savez : Je vous laisse un exemple, afin que vous suiviez mes traces.
Or, comment pourriez-vous suivre ses traces, à moins que vous n’aimiez ?
Rachetés de Christ, si vous n’aimiez pas votre prochain, en vérité, je ne sais comment il serait possible que vous fussiez les vrais disciples de votre Seigneur.
Et, maintenant, il ne me reste plus qu’à vous faire remarquer, très sommairement, quelques-unes des importantes vérités qui ressortent de mon texte.
La première, c’est que nous sommes tous coupables.
En effet, mes bien-aimés, devant ce commandement, qui de nous ne se sent condamné par sa conscience ?
Puisque la loi de Dieu m’ordonne d’aimer mon prochain, du haut de cette chaire, moi, tout le premier, je dois confesser mon péché !
Hier soir, vous le dirai-je ? En méditant sur ce texte, j’ai versé des larmes amères au souvenir de tant de paroles dures qui se sont échappées de mes lèvres, de tant d’occasions de faire le bien dont je n’ai pas profité.
J’ai cherché à m’humilier sincèrement devant Dieu, et je suis assuré qu’il n’est personne dans cet auditoire qui ne sentît le besoin de s’humilier avec moi, si la parole de mon texte était appliquée à son âme, par la puissance de l’Esprit de Dieu.
Oui, nous sommes tous coupables !
O vous, les plus tendres des cœurs, les plus charitables des âmes, dites, n’êtes-vous pas forcés, chacun pour son propre compte, de vous joindre à ce triste aveu ?
Et ceci nous suggère naturellement une seconde remarque. Si tout le monde a violé ce commandement, qui peut espérer d’être sauvé par ses propres mérites ? Y a-t-il quelqu’un qui, pendant toute sa vie, ait aimé son prochain de tout son cœur ?
Si un tel homme existe, il sera certainement sauvé par ses œuvres, à condition toutefois qu’il n’ait pas enfreint non plus les autres commandements.
Mais si vous n’avez pas aimé vos semblables (et vous savez que vous ne l’avez point fait), écoutez la sentence de la loi : L’âme qui péchera sera celle qui mourra.
N’espérez donc pas être sauvé par les ordonnances de la loi. Quiconque se confie dans la loi périra par la loi.
Oh ! Combien ceci est propre à me faire aimer l’Evangile !
Si j’ai transgressé le commandement de mon texte, et je l’ai fait ; si, d’un autre côté, je ne puis entrer au ciel sans y avoir parfaitement obéi, précieux à mon âme est ce Sauveur plein d’amour qui peut laver tous mes péchés dans son sang !
Cher à mon cœur est celui qui veut bien me pardonner mon manque de charité, mon peu de dévouement, ma rudesse et mon égoïsme ; jeter un voile sur toutes mes paroles acerbes, sur mes médisances, sur mon étroitesse, sur ma dureté, et qui, malgré tous mes péchés, me donnera enfin une place dans le ciel, grâce à son sacrifice expiatoire !
Mes chers amis, vous êtes tous pécheurs ; si vous l’aviez ignoré jusqu’à ce jour, l’examen que nous venons de faire a sûrement dû vous convaincre de cette triste vérité.
C’est donc comme à des pécheurs que je viens vous annoncer l’Evangile.
Quiconque croira au Seigneur Jésus sera sauvé.
Et non seulement Dieu pardonnera le pécheur, mais il mettra en lui un nouveau cœur et un esprit droit, en sorte qu’il sera rendu capable à l’avenir d’observer mieux qu’avant la loi de son Père céleste, et qu’il recevra un jour dans la vie éternelle la couronne incorruptible de gloire.
Plus qu’un mot. Je ne sais si, dans quelques parties de mon discours, j’ai paru m’adresser personnellement à l’un de vous. Je l’espère.
En tout cas, c’était mon désir et mon intention.
Je sais qu’il y a beaucoup de gens dans le monde, qui à moins qu’on ne fasse des habits tout exprès pour eux, ne veulent pas les porter : j’ai donc essayé de leur en tailler exactement à leur mesure, afin qu’ils n’aient aucune excuse pour ne pas s’en vêtir.
Si, au lieu de vous écrier : " Comme ce sermon s’appliquait bien à mon voisin ! ", vous consentez à vous dire : " Comme il s’appliquait bien à moi ! ", j’espère qu’avec l’aide de Dieu, mes exhortations ne resteront pas sans fruit.
Et, si quelque personne disait avec dédain, en sortant de cette enceinte : " On ne nous a prêché aujourd’hui que le légalisme ! ", que cette personne reçoive l’assurance de mon affection, mais qu’elle me permette en même temps de lui dire que son opinion me touche peu.
Mon Sauveur a prêché la morale et je veux suivre son exemple. Je crois qu’il est bon de souvent rappeler aux chrétiens que leur foi doit se montrer par leurs œuvres, et, aux mondains, que les œuvres sont la conséquence de la foi.
Je crois que le ministre de Christ est tenu d’élever devant tous le plus parfait idéal de l’amour, de la bonté et de la sainteté, et de ne jamais souffrir que cet idéal soit rabaissé ou amoindri.
Que Dieu vous bénisse tous, mes bien-aimés, et qu’il soit avec vous, pour l’amour de Jésus. Amen.
Pour les chrétiens attiédis - Sermons de MOODY
La repentance et ses fruits
(Actes 17 : 30)
La repentance est l’une des doctrines fondamentales de la Bible, mais c’est aussi l’une des plus mal comprises. Les définitions qu’on en donne généralement sont bien étranges et bien erronées.
Personne n’est prêt à recevoir et à croire l’Evangile, à moins d’être prêt aussi à se repentir de ses péchés et à s’en détourner.
Avant de rencontrer Jésus, Jean-Baptiste n’avait qu’un seul discours : " Repentez-vous ; car le royaume des cieux est proche " (Matthieu 3 : 2).
Mais s’il avait continué à répéter cette parole, sans jamais montrer au peuple " l’Agneau de Dieu ", son œuvre eût été très imparfaite.
Quand Jésus parut, il s’empara de la même déclaration : " Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche " (Matthieu 4 : 17).
Et quand Il envoya ses disciples pour prêcher, ce fut avec le même message : " Ils prêchèrent qu’on se repentît " (Marc 6 : 12).
Après qu’Il eut été glorifié, quand le Saint-Esprit fut envoyé du ciel, nous retrouvons Pierre, au jour de la Pentecôte, faisant entendre le même cri : " Repentez-vous ! ".
Et ce fut cette prédication – la repentance et la foi de l’Evangile – qui produisit de si merveilleux résultats (Actes 2 : 38 à 47).
Avant que je dise ce qu’est la repentance, j’expliquerai brièvement ce qu’elle n’est pas.
La repentance n’est pas la crainte.
Bien des gens confondent ces deux choses. Ils s’imaginent qu’ils doivent être alarmés, terrifiés ; ils attendent qu’une sorte de frayeur s’empare d’eux.
Mais il y a des multitudes de gens alarmés qui ne se repentent pas.
Que de matelots, dans la tempête, crient miséricorde à Dieu, pour recommencer, une fois la peur passée, à jurer et à se mal conduire !
Ce n’était pas la repentance, mais la peur qui les faisait crier.
La repentance n’est pas non plus une impression.
Bien des gens s’attendent à éprouver une émotion extraordinaire ; ils voudraient se donner à Dieu, mais ils n’osent le faire avant de l’avoir ressentie.
A Baltimore, je prêchais chaque dimanche à 900 criminels dans la maison de force.
Il n’y avait pas un seul homme, dans cet auditoire, qui ne se sentit misérable ; pendant la première semaine de leur séjour dans la prison, ils avaient tous passé la moitié du temps à pleurer.
Pourtant, si on leur eût donné la liberté, la plupart seraient retournés à leurs mauvaises actions.
Au fond, ils se sentaient malheureux parce qu’ils avaient été pris, voilà tout.
La repentance n’est pas davantage le jeûne et la macération.
Un homme peut jeûner pendant des mois et des années, et loin d’abandonner son péché, faire de ses pénitences une raison pour persévérer dans le mal.
La repentance n’est pas le remords.
Judas eut des remords, il en eut de si terribles qu’ils le poussèrent au suicide : Cependant il ne s’était pas repenti.
Je crois que, s’il fût revenu vers son Maître, s’il se fût jeté à ses pieds et lui eût demandé grâce, il eût été pardonné.
Au lieu de cela, il alla vers les prêtres, puis il se pendit.
Toutes les pénitences du monde n’impliquent pas la vraie repentance.
Souvenez-vous bien que vous ne pouvez payer les péchés de votre âme avec les douleurs de votre chair.
Chassez cette dangereuse et coupable illusion.
La repentance n’est pas la conviction du péché.
Cela peut paraître étrange, mais ce n’est que trop vrai.
J’ai vu des hommes si profondément convaincus de leur péché qu’ils n’en pouvaient dormir, ni manger, ni boire. Ils restaient des mois entiers dans cet état, mais ne se convertissaient pas.
Prier n’est pas se repentir.
Cela aussi peut paraître étrange, et pourtant bien des gens, désireux d’être sauvés, se confient vainement dans leurs prières et dans la lecture de la Bible, s’imaginant que cela tient lieu de repentance.
On peut crier à Dieu et ne s’être point converti.
Renoncer à un péché particulier, ce n’est pas non plus un indice suffisant de repentance.
Bien des gens commettent cette erreur.
Un ivrogne cessera de boire, et s’imaginera être sauvé, mais ils se trompe.
Renoncer à un péché, c’est couper une seule branche de l’arbre quand l’arbre tout entier doit être arraché.
Supposez que je sois à bord d’un navire, et que j’y découvre soudain trois ou quatre voies d’eau.
Si j’en bouche une seule, cela n’empêchera pas le navire de sombrer.
Qu’est-ce donc, me demanderez-vous, que la repentance ?
Je vous en donnerai la définition en langage militaire : C’est ce que les soldats appellent un
" Demi-tour à droite. "
C’est changer absolument de direction ; c’est marcher dans le sens opposé à celui que l’on a suivi : " Retournez-vous, retournez-vous, car pourquoi mourriez-vous ? ".
Peu importe qu’un homme soit heureux ou malheureux dans le péché, qu’il en souffre ou n’en souffre pas : s’il ne s’en détourne, Dieu ne peut lui faire grâce.
La repentance, c’est un changement d’esprit ou de détermination.
Prenons pour exemple cette parabole, racontée par Christ : " Un homme avait deux fils ; il vint au premier et lui dit : Mon fils, va travailler aujourd’hui dans ma vigne. Mais il répondit : " Je n’y veux point aller ". (Matthieu 21 : 28 et 32).
Après qu’il eût dit non, il réfléchit et changea d’avis.
Peut-être se dit-il : " je n’ai pas parlé respectueusement à mon père. Il m’a demandé d’aller travailler et j’ai refusé ; j’ai eu tort ".
Mais supposez qu’il eût ainsi parlé et s’en fut tenu là ; il ne se serait pas repenti. Non seulement il demeura convaincu qu’il avait tort, mais il s’en alla aussitôt aux champs pour labourer.
Voilà comment Christ Lui-même définit la repentance.
Si quelqu’un dit : " Par la grâce de Dieu, j’abandonne mon péché et je ferai désormais sa volonté ", celui-là se repent ; c’est la véritable conversion.
Peut-on se repentir sur le champ ?
Certainement. Il ne faut pas six mois pour changer d’avis.
Il y a un moment, dans la vie de tout homme, où il peut s’arrêter et dire : " Par la grâce de Dieu, je n’irai pas plus loin sur le chemin de la mort éternelle. Je me repens de mes péchés et je m’en détourne ".
S’il laisse passer ce moment-là, il peut être trop tard.
N’attendez pas de sentir vivement vos péchés ; si vous êtes convaincus d’être dans la mauvaise voie, cela suffit ; détournez-vous aussitôt, c’est la vraie repentance, et c’est le salut.
Tous les exemples de conversions qui se trouvent dans la Bible sont des conversions instantanées.
La repentance et la foi viennent, le plus souvent, soudainement.
Au moment où un homme se décide, Dieu lui donne la force ; Il ne lui demande pas de faire l’impossible. A l’homme le vouloir, à Dieu le pouvoir.
Il ne commanderait pas à " tous les hommes de se repentir " s’ils en étaient incapables.
Ceux qui ne se repentent pas et ne croient pas à l’Evangile ne pourront blâmer qu’eux-mêmes.
La vraie repentance doit porter des fruits. Si nous avons fait tort à quelqu’un, nous ne pouvons demander à Dieu de nous pardonner avant d’avoir réparé le mal.
Un vol de confiance
Un soir que j’évangélisais dans une ville, je fus abordé après la réunion par un homme de belle apparence.
Il était dans une grande angoisse.
" Voici le fait, me dit-il, je suis un voleur. J’ai pris de l’argent à mes patrons. Comment puis-je devenir chrétien, sans rendre cet argent-là ?
– Avez-vous la somme ? " lui demandai-je.
– Il me répondit qu’il ne l’avait pas tout entière : il avait dérobé 7.500 francs, et il ne lui en restait plus que 4.750.
Il me dit : " Ne pensez-vous pas qu’avec cet argent, je pourrais faire des affaires, et gagner ainsi de quoi rendre la somme entière ? "
Je lui répondis que c’était là une mauvaise pensée ; qu’il ne pouvait s’attendre à prospérer avec de l’argent volé ; qu’il lui fallait rendre tout ce qui lui restait, et demander pardon à ses maîtres.
" Mais ils me mettront en prison, répondit-il ; ne pouvez-vous m’aider ?
– Non, il faut rendre l’argent avant que vous ne puissiez attendre aucun secours de Dieu.
– C’est bien dur, reprit-il.
– Très dur, répondis-je, mais c’est la conséquence inévitable d’une grande faute. "
Le fardeau devint si lourd qu’il n’y put tenir.
Il me remit l’argent – 4.750 francs et quelques centimes – et me demanda de le rapporter à ses patrons.
Le soir suivant, les deux négociants et moi, nous nous rencontrâmes dans une chambre attenante à l’église.
Je mis l’argent devant eux et je les informai qu’il venait de l’un de leurs employés.
Je leur racontai l’histoire, je leur dis que ce dont cet homme avait besoin, c’était de miséricorde et non de justice.
Les larmes coulèrent sur les visages de ces deux hommes, et ils me dirent : " Certes, nous serions heureux de lui pardonner ".
Je descendis pour aller le chercher.
Après qu’il eut confessé sa faute et reçu son pardon, nous nous mîmes tous quatre à genoux, et nous eûmes une réunion de prière bénis.
Dieu se trouvait au milieu de nous.
L’incendiaire
Après une de mes prédications, un homme s’approcha de moi : " Voyez, me dit-il, mes cheveux sont gris et je n’ai que 32 ans. Il y a 12 ans que je porte un terrible fardeau.
– Quel est-il ? lui demandai-je.
– Mon père mourut et laissa ma mère seule avec moi, n’ayant qu’une petite imprimerie pour toute fortune.
Après sa mort, le petit journal que nous imprimions commença à baisser ; et je vis ma mère descendre peu à peu dans la misère.
La maison et le journal étaient assurés pour 5.000 francs.
J’avais vingt ans.
Je mis le feu à la maison, je touchai les 5.000 francs et les donnai à ma mère.
Il y a 12 ans que le souvenir de ce crime me hante.
J’ai essayé de le noyer dans les plaisirs ; j’ai blasphémé, j’ai cherché à devenir incrédule, j’ai voulu me prouver à moi-même que la Bible n’est pas vraie, j’ai tout fait, sans parvenir à faire cesser mes tourments ".
Je lui dis : " Il y a un moyen de sortir de là.
– Lequel ? me demanda-t-il.
– Restituez. Asseyons-nous et calculons l’intérêt de ces 5.000 francs, et vous payerez cette somme à la compagnie d’assurances ".
Vous auriez eu du plaisir à voir le visage de cet homme s’illuminer, lorsqu’il s’aperçut qu’il y avait espoir pour lui.
Souvenez-vous que maintenant est le seul instant favorable pour vous repentir.
Maintenant vous pouvez voir tous vos péchés effacés.
Dieu veut vous pardonner ; Il cherche à vous ramener à Lui.
Mais la Bible enseigne clairement qu’il n’y a point de repentir après cette vie.
Certains docteurs prétendent qu’il est possible d’être sauvé au-delà du tombeau ; je ne vois pas cela dans l’Ecriture.
J’ai sondé soigneusement ma Bible et je n’ai pu y trouver un seul texte m’autorisant à croire qu’il y ait au-delà de la tombe d’autres occasions de salut.
Et pourquoi nous faudrait-il plus de temps que Dieu ne nous en donne ?
A cet instant même, si vous le voulez, vous pouvez vous détourner de vos péchés.
" Je ne désire pas la mort de celui qui meurt, dit le Seigneur, l’Eternel. Convertissez-vous donc, et vivez ! " (Ezéchiel 18 : 32).
Pour les chrétiens attiédis
(Osée 14 : 4)
Rien n’est meilleur pour ces chrétiens-là que d’être ramenés à la parole de Dieu.
Il ne faut pas oublier que, dans ce cas, l’Ancien Testament est aussi important que le Nouveau.
Le livre de Jérémie est particulièrement éloquent et touchera le cœur de bien des chrétiens qui ont oublié ce que le Seigneur a fait pour eux.
Prenez Jérémie 6 : 10 : " A qui parlerai-je et qui sommerai-je, afin qu’ils m’écoutent ? Voici, leur oreille est incirconcise et ils ne peuvent pas entendre, voici, ils méprisent la parole de l’Eternel, ils n’y prennent point de plaisir."
Voilà comment la Bible décrit l’état des chrétiens déchus.
Ils n’aiment pas la parole de Dieu, ils n’y prennent aucun plaisir et ne s’en nourrissent pas.
Ils ont abandonné les voies dans lesquelles ils avaient couru avec tant d’ardeur.
Comme Adam et Eve, ils ont écouté la voix du Tentateur, au lieu d’entendre celle de Dieu, qui devait les maintenir dans la route royale.
Une chose très importante, sur laquelle vous devez attirer l’attention de ces chrétiens, est celle-ci : ce n’est pas le Seigneur qui les a abandonnés, mais c’est eux qui lui ont été infidèles, et, qui plus est, sans cause.
Dieu lui-même leur adresse ces paroles sévères : " Quelle iniquité vos frères ont-ils trouvée en moi qu’ils m’aient abandonné ? "
Dieu n’est-il pas le même que quand vous vous êtes donnés à lui ? Dieu a-t-il changé ?
Nous sommes prompts à penser que Dieu change quand, hélas ! C’est nous qui perdons notre premier amour.
" Vous êtes allés, dit l’Eternel, à des citernes qui ne contenaient point d’eau ".
Le monde ne peut satisfaire le nouvel être créé au-dedans de vous par le sang de Jésus-Christ.
Combien y en a-t-il, qui autrefois jouissaient de la communion de leur Dieu et qui aujourd’hui pensent plus à leurs vêtements qu’à leurs âmes précieuses !
Quand on aime, on ne peut supporter d’être oublié.
Vous, mères, votre cœur ne se brise-t-il pas, quand vos enfants s’en vont loin de vous et ne vous envoient ni un mot d’amour ni le plus petit témoignage d’affection ?
Et pourtant, chrétien infidèle, Dieu plaide avec toi comme des parents le feraient avec un enfant bien-aimé.
Il te supplie de revenir et Il te dit : " Que t’ai-je fait que tu m’aies oublié ? ".
Les paroles les plus touchantes de la Bible sont les appels que Dieu adresse à ceux qui l’ont abandonné sans cause.
Je n’exagère pas en disant que j’ai vu des centaines de chrétiens infidèles revenir à Dieu.
Pas un d’eux n’a nié que ce fût une chose amère et mauvaise que de se détourner de son Dieu, comme l’exprime si bien le verset cité plus haut.
Voyez l’exemple de Lot.
N’a-t-il pas été amer pour lui, ce séjour au milieu des méchants qui habitaient Sodome ?
Pendant les dix ans qu’il y demeura, il ne fit pas un seul prosélyte.
Il prospérait aux yeux du monde ; on vous aurait même dit, dans Sodome, qu’il était un des hommes les plus riches de la ville.
Mais hélas ! Il avait ruiné sa famille.
Quel triste spectacle que celui de ce vieillard infidèle, se sauvant de Sodome à minuit, après avoir averti ses enfants qui refusent de l’écouter !
J’ai connu, il y a plusieurs années, un vieillard qui habitait une de nos cités américaines.
Il avait erré pendant longtemps dans les plaines stériles du péché.
Un soir, il désira se repentir et revenir à son Sauveur, qu’il avait abandonné.
Nous priâmes ensemble, nous priâmes encore, nous priâmes longtemps, jusqu’à ce qu’enfin la paix descendit dans son âme, et il s’en alla plein de joie.
Le soir suivant, il s’assit sur le banc en face de moi pendant que je prêchais ; il avait l’air si triste, si découragé, qu’il faisait mal à voir.
Il me suivit dans la sacristie :
" Qu’avez-vous, lui demandai-je, avez-vous de nouveaux doutes, n’avez-vous plus les yeux fixés sur votre Sauveur ?
" Non, me dit-il, ce n’est pas cela, mais j’ai des raisons d’être triste.
" Hier, je ne suis pas allé à mon bureau, j’ai voulu rendre visite à mes enfants qui sont tous mariés.
" Tous se sont moqués de moi.
" C’est aujourd’hui le jour le plus triste de ma vie.
" Je récolte ce que j’ai semé ; j’ai mené mes enfants dans le monde, et maintenant je ne puis plus les en arracher ".
Le Seigneur rendit sa joie au pécheur repentant, mais les conséquences amères de la transgression ne pouvaient être ôtées.
Consultez ceux qui ont de l’expérience, et vous verrez que les mêmes péchés ont les mêmes résultats en France qu’en Amérique.
C’est que la chute spirituelle des parents est toujours la ruine morale des enfants.
Soyons fidèles envers ceux qui se sont détournés de Dieu.
Prenons la Bible en main, et essayons de les convaincre.
Dans Jérémie 8 : 5, nous trouvons ces paroles :
- " Pourquoi donc ce peuple s’est-il égaré d’un égarement continuel ? Ils se sont adonnés à la tromperie, ils ont refusé de se convertir ".
Voilà les griefs que le Seigneur a contre eux.
" Ils refusent de se convertir ".
Je me suis rendu attentif et j’ai écouté ; ils ne parlent pas avec droiture, il n’y a personne qui se repente de sa perversité disant : Qu’ai-je fait ?
Ils sont tous retournés à leur course, comme le cheval qui se jette à bride abattue dans le combat.
La cigogne même a connu dans les cieux ses saisons ; la tourterelle, l’hirondelle et la grue observent le temps qu’elles doivent venir ; mais le peuple n’a point connu le jugement de l’Eternel ".
" Je me suis rendu attentif, mais ils ne parlent pas avec droiture…"
Point de culte de famille !
Point de lecture de la Bible !
Point de prière en secret !
Dieu incline son oreille pour écouter, mais il n’entend rien.
Ah ! Si ces lignes tombent sous les yeux de quelque chrétien déchu, mais désireux d’être pardonné et réhabilité, il ne peut y avoir des paroles plus tendres que celles-ci, qui se trouvent dans Jérémie 3 : 12 :
" Va donc et crie ces paroles-ci vers l’Aquilon et dis : " Retourne-toi, Israël la rebelle, dit l’Eternel ; je ne ferai point tomber ma colère sur vous, car je suis miséricordieux, dit l’Eternel ; je ne vous la garderai pas à toujours.
" Toutefois reconnais ton iniquité, car tu as péché contre l’Eternel ton Dieu, tu t’es prostituée aux étrangers sous tout arbre feuillu, et tu n’as point écouté ma voix, dit l’Eternel.
" Enfants rebelles, convertissez-vous, dit l’Eternel, car j’ai sur vous le droit d’un mari, et je vous prendrai l’un d’une ville et deux d’une famille, et je vous ferai rentrer en Sion ".
Remarquez bien cette expression : " Reconnais ton iniquité ".
Combien de fois n’ai-je pas montré ce passage à un chrétien tombé !
Un homme me dit un soir :
" Qui a prononcé cette parole ; est-elle bien dans la Bible ? "
Alors je lui montrai le passage.
Le pécheur tomba à genoux et s’écria : " Mon Dieu, j’ai péché ".
Ce fut bien simple, et pourtant Dieu lui rendit la paix. Allez et faites de même.
Dans un autre endroit, nous trouvons ces mots :
" Que te ferai-je Ephraïm ? Que te ferai-je, Juda ? Puisque votre piété est comme une nuée du matin, et comme une rosée du matin qui se dissipe ". (Osée 6 : 4).
Plus loin, le même prophète continue :
" O Israël, reviens à l’Eternel ton Dieu, car tu es tombé par une iniquité.
" Apportez avec vous vos paroles et revenez à l’Eternel.
" Dites-lui : pardonne toutes les iniquités, et nous t’offrirons les sacrifices de nos lèvres ".
Observez ce mot " revenez " qui résonne dans chaque page.
Dans l’Apocalypse 2 : 4, nous lisons : " Mais j’ai quelque chose contre toi, c’est que tu as abandonné ton premier amour.
" C’est pourquoi souviens-toi d’où tu es déchu, et repends-to, et fais tes premières œuvres ; autrement je viendrai bientôt à toi et j’ôterai ton chandelier de sa place, si tu ne te repens ! ".
Je désire attirer votre attention sur la manière dont Pierre est tombé, car beaucoup tombent de la même façon que lui.
Aussi l’exemple de Pierre est-il terrible, celui de Judas, plus terrible encore : " Que celui qui croit être debout prenne garde qu’il ne tombe ".
La plupart de ceux qui sont tombés ont donné dans des faiblesses où il paraissait impossible qu’ils tombent.
Si un homme se croit invulnérable sur un certain point de son caractère, c’est ce point-là que l’ennemi choisira de préférence.
Le premier pas de Pierre dans sa chute fut sa confiance en lui-même.
Le Seigneur l’avertit en lui disant : " Simon, Simon, Satan a demandé à te cribler comme on crible le blé, mais j’ai prié pour toi, que ta foi ne défaille pas ". (Luc 32 : 31 et 32). Pierre lui répondit aussitôt :
" Je suis prêt à aller avec toi en prison, à la mort. Quand même tous les autres se scandaliseraient en toi, je ne serais jamais scandalisé " (Matthieu 26 : 33).
Jacques, Jean peuvent te laisser, mais tu peux compter sur moi.
Le Seigneur l’avertit de nouveau :
" Pierre, je te dis que le coq ne chantera point aujourd’hui que tu n’aies nié trois fois de me connaître ". (Luc 23 : 34).
Malgré tout, Pierre continue à dire qu’il est prêt à la suivre jusqu’à la mort.
Cette assurance est souvent précurseur de la chute.
Marchons humblement et doucement.
Nous avons un grand Tentateur ; et dans une heure prochaine nous pouvons être surpris et donner du scandale à l’Eglise et au monde.
Le second degré dans la chute de Pierre est le sommeil.
Si Satan peut assoupir l’Eglise, il se sert des chrétiens mêmes pour faire son œuvre.
Au lieu de veiller une heure à Gethsémané, Pierre s’endort et il oblige le Maître à faire cette question : " Ne pouvez-vous veiller une heure avec moi ? " Matthieu 24 : 40
Le troisième pas qu’il fait vers la chute, c’est de se confier aux forces charnelles pour le combat qui va se livrer.
Le Seigneur le reprend encore : " Ceux qui tireront l’épée périront par l’épée ".
Matthieu 26 : 52.
Jésus, dans cette occasion, doit refaire ce que Pierre a fait : Guérir l’homme dont l’oreille a été amputée.
Ensuite, " Pierre suit de loin ".
Pas à pas le disciple courageux s’éloigne et finit par abandonner son Maître.
Quelle chute se prépare quand un enfant de Dieu s’éloigne des bonnes choses, quand il s’associe aux plaisirs mondains, quand ses amis sont choisis dans le monde !
Il ne tarde pas, en bien des cas, à déshonorer un nom respecté, et Jésus est de nouveau trahi par l’un des siens.
Et l’exemple de ce chrétien déchu, quelle pierre d’achoppement pour les faibles !
Pierre se familiarise avec les ennemis de Christ.
Une servante lui dit : " Toi aussi, tu es avec Jésus de Nazareth ".
Mais lui, devant tous, répond : " Je ne sais ce que tu dis ! "
Et quand, arrivé dans le vestibule, une autre servante le voit et dit : " Celui-ci est aussi avec Jésus de Nazareth ", il le nie avec serment : " Je ne connais pas cet homme ".
Une heure s’écoule et le disciple infidèle ne se rend pas compte de sa chute ; un autre lui affirme qu’à son accent il le reconnaît pour un Galiléen ; Pierre se met en colère, il commence à jurer ; il renie son Maître pour la troisième fois, et alors le coq chante (Matthieu 26 : 69/ 74).
Il commence par la présomption, et, pas à pas, il est conduit jusqu’au triple reniement.
A ce moment, le Seigneur aurait pu l’accabler par des questions, par des reproches, mais non, rien de tout cela : Jésus regarde Pierre.
Oh ! Ce regard, de quelle tendresse, de quel amour n’était-il pas rempli !
Le cœur de l’infidèle disciple se brise, il sort et pleure amèrement.
Après la résurrection, voyez comme Jésus agit avec tendresse envers ce disciple rebelle.
L’ange qui se tenait dans le sépulcre dit : " Allez, dites aux disciples et à Pierre ". (Marc 16 : 7).
Le Seigneur n’oublie pas Pierre, quoique celui-ci l’ait renié trois fois, et il envoie un message spécial au disciple repentant.
Que notre Sauveur est tendre et qu’il est aimant !
Chers amis, venez à lui.
Que le regard aimant du Maître gagne votre cœur, et qu’il puisse vous rendre la joie de son salut.
Avant de terminer, laissez-moi espérer que ces pages ramèneront à Dieu quelques chrétiens égarés. Nous n’aurions jamais eu le 32ème psaume, si David n’avait pas été pardonné :
" Heureux celui dont la transgression est pardonnée et dont le péché est couvert ! "
Le psaume 51 n’a-t-il pas été écrit par un enfant de Dieu en état de chute, à qui Dieu avait rendu la paix du cœur ?
Je prie Dieu qu’Il daigne ramener ses enfants égarés, et les rendre mille fois plus utiles qu’ils ne l’ont jamais été.
Il entendra cette prière.
Tout par grâce - Sermons de SPURGEON
Un sermon à propos des joncs.
" Le jonc croît-il sans marais ?
Le roseau pousse-t-il sans humidité ?
Encore vert et sans qu’on le coupe,
il sèche plus vite que toutes les herbes.
Ainsi arrive-t-il à ceux qui oublient Dieu
et l’espérance de l’impie périra."
(Job 8 : 11 à 13)
… Je vous demande votre attention en faveur d’un prédicateur que l’on n’entend plus souvent ; prêtez-lui l’oreille, et si quelqu’un vous demande : " Qu’êtes-vous allés voir ? ", vous ne rougirez pas de répondre : " Un roseau agité par le vent. "
Avec la grâce de Dieu, le jonc nous invitera ce matin à nous examiner nous-mêmes.
Bildad de Schuach nous montre cette plante comme étant l’image du chrétien de nom.
Nous nous arrêterons sur trois points :
1° - A quoi la religion de ce chrétien ressemble-t-elle ?
2° - De quoi se nourrit-elle ?
3° - Que devient-elle ?
I° - A quoi ressemble la profession de piété du chrétien de nom ?
Elle est comparée ici à un jonc qui sort du marais, à un roseau qui fleurit dans les eaux.
Cette comparaison comporte plusieurs points :
1° - La religion du faux chrétien peut être comparée à un jonc par la rapidité avec laquelle elle se développe.
Il y a des conversions instantanées ; celle de Saul, sur le chemin de Damas, celle du geôlier de Philippes, quand soudainement réveillé il s’écria : " Que faut-il que je fasse pour être sauvé ? "
Mais le développement intérieur des chrétiens n’est pas tout à fait si rapide.
Des jours de dépressions profondes refroidissent leur joie ; de furieuses tentations troublent leur paix ; leur vie spirituelle est mise en échec et ils connaissent la douleur.
Rien de pareil chez le chrétien de nom.
Une fois qu’il a fait profession d’être converti, le sentier pour lui est facile.
Il ne connaît pas les soupirs des autres sur leur corruption intérieure ; quand les vrais croyants parlent de luttent contre leur vieille nature, il en est étonné…
Le faux chrétien peut toujours prier et chanter sans entraves….
Les épaules des âmes vivantes sont meurtries sous leur fardeau ; mais une locomotive privée de sensibilité ne connaît pas la douleur…
Mauvais signe, cher ami, si tu n’as jamais sondé ton cœur avec anxiété pour t’assurer qu’il ne te trompe pas…
Hélas ! Beaucoup se sont dit : " Paix, paix ! Quand il n’y avait pas de paix. "
Comme le jonc sur le bord des eaux, le chrétien de nom pousse et fleurit promptement… la maison du pharisien, quoique bâtie sur le sable, peut se tenir ferme sans bouger, jusqu’à ce que l’inondation survienne ; mais la destruction en sera terrible, parce que les fondations n’ont coûté aucun travail.
2° - Le jonc est une plante creuse, vide et molle.
Quiconque n’en connaîtrait pas la nature croirait pouvoir s’en servir comme d’un bâton solide ; mais celui qui s’appuierait dessus tomberait certainement.
Il est beau aux yeux ; mais sans force.
Il en est de même du faux chrétien. Il peut-être de belle apparence, mais il n’y a en lui ni foi ferme, ni repentance véritable, ni union intime avec Jésus.
Il n’a jamais lutté avec l’ange ; jamais il n’a soupiré ni pleuré devant Dieu pour être délivré de ce qu’il craignait.
Chers amis, quel serait notre sort, si quelques-uns d’entre nous devaient être trouvés creux comme des joncs du marais, quand Dieu viendra juger le monde !
Anciens membres du troupeau, diacres vénérés, prédicateurs éloquents de la Parole, pensez à votre disposition, si l’édifice de votre religion devait disparaître comme un songe !
C’est pourquoi, ayez autre chose qu’une simple profession de foi.
Ne soyez pas comme le jonc spongieux et mou.
Jonathan Edwards raconte que dans le grand réveil d’Amérique, il y eut des conversions de toutes sortes de gens ; mais pas une seule de ceux qui, quoique n’étant pas pieux, professaient de l’être.
Prenez donc garde de n’avoir que la forme extérieure de la religion, et d’être intérieurement vide et creux comme un jonc.
3° - Une troisième remarque que suggère le jonc, c’est qu’il a, comme le chrétien de nom, la propriété de se courber.
Si le vent souffle du Nord, il s’incline vers le Midi ; si la tempête vient du Midi, il se penche vers le Nord.
Le faux chrétien se courbe de même.
Il cède à la bonne influence d’une bonne société ; mais il reçoit aussi facilement celle d’une mauvaise compagnie.
Il est de toutes les opinions religieuses suivant les circonstances.
Le vicaire de l’Eglise de Bray était catholique sous Henry VIII, protestant sous le règne suivant ; de nouveau catholique sous Marie Tudor, il redevint protestant sous Elisabeth et déclarait, malgré cela, avoir toujours été d’accord avec lui-même – et c’était vrai ; car son but était sa position temporelle.
De telles girouettes n’ont pas un atome de l’étoffe dont on fait les martyrs.
Ce que Dieu demande, ce sont des hommes qui, pour gagner des âmes, se font tout à tous, quand il ne s’agit pas de leurs principes, mais qui, quand il est question du droit ou de l’injustice, mourraient plutôt que de renier leur foi ; qui préféraient être brûlés plutôt que de cacher une heure de leurs sentiments, en attendant une époque plus favorable.
La vraie piété, celle qui sauve l’âme, n’est pas une simple écorce : C’est le cœur, la sève, l’essence, la vie de l’individu.
Vos principes religieux sont sans valeur si vous ne pouvez pas les conserver partout avec vous, et s’ils ne sont pas votre plus cher trésor.
4° - Le jonc ne porte aucun fruit.
Personne ne s’attend à trouver des figues sur un jonc, ni du raisin d’Escol sur un roseau.
Il en est de même du chrétien de nom. Il ne porte pas de fruit.
Le faux chrétien peut tout au plus dire : " Je ne m’enivre pas, je ne jure pas, je ne fraude pas, je ne mens pas, je ne travaille pas le dimanche. "
Sa religion est toute négative, le côté positif lui manque.
Qu’a-t-il fait pour le Christ ?
Peut-être a-t-il donné quelque argent comme aumône ; mais l’a-t-il fait pour Dieu ?
Y a-t-il dans sa vie quelque chose qui serve Dieu ?
Il a prié ; mais est-ce pour satisfaire sa conscience ou pour plaire à ses auditeurs ?
Si c’est pour la gloire de Dieu et afin d’avoir communion avec lui, il n’est pas chrétien de nom ; car celui–ci ne connaît pas les fruits de la repentance ; il ne recherche ni la sainteté, ni la communion avec Christ, en qui il n’a aucun plaisir.
Il n’a ni foi, ni joie, ni espérance, ni aucune ressemblance avec le Maître, il est sans fruit ; c’est pourquoi il est comme le jonc et non comme une plante que la main droite du Seigneur a plantée.
II° - De quoi la religion du chrétien de nom se nourrit-elle ?
" Le jonc croît-il sans marais ? "
" Le roseau pousse-t-il sans humidité ? "
Le jonc dépend entièrement de la vase dans laquelle il est planté.
Si l’eau était retirée des marais, le jonc périrait plus vite qu’aucune plante.
" Encore vert et sans qu’on le coupe, il sèche plus vite que toutes les herbes. "
En hébreu, le mot jonc indique une plante qui boit toujours, qui vit en suçant l’humidité. C’est aussi le cas du faux chrétien. Il ne peut pas vivre sans quelque piété.
1° - C’est d’abord l’excitation.
Des assemblées de réveil, des prédications enflammées et des réunions de prières bouillantes le maintiennent vert ; mais, si le pasteur ardent meurt ou s’éloigne, l’Eglise n’a plus la même chaleur, et que deviennent les soi-disant convertis ?
Oh ! Combien ne sont que des plantes de serre chaude !
Hélas ! Si vous les exposez à l’air et qu’ils supportent deux nuits le froid de la persécution, qu’en restera-t-il ? Mes amis, méfiez- vous de la piété qui a besoin d’excitation pour vivre.
Je ne veux pas médire de l’excitation religieuse ; on s’excite pour des choses de moindre valeur.
Vous pouvez parfois vous y laisser aller ; mais que ce ne soit pas votre élément.
Si votre piété a poussé comme un champignon, elle sera à peu près aussi fragile.
Oui, beaucoup de pécheurs se sont convertis pendant les réveils ; mais il y en a autant qui, dans le délire de l’excitation, ont rêvé qu’ils s’étaient repentis et imaginé qu’ils avaient cru et qu’ils étaient acceptés comme enfant de Dieu.
Prenez-y garde !
Certains chrétiens de nom ne peuvent pas plus vivre sans excitation que le jonc sans marécage ; mais le palmier dans le désert demeure vert et porte des fruits malgré la sécheresse.
2° - D’autres se nourrissent d’encouragements.
Vous êtes l’enfant de pieux parents qui, naturellement, encouragent et cherchent à développer votre piété.
Ou bien vous faites partie d’une classe biblique présidée par des âmes aimables qui vous aident quand vous avez une difficulté.
C’est un grand privilège. Je voudrais que chaque Eglise supportât les faibles. Mais, chers amis, défiez-vous de la piété qui dépend des encouragements.
Peut-être que vous serez appelés à vivre avec des gens fâcheux et désagréables, qui, au lieu de vous porter à la prière, ne vous laisseront ni une place pour vous agenouiller, ni un moment pour chercher Dieu.
Vous pouvez être exposés à des paroles dures, à des sarcasmes amers et à de cruelles moqueries.
Cherchez la grâce qui vous permettra de les supporter.
Que le Seigneur vous donne une force indépendante du secours de l’homme !
Que ce soit le bras de Dieu lui-même qui nous soutienne !
3° - Pour beaucoup de personnes, la piété dépend de la prospérité. " Job sert-il Dieu pour rien ? ", disait Satan à Dieu, en calomniant cet homme juste.
Hélas ! Cela pourrait être dit sans injustice de beaucoup de gens. Je me souviens de deux personnes qui se sont jointes à cette Eglise à une époque où leurs affaires allaient bien.
Mais presque en même temps, elles firent des pertes successives qu’elles attribuèrent à leur profession de piété, dont elles abandonnèrent les devoirs extérieurs.
Il y en a quelques-uns qui aimeraient Dieu s’ils voyaient leurs affaires prospérer depuis l’époque de leur prétendue conversion ; mais s’ils n’ont eu que des adversités, ils murmurent et se relâchent ; le jonc privé de son marécage humide se dessèche.
4° - Enfin, le chrétien de nom regarde beaucoup au degré de respect que sa religion lui attire.
John Bunyan disait : " Beaucoup suivent la religion quand elle est chaussée de souliers d’argent ; mais l’abandonnent quand elle va nu-pieds. "
Permettez-moi cette question : Que feriez-vous si l’attachement à Christ était contrarié par la loi du pays, et si vous deviez constamment risquer votre vie pour lire la Parole ?
La cacheriez-vous, comme les saints de Dieu le firent, derrière les boiseries, sous le parquet, au grenier, dans la cave, pour la lire à vos moments de loisir ?
Pourriez-vous dire comme ceux du temps de Pline : " Je suis chrétien. " Pensez-vous que vous auriez la force de souffrir pour Christ ?
Vous pouvez dire : " Je crains que non. "
Cette crainte est très naturelle.
Mais si vous pouvez supporter les peines de chaque jour, les épreuves ordinaires de la vie et demeurer patients sous leur fardeau, vous pouvez espérer que, comme disciples du Christ, il vous serait accordé plus de force, quand ces épreuves plus grandes viendraient.
Mais si les afflictions présentes sont déjà de trop pour vous et que vous n’ayez pas la patience de les supporter, comment résisterez-vous alors ?
Puisse notre religion vivre ailleurs que dans le limon du respect humain !
III - Quelle est l’espérance du chrétien de nom ?
" Encore vert et sans qu’on le coupe, il sèche plus vite que les autres herbes. "
1° - Il sèche à défaut de la vase dont il se nourrit.
Les excitations, les encouragements, la respectabilité, la prospérité qui faisaient sa vigueur manquent et il défaille.
Cela arrive dans toutes les Eglises. Nous n’avons eu que peu de défections à pleurer ; cependant, nous en avons et nous en aurons encore.
Seigneur, est-ce moi ? Seigneur, est-ce moi ?
Que cette question soit celle de chacun de nous.
Quelqu’un dit : " Ce n’est pas moi. "
N’en soyez pas trop sûr, cher ami…
Je crois à la persévérance des enfants de Dieu ; mais il y a dans toutes les Eglises de faux chrétiens.
Ils brillent, ils scintillent pendant un temps ; puis ils s’obscurcissent et s’éteignent.
Ce sont des étoiles filantes auxquelles l’obscurité des ténèbres est réservée.
Il vaut mieux ne faire aucune profession que de ne pas persévérer.
Souvenez-vous qu’il y a à l’enfer une porte de derrière pour les prétendus saints, pour ceux qui ne sont pieux qu’en apparence, pour les prédicateurs qui ne connaissent, ni ne pratiquent dans leurs cœurs la vérité qu’ils prêchent, pour les membres d’Eglise qui sont aimables à beaucoup d’égards, mais n’ont pas réellement regardé à Christ pour leur salut.
Que ceux-là se réveillent, de peur qu’ils ne sèchent et ne périssent !
2°- Bien que le jonc puisse rester vert dans son marécage, il tombera sous la faux…
Chers amis, la mort sera pour la plupart d’entre vous, je l’espère, le grand jour de joie ; vous gravirez le sommet du Mont Pisga d’un pas fatigué comme Moïse ; mais, une fois-là, la vue du pays vous récompensera de votre peine.
Combien notre sort sera différent si, comme pour le roi Belschatsar, le mot Thékel est inscrit devant nous, parce que, pesés à la balance, nous aurons été trouvés légers.
Ô Dieu, ai-je caché mon mal ?
Ai-je mis une étoffe dorée sur mon front lépreux ?
Quoi !
Aurais-je mangé à ta table, bu à ta coupe pour t’entendre ensuite me dire : " Je ne t’ai jamais connu. "
Chers auditeurs, je vous conjure par le Dieu éternel de pratiquer purement la religion de l’Evangile.
Criez à Dieu pour être aidés ; vous ne pouvez pas suffire vous-mêmes à cette tâche, parce que le cœur de l’homme est trompeur et désespérément malin.
Avant le Jugement, " jugez-vous vous-mêmes, et vous ne serez pas jugés. "
Rappelez-vous que " Jésus est venu au monde pour sauver les pécheurs. "
C’est lui qui donne la repentance et la rémission des péchés.
Finissez-en avec les bonnes œuvres que vous faites pour être sauvés ; c’est la vase des marais.
Mettez votre confiance en Jésus et vous ne périrez jamais ; car personne ne vous ravira de sa main.
Amen.
" Tout par grâce "
" Vous êtes sauvé par grâce, par la foi, et ceci ne vient pas de vous. C’est un don de Dieu. " (Ephésiens 2 : 8)
Notes d’un sermon prêché par Spurgeon.
Il se trouve dans le petit recueil intitulé : Souvenirs de Stambourne, qui fut publié peu de temps avant la mort du grand prédicateur.
Sous le texte, nous lisons ces lignes :
" Nous insérons ici ce sermon dans le but de faire connaître à tous les hommes l’Evangile pour lequel grand-père et petit-fils ont vécu, et pour lequel ils auraient volontiers donné leur vie. "
De toutes les choses que j’ai dites durant les nombreuses années de mon ministère, voilà le résumé (la somme).
Toute ma théologie concernant le salut tient dans les quelques mots de mon texte.
Et c’est une joie pour moi de savoir que les membres de ma famille, pasteurs avant moi, ont aussi tous prêché cette unique doctrine.
C’est le cas de mon père, qui prêche encore aujourd’hui. Ce fut celui de mon grand-père.
Ce texte me rappelle très particulièrement ce dernier.
Il l’avait choisi, un jour que je fus empêché d’arriver à Haverhill à l’heure voulue ; de sorte que j’eus à achever le sermon qu’il avait lui-même commencé…
Je prêche la doctrine de la Grâce parce que je la crois vraie, parce qu’elle est scripturaire, parce que l’expérience me l’a rendue très chère et parce que je constate les fruits bénis qu’elle porte dans la vie de ceux qui croient.
J’avoue qu’elle m’est d’autant plus chère que la nouvelle école la méprise.
Ses attaques sont, pour moi, une recommandation.
Je confesse aussi qu’une doctrine est loin de me sembler meilleure parce que " nouvelle ", bien au contraire.
Les éternelles vérités qui ont illuminé le chemin durant les siècles du passé, me semblent devoir être celles qui brilleront jusque dans l’éternité.
La doctrine que je vous prêche fut celle des Puritains ; elle fut celle de Calvin, celle d’Augustin, celle de Paul ; c’est la doctrine du Saint-Esprit Lui-même.
Le Seigneur, l’auteur et le consommateur de notre foi, enseigna aussi les vérités bénies qui concordent parfaitement avec notre texte.
La doctrine de la Grâce est la substance même du témoignage de Jésus.
Je traiterai mon texte brièvement par l’énoncé de quelques points.
Le premier ressort clairement des paroles de l’Apôtre : " Il y a un Salut actuel, présent. "
L’Apôtre dit : " Vous êtes sauvés ".
Non pas " Vous serez " ou " vous pouvez être ", mais vous êtes sauvés.
Il ne dit pas : " Vous êtes sauvés partiellement " ou " en espérance ", mais : " Vous êtes sauvés par grâce. "
Soyons aussi clair sur ce point que l’Apôtre le fut ; et ne nous donnons pas de repos, que nous n’ayons l’assurance d’être sauvés.
En cet instant nous sommes ou sauvés ou perdus.
Voilà qui est clair.
A quelle catégorie d’individus appartenons-nous ?
J’espère que nous avons le témoignage intérieur du Saint-Esprit que nous sommes enfants de Dieu ; et une telle assurance de notre salut que nous pouvons chanter avec le Psalmiste :
" L’Eternel est ma force et mon cantique ; Il a été mon libérateur. " (Ps. 118 : 14)
Je ne m’arrête pas davantage sur ce point, et passe immédiatement au second : " Un Salut présent ne peut être que le résultat de la Grâce. "
Si nous pouvons dire à quelqu’un où à une collectivité d’individus : " Vous êtes sauvés ", il nous faut suivre aussitôt notre affirmation, des mots : Par Grâce.
Il ne peut y avoir d’autre salut présent que celui qui commence et finit par la grâce.
Pour autant que je sache, je ne crois pas qu’il y ait sous la voûte des cieux un seul individu qui puisse prêcher un salut présent ou prétendre le posséder, s’il ne croit pas que tout vient de la Grâce.
Personne dans l’Eglise romaine n’oserait se dire sauvé dans le présent ; sauvé parfaitement et éternellement.
Une telle affirmation serait considérée comme une hérésie.
Quelques catholiques peuvent espérer d’aller au ciel, dès cette vie, lorsqu’ils sont sur le point de mourir ; mais la plupart n’aperçoivent devant eux que les souffrances du purgatoire.
Nous lisons constamment des demandes de prière en faveur des morts ; ce qui ne serait pas, si ces âmes étaient considérées comme sauvées et dans la gloire, auprès du Seigneur.
Les messes célébrées pour le salut de l’âme, disent assez combien est incomplet le salut offert par Rome à ses fidèles.
Comment pourrait-il en être autrement, puisque pour l’Eglise romaine, le salut s’obtient par les œuvres.
Or, même si le salut était affaire de bonnes œuvres, comment posséder jamais l’assurance d’en avoir accompli un nombre suffisant pour le gagner ?
Parmi ceux qui nous entourent, beaucoup ignorent tout à fait la doctrine de la Grâce ; ils ne peuvent imaginer un salut présent, actuel.
Ils espèrent probablement qu’ils seront sauvés à l’heure de la mort ; qu’après des années de complète consécration, ils seront peut-être sauvés à la fin ?
Mais être sauvés maintenant et savoir qu’ils le sont, dépasse ce qu’ils osent espérer ; et ils qualifient cette affirmation de présomptueuse.
Il ne peut y avoir de salut actuel, présent, que sur le fondement de la grâce.
" Vous êtes sauvés par grâce. "
Il est très significatif que personne n’ait jamais prêché un salut présent par les œuvres.
Sans doute ce serait trop absurde.
Les œuvres n’étant jamais parfaites, le salut resterait forcement incomplet.
Ou bien s’il était possible qu’il fût complet, la principale raison des tenants d’un salut légal disparaîtrait.
Il faut que le salut procède de la Grâce.
Si l’homme est perdu parce qu’il a péché, comment pourrait-il être sauvé autrement que par la grâce ?
S’il a péché, il est condamné ; et comment pourrait-il par lui-même rien changer à cette condamnation ?
En admettant que dès l’heure de sa conversion et jusqu’à la fin de sa vie, il observe toute la loi ; il ne fait qu’accomplir ce qu’il est obligé de faire ; il est un serviteur inutile !
Mais son passé ?
Le péché des jours antérieurs à la conversion ?
Peut-il être effacé ?
Ce qui est ruiné peut-il être rétabli ?
D’après les Ecritures et le sens commun, le salut ne peut procéder que de la bonne volonté divine.
Le salut dans le présent (dans le temps présent) ne peut être qu’un effet de la faveur divine.
Vous entendez combattre en faveur du salut par les œuvres ; mais vous ne voyez jamais personne étayer son argumentation de cette déclaration : " J’ai moi-même acquis le salut par mes œuvres. "
Ceci manifesterait la méchanceté, l’inconscience ou l’absurdité à un degré qui dépasse ce que l’homme atteint généralement.
Et l’orgueil ne pourrait que difficilement se vanter de façon aussi extravagante.
Non ! Si nous sommes sauvés en cet instant, ce ne peut être que par un effet de la faveur divine.
Personne n’osera se proposer en exemple du contraire.
Le salut pour être complet doit être une faveur.
Lorsque meurent les saints hommes de Dieu, leur espérance ne repose pas dans leurs bonnes œuvres.
Ceux qui ont vécu les vies les plus nobles, les plus utiles, s’attendent, en cette heure dernière, uniquement à la Grâce.
Je me suis trouvé au chevet de bien des mourants ; et je n’ai jamais vu la vraie piété placer aucune confiance dans ses prières, sa repentance, sa religion.
Mais j’ai entendu des saints, des hommes éminents, répéter à leur dernière heure, ces paroles : " Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs… "
De fait, plus les hommes s’approchent du ciel, plus ils sont prêts pour la céleste Patrie, et plus enfantine aussi est leur confiance dans les mérites du Seigneur Jésus, et plus ils haïssent toute confiance en eux-mêmes.
Si telle est la foi du chrétien aux minutes suprêmes quand la lutte est sur le point de se terminer, combien plus doit-il en être ainsi dans l’effort du combat, au sein de la mêlée. Et si un homme peut être complètement sauvé maintenant, en plein combat, comment la chose pourrait-elle être autrement que par la grâce ?
Alors qu’il a à gémir sur le péché qui habite en lui, tandis qu’il déplore et confesse d’innombrables manquements ou transgressions, alors que le péché se mêle à tout ce qu’il fait, comment l’homme pourrait-il croire qu’il est complètement sauvé, autrement que par la grâce souveraine, par un don de Dieu ?
C’est aux Ephésiens que s’adresse l’Apôtre ; et il leur dit que le salut leur appartient : " Vous êtes sauvés par grâce. "
Au temps qu’ils étaient païens, ils s’étaient adonnés à des pratiques de divination, de sorcellerie, et avaient fait par là une alliance avec la puissance des ténèbres.
Or, si de telles personnes étaient sauvées, ce ne pouvait être que par la grâce de Dieu. Il en va de même pour nous.
Notre condition primitive, notre conduite antérieure nous disent que si nous sommes sauvés c’est par un effet de pure grâce, de par la bonne volonté de Dieu.
Je sais qu’il en est bien ainsi pour moi ; et je crois qu’une même règle s’applique à tous les croyants.
Ce point me semble suffisamment élucidé et je passe au suivant : " Vous êtes sauvés par Grâce, par la Foi. "
Le salut présent, actuel, ne peut être que par grâce ; et le salut par grâce doit être saisi par la foi.
Ce n’est que par la foi que vous pouvez saisir le salut par grâce.
Il faut les pinces d’or de la foi pour saisir le charbon ardent sur l’autel.
Je suppose qu’il aurait été possible, si Dieu l’avait voulu, que le salut fût par les œuvres, tout en étant par la grâce.
Car, si Adam avait parfaitement obéi à la loi divine, il n’eût fait que ce qu’il était obligé de faire ; de sorte que si Dieu l’en avait récompensé, cette récompense eût été, quand même, un effet de sa bonne volonté, de sa grâce ; puisque le Créateur ne doit rien à la créature.
Ce système aurait été difficilement applicable, même avec des créatures parfaites ; mais dans notre cas, son application est tout à fait impossible.
Pour nous, le salut doit comporter la délivrance de la culpabilité et de la ruine ; et ceci ne peut être obtenu par aucune accumulation de bonnes œuvres ; puisque, par nature, nous ne sommes pas dans les conditions qui permettent d’en accomplir aucune.
Imaginez un instant que je vous dise en tant que pasteur, à vous pécheurs, qu’il vous incombe de faire certaines œuvres pour être sauvés ; et supposons que vous puissiez les accomplir.
Un tel salut ne serait pas un don de la Grâce ; et vous ne tarderiez pas à le considérer comme quelque chose de dû : Une récompense pour un travail donné, ce qui ôterait au salut son vrai caractère.
Le salut par grâce ne peut être saisi que par la main de la foi.
Vouloir le saisir en y mêlant certains actes légaux fait s’évanouir aussitôt la Grâce.
" C’est donc par la foi, afin que ce soit par la Grâce " (Romains 4 : 16).
" Que si c’est par la grâce, ce n’est plus par les œuvres ; autrement la grâce ne serait plus une grâce ; et si c’est par les œuvres ce n’est plus par la grâce, autrement les œuvres ne seraient plus les œuvres " (Romains 11 : 6 et 7).
D’aucuns essaient de s’emparer du salut par les moyens de grâce : Les sacrements mais c’est là un effort bien inutile.
Vous êtes baptisés, confirmés, vous recevez le saint sacrement des mains du prêtre, cela peut-il vous sauver ?
Je vous le demande : Possédez-vous le salut ?
Vous n’osez pas répondre, oui.
Si vous vous réclamiez d’un salut de ce genre, je sais que vous ne penseriez pas que c’est là le salut par Grâce.
Car ceux qui accomplissent le plus fidèlement les rites extérieurs sont généralement les derniers à posséder la joie du salut par grâce.
Ils ne considèrent même pas celui-ci comme possible !
Plus ils multiplient les rites et les cérémonies, plus ils se séparent de la notion de la grâce ; et perdent la véritable conception du salut.
Vous ne pouvez non plus saisir le salut par vos sentiments.
La main de la foi est construite pour saisir le salut présent qu’offre la grâce.
Mais vos sentiments ne sont pas aptes à remplir cette fonction.
Si vous dites : " Je ne sens pas que je suis sauvé ; je devrais ressentir une profonde douleur et une joie intense ; sans quoi je ne puis admettre que je suis sauvé " ; vous découvrirez vite que cette méthode n’est pas la bonne.
Autant vouloir goûter avec l’œil, ou voir avec l’oreille, et entendre avec le nez, que de vouloir croire avec les sentiments, qui ne sont pas l’organe convenable.
Quand vous aurez cru, vous pourrez jouir du salut, et en ressentir les célestes influences.
Mais s’imaginer que vous pourrez vous en emparer par les sentiments, est aussi fou que de vouloir emporter de la lumière solaire dans le creux de la main, ou retenir la brise céleste, entre les cils des yeux.
Il y a là essentiellement une absurdité. De plus, l’évidence par les sentiments est foncièrement instable.
Lorsque vous ressentez la paix et la joie, quelque chose surviendra qui entraînera l’agitation ou la mélancolie.
Le plus changeant des éléments, la créature la plus faible, la circonstance la plus méprisable peuvent provoquer la dépression, ou au contraire, élever l’esprit.
Aussi les hommes d’expérience s’occupent de moins en moins des émotions, des impressions qu’ils ressentent, sachant qu’il n’est pas sage d’y prendre garde, et de se laisser guider par elles.
La foi accepte la déclaration de Dieu concernant le moyen de pardon ; et par là communique le salut à l’homme qui croit.
Mais des sentiments excités par des appels passionnés, cédant à des espérances maladives qu’on n’ose analyser, tourbillonnant sans cesse, comme une bande de derviches tourneurs, pour provoquer l’excitation nécessaire à leur maintien, c’est l’instabilité même, c’est le mouvement d’une mer agitée, qui ne peut trouver le repos.
A une phase d’ardeur durant laquelle les sentiments toucheront à l’ébullition et au fanatisme, succèdera souvent la phase de tiédeur qui entraînera la dépression, le désespoir, et autres maux de cette espèce.
Les sentiments forment une famille de phénomènes apparentés au vent et au nuage.
On ne peut s’y fier, s’y reposer ; ils ne peuvent entrer en ligne de compte, lorsqu’il s’agit des éternelles promesses faites par Dieu.
Faisons encore un pas en avant : " Le Salut par Grâce, par la Foi ne vient pas de nous. "
Le salut, la foi, toute l’œuvre de grâce ne viennent pas de nous.
Premièrement, ils ne peuvent résulter de notre conduite passée : Ils ne sont pas la récompense des bons efforts accomplis autrefois.
Aucune personne non régénérée ne peut avoir vécu de telle sorte que Dieu soit obligé de lui conférer de nouvelles grâces et la vie éternelle.
En ce cas il n’y aurait plus une grâce, mais le règlement d’une dette.
Le salut nous est donné ; nous ne le gagnons pas.
Durant les premières années de la vie, nous errons toujours loin de Dieu ; et le retour vers Dieu dans la vie nouvelle est toujours l’œuvre d’une miséricorde imméritée, en faveur de ceux qui en ont le plus grand besoin, mais n’y ont aucun droit.
Le salut ne vient pas de nous davantage, en ce sens qu’il procéderait d’une perfection d’origine.
Le salut vient de Dieu, d’en haut ; il n’est pas le produit d’une évolution de vie intérieure.
La vie éternelle pourrait-elle s’élever de la mort ?
Il y a des gens qui osent avancer que la foi en Christ et la nouvelle naissance ne sont que le développement de choses cachées, de semences déposées de façon mystérieuse dans la nature de l’homme.
Mais en ceci, ils font comme leurs pères, " ils parlent de leur propre chef. "
Si un enfant de colère, si un héritier de la colère à venir se développe librement, il deviendra de plus en plus apte à occuper la place préparée pour Satan et ses anges !
Prenez l’homme non régénéré, poussez aussi loin que vous voudrez son éducation ; il reste et restera de façon définitive " mort dans ses péchés ", à moins qu’une puissance supérieure n’intervienne pour le sauver de lui-même.
La grâce introduit dans le cœur un élément complètement étranger.
Cet élément ne provoque pas une amélioration qui ne ferait que perpétuer avec des variantes l’état de chose existant ; il tue et fait vivre.
L’état de grâce ne peut être le développement de l’état de nature ; celui-ci est ténèbres, et la grâce, lumière ; il est mort ; et la grâce est vie.
La grâce, lorsqu’elle pénètre dans une âme, peut-être comparée à un tison enflammé qui tomberait dans la mer.
Elle y serait rapidement éteinte, n’étaient ses propriétés intrinsèques et son origine céleste qui lui permettent de braver les flots débordés, et d’établir son règne de feu et de lumière au sein des ténèbres les plus profondes.
Le salut par grâce, par la foi, ne vient point de nous, en ce sens qu’il ne résulte pas d’une action personnelle, et n’est pas en notre pouvoir.
Il nous faut considérer le salut sous le même jour que la création, la providence ou la résurrection ; c'est-à-dire comme un acte divin.
A tous les stades du salut, le mot est approprié ; cela ne vient pas de vous-mêmes. Qu’il s’agisse du premier soupir vers la délivrance, jusqu’à l’appropriation parfaite de l’œuvre rédemptrice par la foi, tout vient de Dieu seul ; " et non de celui qui veut, ni de celui qui court ".
L’homme croit ; mais même sa foi n’est que l’un des résultats de la vie divine, implantée en son âme par Dieu lui-même.
Jusqu’à la volonté d’être sauvé par grâce, ne vient point de nous-mêmes, mais est un don de Dieu.
C’est ici que gît toute l’importance de la question.
L’homme doit croire en Jésus.
C’est son devoir de recevoir Celui que Dieu a établi pour faire la propitiation du péché.
Mais l’homme ne veut pas croire en Jésus ; tout, plutôt qu’avoir foi en son Rédempteur !
Si l’Esprit de Dieu ne convainc pas le pécheur de jugement et n’exerce pas une action contraignante sur sa volonté, il n’aura pas le cœur de croire en Jésus, unique Chemin pour la vie éternelle.
Si je demandais à quelque racheté de se reporter au moment de sa conversion et de me l’expliquer, il me répondrait qu’il a regardé au Seigneur et a cru en Lui.
Fort bien ! Mais qu’est-ce qui vous a amené à regarder à Jésus ? Quelle puissance divine vous a détourné du péché pour vous amener à la justice ?
Attribuez-vous ce changement, ce renouvellement singulier de votre être à quelque disposition meilleure que celle du voisin incrédule ?
Non ! Vous êtes prêt à confesser que vous pourriez être ce qu’il est maintenant, n’eût été la puissante efficace qui toucha le ressort de votre volonté, illumina votre entendement, et guida vos pas vers la Croix.
C’est avec gratitude que nous confessons, en ce qui nous concerne, qu’il en est bien ainsi.
Nous sommes sauvés par grâce par la foi ; cela ne vient pas de nous-mêmes.
Qui de nous oserait faire remonter à soi l’honneur de sa conversion ?
Ou s’enorgueillir des effets de la grâce qui découlent d’une Cause première et divine.
" Vous êtes sauvés par grâce par la foi et cela ne vient point de vous, c’est un don de Dieu ".
Le salut pourrait être nommé Théodora, c'est-à-dire Don de Dieu ; et toute âme sauvée pourrait être surnommée Dorothée, mot différent mais qui a une signification identique.
Multipliez les phrases, répandez-vous en développements ; mais le salut et tout ce qu’il comporte, remonte immanquablement à Dieu.
Il est entièrement contenu dans le don inexprimable, gratuit, incommensurable de l’Amour divin.
Le salut est le don de Dieu et non un salaire.
Quand l’homme paie à un autre homme, le salaire dû, il ne fait que donner ce qu’il doit ; et personne ne songerait à chanter ses louanges de ce qu’il accomplit son devoir.
Nous bénissons et louons Dieu de ce qu’Il nous sauve, parce que son salut n’est pas le règlement d’une dette mais un don de la Grâce.
Ni dans le ciel, ni sur la terre, un homme ne saisira la vie éternelle comme étant son dû, mais comme le don de Dieu.
Nous disons que rien n’est plus libre qu’un don.
Le salut est si parfaitement, si absolument un don de Dieu, que rien ne peut être plus gratuit.
Dieu le donne parce qu’Il choisit de le donner, selon ces paroles qui affirment si merveilleusement sa Souveraineté, et ont fait grincer des dents plus d’un homme : " Je ferai grâce à qui je ferai grâce ; j’aurai compassion de qui j’aurai compassion. " (Exode 23 : 19).
Tous, vous êtes coupables et condamnés, mais parmi vous, le grand Roi pardonne à qui Il lui plait de pardonner.
C’est là sa prérogative royale.
Il sauve de par la Souveraineté absolue de sa Grâce.
Mais en même temps, l’Eternel lui-même déclare que " quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. "
Affirmation qui ne s’élève en aucune manière contre la précédente, d’après laquelle le salut est un libre don.
De par le salut, l’homme devient nécessairement l’obligé de Dieu ; ou bien il meurt sans être sauvé.
Prétendre avoir droit au salut, c’est insulter Dieu qui cherche à répandre gratuitement les effets de sa miséricorde.
Il ne contestera pas ni ne marchandera avec vous.
Telle proportion de grâce pour tant de larmes répandues ; tant de miséricorde pour tant de repentance ; tant d’amour pour tant d’œuvres !
Cette façon de penser est méprisable.
Le salut n’est pas sur le marché pour quiconque veut l’acheter.
Il est à cette condition expresse : Sans argent et sans aucun prix.
Vous pouvez être sauvé gratuitement, si vous voulez nettoyer votre âme de toute pensée faisant de Dieu un débiteur.
Le salut est le don de Dieu : C'est-à-dire un don parfait en opposition à la notion de croissance.
Le salut n’est pas une production naturelle qui se développe au-dedans de nous. Il vient d’une zone étrangère et est planté par des mains divines.
Le salut en sa perfection, en totalité, est un don de Dieu.
Si tu le désires, le voici, complet.
Veux-tu l’accepter comme un don parfait ?
- Non, dis-tu, je préfère le fabriquer dans mon atelier.
- Mais tu ne peux accomplir une œuvre si rare, si précieuse, dont le prix dépasse tout ce que tu peux donner, puisqu’elle a coûté jusqu’à la vie, jusqu’au sang de Jésus.
Voici la robe sans couture tissée parfaitement du haut jusqu’en bas.
Elle te couvrira entièrement, splendidement.
Ne veux-tu pas la prendre ?
- Non, je préfère m’asseoir au métier et tisser un vêtement de ma propre fabrication !
- Quel fol orgueil que le tien !
Tu files des toiles d’araignée ; tu tisses des rêves !
Oh ! Que ne veux-tu saisir ce que Christ sur la croix déclare être accompli parfaitement ?
C’est ici le don de Dieu !
C'est-à-dire qu’Il donne un salut assuré pour l’éternité, en opposition aux dons humains qui ne sont que pour un temps.
" Je ne donne pas comme le monde donne ", a dit le Seigneur Jésus.
Si mon Seigneur vous donne le salut en cet instant, vous l’avez, et pour l’éternité.
Il ne le reprendra jamais ; et s’il ne le fait pas, qui le pourrait ?
S’Il vous sauve maintenant par la foi, vous êtes sauvés ; à ce point que vous ne périrez jamais, et que nul ne vous ravira de Sa Main.
Sermons de SPURGEON
" Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. C’est le premier et le plus grand commandement. "
(Marc 12 : 30 et Matthieu 22 : 38)
Le Sauveur a dit en parlant de mon texte : " C’est le premier et le plus grand commandement. "
Il est, en effet, " le premier ".
Le premier tout d’abord par rang d’ancienneté, car il est antérieur aux dix commandements de la loi écrite.
Avant que l’Eternel eût dit : " Tu ne commettras point d’adultère, tu ne déroberas point ", les paroles de mon texte étaient une des lois qui régissaient l’univers.
Les intelligences célestes s’inclinaient déjà devant elle, alors que l’homme n’avait pas encore été créé.
Il n’était pas nécessaire que Dieu dit aux anges : " Vous ne tuerez point, vous ne déroberez point " car le meurtre et le vol étaient probablement impossibles pour eux ; mais assurément, il dut leur dire : " Vous aimerez le Seigneur, votre Dieu. "
Dès que Gabriel fut enfanté par le souffle du Très-Haut, le grand principe de l’amour de Dieu lui fut sans nul doute inculqué.
Ce commandement est donc " le premier " par son ancienneté.
Dans le jardin d’Eden, Adam y était soumis ; même avant la création d’Eve, sa femme, alors que tout autre précepte était encore superflu, celui-ci fut gravé sur la table de son cœur : " Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu. "
Mais le commandement qui nous occupe n’est pas seulement " le premier " par son ancienneté : il l’est aussi par son importance.
Un précepte qui regarde directement le Dieu tout-puissant doit, sans contredit, avoir la priorité sur tous les autres.
La plupart des articles de la loi morale traitent des rapports de l’homme avec l’homme ; mais ici, il s’agit des rapports de l’homme avec son Créateur.
La désobéissance à cet ordre fondamental provoque la colère de l’Eternel et attire sa malédiction sur la tête du transgresseur.
Celui qui tue ou qui dérobe commet un forfait d’autant plus grave qu’en péchant contre son prochain, il viole du même coup l’injonction de mon texte ; mais, en supposant que le vol ou l’homicide, ou tout autre péché, n’impliquât pas nécessairement la violation du premier commandement, cette violation constituerait à elle seule la plus grave, la plus énorme des offenses.
" Tu aimeras le Seigneur ton Dieu " : C’est le prince des commandements, le souverain de la loi ; à lui appartient la préséance sur toutes ces règles augustes que Dieu jugea bon, plus tard, de donner à ses créatures.
Observons encore que ce commandement est " le premier " par sa justice.
Si l’on ne peut pas toujours saisir l’équité du précepte : " Tu aimeras ton prochain comme toi-même " ; s’il m’est parfois malaisé de comprendre pourquoi je suis tenu d’aimer l’homme qui me hait et qui m’insulte, ici, nulle difficulté de ce genre ne saurait exister.
L’ordre d’aimer le Seigneur, notre Dieu, s’adresse à nous avec une autorité si puissante, il est tellement corroboré par les instincts de la nature et par la voix de la conscience, qu’en vérité il faut avoir perdu tout vestige de sens moral pour oser contester sa parfaite justice.
Souviens-toi donc, ô homme, que c’est ici le premier commandement.
A quelque loi que tu désobéisses, prends garde au moins d’observer celle-ci.
Si tu avais enfreint les ordonnances de la loi cérémonielle, le sacrificateur aurait pu faire propitiation pour toi, mais comment échapperas-tu si tu pèches contre ce premier commandement ?
L’ordre est formel, précis, inflexible.
Tu peux violer les lois humaines, quitte à subir la peine prononcée contre ceux qui les violent, mais, si tu foules aux pieds celle-ci, ta punition, sache-le, sera trop lourde pour que ton âme puisse la porter.
Elle te précipitera, ô pécheur, elle te précipitera comme une meule de moulin, jusqu’au plus bas fond de l’enfer !
Prends donc garde à ce commandement plus qu’à tout autre ; tremble en sa présence, et applique-toi à lui obéir, car c’est le premier de tous les commandements.
Le Sauveur dit aussi que c’est le plus grand commandement, et cela est vrai.
Il est " grand " par son ampleur, car il renferme tous les autres.
Quand Dieu dit : " Souviens-toi du jour du repos pour le sanctifier " ; quand il dit : " Tu ne te feras point d’image taillée et tu ne te prosterneras point devant elle ", ou bien encore : " Tu ne prendras point le nom de l’Eternel ton Dieu en vain ", il n’a fait que développer, à un point de vue particulier, l’idée générale contenue dans mon texte.
C’est le sommaire et la substance de la loi.
Le second commandement lui-même se trouve comme enveloppé dans les vastes plis du premier.
Qui dit : " Tu aimeras ton prochain ", sous-entend, par le fait : " Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu ", car l’amour du prochain ne saurait exister sans l’amour de Dieu, et l’amour de Dieu à son tour produit nécessairement l’amour du prochain.
De plus, le premier commandement est " grand " par ses exigences : Exigences parfaitement justes, parfaitement légitimes, mais qui n’en sont pas moins d’une rigueur effrayante.
Que nous demande-t-il en effet ?
Il nous demande nos pensées, notre force, notre cœur, notre vie ; en d’autres termes, il exige que nous concentrions dans l’amour de Dieu toutes les facultés de notre âme, toutes les puissances de notre être !
Et celui qui désobéira jusqu’à la fin à ce commandement reconnaîtra, pour son éternel malheur, qu’il est " grand " encore dans un autre sens.
Grand dans sa puissance de condamnation, car il sera comme un glaive à deux tranchants pour frapper le transgresseur, comme une foudre vengeresse qui éclatera sur sa tête rebelle.
Ecoutez donc, mes chers auditeurs, écoutez ce premier et grand commandement que je viens vous répéter de la part de mon Maître : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. "
Je diviserai mon discours en deux parties, où plutôt j’examinerai avec vous deux simples questions :
La première : Que nous dit ce commandement ?
La seconde : Qu’avons-nous à lui répondre ?
Que nous dit ce commandement ?
Constatons d’abord que les premiers mots de mon texte nous imposent un devoir, le devoir d’aimer Dieu : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu.
Il y a bien des manières de manquer à ce devoir.
Il est une classe d’hommes qui le méprisent sciemment et audacieusement, car ils haïssent Dieu.
Ici, c’est l’incrédule sans pudeur qui grince des dents contre le Très-Haut ; là, c’est le sceptique plus raffiné qui lance le venin de ses blasphèmes contre la personne de son Créateur.
Il ne manque pas de gens dans ce monde qui se posent ouvertement en athées, et quoique, au fond de leurs consciences, ils sachent très bien qu’il y a un Dieu, néanmoins, de leurs lèvres, ils nient effrontément son existence.
De tels hommes nient qu’il y ait un Dieu, parce qu’ils donneraient tout au monde pour qu’il n’y en eût point.
La pensée est fille du désir ; mais il faut que le cœur soit parvenu à la dernière phase de l’endurcissement et de la corruption pour que cette pensée ose se traduire par des paroles, et que le malheureux qui prononce une impiété aussi monstrueuse, puisse le faire sans un certain sentiment de honte et de remords.
Ai-je besoin de le dire ?
Mon texte concerne en première ligne tous ceux qui haïssent, qui méprisent, qui insultent l’Eternel, leur Dieu, qui mettent en doute son existence ou qui dénaturent son caractère.
Oh ! Incrédule ! Dieu t’ordonne de l’aimer de tout ton cœur ; puisque tu le hais, tu te places toi-même volontairement sous le coup de la condamnation qui fondra, au dernier jour, sur les transgresseurs de cette loi.
D’autres hommes savent qu’il y a un Dieu, mais ils le négligent.
Ils traversent la vie avec indifférence, sans se mettre en peine de l’éternité.
" Après tout ", disent-ils (si ce n’est pas leurs paroles, du moins par leur conduite), " après tout, peu nous importe qu’il y ait un Dieu ou qu’il n’y en ait point. "
Ils ne se soucient nullement de connaître leur Créateur, et ses commandements ne leur inspirent pas la dixième partie du respect qu’ils éprouveraient pour une proclamation de leur gouvernement.
Ils sont tout prêts à se soumettre aux puissances établies (Romains 13 : 1), mais quant à Celui par qui ces puissances subsistent, ils le mettent de côté et ils l’oublient.
Trop prudents, ou trop timides pour oser déclarer ouvertement qu’ils ne croient pas en Dieu, ces hommes vivent comme s’il n’y en avait pas.
S’ils ne sont point athées en théorie, ils le sont en pratique.
Aucune place dans leurs pensées n’est réservée au Seigneur.
Ils se lèvent, le matin, sans songer à fléchir le genou devant lui ; ils se couchent, le soir, sans murmurer une prière.
Jour après jour, semaine après semaine, ils s’occupent des affaires de la vie sans jamais avoir l’idée d’élever leur âme vers Dieu.
Quelquefois, vous les entendrez parler de " chance ", de " hasard ", de " bonne ou de mauvaise fortune ", étranges divinités conçues dans leur cerveau.
Mais Dieu, le Dieu tout-puissant, le Dieu vivant et vrai, jamais ils ne parlent de lui, si ce n’est quand ils prononcent son nom avec légèreté et inconvenance, ajoutant ainsi un péché de plus à la masse de leurs iniquités.
O vous pécheurs, qui vivez ainsi dans l’oubli de Dieu, qui n’avez pour lui qu’une froide et dédaigneuse indifférence, sachez que ce commandement s’adresse aussi à vous : " Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme. "
Mais ici, j’entends quelqu’un me dire :
" Il est vrai, ministre de l’Evangile, que je n’ai aucune prétention à la piété, mais à mon sens, je n’en vaux pas moins pour cela.
" Je suis tout aussi intègre, tout aussi moral, tout aussi charitable que les soi-disant dévots. Rarement, j’en conviens, je franchis le seuil d’un lieu de culte ; je ne pense pas que ce soit là un devoir de la première importance ; mais à tout prendre, je le répète, je vaux autant que mes voisins ; je suis un homme honnête.
" Personne n’a rien à me reprocher. D’ailleurs, s’il faut le dire, parmi vos gens d’Eglise, il y a tant et tant d’hypocrites, que franchement, je n’ai aucune envie de devenir un des leurs. "
Arrête, mon cher auditeur, et permets-moi de te faire une simple observation.
Que t’importe, je te prie, ce que font les autres ?
La religion est une affaire toute personnelle, qui ne regarde que Dieu et toi.
Or, ton Créateur t’a dit, à toi, individuellement : " Tu m’aimeras de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. "
Qu’as-tu donc besoin de montrer du doigt tel pasteur dont la conduite n’honore pas toujours sa profession, ou tel membre de l’Eglise qui se conduit mal, ou telle autre personne ayant l’apparence de la piété, mais dont la vie est en contradiction avec les principes ?
Rien de tout cela ne te regarde.
Quand ton Créateur te donne un ordre, il entend que tu t’en fasses l’application, et si tu lui objectais : " Seigneur, je ne veux pas t’aimer, parce qu’il y a des hypocrites ", est-ce que ta propre conscience, si faussée qu’elle soit par le péché, ne protesterait pas contre l’absurdité de ce raisonnement ?
Est-ce que ton bon sens lui-même ne te dirait pas : " O homme, puisqu’il y a tant d’hypocrites, prends garde de ne pas en être un ; et puisqu’il y a tant de prétendus chrétiens qui déshonorent la cause de leur Seigneur par leur conduite, efforce-toi, à plus forte raison, d’être vrai, sincère et loyal dans l’Eglise ? "
Mais, hélas ! Où sont-ils, les hommes qui se donnent la peine de réfléchir à ces vérités ? ….
L’oubli du Seigneur est général. Je ne pense pas que la masse du peuple soit incrédule : Je crois au contraire que les athées sont plus rares qu’on ne le pense.
La grande plaie de notre époque, c’est l’indifférence.
On ne se soucie point de savoir si la religion est vraie ou fausse.
On est satisfait de rester dans le vague à cet égard. On n’a pas le temps de s’occuper des intérêts de son âme, on ne prend pas la peine de chercher la vérité, et on ne songe même pas à cet Être puissant et bon par qui l’on subsiste.
Quant au premier et grand commandement, on n’en tient absolument aucun compte, et ainsi on frustre le Seigneur de ce qui lui appartient.
Mais il y a une classe d’hommes qu’il serait injuste de confondre avec la multitude des indifférents.
Oui, je me plais à le reconnaître : Il y a des hommes aux instincts plus nobles, aux aspirations plus élevées.
Ceux-là du moins n’oublient pas qu’il y a un Dieu.
Oh ! Non, loin de là. Peut-être sont-ils versés dans la merveilleuse science de l’astronomie, et, quand ils élèvent leurs regards vers la voûte des cieux, ils admirent la majesté du Créateur.
Ils sont frappés d’étonnement en voyant la magnificence des œuvres de Dieu.
Ils rendent hommage à sa suprême sagesse.
Chaque fois qu’ils pensent à Dieu, ces hommes sont pénétrés d’une solennelle admiration, d’une crainte respectueuse.
Jamais vous ne les entendrez blasphémer ou prononcer le nom du Seigneur à la légère : Leur âme est animée d’une profonde vénération pour le Créateur de l’univers.
C’est beaucoup, sans doute, - mais est-ce assez ? …
Non, mes chers auditeurs, non ce n’est point assez !
Le premier et le plus grand commandement demande autre chose.
Dieu ne te dit point, ô homme : " Tu admireras ma puissance, tu vénéreras ma grandeur. "
Il exige plus de toi ; il te dit : " Tu m’aimeras ! "
O toi, qui suis du regard les astres parcourant l’immensité de l’espace, c’est beau, assurément, de dire, dans un transport d’enthousiasme :
" Oh ! Que tes cieux son grands ! Et que l’esprit de l’homme
Plie et tombe de haut, mon Dieu, quand il te nomme ! …
Oh ! Que suis-je, Seigneur, devant tes cieux et toi ?
De ton immensité le poids pèse sur moi ;
Il m’égale au néant, il m’efface, il m’accable,
Et je m’estime moins qu’un de ces grains de sable ! "
(Lamartine)
Oui, c’est quelque chose, ô mon frère, d’adorer ainsi le puissant Créateur, mais cela ne suffit point.
Oh ! Plût à Dieu que tu puisses ajouter : " Celui qui a créé l’armée des cieux, celui qui appelle les étoiles par leur nom, celui-là est mon Père, et mon cœur est plein d’affection pour lui ! "
Alors, mais alors seulement, tu auras obéi au commandement de mon texte, car ce que Dieu demande de toi, ce n’est pas ton admiration, mais ton amour : " Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur. "
Enfin, il y a des hommes qui vont encore plus loin.
Non contents d’admirer Dieu dans ses œuvres, ils prennent plaisir à s’élever vers lui par la contemplation.
Ils croient au Père, au Fils et au Saint-Esprit.
Ils croient qu’il n’y a qu’un seul Dieu, et que ces trois personnes ne sont qu’un.
Ils aiment à parcourir les pages de la révélation, tout comme ils parcourent les pages de l’histoire.
La divinité est pour eux un sujet de curieuse étude, d’intéressantes recherches.
Ils prennent plaisir à méditer sur son essence, sur ses attributs, sur ses perfections.
Souvent même, ces hommes sont d’une orthodoxie irréprochable ; personne n’a un credo plus pur que le leur, et, en fait de doctrine chrétienne, nul ne pourrait leur en apprendre.
Aussi bien que qui que ce soit, ils défendraient au besoin telle vérité de l’Evangile, et entreraient avec feu dans les discussions les plus approfondies sur les choses divines.
Mais hélas ! Leur religion a un défaut : Elle ressemble à un poisson mort ; elle est froide et raide comme lui, et, pour peu que vous veniez en contact avec elle, vous sentez qu’elle n’a pas de vie.
Jamais les croyances de ces hommes ne les ont remués jusqu’au fond de l’âme ; leurs cœurs y sont restés complètement étrangers.
Leur esprit peut contempler Dieu, mais ils sont incapables de l’aimer ; ils peuvent méditer, mais non sentir ; penser à Dieu, mais non se jeter dans le sein de sa miséricorde !
Ah ! Froids penseurs, savants théoriciens à la vaste intelligence, mais au cœur de glace, qui discourez si bien sur votre Créateur, mais qui ne savez pas l’aimer, puissiez-vous recevoir en ce jour l’instruction de mon texte : " Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu ! "
Mais il me semble voir un homme qui se lève dans cette assemblée, et qui me dit d’un air satisfait : " Quant à moi, ce commandement ne m’effraie point, car je le mets en pratique. J’assiste au service divin deux fois chaque dimanche ; je fais le culte domestique avec ma famille ; j’ai soin, tous les matins en me levant de répéter une prière ; enfin, je lis ma Bible quelquefois et je donne de l’argent à beaucoup d’œuvres de bienfaisance… "
Ah ! Mon cher auditeur, ne t’abuse point : Tu peux faire tout cela, tu peux faire plus encore, et pourtant ne pas aimer Dieu.
Autre chose est de servir Dieu comme un mercenaire, autre chose est de l’aimer comme un fils.
Que de personnes se rendent à leur lieu de culte à peu près avec le même entrain que si elles marchaient au supplice !
C’est pour elles un pénible devoir, une tâche mortellement ennuyeuse.
Pour ce qui est de la prière, il va sans dire que ces personnes n’en font pas leurs délices : Elles prient parce qu’elles croient ne pouvoir se dispenser de prier.
Je ne sais pas quel vague sentiment de devoir les contraint parfois à fléchir le genou devant Dieu, mais elles n’y prennent aucun plaisir.
Peut-être parlent-elles de Dieu avec révérence, mais jamais avec amour ; jamais leur cœur ne bondit en entendant son nom ; jamais leurs yeux n’étincellent à la pensée de ses attributs ; jamais leur âme ne tressaille en méditant sur ses ouvrages, car la grâce de Dieu ne l’a point touchée.
C’est pourquoi, tandis que ces gens honorent Dieu de leurs lèvres, leur cœur est bien éloigné de lui, et ainsi, malgré leur vain formalisme, ils désobéissent, tout comme les incrédules, à ce commandement : " Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu. "
Mes chers auditeurs, comprenez-vous maintenant toute la portée de mon texte ?
Hélas ! Je crains que plusieurs d’entre vous ne cherchent encore des faux-fuyants pour échapper à sa condamnation.
Je crains que beaucoup d’âmes, ici présentes, au lieu de se reconnaître coupables, ne s’efforcent de faire une brèche à cette divine muraille, qui enserre l’humanité tout entière.
L’un de vous dit peut-être : " Mais je ne fais rien pour offenser Dieu. "
Là n’est pas la question, mon ami. Il ne s’agit point de ce que tu ne fais pas ; il s’agit simplement de ceci : " Aimes-tu Dieu ? "
" Mais, reprend un autre, j’observe scrupuleusement tous les devoirs extérieurs de la religion … "
Soit ! Mais mon texte ne se contente pas de cela ; il dit expressément : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu. "
" Mais, ajoute un troisième, je fais beaucoup de choses pour le Seigneur ; je visite les pauvres, je suis moniteur d’une école du dimanche…"
Je t’en félicite, mon frère ; toutefois, j’en reviens à ma question : " Aimes-tu Dieu ? "
C’est ton cœur que Dieu demande, et, sans ton cœur, il ne saurait être satisfait.
Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu : Voilà le commandement ; et bien qu’aucun homme depuis la chute ne soit capable de l’observer, il n’en est pas moins obligatoire pour tous les enfants d’Adam.
Mais ce commandement ne nous impose pas seulement le devoir d’aimer Dieu, il nous dit encore quelle doit être la mesure de cet amour.
Combien dois-je aimer Dieu ?
Où fixerai-je la limite de mon affection pour lui ?
Je dois aimer mon prochain comme moi-même : Dois-je aimer mon Dieu plus encore ? ….
Oui, les paroles de mon texte ne laissent aucun doute à cet égard : " Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. "
Or, il ne nous est commandé nulle part de nous aimer nous-même ou d’aimer notre prochain de cette manière ; donc la mesure de l’amour que nous devons à Dieu est infiniment supérieure à celle de tout amour humain.
Nous en déduisons cette vérité : Dieu veut que nous l’aimions par-dessus tout.
Mari, tu dois aimer ta femme ; tu ne saurais trop l’aimer, sauf dans un seul cas, celui où tu l’aimerais plus que Dieu, où tu chercherais à lui plaire plutôt qu’à ton Créateur, où tu lui accorderais une préférence idolâtre.
Enfant, tu es tenu d’aimer tes parents ; tu ne saurais trop aimer le père qui t’engendra ou la mère qui te donna le jour ; toutefois, n’oublie point que ton affection pour eux ne doit être que secondaire.
Plus que ton père ou ta mère, tu dois aimer le Seigneur, ton Dieu.
L’affection qu’il réclame de toi est une affection suprême.
Sans doute, il nous est permis d’aimer tous nos proches ; bien plus : Cela nous est expressément ordonné.
Celui qui n’aime pas ceux de sa famille est pire qu’un païen ; mais gardons-nous d’aimer autant que Dieu ces chers objets de nos affections.
Vous pouvez dresser de petits trônes dans votre cœur pour les êtres chéris qui ont droit à votre tendresse, mais le trône de Dieu doit dominer tous les autres.
Vous pouvez placer vos bien-aimés sur les degrés de l’autel, mais il faut que le Seigneur soit assis sur l’autel lui-même.
Il doit être le monarque de vos affections, le souverain de votre cœur.
Dis, dis, ô mon frère, as-tu observé ce commandement ?
Pour ma part, je sais que je ne l’ai point fait ; je me reconnais coupable devant Dieu ; je ne puis que me jeter à ses pieds et confesser mes transgressions…
Quoi qu’il en soit, le commandement subsiste dans toute son inflexible rigueur : " Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur ", c'est-à-dire : " Tu l’aimeras par-dessus tout. "
Une seconde déduction de mon texte, c’est que nous devons aimer Dieu tendrement.
Oui, il doit y avoir dans nos rapports avec Dieu cette chaleur, cette vie, cette puissance de sentiment qui sont les caractères de toute véritable affection.
Il faut que nous nous donnions à lui tout entier et de tout cœur.
Oh ! De grâce, n’aimons pas Dieu comme beaucoup de gens aiment leur prochain, de cette étrange espèce d’amour qui fait bien dire à l’occasion : " Allez en paix, chauffez-vous et soyez rassasiés ", mais qui n’ajoute rien à ces froides paroles…
Non, le Seigneur ne veut pas d’un amour de ce genre.
Il faut que toutes les fibres de notre cœur palpitent d’affection pour lui, que nous nous absorbions pour ainsi dire en Dieu, en sorte qu’il devienne le grand objet de notre existence, le centre de notre tendresse.
Un don libre et volontaire de nous-mêmes, un joyeux élan de toutes nos facultés vers ce but suprême, voilà ce que doit être notre amour pour Dieu.
" Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur. "
Mais ce n’est pas tout.
Nous devons aussi aimer Dieu de toute notre âme, ou plutôt de toute notre vie, car c’est là le véritable sens de cette expression.
En d’autres termes, nous devons aimer Dieu jusqu’à la mort.
Si nous sommes appelés à verser notre sang pour la cause de notre Maître, il faut que, sans hésiter, nous lui sacrifiions notre vie.
Nous n’atteindrons jamais la plénitude de l’obéissance à ce commandement, à moins que, comme les martyrs, nous ne soyons prêts à nous laisser jeter dans les bûchers ou dévorer par les bêtes féroces plutôt que de désobéir à Dieu.
Patrie, famille, liberté, fortune, bien-être, joie et vie, le chrétien doit tout sacrifier au moindre appel de son Maître, sans quoi il n’accomplit point les paroles de mon texte : " Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de toute ton âme. "
Il y a plus encore ; nous devons aimer Dieu de toute notre pensée.
Notre intelligence dit aimer Dieu. Beaucoup de gens croient à l’existence du Créateur, mais sans aimer cette croyance.
Ils savent qu’il y a un Dieu, mais ils voudraient de tout leur cœur qu’il n’y en eût point.
S’ils pouvaient réussir à se persuader que Dieu est un être imaginaire, comme ils tressailliraient de joie !
Alors ils pourraient, sans scrupule, marcher comme leur cœur les mène ; ils pourraient sans trouble et sans remords se plonger dans toute sorte de débordements.
Oui, ce serait pour bien des âmes la meilleure, la plus réjouissante des nouvelles, si on venait à leur annoncer aujourd’hui que l’Eternel Dieu a cessé d’exister.
Quelle différence avec les sentiments du chrétien !
La pensée qu’il y a un Dieu est comme le soleil de sa vie.
Son intelligence s’incline devant le Très-Haut, non comme l’esclave qui courbe le front devant son Maître parce qu’il ne peut faire autrement, mais comme l’ange qui se prosterne devant son Créateur parce qu’il se plaît à lui rendre hommage.
" Oh ! Mon Dieu " , s’écrie l’âme croyante dans un transport d’adoration, " oh ! Mon Dieu, je te rends grâces de ce que tu existes ; car tu es mon plus précieux trésor, ma plus riche et ma plus douce joie ! Je t’aime de toutes les puissances de mon esprit ; de toutes les facultés de mon intelligence ; raison, pensée, jugement, imagination, je dépose tout à tes pieds et le consacre à ta gloire. "
Enfin, l’amour que Dieu nous demande doit être caractérisé par l’action ; car si nous devons l’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre pensée, nous devons aussi l’aimer de toute notre force, c'est-à-dire d’un amour actif et dévoué.
Je dois mettre au service de mon Dieu tout ce que mon corps et mon âme renferment de forces vives.
Je ne dois lui refuser ni une seule heure de mon temps, ni un seul denier de ma fortune, ni un seul talent de mon esprit, ni un seul atome de mon activité physique ou de mon énergie morale.
En un mot, je dois l’aimer de toute ma force.
Mes chers auditeurs, je vous le demande, quel est l’homme qui peut obéir à l’ordre de mon texte ?
Assurément, il n’en est aucun, et il ne saurait jamais y en avoir.
De là résulte donc la nécessité d’un Sauveur.
Oh ! Si cette loi divine pouvait en ce jour nous faire tomber la face contre terre comme de misérables pécheurs !
Si notre propre justice pouvait être mise en pièces par ce puissant marteau qui a nom " le premier et le plus grand commandement ! "
Et surtout, oh ! Surtout, si nous pouvions parvenir à l’observer désormais !
L’homme qui ne violerait en aucune manière ce commandement, jouirait sur la terre d’un ciel anticipé, car les plus heureuses des créatures sont celles qui sont les plus saintes, et les plus saintes sont celles qui aiment Dieu de l’amour le plus pur.
Mais mon texte ouvre encore devant nous un autre ordre d’idées que je tiens à vous indiquer.
Non seulement il dit à l’homme qu’il doit aimer Dieu et comment il doit l’aimer, mais il énumère pour ainsi dire les titres du Créateur à l’amour de sa créature.
" Tu l’aimeras de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force ", et pourquoi ?
D’abord, parce qu’il est le Seigneur, c'est-à-dire l’Eternel, le Tout-Puissant, et ensuite parce qu’il est ton Dieu.
O homme, créature d’un jour, tu dois aimer l’Eternel, par cela seul qu’il est l’Eternel.
Transporte-toi par la pensée en présence de l’Etre insondable qui échappe à ton regard.
Elève tes yeux jusqu’au plus haut des cieux. Vois-le, Celui dont la redoutable majesté, dont la splendeur sans égale force les anges eux-mêmes à se voiler la face, de peur qu’éblouis par tant d’éclat, ils ne soient frappés d’une éternelle cécité.
Considère-le, Celui qui fit sortir la terre du néant et qui créa l’homme pour y habiter.
Et écoute ce qu’il est.
Il est l’Eternel, l’Etre des êtres, incréé, immuable, tout sage, tout-puissant.
Il sait tout, il voit tout, il suffit à tout.
Comment donc lui refuserais-tu ton hommage ?
Comment ne te prosternerais-tu pas devant lui ?
Il est bon, il est plein d’amour, il est miséricordieux.
Vois les richesses de sa Providence ; admire la plénitude de sa grâce.
O homme !
Comment n’aimerais-tu point l’Eternel, parce qu’il est l’Eternel ?
Mais il y a plus : Tu dois l’aimer aussi et surtout parce qu’il est ton Dieu.
Et d’abord, il est ton Dieu par droit de création. C’est lui qui t’a fait ; tu ne t’es point fait toi-même.
Le Dieu tout-puissant aurait pu facilement se servir d’un intermédiaire, mais il voulut être le seul Créateur du premier homme.
Maintenant même, s’il lui plaît de nous appeler à l’existence par le moyen de nos parents, il n’en est pas moins notre Créateur.
Observe, je te prie, ô homme, la merveilleuse structure de ton corps.
Admire l’étonnant mécanisme qu’il a mis en jeu pour te conserver la vie, et dis si tu ne veux point aimer Celui qui te créa ?
Et Dieu n’est pas seulement ton Créateur ; il est aussi ton conservateur, et, à ce titre encore, on peut dire qu’il est ton Dieu.
Chaque jour, ta table est dressée devant toi : Or, qui est-ce qui la dresse, si ce n’est Dieu ?
L’air que tu respires est un don de sa charité ; les vêtements qui te couvrent sont des gages de sa magnificence ; la santé dont tu jouis est un bienfait de son amour ; ta vie dépend entièrement de lui.
Je te vois devant moi, plein de force et de vigueur, mais un simple vœu de sa volonté souveraine aurait suffi pour te coucher depuis longtemps dans le sépulcre et pour livrer ton corps à la corruption.
La trame de tes jours est entre ses mains.
Tu peux mourir sur le champ, ici même ; et si, aujourd’hui, tu n’es pas en enfer, c’est uniquement par un effet de sa pure miséricorde.
Oui, même si tu t’insurges contre la Providence, si tu hais ton Sauveur et méprises sa croix, Dieu n’en est pas moins ton Dieu, à ce double titre : Il t’a donné la vie et il te la conserve.
Et n’est-ce pas en vérité un prodige de condescendance que Dieu daigne te bénir, tandis que toi tu refuses de l’aimer ?
Garderais-tu dans ta maison un cheval qui ne te serait bon à rien ?
Retiendrais-tu à ton service un homme qui t’insulterait sans cesse ?
Non, sûrement, tu ne le ferais point !
Et cependant, pécheur, c’est là ce que Dieu fait pour toi. Il te nourrit, il te protège, et tu te révoltes contre lui.
Cette bouche impie, qui vient peut-être d’outrager le Créateur, est alimentée par sa main bienfaisante.
Il n’est pas jusqu’à ces poumons, dont tu te sers pour exhaler ta haine contre lui, qui ne reçoivent de sa bonté le souffle de vie nécessaire à ton existence.
O étrange contradiction du cœur humain, que nous mangions ainsi le pain de Dieu, et puis que nous levions le talon contre lui !
Ah ! Si au lieu d’avoir affaire à notre bon Dieu, nous avions affaire à une créature telle que nous, n’est-il pas vrai, mes chers auditeurs, qu’en moins d’une heure nous lasserions sa patience ?
Pour ma part, lorsque je réfléchis à cela, je suis confondu par la patience de mon Dieu.
Quoi ?
Voici un blasphémateur qui, dans son cynisme, maudit ouvertement Celui qui le créa.
Et tu le supportes, ô Seigneur ! Et tu ne réduis pas en poussière l’insolent vermisseau qui te brave !
Mais si un moucheron m’importunait, ne l’écraserais-je pas en un moment ?
Or, qu’est-ce que l’homme auprès de toi, mon Dieu ?
N’est-il pas infiniment plus petit, comparé à ta grandeur, que ne l’est le plus chétif insecte comparé à l’homme ? ….
Oh ! Mes frères, mes chers frères, nous avons véritablement lieu de nous étonner que Dieu use encore de compassion envers nous après nos révoltes sans nombre, après nos violations réitérées du premier commandement.
Et pourtant ne croyons pas que ce commandement soit une lettre morte ; il fait partie de cette divine Parole qui ne passera point, et nul ne l’enfreindra impunément.
C’est pourquoi, je viens encore une fois, moi le serviteur de Dieu, réclamer solennellement pour mon Maître, de chacun de vous comme de moi-même, les affections de notre cœur, l’obéissance de notre âme, l’adhésion de notre esprit et la consécration de nos forces.
O peuple de Dieu, ai-je besoin de m’adresser à vous ?
Vous savez que le Seigneur est votre Dieu dans un sens spécial ; c’est pourquoi vous lui devez un amour spécial.
Vous savez qu’il est votre Père en Jésus ; c’est pourquoi vous devez l’aimer comme des fils et des filles.
Qu’avons-nous à lui répondre ?
Voilà, mes chers auditeurs, ce que disent les paroles de mon texte.
Voyons maintenant, très brièvement, ce que nous avons à leur dire.
Parle, ô homme, mon frère !
Qu’as-tu à dire en face de ce commandement ?
Y a-t-il ici quelque pauvre âme assez abusée, assez aveuglée par sa propre justice, pour me répondre : " J’ai la ferme intention de l’accomplir ; je me sens capable de le faire, et je crois que par mon obéissance j’arriverai au Ciel. "
Oh ! Que tu es à plaindre, pauvre âme !
Ou bien ton esprit lui-même est encore plongé dans une nuit profonde, ou bien tu te complais dans ton ignorance, car si tu connaissais ton propre cœur, tu t’écrierais plutôt avec désespoir : " Misérable que je suis ! Jamais je ne pourrai obéir pleinement à ces paroles ! Jamais une créature aussi souillée que moi ne pourra aimer Dieu comme il veut être aimé ! "
Or, souviens-toi que jamais tu ne seras sauvé par tes propres mérites, si tu n’as tout d’abord obéi à cette loi fondamentale qui est la base de toutes les autres, et si tu n’y as obéi complètement, constamment, parfaitement.
" Mais sûrement, dit un autre, si je fais mon possible pour observer ce commandement, cela suffira. "
Non, pécheur, non !
Cela ne suffira point. Dieu t’ordonne de l’aimer d’un amour parfait, et si tu ne l’aimes pas ainsi, il te condamnera.
" Mais alors, t’écries-tu, qui peut donc être sauvé ? …"
Ah ! Voilà justement, mes chers auditeurs, la conclusion à laquelle je voulais vous amener.
Et en effet, qui pourrait être sauvé par ce commandement ?
Personne au monde, c’est de toute évidence.
Le salut par les œuvres de la loi est, et sera toujours, pour l’homme, une impossibilité absolue.
Qu’aucun de vous ne dise encore qu’il s’efforcera d’accomplir cette loi, afin d’être sauvé par elle, car une telle prétention serait à la fois une folie et un mensonge.
Et que dit le chrétien, le meilleur, le plus fidèle des chrétiens en face des paroles de mon texte ?
Ecoutez les plaintes et les gémissements qui s’échappent de ses lèvres :
" O mon Dieu, soupire-t-il dans la tristesse de son âme ; ô mon Dieu, je suis coupable, je le sais, et si tu me précipitais en enfer, ce ne serait que justice !
" J’ai violé ton premier et grand commandement dès ma jeunesse ; je l’ai violé même depuis ma conversion ; je le viole encore tous les jours.
" Je reconnais que si tu entrais en compte avec moi, je ne saurais subsister un seul instant devant ta face.
" Seigneur, je ne place aucune confiance dans la loi, car je sais que par elle je ne serais point justifié devant ta justice, ni admis en ta présence… "
Mais, écoutez, encore !
J’entends le chrétien dire autre chose.
Je l’entends s’écrier en s’adressant à mon texte :
" Commandement ! Je ne puis t’observer, mais mon Sauveur t’a observé dans ta plénitude, et ce que mon Sauveur a fait, il l’a fait pour tous ceux qui croient en lui.
" Ainsi donc, ô loi, ce que Jésus a fait est à moi. Que pourrais-tu exiger encore ?
" Tu me demandes une obéissance parfaite ; or, mon Sauveur a parfaitement obéi pour moi ; il est mon représentant, mon substitut ; ce que je n’ai point fait moi-même, il l’a fait à ma place.
" Et tu ne peux pas rejeter l’œuvre de mon substitut, car Dieu l’a solennellement reconnu comme tel le jour où il le ressuscita des morts.
" N’essaie donc plus de me troubler, ô commandement ! Jamais tu ne pourras me condamner.
" Quoique je t’aie transgressé mille fois, je me confie simplement et uniquement en Jésus. Sa justice est la mienne, et, avec elle, je puis solder ma dette et satisfaire toutes tes exigences. "
Voilà le langage triomphant que peut tenir tout racheté de Jésus.
" Ah ! S’écrie peut-être quelqu’un dans cette assemblée, j’aimerais pouvoir dire cela, moi aussi !
" J’aimerais échapper à la juste colère de la loi !
"J’aimerais que Jésus-Christ soit mon substitut ! "
Si tu es sincère dans ton désir, mon cher auditeur, écoute-moi.
Te sens-tu en cet instant misérable, perdu, condamné ?
Reconnais-tu avec larmes que Jésus peut te sauver ?
Es-tu prêt à renoncer à toute confiance terrestre et à te jeter aux pieds de Celui qui est mort sur la Croix ?
" Elèves-tu un regard de foi vers le Calvaire, et là, en présence du divin Crucifié, devant son corps meurtri et ses plaies sanglantes, peux-tu dire du fond de ton cœur :
" Tel que je suis, sans rien à moi,
Sinon ton sang versé pour moi,
Et ta voix qui m’appelle à toi,
Agneau de Dieu, je viens ! "
Peux-tu dire cela, mon frère ? Alors ne crains point ; Jésus a accompli la loi à ta place, et la loi ne peut condamner une âme que Christ a absoute.
Si donc la loi te crie d’une voix menaçante :
" Tu sera damné parce que tu as violé mes préceptes ! "
" Dis-lui qu’elle n’a pas le droit de toucher un cheveu de ta tête, car, si tu ne lui as pas obéi, Christ l’a fait, et l’obéissance de Christ est à toi.
Dis-lui que l’œuvre de Christ est ta rançon, que cette rançon, lui-même en a frappé la monnaie, et qu’ainsi, puisque tu lui paies ce qu’elle exigeait de toi, elle n’a plus rien à te réclamer.
Tu es libre, car Christ a satisfait la loi.
Mais après cela, ô enfant de Dieu, après que tu auras contemplé Jésus subissant, lui juste, la peine méritée par les transgresseurs de la loi, n’ajouteras-tu rien ?
Oh ! Si, je sais ce que tu ajouteras.
Tu tomberas à genoux et tu diras de tout ton cœur :
" Seigneur, je te rends grâce que ce que je suis affranchi de la condamnation de la loi, car je crois en Jésus.
" Mais désormais, Seigneur, aide-moi à accomplir cette loi sainte, juste et bonne ; aide-moi en particulier à accomplir le premier et le plus grand de tes commandements.
" Seigneur ! Donne-moi un cœur nouveau, car ce vieux cœur de pierre ne saurait jamais t’aimer.
" Seigneur ! Donne-moi une vie nouvelle, car ma vie passée est trop vile.
" Seigneur ! Donne-moi une intelligence ; lave mon entendement dans l’eau pure de ton Esprit ; viens habiter dans ma raison, dans ma mémoire, dans ma pensée.
" Enfin, mon Dieu, donne-moi une force nouvelle, la force de ton Esprit ; et alors toutes les puissances de mon nouveau cœur, de ma nouvelle vie, de mon intelligence renouvelée, de ma force spirituelle seront consacrées à t’aimer, dès maintenant et à toujours ! "
Mes chers auditeurs, puisse le Seigneur vous convaincre de péché, par l’énergie de son Esprit Saint, et puisse-t-il bénir ce simple discours pour l’amour de Jésus !
Amen !