Livrets 221-240
La conversion du Missionnaire John WILLIAMS
Williams naquit à Londres en 1796.
Il eut le bonheur d’avoir une mère pieuse qui lui enseigna dès son enfance à prier.
Elle eût bien aimé lui voir embrasser la carrière pastorale, mais son père avait d’autres vues sur lui, et dès qu’il fut en âge, il entra en apprentissage chez un quincailler.
Williams prit goût au métier.
L’atelier surtout lui plaisait ; il y passait toutes ses heures de loisir et acquit une grande adresse dans tous les travaux de serrurerie.
Le patron et sa femme étaient des chrétiens convaincus qui ne pouvaient avoir sur Williams qu’une excellente influence ; mais celui-ci, sous ses dehors aimables, commençait à se dérouter.
Peu à peu, il prit en dégoût la Parole de Dieu, abandonna les lieux de culte, cessa de prier et finit même par se moquer des gens sérieux et des choses saintes.
Il fut bientôt tout à fait lancé dans les plaisirs de la mondanité et ne rechercha plus d’autre société que celle des jeunes gens aussi légers que lui.
Un dimanche soir, c’était en 1814, il se rendait à l’auberge, quand il rencontra la femme de son patron qui allait au culte du soir.
Elle l’aborda, lui demanda où il allait et l’engagea affectueusement à l’accompagner dans la maison de Dieu.
Williams, qui aurait bien mieux aimé aller boire et s’amuser, n’osa pourtant pas refuser et la suivit d’un air assez contrarié.
Le prédicateur avait pris pour texte cette parole de Jésus-Christ : Que servirait-il à un homme de gagner le monde en échange de son âme ? (Matthieu, chapitre 16, verset 26).
L’appel sérieux que Williams entendit alla droit à son cœur et, dès ce soir-là, il fut un autre homme.
Autant il avait fui la société des chrétiens, autant il la rechercha dès lors.
Il devint un membre zélé de l’Eglise, participa aux diverses œuvres chrétiennes et s’occupa des enfants le dimanche.
Une année après sa conversion, dans une réunion de missions, il entendit parler des victoires que remportait l’Evangile dans le sud de l’Afrique et dans les îles du Grand-Océan.
Ces conquêtes de la foi, qu’on racontait avec une chaleur communicative, l’enthousiasmèrent.
Le désir de se consacrer à la carrière missionnaire s’était emparé de lui, mais il ne voulut point céder à l’imagination et demanda à Dieu, pendant des mois entiers, de lui montrer s’il l’appelait en effet, à cette œuvre.
La vocation étant devenue claire, il se mit, dès 1816, à la disposition de la Société des missions de Londres.
Grâce à des aptitudes heureuses et au sérieux avec lequel il avait étudié la Bible depuis sa conversion, il n’eut besoin que d’une courte préparation et partit bientôt pour les Nouvelles-Hébrides.
L’adresse qu’il avait acquise dans les travaux manuels lui fut d’une grande utilité, et le temps qu’il avait passé en apprentissage l’avait préparé d’une façon toute pratique à sa nouvelle carrière.
Williams fut entre les mains du Seigneur un instrument de choix.
Il planta le drapeau de l’Evangile dans ces régions lointaines, et, après une activité missionnaire de vingt-deux ans, il mourut en martyr dans l’île d’Erromanga.
Noël
Chaque fois que je contemple Bethléem, j’entre dans mon cœur en conversation avec l’enfant Jésus.
Je lui dis : " O Jésus, mon Seigneur, comme tu es tremblant ! comme ta couche est dure ! et toutes ces choses, tu les souffres pour mon salut ; comment pourrais-je te les rendre ? "
Alors il me semble entendre l’enfant Jésus qui me répond : " Mon cher Jérôme, je ne te demande qu’une chose, c’est d’unir ta voix à celle de l’armée céleste et de chanter : Gloire soit à Dieu au plus haut des cieux ! "
Je reprends et je dis : " Mon bon Jésus, il faut que je te donne quelque chose ; je te ferai présent de tout mon argent. "
Le petit enfant me répond : " Le ciel et la terre m’appartiennent ; je n’ai pas besoin de ton argent. Donne-le aux pauvres, ce sera comme si je l’avais reçu. "
" Je le ferai, cher enfant Jésus, je le ferai de bon cœur ; mais je voudrais aussi te donner quelque chose qui fût pour toi, autrement, je mourrai de chagrin. "
L’enfant Jésus me répond : " Mon cher Jérôme, puisque tu veux absolument me donner quelque chose, je te dirai ce que tu pourras me donner : Donne-moi tes péchés, ta mauvaise conscience, ta condamnation. "
" Et que vas-tu en faire ? "
" Je les prendrai sur mes épaules, et selon que le prophète Esaïe l’a prédit, je porterai ton péché et t’en déchargerai. "
Alors je commence à pleurer amèrement et je m’écrie : " Petit enfant, mon bon Jésus, comme tu touches mon cœur ! Je pensais que tu demanderais de moi quelque chose de bon, et voici, tu ne veux que ce qui est mauvais. Prends donc tout ce qui est à moi, donne-moi ce qui est à toi, et ainsi je serai délivré de mes péchés et assuré de la vie éternelle ! "
Saint JEROME
Le pardon de Madame RATHENAU
Je rencontrai Tessier en février 1940, peu après mon entrée à la Légion.
Il était alors adjudant dans un des forts des confins de la frontière libyenne.
Le chef de ce poste éloigné, un capitaine, avait un défaut de prononciation, ce qui faisait qu’effectivement, Tessier commandait.
C’était un homme grand, élancé, avec des mâchoires brutales et de téméraires yeux gris.
Ce qui frappait, c’était sa voix, haute et douce, comme celle d’un prêtre, et son attitude faite de politesse ironique.
Il parlait l’allemand et le français sans le moindre accent et attribuait cette facilité à son origine suisse.
Parfois, il oubliait son attitude, sa politesse, et nous injuriait de la façon la plus grossière.
Ensuite, il regrettait ses écarts.
Nous nous creusions la tête pour percer le mystère qui l’entourait…
Un jour, Tessier fit venir de leur camp, des réfugiés juifs pour une partie de bridge.
Il était un excellent joueur.
Pour qu’il gardât sa bonne humeur, nous le laissâmes gagner, mais cela ne dura pas.
Après quelques parties, il s’arrêta brusquement, jeta les cartes sur la table et dit d’une voix grave et sérieuse, comme s’il se confessait :
" Il y a une chose dont je suis sûr, vous autres, vous êtes persuadés que je vous déteste. Mais cela n’est pas vrai. J’aime tous les Juifs. Selon moi, ils sont l’un des peuples les plus fins et les mieux doués du monde ! "
A notre grand étonnement, il nous exposait longuement ses idées et ses opinions sur l’histoire, la littérature et l’art juifs, dévoilant plus de savoir que qui que ce soit parmi nous.
Mais ce n’est pas tout.
Lorsqu’il apprit qu’un de nos compagnons était Ullmann, qui, avant la guerre, avait acquis une certaine réputation de caricaturiste à Paris, il le chargea de décorer le mess des officiers dans le style d’un club de nuit.
Et notre petit camarade Gerson, au civil professeur de langues orientales, devint son maître d’hébreu.
Il fut stupéfait en constatant que son élève possédait cette langue et cherchait uniquement à s’y perfectionner.
Le cas de Tessier nous intriguait de plus en plus.
Comment cet aventurier qui jurait parfois comme un gangster, était-il devenu un fervent du judaïsme ?
Vint une minute que je n’oublierai jamais.
J’avais amené au bridge de Tessier un vieil ami qui, nouveau venu au Fort Flatters, se présenta de la sorte : " Légionnaire Rathenau, mon adjudant-chef. "
Tessier bondit de son siège.
" Rathenau ? Etes-vous peut être apparenté à l’homme d’Etat allemand défunt ?
- Oui, je suis son neveu ", répondit mon ami.
Il y eut un silence terrible.
Dans le visage de Tessier, pas un muscle ne bougeait.
Il devint pâle comme la mort. Après un long moment il dit :
" Rathenau je dois vous dire une chose : l’un des meurtriers de votre oncle est devant vous !
- Que dites-vous ? demanda mon ami, croyant avoir mal entendu.
- J’étais l’un des trois hommes qui tuèrent votre oncle. C’était le 24 juin 1922, dans la Konigsallée, à Berlin, dit Tessier en allemand – et il ajouta : Mon vrai nom est Ernst-Werner Techow. "
Nous nous assîmes, muets et bouleversés. De lointains souvenirs surgirent devant nos yeux…
Entre temps, l’adjudant cherchait dans son secrétaire de quoi prouver son identité.
Finalement, il en sortit un bout de papier jauni, couvert de quelques lignes d’une écriture.
C’était une lettre de Mme Rathenau, écrite le lendemain de l’assassinat de son fils, à la mère de Techow.
- Pleine de compassion inexprimable, écrivait-elle, je vous tends la main, à vous, la plus pitoyable des mères. Dites à votre fils – et ceci dans l’esprit du défunt – que je lui pardonne. Qu’il avoue franchement devant le juge terrestre, et qu’il se repente devant le juge céleste.
S’il avait connu mon fils, homme noble entre tous, il aurait plutôt retourné son arme contre lui-même. Que ces lignes vous rendent la sérénité. – Mathilde Rathenau.
(On sait que les deux autres meurtriers de Rathenau, Kern et Fischer, se suicidèrent quand ils se virent cernés par la police. Techow, âgé de vingt et un ans, fut livré à la justice par sa propre famille).
Techow, alors, nous conta son histoire.
En 1927, vu sa bonne conduite, il fut libéré et entra peu après à la Légion.
Au Maroc, en Syrie, en Indochine, il fit une rapide carrière.
En 1934, il fut naturalisé Français et bientôt décoré de la médaille militaire.
" Voyez-vous, Rathenau, dit Techow, cette lettre est mon bien le plus précieux. Elle m’a ouvert un monde nouveau.
En prison déjà, je commençais à étudier les livres de votre oncle, l’un après l’autre.
Plus tard, à la Légion, dans mes loisirs, je continuai à m’initier au problème juif.
En Syrie, j’appris l’hébreu. Je constatai que les nazis, dans le dessein de justifier leurs excès, avaient faussé les faits concernant les Juifs.
Je sais la force des instincts barbares des nazis ; moi-même, hélas, j’en était possédé.
Pendant dix-huit ans, j’ai lutté contre ce mal.
De même que Mme Rathenau s’est dominée en écrivant cette lettre à ma mère, de même j’ai essayé de me dominer moi-même.
J’ai toujours désiré une occasion de réparer mes torts. "
L’adjudant se tut. Son visage, éclairé par la lueur de la bougie, semblait avoir perdu toute brutalité.
Soudain, il eut l’air vieux et las. Nous n’avions plus rien à dire.
Rathenau serra la main de l’assassin de son oncle. Nous rentrâmes dans notre tente.
En février 1941, je rencontrai de nouveau Techow à Marseille.
Il était vêtu comme un débardeur et m’invita à boire un verre. Visiblement, il était déguisé.
Je savais déjà qu’il agissait comme observateur pour une puissance ennemie de l’Allemagne.
Il me demanda : " Connais-tu quelques Juifs qu’il faudrait tirer d’affaire ? car je peux procurer des visas de sortie, des permis pour Casablanca, etc… et surtout je fais passer des gens en Espagne. "
Je répondis que j’en connaissais en effet, mais que c’était sans doute une affaire d’argent.
Il me dit de ne pas m’occuper de cela.
" Celui qui est riche peut payer. Mais pour un riche que j’aide, je fais passer trois hommes sans le sou. "
Mes recherches me prouvèrent que Techow avait déjà sauvé plus de 700 réfugiés.
A Marseille, on le nommait le " Comité à un homme. "
On prononçait son nom avec beaucoup de respect.
Ainsi, le pardon de Mme Rathenau a porté ses fruits.
Le premier Allemand qui assassina un Juif à cause de sa race, fut le premier qui tenta de racheter sa faute.
Récits de G. W. HERALD
Extrait de la Judische Wochenschau (Argentine, septembre 1945)
Ce que la repentance n'est pas
" Dieu, sans tenir compte des temps d’ignorance, annonce maintenant à tous les hommes, en tous lieux, qu’ils aient à se repentir " (Actes, chapitre 17, verset 30).
La repentance est l’une des doctrines fondamentales de la Bible, mais c’est aussi l’une des plus mal comprises.
Les définitions qu’on en donne généralement sont bien étranges et bien erronées.
Personne n’est prêt à recevoir et à croire l’Evangile, à moins d’être prêt aussi à se repentir de ses péchés et à s’en détourner.
Avant de rencontrer Jésus, Jean-Baptiste n’avait qu’un seul discours : " Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche ".
Mais s’il avait continué à répéter cette parole, sans jamais montrer au peuple l’Agneau de Dieu, son œuvre serait restée très imparfaite.
Lorsque Jésus commença à prêcher, il apporta le même message : " Repentez-vous car le royaume des cieux est proche. "
Et il envoya ses disciples porteurs du même message ; ils prêchèrent la repentance.
Après qu’Il eut été glorifié, quand le Saint-Esprit fut envoyé du ciel, nous retrouvons Pierre, au jour de la Pentecôte, faisant retentir la même invitation : " Repentez-vous ! "
Et ce fut cette prédication – la repentance et la foi en l’Evangile – qui produisit de si merveilleux résultats.
Voyons donc brièvement ce que la repentance n’est pas.
La repentance n’est pas la crainte.
Bien des gens confondent ces deux choses.
Ils s’imaginent qu’ils devraient être alarmés, terrifiés ; ils attendent qu’une sorte de frayeur s’empare d’eux.
Mais il y a des multitudes de gens alarmés qui ne se repentent pas.
Que de matelots, dans la tempête, crient miséricorde à Dieu, pour recommencer, une fois la peur passée, à jurer et à se mal conduire !
Ce n’était pas la repentance, mais la peur qui les faisait crier.
La repentance n’est pas non plus une impression.
Bien des gens s’attendent à éprouver une émotion extraordinaire ; ils voudraient se donner à Dieu, mais ils n’osent le faire avant de l’avoir ressentie.
Il y a quelques années, je prêchais chaque dimanche à 900 criminels, dans la prison centrale.
Il n’y avait pas un seul homme, dans cet auditoire, qui ne se sentit misérable ; pendant la première semaine de leur séjour dans la prison, ils avaient tous passé la moitié du temps à pleurer.
Pourtant, si on leur eût donné la liberté, la plupart seraient retournés à leurs mauvaises actions. Au fond, ils se sentaient malheureux parce qu’ils avaient été pris, voilà tout.
La repentance n’est pas non plus à confondre avec le jeûne.
Un homme peut jeûner pendant des mois et des années, et loin d’abandonner son péché, faire de ses pénitences une raison pour persévérer dans le mal.
La repentance n’est pas le remords.
Judas eut des remords, il en eut de si terribles qu’ils le poussèrent au suicide ; cependant il ne s’était pas repenti.
Je crois que, s’il fût revenu vers son Maître, s’il se fût jeté à ses pieds et lui eût demandé grâce, il eût été pardonné.
Au lieu de cela, il alla vers les prêtres, puis il se pendit.
Toutes les pénitences du monde n’impliquent pas la vraie repentance.
Souvenez-vous bien que vous ne pouvez pas payer les péchés de votre âme avec les douleurs de votre chair. Chassez cette dangereuse et coupable illusion.
La repentance n’est pas la conviction du péché.
Cela peut paraitre étrange, mais ce n’est que trop vrai.
J’ai vu des hommes si profondément convaincus de leur péché qu’ils n’en pouvaient dormir, ni manger, ni boire.
Ils restaient des mois entiers dans cet état, mais ne se convertissaient pas.
Prier n’est pas se repentir.
Cela aussi peut paraître étrange, et pourtant bien des gens, désireux d’être sauvés, se confient vainement dans leurs prières et dans la lecture de la Bible, s’imaginant que cela tient lieu de repentance.
On peut crier à Dieu et ne s’être point converti.
La vraie repentance, c’est de changer complètement de direction ; c’est de marcher dans le sens opposé de celui qu’on a suivi.
D. L. MOODY
Blanc comme la neige
Un jour que la reine Victoria se promenait en voiture, elle se fit conduire à une fabrique de papier récemment construite, mais comme elle ne voulait pas y arriver avec toute sa suite, elle fit arrêter à distance ses équipages, et se dirigea seule vers l’entrée du bâtiment, qu’elle demanda à visiter.
Le directeur, ignorant à qui il avait affaire, lui fit voir en détail le nouvel établissement.
Il lui montra comment les chiffons sont nettoyés, blanchis, changés en bouillie, puis comment cette substance est étendue par une machine spéciale, séchée, finalement transformée en papier blanc, coupée et livrée dans le commerce.
La reine, qui voyait cela pour la première fois, était vivement intéressée.
Avant de sortir, on la fit encore passer par un vaste local dans lequel des hommes, des femmes et des enfants triaient des débris d’étoffes d’une repoussante malpropreté.
Il s’en dégageait une odeur nauséabonde et la pièce était rempli de poussière.
" Et que faites-vous de ces tas d’affreux chiffons ? dit la reine.
" Nous en faisons du papier. "
" Mais ils sont de toutes les couleurs. Comment peut-il en sortir du papier blanc ?
" Nous leur faisons subir une préparation chimique à laquelle aucune couleur ne résiste et au sortir de laquelle tout devient blanc comme la neige. "
" C’est étonnant ", dit la reine, qui restait presque fascinée par la saleté de ces objets.
Mais elle était arrivée à la porte de sortie, elle remercia et partit.
Le directeur l’accompagna un moment, et, lorsqu’il vit au détour de la route les équipages royaux, il comprit qui était la visiteuse inconnue.
Quelques jours après, la reine Victoria trouvait sur sa table à écrire un paquet de magnifique papier, dont chaque feuille portait en filigrane ses initiales et son portrait.
Il était accompagné d’une lettre ainsi conçue :
" J’espère que Votre Majesté voudra bien accepter un échantillon de mon papier que j’ai l’honneur de lui adresser en souvenir de sa visite, en lui assurant que chacune de ses feuilles a été faite avec ces vieux chiffons de couleurs qu’elle a vus dernièrement.
Votre Majesté me permettra d’ajouter que la merveilleuse transformation par laquelle passe ces restes d’étoffes a été pour plusieurs dans ma fabrique une vraie prédication.
J’y ai appris moi-même que mon Seigneur Jésus-Christ peut nous purifier, nous qui sommes flétris par le péché et encore plus souillés que ces chiffons, de telle façon que nos péchés, qui sont rouges comme le cramoisi, deviennent blancs comme la neige.
Bien plus, j’ai compris que Dieu peut mettre dans nos cœurs son image, de même que le portrait de votre Majesté est dans ce papier.
Et comme le papier ainsi préparé peut plaire même à une reine et être accepté par elle, ainsi le pauvre pêcheur, lavé de ses péchés par le sang de son Sauveur, peut avoir sa place préparée dans le ciel et être reçu par Dieu dans sa gloire. "
Voir, savoir et pouvoir
Voir, c’est savoir.
Savoir, c’est pouvoir.
Pouvoir, c’est avoir.
Avoir, c’est devoir.
Devoir devrait être vouloir.
Volonté et vitesse
L’impatience a des ailes et dépasse le but.
L’intention fait sa malle et manque le coche.
La volonté part à pied et arrive sûrement.
Bienfaits
Faites tout le bien que vous pouvez,
A tous les gens que vous pouvez,
Dans tous les sens que vous pouvez,
Aussi longtemps que vous pouvez.
Les bonnes semences
Semez une pensée, vous recueillerez une action.
Semez une action, vous recueillerez une habitude.
Semez une habitude, vous recueillerez un caractère.
Semez un caractère, vous recueillerez une destinée.
La vraie sagesse
Ne dire que ce qu’il faut : voilà le tact.
Le dire comme il le faut : voilà l’esprit.
Le dire quand il le faut : voilà la sagesse.
Se connaître, c’est le vrai.
Se combattre, c’est le beau.
Se vaincre, c’est le bien.
La règle des trois
Trois choses à gouverner : le caractère, la langue, la conduite.
Trois choses à haïr : la cruauté, l’arrogance, l’ingratitude.
Trois choses à apprécier : la franchise, la liberté, la beauté.
Trois choses à éviter : l’oisiveté, l’amour de bavarder, le plaisir de se moquer.
Trois choses à souhaiter : la santé, un ami, une bonne humeur.
Trois choses à aimer : le courage, la gentillesse, la sympathie.
Trois choses à défendre : l’honneur, la patrie, le foyer.
Trois choses à fuir : les cafés, les alcools, les tentations.
Trois choses
Il y a trois choses en ce monde auxquelles nul homme ne pourra jamais se soustraire :
1er – L’œil de Dieu ;
2ème – Le cri de la conscience ;
3ème – Le coup de la mort.
Respectons le regard de Dieu.
Satisfaisons aux exigences de notre conscience.
Tenons-nous prêts pour l’heure de la mort.
Une belle prière
Seigneur ! faites de moi un instrument de votre Paix.
Là où il y a de la haine, que je mette de l’Amour.
Là où il y a de l’offense, que je mette le Pardon.
Là où il y a de la discorde, que je mette de l’Union.
Là où il y a l’erreur, que je mette la Vérité.
Là où il y a le doute, que je mette la Foi.
Là où il y a le désespoir, que le je mette l’Espérance.
Là où il y a des ténèbres, que je mette votre Lumière.
Là où il y a la tristesse, que je mette la Joie.
O Maitre ! que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler.
A être compris qu’à comprendre.
A être aimé qu’à aimer.
Car c’est en donnant qu’on reçoit.
C’est en s’oubliant qu’on trouve.
C’est en pardonnant qu’on est pardonné.
C’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie.
L’art de vieillir
A l’âge où de sourdes ruines
Attristent chacun de tes jours,
Pour oublier que tu déclines
Mets ton cœur aux nobles amours ;
Vis pour autrui, travaille, fonde,
Soutiens, console, réjouis,
Vis pour ton œuvre et pour le monde,
Pour le bien et pour ton pays.
En brave cœur, sors de toi-même !
De tes regrets, fais sur l’autel
L’offrande ; aime et toujours mieux aime ;
Laissant mourir, et sans appel,
Ce qui, dans ton être est mortel,
Mets ta félicité suprême
A quelque chose d’éternel.
H. Fred. AMIEL
Pour les tout-petits - L’école
L’an passé, cela va sans dire.
J’étais petit ; mais à présent
Que je sais compter, lire, écrire
C’est bien certain que je suis grand.
Quand sur les genoux de ma mère,
On me voyait souvent assis
J’étais enfant, la chose est claire,
J’avais cinq ans et j’en ai six.
Maintenant je vais à l’école,
J’apprends tous les jours ma leçon.
Le sac qui pend à mon épaule
Dit que je suis un grand garçon.
La jeune fille
Laisser un doux parfum en quelque lieu qu’on passe,
Faire tout simplement, mais avec bonne grâce,
Montrer que rien en soi n’est vain ni trivial,
Quand on y met son âme et le grain d’idéal.
A s’employer pour tous, toujours habile et leste,
Louer ce qui va bien, se taire pour le reste.
Savoir être où l’on est, sans ennui ni langueur,
Et des hauts et des bas préserver son humeur.
D’un souffle délicat écarter le nuage
Qui s’en allait rider ce front ou ce visage ;
Jusque dans ses plaisirs penser à son devoir,
Et des yeux maternels faire son seul miroir.
Essuyer en secret la larme qui se cache,
Et tendre avec amour la main à qui se fâche.
Avocat des fautifs, les défendre avec art,
Doucement remonter la pendule en retard.
Rallumer avec soin le lumignon qui fume ;
Manier tour à tour et l’aiguille et la plume,
Sans croire déroger veiller au pot-au-feu,
Disposant sagement du beaucoup ou du peu.
Accorder au Seigneur un amour sans mesure,
Et quelque sympathie à toute créature.
Vivre dans le présent, l’avenir est à Dieu !
Le moins souvent possible avoir à dire adieu.
Au foyer domestique, au sein de la famille,
Que la tâche tout humble est grande, ô jeune fille !
Mme REY, née BONNET – Revue chrétienne
In memoriam
Il est un vêtement pour la chair invisible,
Un vêtement divin, ample, riche, moelleux,
Une douce enveloppe aux plis miraculeux :
C’est comme une caresse à tout l’être sensible.
Dans le froid des hivers, dans les jours nébuleux,
Sa céleste chaleur, aux frimas invincibles,
Réconforte et vous donne un bien-être indicible,
Quand les souffles glacés chassent les flots houleux.
Il est fait d’indulgence et de sollicitude,
Il résiste à l’oubli comme à l’ingratitude,
Quand il tombe, quel vide, et quel arrachement !
Oh ! don sacré du ciel ! Ineffable atmosphère,
Qui vous suit, vous protège, ainsi qu’un talisman…
Et ce manteau magique est l’amour d’une mère.
D. LORTSCH
Cette poésie est empruntée au beau volume de poésies que publie M. D. Lortsch
Toi qui m'a donné
Toi qui m’as donné la vie
Toi qui m’as nourri
Pour cela je te remercie.
Toi qui as passé tes nuits
A me surveiller lors de mes maladies
Pour cela je te remercie.
Toi qui m’as élevé
Sans compter tu m’as aimé
Pour cela je te remercie.
Par ce petit poème
Je viens sans détour
Te dire que je t’aime
Je t’envoie mon amour.
Les deux routes
Il est deux routes dans la vie :
L’une solitaire et fleurie,
Qui descend sa pente chérie
Sans se plaindre et sans soupirer.
Le passant la remarque à peine,
Comme le ruisseau de la plaine,
Que le sable de la fontaine
Ne fait pas même murmurer.
L’autre, comme un torrent sans digue,
Dans une éternelle fatigue,
Sous les pieds de l’enfant prodigue
Roule la pierre d’Ixton.
L’une est bornée et l’autre immense ;
L’une meurt et l’autre commence ;
La première est la Patience,
La seconde est l’Ambition.
A. DE MUSSET
Paroles d'anciens
Pour noyer nos épreuves
La prière est un fleuve
Puissant et merveilleux
Quand on s’adresse à Dieu.
Si parfois dans le doute
Egarés sur la route
N’attendons pas demain.
Jésus est le chemin.
Si un jour notre frère
Est cause d’une colère,
L’Esprit Saint invoqué
Nous donnera la paix.
Mais comment remercier
Sans trop savoir prier ?
Seul un regard vers Dieu
Si miséricordieux.
Regrettant les sottises
Que nous avons commises,
L’ami Jésus est là
Il nous pardonnera.
Repartir en confiance
En chemin d’espérance
Nous en sommes certains
Guidés par l’Esprit Saint.
André BLIN – Aubenton - 10 octobre 2015
Un écolier modèle
Le journal des Débats du 21 janvier dernier, contenait le touchant récit suivant :
" Un de ces derniers jours, un enfant, Aristide Peticol, de mine chétive et pauvrement vêtu, se présentait au ministère de l’instruction publique, à Paris, et demandait à parler au ministre.
Interrogé par les huissiers sur le but de sa visite, il répondait par le touchant récit qu’on va lire.
Fils d’un vigneron du Jura, pauvre et chargé de famille, cet enfant, plein d’ardeur pour le travail, avait concouru l’an dernier pour obtenir une bourse au lycée de Lons-le-Saulnier.
Son examen fut excellent, mais le succès ne répondit pas à son attente, et une demi-bourse seulement fut demandée pour lui par la préfecture du Jura.
" Le jeune étudiant s’en revint tout désolé chez son père, qu’il savait bien être dans l’impossibilité de subvenir à ses études, même pour partie.
" Et prenant tout à coup un parti vraiment héroïque, il quitta un matin la maison paternelle et partit pour Paris, avec vingt-cinq francs pour tout son voyage, léger d’argent, mais bien décidé à obtenir du ministre lui-même cette bourse si désirée.
" Il laissait à son père la lettre suivante, qui est un modèle de sentiment et d’énergie :
" Cher père, ce matin tu m’as dit que tu étais endetté, qu’il me fallait chercher ma vie.
" Eh bien, je vais la chercher, je vais trouver le ministre de l’instruction publique, ou plutôt je vais au ministère.
" Dans peu de temps je serai de retour.
" Ne fais point de démarches pour me retrouver, car ce serait perdre mon brillant avenir.
" Je fais la route à pied : j’espère que je serai le premier de l’an à Paris ; une fois arrivé, je puis me dire boursier, élève de l’Ecole Marine, aspirant, etc…
" Qui ne m’accorderait pas tout en voyant qu’à quatorze ans je fais cent lieues pour obtenir ce pour quoi les autres élèves feraient cent lieues pour s’abstenir (sic), c’est-à-dire que je vais faire cent lieues pour aller en classe (gratis), tandis que les autres feraient cent lieues pour ne pas y aller.
" J’ai pris 25 francs qui étaient dans le tiroir, et ce n’est pas trop, je pense ; ne les regrette point, tu vas bientôt en être dédommagé.
" Ce que je te recommande surtout, c’est de ne pas me faire chercher, car tu serais le premier à t’en repentir.
" Arrivé à Paris sans ressources, il alla se loger dans un hôtel dont le maître voulut bien l’accueillir ; des renseignements furent pris aussitôt sur cet enfant et sur sa famille par la préfecture de police.
Ils furent si bons que le préfet de police crut devoir recommander personnellement le jeune Peticol à la bienveillance du ministre.
C’est alors que l’enfant se présenta au ministère, non sans émotion dans la voix, mais sans crainte dans le cœur.
M. Segris, justement touché d’une persévérance et d’un courage si rares dans un enfant de quatorze ans, a obtenu sans peine de l’empereur une bourse entière pour le jeune Peticol, dont la joie est inexprimable.
" Il est parti tout fier de son succès, et il est retourné bien vite à la maison paternelle, chercher un pardon qu’on ne lui marchandera pas. "
La dernière prédication de M. MOLINES
C’était à la fin de janvier 1752.
Paul Rabaut, âgé alors de 34 ans, revenait d’une des assemblées du désert en compagnie d’un jeune proposant, nommé Bénezet.
Ils furent surpris et arrêtés par les terribles dragons.
Le lieutenant qui conduisait la petite troupe, craignant de ne pouvoir emmener avec sécurité les deux prisonniers, se décida à en relâcher un, et ne se doutant pas de l’importance de la capture, il laissa partir Paul Rabaut.
Bénezet fut conduit à Montpellier et y fut condamné et pendu.
Il n’avait que vingt-six ans.
Sa mort fut aussi ferme et courageuse que celle de Désusbas, et cependant, il laissait un jeune enfant, et sa femme était près d’en mettre un autre au monde.
Pris à peu près dans le même temps et dans les mêmes circonstances, un autre pasteur du désert, Molines, eut une fin bien différente.
Effrayé par les apprêts du supplice de Bénezet, Molines abjure et gagne ainsi sa vie et sa liberté.
Mais bientôt il est bourrelé de remords et la vie lui devient à charge.
Il s’enfuit en Hollande où, après des preuves de repentance et une abjuration publique, il est de nouveau reçu dans la communion de l’Eglise.
Le fils de l’un des pasteurs d’Amsterdam nous a laissé le récit suivant qui renferme ses souvenirs personnels à ce sujet :
" Jusqu’à son extrême vieillesse, M. Molines n’a pu se pardonner de n’avoir pas imité Bénezet.
Pendant sa vie entière, il fut à ses remords ; sans cesse il revenait à cette idée : Pourquoi n’ai-je pas su donner ma vie à mon Sauveur, qui a donné, lui, la sienne pour mon salut ?
" Bien jeune encore, je me souviens d’avoir vu arriver mainte et mainte fois M. Molines, s’accusant toujours, tandis que mon père s’efforçait de lui faire comprendre que, par les mérites infinis de Christ, son pardon lui était sans aucun doute accordé et qu’il pouvait espérer son salut comme un autre pécheur repentant.
Très avancé en âge, il était affligé d’une grande surdité, ce qui obligeait mon père à lui adresser ses consolations en élevant la voix.
La figure du malheureux, sillonnée de rides, portait l’empreinte du désespoir ; mais on y retrouvait de faibles vestiges d’une physionomie jadis noble et élevée.
Son regard, éteint par les larmes, attestait tout ce que son âme avait souffert.
On ne pouvait le rencontrer sans se sentir ému de pitié.
Son attitude exprimait l’affaissement.
Sa tête retombait de tout son poids sur sa poitrine et ses mains pendantes annonçaient un découragement profond.
Sa mise négligée témoignait de son oubli des choses extérieures ; toute sa personne, en un mot, prouvait qu’il ne comptait plus parmi les vivants.
Aussi quelques âmes charitables avaient-elles bien voulu pourvoir à son existence.
" Jamais il n’arrivait chez nous et ne s’asseyait silencieusement en attendant que mon père, pour la centième fois, vint lui répéter des paroles de consolation, sans que j’éprouve une sorte de terreur mêlée d’une enfantine curiosité.
Je décrivais autour de lui un demi-cercle aussi étendu que la chambre pouvait me le permettre et ne le perdais néanmoins pas un instant de vue.
Il était tellement absorbé en lui-même, qu’il ne s’apercevait de quoi que ce soit ; rien ne pouvait le distraire de ses sombres pensées.
Il ne pouvait oublier surtout le dernier regard jeté sur lui par Bénezet.
Et quand il était en proie à ce souvenir, ses sanglots redoublaient ; il regrettait la couronne du martyre perdue par sa lâcheté et gagnée par son ami.
Trente ans de repentir ne lui paraissaient qu’un jour insuffisant pour pleurer ce qu’il appelait son crime impardonnable.
" Un jour cependant, il lui vint une idée qui sembla lui apporter quelque consolation.
Il demanda à mon père s’il ne lui serait pas possible d’obtenir du consistoire la permission de remonter une seule et dernière fois dans cette chaire de vérité qu’il avait tant profanée.
M. Chatelain exprima quelques doutes ; néanmoins il ne refusa pas de se charger de sa requête auprès de l’autorité compétente.
" Les anciens du troupeau, présidés par les ministres, décidèrent que la demande de M. Molines pouvait lui être accordée, à condition toutefois qu’il ne prêchât pas dans une Eglise.
Mon père mit à sa disposition un vaste pavillon situé au bout du jardin attenant à la maison.
Ce fût peut-être le seul moment où, sur le front si profondément attristé de M. Molines, vint luire un rayon, sinon de bonheur, au moins de contentement.
Lorsque le public apprit qu’une telle prédication devait avoir lieu, l’empressement pour y être admis fut extrême.
On avait mis la plus grande solennité à ce service du soir.
Il est aisé de deviner le sujet choisi par M. Molines.
Le repentir de saint Pierre, par l’analogie frappante qu’il trouvait entre sa faute et celle de l’apôtre, lui avait seul paru convenir à sa situation.
" Ce discours produisit un effet prodigieux ; composition, débit, application touchnate et presque effrayante firent de cette prédication un appel aux âmes tellement impressionnent qu’aucun des auditeurs n’en perdit le souvenir.
" M. Molines ne survécut que peu d’années à ce jour si mémorable pour lui.
Sur le lit de mort, mon père administra à ce pécheur repentant des consolations que, cette fois, il réussit à lui faire recevoir avec la pleine conviction du pardon, auquel il n’avait pu croire jusqu’alors, et qu’il accepta avec des sentiments d’humilité et de reconnaissance qui, dès ce moment, commencèrent pour lui le bonheur éternel. "
La folie de la rose
Un jour que je me promenais au jardin, il se mit à souffler une délicieuse brise qui agita toutes les fleurs et les feuilles.
C’est de cette façon que parlent les plantes, aussi dressai-je l’oreille pour écouter.
- Fleurs secouez vos chenilles ! commanda un vieux sureau.
- Et pourquoi donc ? raisonnèrent plusieurs en même temps, car elles étaient comme certaines jeunes personnes de ma connaissance qui demandent toujours " pourquoi ? " quand on leur dit de faire quelque chose.
Le sureau répondit :
- Si vous ne le faites pas, elles vous mangeront, croyez-moi.
Les fleurs se mirent à se secouer jusqu’à ce que toutes les chenilles fussent tombées.
Au milieu d’un parterre il y avait une belle rose qui secoua toutes ses chenilles sauf une, car, se dit-elle : " Celle-là, c’est une beauté ; je vais la garder. Quel mal peut-elle me faire ? "
Le sureau qui avait l’oreille fine, l’entendit et lui cria :
- Une chenille c’est assez pour te gâter !
- Mais répliqua la rose, regarde donc comme elle est jolie avec son velours brun et ponceau et ses brillants yeux noirs. Je veux la garder. Une seule ne peut me faire de mal !
Quelques jours après, je me retrouvai au jardin et passai près de la rose.
Elle n’avait plus un pétale entier ; toute sa beauté avait disparu, et elle se mourait, rongée par le chancre fatal qu’elle avait abrité en son sein.
Il ne lui restait de vie que juste assez pour déplorer sa folie, ses larmes tombant comme des gouttes de rosée sur ses feuilles flétries.
- Hélas ! que n’ai-je cru qu’une chenille suffirait à me ruiner !
C’est là une vieille histoire mais dont la leçon est toujours de saison.
Que de vies ruinées par un seul péché entretenu en dépit des avertissements de la conscience !
Que de jeunes gens, de jeunes filles, boutons de fleur pleins de promesses, dont l’épanouissement a été misérable, gâtés, rongés qu’ils ont été par une séduisante chenille ! …
" Les insensés se font un jeu du péché " (Proverbes, chapitre 16, verset 9).
" Telle voie parait droite à l’homme, mais son issue, c’est la voie de la mort. " (Proverbes, chapitre 14, verset 12).
Luc, Chapitre 14, verset 10
" Quand tu seras invité, va te mettre à table à la dernière place. "
L’invitation est un honneur pour l’invité, mais il ne doit pas fixer lui-même sa place au festin.
Le rang qu’il doit occuper n’est point son affaire.
Ce n’est pas à nous à estimer ce que vous valons par rapport aux autres, ni à juger du degré d’honneur qui nous revient.
Celui qui présume être quelque chose, quoiqu’il ne soit rien, se séduit lui-même.
Et ce serait déjà trop présumer de soi que de se mettre à l’avant-dernière place.
Evitons donc de nous comparer aux autres convives, et de nous mesurer nous-mêmes.
C’est l’affaire du Maître.
S’il nous faut monter, ce sera un honneur ; s’il nous laisse à notre place, nous n’aurons pas la confusion d’y avoir été remis.
Combien l’observation d’une règle aussi sage éviterait d’agitations, dans l’Eglise comme dans la société, en étouffant l’ambition, l’envie, le désir de briller !
Combien de mauvais sentiments du cœur elle éteindrait, et comme elle ramènerait la paix là où elle est troublée !
Si nous étions bien pénétrés de la faveur que Dieu nous fait en nous invitant, nous ne penserions guère au rang que nous devons occuper dans son Royaume.
Baboushka
Les Mages d’Orient traversaient le sud de la Russie pour se rendre à Jérusalem.
Toutes les fois qu’ils rencontraient les moujiks ou des barines (maîtres), ils leur disaient la grande nouvelle qui était la cause de leur voyage.
Après avoir fait une marche de plusieurs verstes dans les steppes, ils arrivèrent vers le soir à un petit village formé par la réunion de quelques cabanes construites avec des poutres de sapin superposées et surmontées d’un toit de planche.
Une vieille femme se tenait assise sur un banc, hors de la première de ces izbas.
Elle était seule, seule au monde ; elle était songeuse ; ses vêtements eux-mêmes, faits de poils de chèvre de Cilicie, jetaient sur sa personne comme un air de tristesse.
Sa tête grise dont le vent avait ébouriffé les cheveux lui donnait un aspect étrange ; son front très creusé de rides, son visage basané, son regard assombri d’un voile de larmes, tout en elle disait :
" J’ai souffert.
" J’ai travaillé durement pour avoir du pain.
" J’ai pleuré.
" Je vais mourir.
" Voilà ma vie ! "
Elle regarda venir les Mages, curieusement, ne les quittant plus des yeux ; quand ils passèrent devant elle, elle fronça les sourcils ; eux comprirent sa muette interrogation.
- Venez avec nous, Baboushka ? qu’espérez-vous ici ? Des malheurs nouveaux ? Venez et vous serez consolée.
Les étoiles du ciel nous ont parlé, et l’astre du Roi des Juifs s’est levé, nous l’avons vu briller, et nous l’avons suivi ; il nous conduit auprès de Celui qui donne la paix, qui arrête les pleurs, qui sauve…. Venez avec nous ! Vous l’adorerez comme nous !
Et Baboushka leur répondit :
- Bientôt le vent d’hiver sifflera autour de mon izba ; la neige couvrira mon toit ; avant que ces choses n’arrivent il faut que mon chanvre ait mûri, alors je viendrai.
J’ai mon foin qui sèche à ma porte ; je le placerai dans ma grange, puis je viendrai.
J’ai mes chèvres dont le lait va tarir ; je les trairai, je ferai mes fromages, aussitôt après je vous suivrai.
Je vais me hâter.
Je laisserai tout en ordre dans ma maison, puis je marcherai bien vite, bien vite, je courrai dans les steppes, et je vous atteindrai ! j’adorerai avec vous le petit enfant.
Les Mages la saluèrent tristement et partirent.
Baboushka se leva vivement et, malgré sa lassitude, elle rentra son foin, prépara ses derniers fromages ; cela lui prit plusieurs jours.
Chaque aurore, elle regardait son chanvre ; il mûrissait lentement, cependant il répandait l’odeur fade et lourde qui annonce la prochaine maturité ; mais l’aube blanchit le ciel bien des fois avant qu’elle ait pu dire :
- Je vais faire ma récolte !
Enfin, l’hiver était proche – car le vent du soir était glacé – quand Baboushka put se mettre en route.
Elle parcourut plusieurs verstes, vite, très vite.
Elle ne rencontra aucune troïka rapide qui aurait pu l’avancer de quelques heures ; les campagnes étaient désertées.
Après bien des journées de marche, elle arrive, harassée, à l’entrée d’un village ; les izbas étaient fermées.
Elle heurta les volets de bois :
- Avez-vous vu passer les Mages ?
Les uns lui répondirent : Non !
D’autres lui dire vaguement – Peut-être sont-ils passés par ici !
Un moujik regarda la plaine déserte et murmura, en faisant un geste imprécis :
- Ils sont allé là !
Baboushka partit dans une direction hasardeuse ; bientôt elle perdit toute trace des Mages.
La nuit, elle interrogeait les étoiles.
Elle se réjouissait quand le froid était très vif, car alors elle pouvait voir le ciel sans nuages et contempler les constellations dans toutes leurs splendeurs.
Mais les astres restaient muets ! et l’étoile du Roi des Juifs s’était éteinte !
La vieille femme se décida à visiter toutes les maisons qu’elle rencontrerait et à s’arrêter dans toutes celles où il y aurait des enfants.
Elle marcha jusqu’au prochain village, elle écouta aux portes, elle se pencha sur les cheminées, quand elle entendait une voix enfantine, un pleur de baby, la respiration pressée d’un petit être rose, elle criait :
- Voici Baboushka !
Elle espérait toujours qu’une voix lui répondrait :
- Entre ! Jésus est ici !
Et c’est pour cela que chaque année, à Noël, dans toutes les izbas des villages, dans les palais des grands seigneurs, dans les maisons luxueuses des barines, quand les ouragans de neige s’abattent sur les campagnes, lorsqu’on célèbre Noël, on entend une voix mystérieuse qui sanglote :
- Voici Baboushka :
Et la bise siffle en murmurant ce douloureux soupir :
- Ah ! Si je n’avais pas attendu ! si j’avais suivi les Mages ! J’aurais adoré le Roi des Juifs ! Mon âme travaillée et chargée aurait été soulagée ! …
Benjamin ARBOUSSET - Légende russe
Les deux rabbins de Tarse
Le récit suivant n’est probablement qu’une légende ; mais il est trop frappant et le sens en est trop profondément vrai pour n’être pas en édification à chacun.
Un jour, Abdiel rencontra Paul à Tarse, après son voyage à Damas, assis tout pensif à la porte de sa demeure, entouré de ses livres et des instruments de travail de son état.
-" J’entendis dire de toi des choses étranges, dit le rusé rabbin. Toi aussi, tu serais devenu un sectateur du Nazaréen ! quel chemin vas-tu suivre après cette belle conversion ? "
- " J’irai prêcher l’Evangile à toutes les nations, répondit avec douceur le nouveau converti. Je partirai demain.
" Le rabbin qui portait un certain intérêt à Paul le regarda d’un air incrédule en disant :
- " Sais-tu bien ce que tu sacrifies ? Tu vas quitter tes parents et amis, la société des grands et des savants. Tu vivras de privations et tu rencontreras le péril. Tu seras pauvre, on te dira des injures, on te persécutera, on te fouettera ; peut-être même te mettra-t-on à mort. "
- " Rien de tout cela ne m’ébranle, dit Paul, j’ai calculé la dépense. Ma vie ne m’est pas à beaucoup près aussi précieuse que la soumission à la loi de Dieu, et le privilège de proclamer la vérité, en face même de la contradiction universelle.
Je marcherai dans la lumière de Dieu et je ne craindrai rien, je ne suis plus esclave et soumis à la vieille loi du péché et de la mort, mais je suis un libre enfant de Dieu, affranchi par la loi de l’Esprit de vie en Jésus-Christ. "
- " Ici, continua le rabbi, tu jouis du bien-être et de la renommée ; dans ta nouvelle carrière, tu rencontreras le labeur, l’infamie et la mort. "
- " La voix de Dieu me dit : Va ! s’écria l’apôtre avec fermeté ; je suis tout prêt à me dépenser et à me laisser sacrifier pour la cause de la vérité. "
- " Eh bien ! meurs, cria le rabbi d’une voix tonnante ; meurs comme un Nazaréen insensé, comme un impie que tu es. L’homme amoureux de nouveautés et qui préfère ses folles convictions à une solide aisance et aux conseils de ses amis mérite la croix. Meurs dans ton aberration. Désormais je te renie ; tu n’es plus mon parent ! "
Les années s’écoulèrent.
La Parole de Dieu s’étendit victorieuse.
Mais un jour on apprit à Tarse une nouvelle qui courut de bouche en bouche.
" Paul l’apostat, dit-on, est à Rome dans les fers, attendant tous les jours d’être jeté aux lions.
Et dans la synagogue, Abdiel dit à ses confrères : Ce que j’avais prévu est arrivé. Combien il aurait mieux fait de continuer sa profession, de suivre la voie de ses pères et des prophètes que d’écouter les fantaisies de sa conscience !
Il aurait pu atteindre honorablement une heureuse vieillesse à Tarse et devenir le père de fils et de filles. Dans les rues on l’aurait salué, en l’appelant Rabbi. "
Ainsi parlait-on à Tarse.
Et dans le même temps, Paul était rempli de consolation dans son cachot.
Le Seigneur lui apparut dans une vision et lui dit : " Ne crains point, Paul. Tu as combattu le bon combat. Voici, je serai avec toi jusqu’à la fin !
Et le paisible vieillard répondait : Je connais celui que j’ai servi, et je suis assuré qu’il est puissant pour garder mon dépôt. Je n’ai pas un esprit de crainte, mais d’amour et de sagesse. J’achèverai ma course avec joie, car je sais que la couronne de justice m’est réservée.
Maintenant, le salut est plus près de moi, mon espérance est plus vive que lorsque j’ai cru d’abord. "
Et ces paroles qui s’étaient fait entendre naguère sur la montagne de la transfiguration, retentirent dans son cœur : Tu es mon fils bien-aimé ; en toi j’ai mis mon bon plaisir.
Pour ceux qui souffrent
Il n’est personne dont la somme de bénédictions dans les choses dont il a la jouissance, ne l’emporte sur les maux, fussent ceux d’une grande affliction.
Examinez vos membres et n’en voulez pas à la Providence si l’une de vos jambes est estropiée ou s’il vous manque un doigt, quand tout le reste de votre corps est en bon état.
Et que vous possédez une noble âme, une parcelle de la divinité, l’image de Dieu lui-même !
Par la perte d’un doigt, d’un œil, vous apprenez à estimer davantage les membres sains qui vous restent, et à compter chacun des bienfaits dont vous jouissez encore.
Tout le monde devrait être reconnaissant tout au moins un jour par an.
L’individu le plus pessimiste et morose pourrait s’éveiller à des sentiments de gratitude quand monte le flot d’un jour de générale reconnaissance.
C’est quelque chose que de secouer l’atrophie du cœur, ne fût-ce qu’un jour dans une année entière passée dans le mécontentement et les plaintes – la vie à laquelle se complaisent certaines gens – et de mêler un petit chant d’actions de grâce au cœur des heureux qui ont cherché et trouvé leur Sauveur dans le petit enfant de Bethléem.
Essayons notre voix et voyons s’il n’y a pas encore quelque sujet de joie, même au milieu des infirmités et de la pénurie.
La vie ne se date pas que par les années.
Les événements sont quelquefois le meilleur calendrier.
Ce sont des époques de notre existence que l’on ne peut préciser par un appel formel à l’enregistrement.
A ceux qui sont au soir de la vie
Si vous saviez combien, quand on voit de près la mort, toutes les illusions se dissipent, combien tout ce qui est petit, paraît petit, combien cela seul qui est grand devant Dieu paraît grand, combien on regrette de n’avoir pas vécu pour Dieu comme a vécu Jésus, et combien, si l’on avait à recommencer la vie, on voudrait la mener d’une manière plus sérieuse, plus pleine de Jésus-Christ, de sa Parole et de ses exemples.
Si vous le saviez ! vous mettriez dans ce moment même la main à l’œuvre, vous supplieriez Dieu de mettre votre conduite en rapport avec vos sentiments et votre foi.
Vous y réussiriez comme tant d’autres, après tout, y ont réussi, parce qu’ils ont crié à Dieu et qu’ils ont voulu sincèrement devant Dieu.
Adolphe MONOD - L’heure tranquille
Le soupir des hommes
" Oh ! si tu ouvrais les cieux et si tu descendais ! " (Esaïe, chapitre 64, verset 1)
Quel accent de détresse, de désir, il y a dans ce cri qui semble le dernier mot d’une longue et profonde lutte intérieure !
Et c’est dans tous les âges le cri des plus nobles et des meilleurs parmi les fils des hommes.
Hélas ! de quelques côtés que nous tournions nos regards sur cette terre, on voit couler tant de larmes.
En prêtant l’oreille, nous entendons partout de secrets soupirs, des gémissements étouffés, des plaintes murmurées ou retentissantes.
On pleure et on se lamente sur des maux corporels sans nombre, et plus encore sur des déchirements de cœurs, de criantes injustices, des espérances trompées, des désirs non satisfaits ; les péchés qu’on a commis sont la source d’un sombre désespoir, et ceux que commettent les autres excitent le murmure, les accusations, la colère.
Le joyeux plaisir passe si vite ; les fleurs les plus fraîches se flétrissent avant le soir ; l’allégresse et les chants ne durent qu’un moment, et avant même qu’ils se soient tus, ces accords joyeux sont dominés par la grande plainte funèbre que la mort produit tous les jours et sous tous les ciels.
Mais notre race humaine, quoiqu’elle saigne par mille blessures, a une soif inextinguible de vie sans mort, de joie sans douleur, de bonheur inaltérable, de perfection, de gloire et de paix.
N’y-a-t-il donc pas de médecin qui puisse la secourir, pas de baume pour guérir ses blessures ?
Oh ! si tu ouvrais les cieux et si tu en descendais ! s’écrie le prophète.
" Ne nous parlez pas de votre ciel " répondent en grand nombre les enfants de notre génération ; " qu’il demeure seulement fermé ; ce qui vient nous dérange dans notre œuvre et dans nos jouissances. Nous voulons nous tirer d’affaires sans le ciel et faire un ciel de la terre.
Hélas ! peut-être que dans une heure ceux qui parlent ainsi seront inquiets et troublés, sans consolation ; abandonnés par les créatures et privés de toute force, ils tomberont dans le désespoir.
Vraiment, l’on peut rendre à l’humanité le témoignage qu’elle s’est, durant la longue suite des âges, vaillamment efforcée de se faire un salut.
Elle a combattu avec courage contre les puissances adverses ; elle a travaillé et lutté avec sueur pour trouver le bonheur et la joie.
Et en effet elle a obtenu de grands résultats.
L’impossible est devenu possible.
Les arts, les sciences, la culture, l’industrie, le commerce réunis ont fait tout ce qui était en eux pour donner à l’existence la richesse et l’éclat que nous admirons.
Aujourd’hui chaque génération, riche des découvertes de la précédente, s’est élevée au-dessus d’elle ; nous sommes montés très haut et nous montons encore.
Il ne se passe pas de jour où la science ne fasse des progrès ; pas de jour où de nouvelles jouissances, de nouveaux plaisirs ne soient mis à la portée de ceux qui veulent savoir et jouir.
Et pourtant, il ne coule pas une larme de moins qu’il y a mille ans ; les murmures, les haines, les envies, les colères n’ont pas diminué ; malgré tout le travail de l’humanité, la terrible loi de la mort n’a pas été annulée, et partout on reprend cette vieille plainte : tout, tout est vanité !
Quand donc l’humanité aux abois apprendra-t-elle enfin la sagesse !
Quand s’écriera-t-elle, en regardant à Dieu : oh ! si tu ouvrais les cieux et si tu descendais !
Le ciel est la patrie de la vraie paix, de la vie et du bonheur durables ; il faut qu’il s’ouvre et que l’humanité reçoive les biens et les forces qui en descendent.
Le ciel est la demeure de Dieu ; il faut que Dieu lui-même en descende et fasse toutes choses nouvelles.
Les plus sages d’entre les païens l’avaient reconnu, et les croyants de l’Ancienne Alliance le sentaient bien plus vivement encore.
Ils levaient en suppliant les yeux vers le ciel que nos péchés ont fermé.
Oh ! si tu ouvrais les cieux et si tu descendais !
De quelle manière Dieu viendrait à leur secours, ils l’ignoraient, mais ils savaient que Dieu seul peut procurer un salut véritable.
Le remède qu’il emploierait pour leurs maux leur était inconnu, mais les sincères parmi eux savaient que sans régénération intérieure, sans délivrance du péché, il n’était pas de guérison possible.
Et ceux qui d’un œil simple ont sondé leur propre cœur et ont regardé à l’Eternel, étaient alors et sont encore aujourd’hui prêts à saluer la venue du Sauveur.
Cher lecteur, si tu es de leur nombre, le soleil de Noël t’éclairera de ses doux rayons.
Tu reconnaitras que les cieux se sont ouverts pour le salut de la terre, et que Dieu en est descendu comme son peuple le lui demandait : bien plus, tu comprendras qu’une échelle a été dressée de la terre au ciel.
Tu recevras la force et le courage de monter, de t’élever au-dessus des régions de la mort et du péché, pour arriver aux saintes et glorieuses demeures de Dieu.
Revue " Feuille religieuse du canton de Vaud " – 1875 – N°36 du 19 décembre
Ceux qui souffrent
" Que ceux qui souffrent selon la volonté de Dieu remettent leurs âmes au fidèle Créateur, en faisant ce qui est bien " (1 Pierre, chapitre 4, verset 19).
Il y a une expression de notre texte qui établit naturellement entre nous le contact, la compréhension.
Elle est comme le lieu de notre rencontre à tous : " Ceux qui souffrent ".
Qui y fait exception parmi nous ?
Une fois ou l’autre, chacun est atteint dans son corps ou dans son cœur, dans son esprit ou dans son âme, dans ses biens ou pour les siens.
La souffrance n’est pas une profession spécialisée, mais un apprentissage que nous sommes tous appelés à faire ici-bas.
La souffrance est un chemin, le chemin de toute la terre, sur lequel tous nous sommes plus ou moins engagés, et nous savons que d’un jour à l’autre nous pouvons y être brusquement poussés fort avant.
Que dit la Bible qui nous apporte une parole de Dieu dans le moment présent et dans nos circonstances personnelles, que dit-elle à ceux qui souffrent, c’est-à-dire à chacun de nous en particulier ?
" Ceux qui souffrent ".
Quand nous sommes pleinement de ceux-là, tout entiers dans la souffrance, nous découvrons tout d’abord que la souffrance – qu’elle soit maux physiques ou deuil, déception ou angoisse, injustice, revers ou échec – demeure étrange, mystérieuse et redoutable.
Nous ne comprenons pas tout, nous ne savons pas pourquoi il faut ainsi souffrir, nous ne savons même pas comment souffrir, comment il faut s’y prendre pour tenir.
Même si nous sommes déjà passés par là, toutes les fois que nous entrons dans la souffrance, nous restons des enfants qui ont tout à apprendre et à réapprendre.
Nous ne connaissons pas de grandes victoires, mais parfois de grandes faiblesses, de grandes défaites.
Nous ne nous sentons pas des héros, mais d’obscurs combattants, pareils au simple soldat qui, sous le feu des bombardements peut avoir peur et qui ne cherche qu’à tenir son poste, à ne pas perdre courage.
C’est ainsi que nous apprenons premièrement à devenir plus humains, moins exigeants à l’égard des autres, plus compréhensifs et compatissants envers ceux qui souffrent.
La seconde expérience vécue dans la grande souffrance est la force qui nous est réellement donnée.
Si nous tenons, cela ne vient pas de nous, ce n’est pas en raison de notre volonté, de notre courage, car il est des heures où nous en avons bien peu et où nous ne sommes que faiblesse.
Les victoires que nous connaissons, elles ne sont pas acquises, conquises par notre effort, elles nous sont accordées.
Dans la maladie, nous pressentons obscurément qu’à côté des soins intelligents de ceux qui veillent sur nous, Quelqu’un combat avec nous et pour nous.
Parfois, l’apaisement survient en une heure de grand désarroi, parfois une présence s’installe auprès de nous, et la paix, l’étonnante, l’incompréhensible paix descend sur nous…
Nous réalisons aussi combien il est juste, bon et nécessaire de prier Dieu, comme il est bienfaisant de pouvoir se reposer sur les prières que les autres lui adressent en notre faveur.
La troisième expérience que nous faisons dans la grande souffrance, à l’heure où notre vie est comme en suspens, c’est d’être vrai, d’entrevoir la vérité à notre sujet, de voir clairement ce qu’est notre existence, ce qu’elle pourrait et ce qu’elle devrait être.
Que de regrets alors de nous être attachés à des vanités, attardés à des rancunes ; que de promesses aussi de recommencer une autre vie, une vie où nous serons honnêtes en toute vérité, où nous aimerions en tout vérité, où nous croirons en Dieu en toute vérité.
Que dit la Bible, et que dit notre texte en particulier ?
" Que ceux qui souffrent selon la volonté de Dieu… "
Nous voici amenés au centre du problème de la souffrance, en face de l’éternelle question des hommes, question que nous posent ces mots : " selon la volonté de Dieu ".
L’apôtre déclare-t-il donc que Dieu veut que nous souffrions, que Dieu lui-même nous envoie la souffrance ?
Peut-être, quoique notre texte ne permette pas de l’affirmer.
De grands chrétiens se sont soumis avec une admirable résignation à leurs maux en croyant que Dieu lui-même les frappait ; des chrétiens tout aussi conséquents et conquérants ont trouvé un apaisement, une libération en croyant que Dieu ne voulait pas leur malheur et qu’il n’était pas l’auteur de leurs épreuves.
A cette question, qui est si souvent ta question : nos souffrances sont-elles voulues de Dieu ?
Jésus a refusé de répondre.
Il laisse le mystère tout entier.
Il n’a donc pas cru que la réponse fut nécessaire à notre salut et nous nous trompons en pensant que, si nous la connaissions, nos angoisses seraient calmées et notre attitude meilleure.
Il est une autre question, plus nécessaire, essentielle, que notre texte nous oblige à poser.
Cette question s’adresse non pas à Dieu, mais à nous ; c’est Dieu qui nous la pose.
" Ceux qui souffrent selon la volonté de Dieu " dit l’apôtre.
Souffrons-nous comme Dieu le veut, dans l’esprit et selon l’attitude que Dieu attend de nous !
Il y a différentes façons d’accepter, de porter, de supporter l’épreuve.
N’est-ce pas l’occasion de réfléchir à tes maux et à tes malheurs pour examiner si tu les prends en chrétien et si tu les portes comme Dieu le veut ?
Que signifie alors souffrir selon la volonté de Dieu, en chrétien ?
C’est tout simplement ne pas considérer son épreuve comme une injustice de la part de Dieu.
Assurément, il y a des maux qui nous sont directement causés par l’injustice, la méchante volonté des hommes.
Et si promptement nous nous demandons pourquoi Dieu, le Dieu juste, n’y met point un terme.
Déjà quand nous nous comparons aux autres, nous trouvons la part de notre malheur plus grande que la leur, nous avons le sentiment d’une injustice, et si facilement nous en voulons à Dieu.
Ces sentiments nous maintiennent dans l’amertume et l’aigreur, ils nous jettent dans le désespoir et la haine.
Pour échapper à la tentation de considérer nos injustes souffrances comme une injustice de Dieu, il nous faut songer non pas à ce que les autres ont, sont ou font, mais à ce que Dieu veut nous apprendre.
Là, il faut se détourner des hommes et se tourner vers Dieu ; c’est ce que l’apôtre veut dire lorsqu’il affirme : " Que ceux qui souffrent selon la volonté de Dieu remettent leurs âmes au fidèle Créateur. "
La fidélité du Créateur, c’est bien là ce qui nous étonnera toujours à nouveau quand nous nous remettons à Dieu dans l’épreuve.
Je ne sais pas si c’est Dieu qui nous envoie le malheur, mais je sais qu’Il est là dans toutes nos souffrances.
Alors il vient, il s’approche vraiment, et nous pouvons le savoir si proche, si réellement présent.
Alors nous réalisons que tout se passe entre Lui et nous.
W. GUBERAN – Semailles et Moisson
L’inquiétude
Il y a un péché que l’on ne prend pas assez au sérieux.
C’est celui de l’inquiétude, de l’agitation, du souci du lendemain.
C’est un péché aussi ordinaire que l’air et que la parole.
Il est si commun que, à moins qu’il ne s’élève au-dessus de sa monotonie habituelle, nous ne le remarquons même pas.
Observez n’importe quelle rencontre d’amis ou de parents et voyez si au bout d’un moment quelqu’un ne commence pas à se plaindre, sur le passé, le présent ou l’avenir !
Il est probable que cette plainte ne servira de rien.
Alors, pourquoi la faire ?
Il fait froid, il fait chaud, il fait du vent. J’ai dû attendre à un rendez-vous d’affaires important.
Le dîner est brûlé ou mal cuit. Mon mari est égoïste. Ma femme est boudeuse. Mon propriétaire ne veut point nous faire de réparations.
Mes enfants sont difficiles à élever. J’ai un rhume qui n’en finira pas. Il a plu tout l’été…
Ouf ! On en trouverait jusqu’à demain si on voulait continuer ! ...
C’est extraordinaire ce qu’on peut ramasser d’ennuis dans une seule journée et comment on peut gâter sa propre vie et celles des autres en les cultivant.
L’Ecriture dit que nous sommes prêts à disparaître comme l’étincelle à voler.
Mais même pour l’étincelle qui s’élève à travers la fumée la plus noire, il y a le ciel bleu plus haut et le plus vite elle y monte, le mieux cela vaudra.
L’inquiétude est toujours du temps perdu et du bonheur gaspillé.
L’heure tranquille
Lettre à un malade
Paris, le…
… depuis que j’ai appris votre maladie, j’ai eu l’intention de vous écrire pour rendre grâces avec vous, mon cher ami, et pour vous demander quelques détails sur les bénédictions dont vous avez été l’objet au moment du besoin.
N’est-il pas vrai que le langage de la brebis de Christ devrait toujours être : " Je n’aurai point de disette ? "
Point de disette, parce que l’Eternel est notre berger, Celui qui nous suffit !
Rien ne peut se mêler avec lui ; rien ne peut ajouter à sa plénitude, rien ne peut la diminuer.
Les brebis seules connaissent tout ce que renferment ces paroles : " Je n’aurai point de disette. "
Et le reste du psaume ne nous présente que repos, rafraichissement, miséricorde, direction, paix dans la mort, triomphe, bénédictions débordantes, confiance pour l’avenir, sécurité dans la vie et dans la mort, pour le spirituel et pour le temporel, dans la prospérité ou dans l’adversité, pour le temps et pour l’éternité.
Ne pouvons-nous donc pas dire avec hardiesse : " L’Eternel est mon berger ! "
Comment pourrions-nous nous trouver dans la disette étant unis à lui !
Nous avons droit à toutes ses richesses. Nos biens sont ses richesses et sa gloire.
Avec lui nous ne pouvons manquer de rien ; la vie éternelle est à nous, avec cette promesse : " Toutes choses seront données par-dessus. "
Il sait tout ce dont nous avons besoin.
C’est par sa propre expérience que notre berger a appris à connaitre les besoins de ses brebis, car Il a été lui-même " conduit comme une brebis à la boucherie. "
Et si nous remarquons que Celui qui a été conduit comme une brebis à la boucherie, nous dit : " Je connais mes brebis, " nous apprenons par quel chemin douloureux Il a été amené à cette connaissance, et comment Il s’est assujetti aux besoins de chaque brebis, de chaque agneau même de son troupeau, afin de pouvoir sympathiser à toutes leurs infirmités.
Les brebis timides ne doivent craindre ni la disette, ni l’affliction, ni la souffrance.
" Ne craignez point ! " Selon vos besoins sera le secours.
" L’Eternel est ma portion, dit mon âme, c’est pourquoi j’aurai espérance en lui. "
Au milieu du danger nous n’aurons aucun sujet de nous alarmer, car nous avons été pris par la toute puissance de l’amour, et il est écrit : Elles ne périront jamais.
" Votre Père a bien voulu vous donner le royaume. "
Tout ce qu’on peut attendre d’un berger, nous le retrouverons en Celui qui nous a tant aimés, qu’Il a donné sa vie pour nous.
Cher ami, manquez-vous de quelque chose ?
Présentez-lui votre besoin, Il le placera sur le propitiatoire afin de le considérer, et dans le temps convenable, il y sera pourvu.
Désirez-vous quelque chose pour une personne qui vous est chère ?
Il a promis que vous ne manqueriez de rien, et si vous ne recevez pas exactement ce que vous avez demandé, vous aurez quelque chose de meilleur.
Sa plénitude est à notre disposition, comme si elle était entre nos propres mains, et, s’Il la garde en Lui-même, c’est afin que chaque bénédiction soit doublée.
Moïse disait aux enfants d’Israël : " L’Eternel ton Dieu a connu le chemin que tu as tenu dans le désert, dans ces quarante ans, et rien ne t’a manqué. "
Nos besoins sont sans bornes ; notre secours est infini ; et Dieu seul peut dire tout ce que Dieu peut faire.
Nous, les brebis de son pâturage, rendons-lui grâces et racontons sa louange, en nous confiant pleinement en lui.
Il n’y a point de disette pour son troupeau.
" Les lionceaux ont disette, ils ont faim, " mais la faible brebis du bon berger ne manquera d’aucune bonne chose.
Il est notre bouclier contre chaque ennemi ; Il est notre guide dans le danger ; Il ne peut rien nous refuser ; Il donne la grâce et la gloire.
Mais ce serait à vous à me dire toutes ces vérités, car vous les sortez maintenant de la fournaise.
Quelle grâce, quand, nous prenant comme un morceau d’argile entre ses mains, Il fait de nous un vase propre à l’usage du Maitre, surtout si c’est un vase de consolation pour ses saints !
Nous aimons le service, mais nous redoutons ce qui est propre à nous y former, car nous ne pouvons consoler les autres qu’au moyen de la consolation par laquelle nous sommes nous-mêmes consolés.
Oh ! quelle bénédiction que nous ne soyons pas laissés à nous-même, et que lorsque nous tirons le fil de l’écheveau de notre vie au milieu des nœuds les plus embrouillés, la miséricorde vienne s’asseoir et démêle avec patience !
Chaque circonstance contribue à faire tomber la bonne opinion que nous avons de nous-même et nous apprenons ainsi à laisser notre justice derrière nous, à aller à Jésus avec nos péchés, au lieu de laisser nos péchés derrière nous, pour aller à lui avec notre justice.
Il est fort heureux pour nous que nous ne paraissions pas aux autres tels que nous sommes réellement, avec notre orgueil, notre égoïsme, et notre recherche de nous-même.
Nous aimerions que chacun pût nous trouver aimable.
T. P. – L’heure tranquille
En tête à tête
" Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et c’est moi qui vous soulagerai. "
(Matthieu, chapitre 11, verset 28)
Quelle condescendance !
Dieu en Christ, nous appelle, avant même que nous ayons crié à lui.
Et quelle tendresse dans cet appel ! Venez, venez à moi !
Ne croirait-on pas entendre un père parlant à ses enfants ?
Et parmi ses nombreux enfants, à qui l’appel s’adresse-t-il ?
Lisez encore : " à ceux qui sont fatigués et chargés."
Ah ! C’est bien ici qu’éclate l’amour paternel.
Le Père, en Christ, aime tous les siens, mais son amour va, de préférence, à ceux que le voyage a ballotés, que la douleur a touchés de son aile, que le péché a fait tomber.
N’est-ce pas ton cas, n’est-ce pas notre cas à tous ?
N’avons-nous pas tous notre lassitude, notre joug à porter ?
C’est donc nous que, en Christ, le Père appelle.
Devant lui, librement, d’abord nous ouvrons nos cœurs.
Nous lui disons tout ; il écoute tout, avec cette patience que donne l’amour… et cela est déjà pour nous un soulagement.
Puis, comme nous reconnaissons et nous confessons humblement devant lui que nous sommes les auteurs responsables de cette lassitude et de ce lourd fardeau, il nous assure de son pardon par la croix..., et cela aussi est un soulagement.
Enfin, il communique à nos membres fatigués une vigueur nouvelle, et, libres de tout fardeau, nous reprenons joyeusement avec lui notre course.
Oh ! combien soulagés ! (1)
(1) Extrait de Vers la Paix,
E. SOULIER
Aux âmes abattues
Elles sont nombreuses, à notre époque agitée, les âmes abattues.
Voici pour elles quelques paroles de relèvement.
Tout d’abord un cordial, à prendre lentement et souvent, tout composé de passages bibliques.
I
" Quand mon esprit est abattu au-dedans de moi, Toi, tu connais mon sentier " (Psaume, chapitre 142, verset 4).
" Quand je marche au milieu de la détresse, tu me rends la vie ; Ta droite me sauve…. L’Eternel agira en ma faveur. Eternel, ta bonté dure toujours. N’abandonne pas l’œuvre de tes mains. " (Psaume, chapitre 188).
" L’Eternel est près ce ceux qui ont le cœur brisé, et Il sauve ceux qui ont l’esprit dans l’abattement " (Psaume, chapitre 34, verset 19).
" Les angoisses de mon cœur augmentent ; tire-moi de ma détresse. Vois ma misère et ma peine, et pardonne tous mes péchés " (Psaume, chapitre 25, versets 17 et 18).
" Je disais dans ma précipitation : Je suis chassé loin de ton regard ! Mais tu as entendu la voix de mes supplications quand j’ai crié vers Toi " (Psaume, chapitre 31, verset 86).
" Quand je dis : Mon pied chancelle ! Ta bonté, ô Eternel, me sert d’appui. Quand les pensées s’agitent en foule au-dedans de moi, tes consolations réjouissent mon âme " (Psaume, chapitre 94, versets 18 et 19).
" N’abandonnez donc pas votre confiance qui doit avoir une si grande récompense ; car vous avez besoin de patience, afin qu’après avoir accompli la volonté de Dieu, vous obteniez ce qui vous est promis " (Hébreux, chapitre 10, versets 35 et 36).
" Celui qui a commencé en vous cette bonne œuvre en poursuivra l’accomplissement jusqu’à la journée de Jésus-Christ " (Philippiens, chapitre 1, verset 6).
" Heureux l’homme qui supporte patiemment la tentation ; car après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment " (Jacques, chapitre 1, verset 12).
" Soyez donc patients, frères, jusqu’à l’avènement du Seigneur… Affermissez vos cœurs… Le Seigneur est plein de miséricorde et de compassion " (Jacques 5, versets 7, 8 et 11).
" Le Dieu de toute grâce qui vous a appelé en Jésus-Christ à sa gloire éternelle, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous perfectionnera Lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. A Lui soit la puissance aux siècles des siècles ! Amen ! " (1 Pierre, chapitre 5, verset 10).
II
Voici maintenant quelques conseils pour ceux qui sont tombés dans le découragement et dont l’esprit s’est voilé de tristesse à la suite de quelque désobéissance.
L’expérience suivante, racontée par L. S. Brengle, dans son livre " Vers la Sainteté ", vous apportera peut-être la libération intérieure.
Il omit un jour de faire ce que le Seigneur demandait de lui ; cela lui semblait impossible et il ne le fit pas.
Il s’en humilia, comprit qu’il avait manqué une occasion de devenir un homme puissant en foi et en obéissance.
Satan l’accusa d’avoir contristé le Saint-Esprit ; il perdit confiance et courage, ne vit plus dans la Bible que des menaces, et, bien qu’il fît ensuite ce que Dieu lui avait demandé, demeurait vaincu par la tristesse comme si l’enfer était dans son cœur…
Au bout de 28 jours, dit-il, Dieu me retira de cet effroyable abîme et de ce bourbier par ces paroles : " Sois certain que les pensées qui font naître l’inquiétude procèdent, non de Dieu qui est Prince de la Paix, mais du diable, de l’amour-propre, ou de la bonne opinion que nous avons de nous-mêmes. "
Avec la rapidité de la pensée, je compris que Dieu est le Prince de la Paix, et que " les projets qu’Il a formés pour nous sont des projets de paix et non de malheur " ; que n’ayant ni amour-propre, ni bonne opinion de moi-même, et n’aspirant qu’à être délivré de moi-même, c’était le diable qui me trompait.
Instantanément, il me sembla que les liens dont il m’enlaçait s’étaient rompus, et qu’il s’enfuyait, me laissant en liberté. "
" Résistez-lui (au diable), étant fermes dans la foi. "
Ce qui nous empêche de résister victorieusement, c’est que nous le faisons trop souvent en nous appuyant sur nous-mêmes, sur nos prières et nos bonnes résolutions, etc. et dans ce retour sur nous-même, nous sombrons dans une nuit toujours plus noire.
Une seule chose peut nous élever au-dessus de nous-mêmes : la foi ! la foi aux immuables promesses de Dieu, la confiance en son amour fidèle qui seul a pu nous sauver, et seul aussi nous garde, nous relève, nous pardonne dès que nous lui confessons nos fautes, que nous le sentions ou non.
Son amour ne change pas.
III
Quelques mots enfin à ceux, plus nombreux peut-être qu’on ne le pense, qui se désespèrent parce qu’ils croient avoir commis le péché irrémissible.
Si vous l’aviez commis, vous n’en seriez pas si triste que cela.
Cette tristesse même est la preuve que Dieu vous cherche et que son Esprit est en vous, vous sollicitant de croire à l’amour de Dieu et de vous réjouir en Jésus qui est votre Sauveur.
Mais le diable, qui serait désolé de vous voir lui échapper ainsi, vous persuade que votre tristesse est une tristesse consciencieuse, sérieuse, raisonnable ; à tel point que vous en êtes venu à tenir à votre promesse et que vous regarderiez comme un péché de vous réjouir en Christ.
Ne voyez-vous pas que vous faites ainsi le jeu de l’Ennemi ?
Prenez garde aussi que, sous prétexte de tristesse consciencieuse, vous ne cédiez, sans vous en rendre compte, à la peur d’une franche confession de Christ et d’une vie d’obéissance entière au service de Celui qui vous a rachetés.
Sous cette apparence de grand sérieux, ne croyez-vous pas qu’il se cache une réelle lâcheté ?
Finissez-en donc une fois pour toutes avec des pensées qui ne viennent pas du Dieu d’amour, et ne L’affligez pas plus longtemps par votre tristesse et votre incrédulité.
Quelques autres, peut-être par suite de faiblesse physique, de dépression nerveuse, s’attribuent à eux-mêmes des suggestions qui ne vienne pas de leur propre cœur, mais de l’Ennemi.
M. Zeller, qui est entré en rapport avec un grand nombre de personnes ainsi désespérées, leur disait : " Si tu devais mourir en cet instant, tu ne trouverais aucune de ces pensées blasphématoires sur le registre de tes péchés. "
C’était alors un soupir de soulagement et une exclamation : " J’ai cru que c’était le péché de mon cœur. "
" Non pas, c’est l’illusion de ton faible cœur ; mais Dieu est plus grand que ton cœur, il connaît toutes choses. "
Ah mes amis, continue-t-il, des pensées qui nous oppressent pareillement, des pensées auxquelles, en réalité, nos volontés sont étrangères, des pensées qui blessent nos cœurs comme des flèches brûlantes, ne sont pas péché, encore bien moins le blasphème contre le Saint-Esprit. "
Que faire donc ?
Tout simplement traiter par le mépris ce genre de tentations.
N’y prêtez aucune attention ; portez fortement votre esprit et vos pensées vers le but que vous poursuivez et remplissez votre âme de toutes les choses pures, aimables, nobles, de toutes les joies saines et élevées dont Dieu sème la vie la plus ordinaire quand on sait en voir la beauté, et surtout être reconnaissant.
Poursuivons donc notre cours avec constance, rejetant tout fardeau, et le péché qui nous enveloppe si facilement, les regards sur Jésus !
M. ANTONIN – Venne sur Lausanne (Suisse)
Fleuves dans le désert
" Bienheureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute " (ou encore : " celui qui ne se scandalisera pas de moi ") (Luc, chapitre 7, verset 23).
Il est parfois très difficile de ne pas se scandaliser de Jésus-Christ.
L’occasion de chute peut résider dans nos circonstances ; si je me trouve dans une cellule de prison, une salle d’hôpital, une position d’isolement et d’opprobre, alors que j’avais tant souhaité une vie de service aux vastes horizons !
Oui, mais Il sait, LUI, ce qui est le meilleur pour moi.
Le milieu dans lequel je me trouve est celui de Son propre choix, et Il l’a voulu ainsi dans le but d’approfondir ma foi, de la purifier, de m’attirer toujours plus près de Lui, dans une plus grande maturité spirituelle.
Même au fond du plus sombre cachot, mon âme est appelée à s’épanouir en Lui.
L’occasion de chute peut être dans le domaine mental, lorsque je suis hanté par des questions troublantes, des perplexités, des problèmes apparemment sans solution.
J’avais espéré, une fois consacré au Seigneur, que mon ciel serait toujours clair.
Et voici qu’il est bien souvent obscurci par de sombres nuées, par d’épais brouillards.
Puissé-je toujours croire que si même ces difficultés subsistent, elles sont permises pour m’apprendre à me confier plus exclusivement en LUI SEUL et m’appuyer de tout mon poids sur Sa parole, bannissant ainsi toute crainte.
Ainsi, à travers mes luttes intellectuelles, je serai amené à comprendre et à aider effectivement ceux qui passent par les mêmes tentations que moi.
Enfin la tentation peut être d’ordre spirituel.
Je m’étais imaginé qu’une fois bien installé dans la sécurité de Sa bergerie, je ne connaitrais plus jamais l’approche sournoise du tentateur.
Mais il en est tout autrement, et c’est mieux qu’il en soit ainsi, car c’est alors, à l’heure cruciale de la tentation, que Sa grâce est la plus exaltée, et mon propre caractère affermi dans la foi.
Et Son Ciel n’en sera que plus merveilleux, tout au bout du voyage, alors que je pourrai regarder en arrière sur le chemin parcouru, avec ses embûches et ses épreuves diverses, le cœur rempli de louanges envers mon Guide infaillible.
Ainsi, advienne que pourra, je sais que Sa volonté sera toujours la bienvenue, et je refuserai de me laisser scandaliser par mon parfait Sauveur.
Alex. SMELLIE