Livrets 241-260
Réflexions sur la vie de Lot
Nul doute que Lot croyait bien faire ses affaires et celles de sa famille en allant à Sodome.
Mais la suite prouva combien il s’était trompé et la fin de son histoire fait retentir à nos oreilles un avertissement solennel de prendre garde aux premiers mouvements de l’esprit du monde en nous, pour ne pas lui céder.
Dieu ne sympathise plus avec un cœur mondain et c’est cet amour du monde qui entraîne Lot à s’établir au milieu de la corruption de la criminelle Sodome.
Ce ne fut ni la foi, ni l’esprit du ciel, ni " son âme juste ", mais bien l’amour de ce présent siècle mauvais, qui entraîna Lot, d’abord à choisir, ensuite à " tendre ses tentes jusqu’à Sodome " et finalement à s’asseoir " à la porte de Sodome "….
Lot n’a point de place dans les nombres rangs des confesseurs de la foi, cette grande nuée de témoins de la puissance de la foi !
Le monde fut pour lui un piège et les choses présentes sa perte.
Toutes les choses pour lesquelles les enfants de ce monde se tourmentent et qu’ils recherchent avec tant d’ardeur, pour lesquelles ils combattent avec tant d’acharnement, toutes ces choses seront brûlées (2 Pierre, chapitre 3, verset 10).
Où sont Sodome et Gomorrhe ?
Où sont les villes de la plaine, jadis remplies de vie, d’animation et de mouvement ?
Elles ont été balayées par le jugement de Dieu, consumées par le feu et le souffre du ciel !
Eh bien ! maintenant, les jugements de Dieu sont suspendus sur ce monde coupable et le jour est proche.
En attendant, la Bonne Nouvelle de la grâce est annoncée.
Heureux ceux qui entendent et qui croient ce message !
Heureux ceux qui se sauvent sur le rocher inébranlable du salut de Dieu, qui se réfugient sous la croix de son Fils et y trouvent le pardon et la paix.
C. H. M.
L’asile de mademoiselle MITTENDORF
A Epsom, Angleterre.
Melle Dorette Mittendorf est d’origine hanovrienne.
Venue en Angleterre en qualité d’institutrice, elle fut obligée, il y une quinzaine d’années, de renoncer à sa carrière pour des motifs de santé.
Elle avait eu précédemment l’occasion de s’occuper des femmes détenues et avait vu de ses propres yeux à quel excès de misère et à quels dangers sont exposées les petites filles de ces malheureuses.
Désireuse de donner un but utile à sa vie et dirigée par des circonstances où elle vit le doigt de Dieu, la courageuse chrétienne reçut chez elle deux ou trois de ces pauvres enfants, dans le dessein de les élever et d’en faire des filles honnêtes, de fidèles servantes.
Bien faibles étaient ses ressources, mais elle se mit à l’œuvre en comptant sur le Seigneur.
La famille s’accrut d’année en année et finit par compter jusqu’à cent enfants.
Celle qui leur servait de mère n’avait, pour l’entretien de tout ce petit monde, que la promesse du Père céleste dont la sollicitude s’étend aux lis des champs, aux oiseaux des cieux, et à bien plus forte raison, par conséquent, aux enfants pauvres et abandonnées.
Une vingtaine seulement de ces fillettes ont des parents ou des protecteurs qui paient pour elles une minime pension.
Plusieurs ont été abandonnées par leur père, et leur mère, seule au travail, ne peut suffire à l’entretien de ses enfants nombreux.
Le registre de l’établissement atteste des misères poignantes.
Ici, ce sont deux sœurs dont le père se meurt à l’hôpital, tandis que sa pauvre femme passe ses jours et partie de ses nuits à tirer l’aiguille, gagnant tout juste, à ce travail usant, de quoi ne pas mourir de faim.
Là, ce sont trois sœurs orphelines de père, dont la mère est à l’hôpital.
D’autres ont un père ivrogne et la femme est morte de chagrin, de misère.
D’autres, enfin, ont père ou mère sous les verrous, parfois même tous les deux.
On comprend tout ce qu’une tâche semblable réclame de confiance en Dieu, d’esprit de prière et de dévouement, de la part de celle qui l’a entreprise.
Elle ne s’en tirerait certainement pas, si elle ne pouvait regarder sans cesse au Seigneur.
Ecoutons-là nous raconter elle-même, dans son rapport sur l’exercice 1883 – 1884, les précieuses expériences qu’elle a faites de ce secours miséricordieux qui arrive toujours à propos, en réponse à la prière faite avec foi.
" Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié par le Fils. Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai " (Jean 14, versets 13 et 14).
Dieu soit béni pour cette promesse : " Je le ferai ! " Que le récit que je vais faire des bénédictions et des épreuves de l’année écoulée soit à la gloire du Seigneur ; qu’il puisse servir à l’encouragement de plusieurs et augmenter la foi de ceux qui le liront.
" Nous avons commencé l’année 1884 sans malades, mais avec fort peu de ressources.
Pour la première fois depuis que j’ai établi l’asile, il m’a fallu, dès le 10 janvier, demander à Dieu qu’il vienne à notre aide, car nous n’avions plus rien.
La journée se passa sans m’apporter le secours attendu, mais le soir, je pus m’endormir tranquille avec ce passage des proverbes (chapitre 10, verset 24) : " Dieu accordera aux justes ce qu’ils désirent, " et le secours arriva effectivement en son temps.
" Au commencement de février, nouvelle détresse et la maison pleine de malades.
Arrive une invitation de Manchester, où l’on me demandait d’aller parler de l’asile dans une réunion particulière.
J’avais le cœur bien gros à cause de deux dettes que je ne pouvais payer pour une construction qui m’avait été imposée par l’inspecteur sanitaire et le conseil de santé.
Le jour de la réunion, la collecte fut si abondante, que je pus payer mes comptes et marcher sans angoisse au-devant des dépenses les plus pressantes.
Je reçus même une belle commande de bas pour notre machine à tricoter.
Le nom du Seigneur est admirable et ses voies sont merveilleuses ! …
" En juillet, l’argent manqua de nouveau, et c’était le moment où il fallait payer les impôts et de gros intérêts.
Nous manquions de tout : provisions, habits, linge de maison, trousseaux pour plusieurs jeunes filles qui allaient entrer en service ; mais, comme aux oiseaux de l’air qui n’ont ni cellier, ni grenier, le Père céleste m’accorda jour après jour le pain nécessaire à mes cent enfants et à mes aides.
A plusieurs reprises on nous envoya du poisson, juste en quantité suffisante pour le dîner ; il nous arriva aussi, au moment nécessaire, des légumes, des pommes de terre par sacs entiers.
Deux fois le boulanger nous apporta des petits pains et des gâteaux pour tous les enfants.
Mes aides aimaient se réunir autour de moi, pour entendre le récit des exaucements merveilleux que le Seigneur nous avait accordés ; fortifiées dans notre foi par ces beaux souvenirs, nous en bénissions ensemble l’Auteur de toute grâce et nous lui exposions de nouveau nos besoins.
" Pendant une absence nécessitée par le triste état de ma santé, miss Macgrath, mon amie et mon aide dévouée, accepta de me remplacer, et elle fit les mêmes précieuses expériences.
Un soir, il ne lui restait plus même l’argent nécessaire pour le lait du lendemain.
Elle cria au Seigneur, et fortifiée par la déclaration que toutes choses sont possibles à celui qui croit, elle demeura fermement convaincue qu’il serait pourvu, sans qu’elle sût comment, à tous leurs besoins.
La poste n’apporta pas l’argent nécessaire à l’achat du lait.
A l’heure de la prière, quand toutes les fillettes furent réunies, miss Macgrath leur fit part de la disette, afin que toutes ensemble pussent en parler au Seigneur.
Moins d’une heure après, on apportait à miss Macgrath plus d’argent qu’il n’en fallait pour payer le laitier.
" Toute l’année se passa ainsi.
Mais pourquoi nous plaindrions-nous de la prolongation de cette épreuve de notre foi ?
Non seulement le Seigneur la destinait à nous enseigner que nous devons compter toujours plus sur lui, et sur lui seul, mais elle devait montrer aussi à nos chères enfants la solide réalité des promesses de notre Dieu.
Il est touchant de les entendre exposer tous leurs besoins à leur Père céleste.
Elles lui disent, dans leurs prières naïves, qu’elles ont besoin de bas, que leurs bottines sont usées, et ce sont des cris de joie, des actions de grâce, quand vient la réponse à ces humbles requêtes.
" Que la bénédiction de Dieu repose sur tous ceux qui sont entre ses mains les messagers et comme les instruments de ses exaucements.
Gloire à Celui qui se tient près de nous à l’heure du besoin, en qui nous avons une ferme assurance, et qui m’a choisie, moi sa faible servante, pour faire son œuvre !
" D. MITTENDORF – Clayton house, Epsom
Un honnête employé
Dans une grande épicerie, deux jeunes garçons étaient occupés à transporter des caisses de thé.
Thomas, le plus jeunes des deux, heurta sa brouette à celle plus lourde d’Edouard, et, sa charge, ayant culbuté, une des caisses s’ouvrit, et une partie du thé se répandit sur le sol.
- Thomas, dit Edouard, si tu le dis au patron, il va te renvoyer.
- Je le sais, répondit Thomas tristement.
- Le patron te croit trop jeune pour ce travail.
- Je le sais, Edouard, mais…
- Ce thé est de qualité supérieure… pourtant, il n’est peut-être pas perdu.
- Peut-être que non…
- Ta mère a besoin de l’argent que tu gagnes.
- Oh ! oui, elle en a besoin, s’écria Thomas tenté.
- Tu pourrais ramasser ce thé, le remettre dans la boîte, personne n’en saurait rien.
Thomas et Edouard étaient amis. M. Granier était un maître dur, peu sympathique à ses employés.
" M. Granier rejettera la faute sur les emballeurs s’il s’aperçoit de quelque chose. Pense à ta mère. Tu pourrais rester longtemps avant de trouver une nouvelle place ", insista Edouard.
Certes, chez Thomas, le pain n’était pas abondant, et son salaire était indispensable.
Il se baissa pour ramasser le thé ; mais soudain il se releva, et d’un air résolu, il dit :
- Je vais tout raconter à M. Granier. As-tu oublié la tentation de notre Seigneur ? Il eut faim, lui aussi. Je ne puis pas être son enfant si je mens et si je trompe.
- Thomas, s’écria Edouard, décidément tu es une oie !
M. Granier était fatigué. Il avait mal aux dents, par conséquent était mal disposé pour recevoir une semblable nouvelle.
- Je paierai ce que j’ai gâté, lui dit Thomas.
- Tu le paieras ! … Va-t’en chez toi et restes-y jusqu’à ce qu’on puisse te confier quelque chose. Et ne reviens pas chercher des recommandations chez moi !
Le pauvre Thomas se hâta de retourner chez lui, vers la seule amie qui lui restât, vers sa brave mère chrétienne qui le consola de son mieux.
Pendant plusieurs jours, Thomas ne trouva pas de travail, et sa mère dut souvent lui lire comme encouragement le chapitre 4 de saint Matthieu.
Un jour, M. Granier pliait un paquet de thé pour un client quand Thomas passa devant la porte, une valise à la main.
- Ne feriez-vous pas bien de reprendre ce garçon, monsieur Garnier ? dit un monsieur qui se trouvait dans l’épicerie.
- Non, vraiment il m’a perdu cinq livres de thé.
- Je le sais ; mais s’il n’avait pas été honnête, il ne vous en aurait rien dit ; je le crois un garçon vraiment pieux et consciencieux.
- Je cherche un garçon consciencieux, dit un autre client, pour m’aider dans mon verger à emballer des fruits.
- Thomas fera tout à fait votre affaire ; je puis vous raconter l’histoire du thé.
Quelques temps après, Thomas posait sur le comptoir de M. Granier, l’argent pour payer le thé.
Il était entré au service de ce monsieur dont il avait gagné la confiance par son honnêteté et pouvait acquitter ce qu’il considérait comme une dette.
- Thomas, dit M. Granier, Edouard m’a raconté comment il avait essayé de t’induire à me tromper, et comment tu as résisté.
Le thé était imprégné de térébenthine, car le parquet en était saturé, ce qui fait que si tu avais voulu me tromper, je l’aurais su.
- Oh ! M. Granier, s’écria Thomas, soyez aimable envers les pauvres jeunes garçons, afin qu’ils n’aient plus peur de vous dire la vérité.
Le jeune garçon est devenu un homme. Il est maintenant un grand commerçant chrétien, et son honnêteté proverbiale a fait la fortune de sa maison.
Mari et femme
C’était le soir.
André rentrait de son travail, fatigué et de mauvaise humeur, et il trouvait à la maison sa femme tout aussi fatiguée et d’aussi mauvaise humeur que lui.
Il alla s’asseoir dans un coin d’un air maussade, tandis qu’elle préparait le souper.
Quand le couvert fut mis, elle dit à son mari : Viens ! mais cette invitation était si sèche qu’il fut sur le point de décocher une parole amère.
Pourtant il se mit à table.
Le souper était cuit à point.
André s’en serait régalé, si seulement il avait aperçu sur le visage de sa femme un petit rayon de satisfaction, mais elle ne témoignait aucun plaisir de le revoir.
Il s’aperçut pourtant qu’elle ne mangeait pas : est-ce que tu n’es pas bien, Marie ? fut-il sur le point de lui demander, mais il craignit une réponse désagréable et il se tut.
Le souper se passa sans que les époux eussent échangé un mot.
Après quoi elle ôta le couvert, mit un bout de tapis sur la table et y posa une lampe.
Le moyen d’y tenir ! se disait notre pauvre homme, qui la tête en avant, les mains dans les poches, arpentait la chambre.
C’est à peu près aussi gai qu’une prison !
Il s’assit et tira de sa poche un journal.
Le premier article qui lui tomba sous les yeux était intitulé : Loue ta femme !
Avec ça qu’il y a de quoi ! se dit-il, mais il continua à lire : loue ta femme ; encourage-la un peu ; cela ne lui fera en tout cas point de mal.
- Oui, c’est bon, se dit André, avec sa mine renfrognée qui fait de ma maison un purgatoire.
- Il continua : Elle fait son devoir. Si tu estimes n’avoir aucun éloge à lui donner, loue-la au moins par pitié. Elle ne s’y attend pas ; mais cela lui fera du bien et à toi aussi !
André n’y comprenait rien ; ces lignes semblaient écrites pour lui.
C’est vrai, se dit-il, que tu ne lui as jamais dit un merci ni un mot d’encouragement.
A ce moment, sa femme venait s’asseoir à la table avec son ouvrage, une chemise qu’elle cousait pour son mari.
- Que tu fais cela joliment, Marie ! hasarda-t-il au bout d’un instant.
- Il lui sembla que l’expression de sa femme se détendait.
- Mes chemises sont plus belles que celles de tous les autres employés.
- Vraiment ? dit la femme qui n’en cousait que de plus belle.
La glace, cette fois était rompue.
- Oui, Marie, reprit-il avec un accent de tendresse, on m’a souvent dit que je devais avoir une bien bonne femme !
A ces mots, elle leva les yeux.
- Et toi, le penses-tu aussi ? fit-elle d’un ton sec.
- Quelle question ! Marie, quelle question ! répondit-il en s’approchant.
- Le penses-tu aussi ? répéta-t-elle sur le même ton.
- Mais oui, chère amie, dit-il avec un accent de profonde tendresse. Comment peux-tu me demander une pareille chose ?
Et se penchant sur elle, il l’embrasse.
- Si tu voulais seulement me le dire quelquefois, André, cela me ferait du bien.
Et se levant, elle vint appuyer sa tête sur l’épaule de son mari et se mit à pleurer doucement.
Alors la lumière se fit dans l’esprit d’André.
Il comprit que sa compagne fidèle à laquelle il n’avait jamais témoigné de reconnaissance, jamais dit un mot d’amitié, en était venue à douter qu’il l’aimât et qu’elle en était tout triste.
Tu es bonne femme, Marie, lui dit-il. Je t’aime et je n’ai pas de plus grand désir que de te sentir heureuse.
Quand je te vois contente, la maison me semble un paradis.
- Quel bonheur de t’entendre parler ainsi, André ! répondit-elle en souriant à travers ses larmes, il me semble que je ne pourrai plus jamais être triste.
Et c’est ainsi que, sans beaucoup de peine, André dissipa les nuages qui assombrissaient son foyer.
" Soyez bons les uns envers les autres " (Ephésiens, chapitre 4, verset 32).
E. FAVRE
Aimer - Appel aux chrétiens
De tous les côtés, nous entendons parler de divorces, amertumes, colères, désobéissances dans l’Eglise, ainsi que de maladies, problèmes, comme si le peuple de Dieu était un peuple souffrant, déboussolé, désobéissant à la loi de Dieu.
Cette constatation est malheureusement trop vraie.
Je suis très préoccupé de cette situation et ce matin, devant les difficultés du peuple de Dieu, je veux apporter ma prière, mon intercession et ma faible voix pour que l’Eglise de Jésus-Christ soit sans tache.
Nous sommes pécheurs, mais une Eglise sainte, droite, aimant les hommes quels qu’ils sont, à l’exemple de Jésus notre divin modèle, voilà l’Eglise qui plait à Dieu.
Au fait, quel est notre modèle ? Quelles sont nos aspirations ?
Jésus et sa vie, ou nos désirs, nos passions, le monde en un mot ?
René LAHAYE
Le monde va mal, nous le savons, mais l’Eglise est parfois atteinte par le mal qui frappe le monde.
Il y a plusieurs décennies, un pasteur avait parlé de l’O.A.S. : Orgueil, Argent, Sexe.
C’est plus que jamais vrai dans l’Eglise, chez les chrétiens, chez les pasteurs. Que faire ?
Revenir au Seigneur dans un repentir sincère, s’attacher à la Parole pure de notre Seigneur qui l’a donnée pour ces temps présents. Confessons notre péché et reconnaissons notre orgueil et bannissons de nos vies tout ce qui est la cause de notre descente vers l’Enfer.
Unissons nos cœurs et nos voix dans la prière et la communion fraternelle.
Trouvons, là où nous sommes, un moment à une heure précise pour nous incliner et chercher la face de Dieu, dans le désir d’aller plus loin dans la sanctification sans laquelle nul ne verra le Seigneur.
René LAHAYE
La réponse du forgeron
Un forgeron, chrétien, frappé de beaucoup d’afflictions, à qui un incrédule demandait de lui expliquer la raison de tant d’épreuves, répondit :
" Je ne sais si mon explication vous satisfera, répondit-il, mais elle me suffit pleinement.
Vous savez que je suis forgeron.
Il m’arrive souvent de prendre un morceau de fer, de le mettre dans le feu et de le chauffer à blanc.
Après quoi je le place sur l’enclume, je donne un ou deux coups de marteau pour voir s’il est capable de prendre forme.
Si je vois que cela réussit, je le plonge dans l’eau, puis le remets au feu.
Je répète l’opération plusieurs fois.
Enfin je le remets sur l’enclume, je le frappe, je le courbe, je le lime, et le morceau de fer devient une pièce utile dont je me sers pour la fabrication d’une voiture et qui fera bon service pendant vingt-cinq ans.
Si, au contraire, le morceau de fer ne se laisse pas travailler, je le jette au rebut et le vends à raison d’un sou la livre.
Maintenant, pour ce qui me concerne, je crois que mon Père céleste m’a mis à l’épreuve pour voir s’il pouvait faire quelque chose de moi.
J’ai essayé de supporter l’épreuve avec autant de patience que j’ai pu, et ma prière quotidienne a été : Seigneur, mets-moi dans le feu si Tu veux, mets-moi dans l’eau si Tu le crois nécessaire ; fais ce qui te semble bon, Seigneur seulement, pour l’amour de Jésus, ne me jette pas au rebut ! "
Donne à qui demande
Un missionnaire au Congo avait entrepris de traduire en langue indigène et d’expliquer à son troupeau le Sermon sur la Montagne, qu’on pourrait appeler le Décalogue de la Nouvelle Alliance (Matthieu, chapitres 5 à 7).
Arrivé au verset ci-dessus, il hésita à le leur enseigner, sachant par avance quelle serait leur réaction.
Cependant, après en avoir fait un sérieux sujet de prière, il décida de ne rien omettre de la parole divine et de laisser à Dieu les conséquences de sa fidélité.
Ils lurent ensemble à la réunion suivante : " Donne à qui te demande et ne te détourne pas ce celui qui veut emprunter de toi " (Matthieu, chapitre 5, verset 42).
Le résultat de ce message fût bien celui qu’il redoutait quelque peu.
Dès le lendemain, les indigènes arrivèrent l’un après l’autre pour voir si le " Bwanaé " allait mettre en pratique l’enseignement de la veille.
L’un lui demanda son fusil de chasse, l’autre sa table, un troisième sa casserole, etc… de sorte que la case fût bientôt à peu près vide de son contenu, car ce fidèle serviteur de Dieu était bien décidé à ne rien faire qui pût paraître en contradiction de son enseignement et scandaliser ces âmes simples.
Mais " Dieu n’est le débiteur d’aucun homme " dit un proverbe anglais et Il prit en main la cause de son serviteur obéissant.
Deux jours après, ces hommes, sous une conviction de péché irrésistible, vinrent rapporter ce qu’ils avaient en quelque sorte extorqué et le souffle de l’Esprit fût dès lors si puissant dans ce endroit qu’en quelques semaines, plus de mille âmes furent touchées à salut par l’Evangile de Christ.
Voici encore un autre fait authentique, illustrant le même principe.
Un certain pasteur, ayant été amené à méditer sur les Lois du Royaume, s’engagea avec Dieu pour y conformer sa vie jusque dans les moindres détails.
Ses sermons impressionnèrent profondément sa congrégation et un jour une dame vint le trouver en disant : " Monsieur, mon mari a entendu dire que vous vouliez vivre selon les commandements de Dieu, et que par conséquent, on pouvait vous demander de l’argent et être sûr de le recevoir.
Mais je viens vous supplier, s’il vous fait pareille requête, de ne pas l’aider à s’enivrer un peu plus. "
Mais le pasteur ne se senti pas la liberté de faire la promesse que sa paroissienne attendait de lui.
" Je ferai ce que le Seigneur me montrera, dit-il, prions ensemble à ce sujet. "
Quelques jours plus tard, l’homme se présenta en effet au bureau du presbytère.
Il dit au pasteur d’un ton goguenard : " j’ai appris, Monsieur, que vous étiez un vrai chrétien, un de ceux qui, obéissent aux commandements de la Bible. "
En effet, répondit le pasteur, c’est mon ardent désir de me conformer aux ordres de mon Seigneur en comptant sur son secours. "
Et il poursuivit en témoignant à cet homme de ce que Christ était pour lui et en le pressant d’accepter son salut.
Puis l’homme poursuivit l’objectif de sa visite : je me trouve dans une gêne momentanée dit-il, pourriez-vous me tirer d’embarras en me fournissant un peu d’argent ? "
" Quelle somme vous faudrait-il ? " demanda le serviteur de Dieu.
Il fixa la somme et le pasteur alla tranquillement à son tiroir, en tira une liasse de billets de banque et les lui tendit sans mot dire.
Mais au lieu de prendre l’argent, cet homme fût pris d’un violent tremblement, puis tomba à genoux, les larmes aux yeux et s’écria : " Mon Dieu, aies pitié de moi, pêcheur. "
Ce fût la fin du règne de la bouteille dans cette vie et l’homme devint dès ce jour-là " une nouvelle créature en Jésus-Christ. "
Ces deux exemples suffisent amplement à prouver qu’on n’a rien à perdre en obéissant aux injonctions de la parole divine, alors même qu’une telle attitude puisse paraître déraisonnable à notre jugement humain.
" J’honore celui qui m’honore dit l’Eternel " (1 Samuel, chapitre 2, verset 30).
" Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera " (Jean, chapitre 12, verset 26).
Sa mère
C’était le grand jour de la fin de l’année scolaire du pensionnat.
Le moment palpitant était arrivé pour les lauréats de monter sur l’estrade et de prendre leur place aux applaudissements de l’auditoire.
Une jeune fille blonde, assise au centre, celle qui avait les honneurs de la journée par ses diplômes, parcourait d’un regard anxieux la vaste assemblée comme si elle y cherchait en vain quelqu’un.
Ses yeux brillèrent enfin quand elle aperçut, parmi un groupe de retardataires, une petite femme en robe noire d’un style depuis longtemps passé de mode et la tête couverte d’une capote noire fanée.
" Elle a trouvé moyen de venir ; oh ! que je suis contente ! " murmura la jeune fille tout bas.
La petite femme en noir était timide et, sans doute, avait-elle conscience de son apparence de pauvresse dans cette société de gens bien mis.
Mais le premier moment de trouble passé, elle se dirigea en toute hâte vers quelques sièges vides au premier rang, d’où elle pourrait bien voir les jeunes filles en toilettes blanches qu’on venait entendre et acclamer, et contempler tout à son aise celle du centre, pour elle la plus belle de toute.
- " Je crois que je vous trouverai des places en avant, mesdames ", dit un huissier de la porte à un groupe d’élégantes qui entraient.
" Tenez, voilà une place pour vous, madame ", ajouta-t-il d’un ton dégagé en poussant la petite femme en noir en arrière et en lui désignant un siège inoccupé derrière un gros individu aux larges épaules.
Du haut de l’estrade, la jeune fille blonde avait tout vu et des larmes d’indignation et de sentiment blessé brillèrent dans ses yeux.
Elle savait, elle, que sa mère portait cette robe fanée et démodée pour pouvoir consacrer tout son argent disponible à l’éducation de sa fille ; elle savait aussi que cette bonne mère était en retard parce qu’elle avait dû mettre de côté sa besogne pour travailler jusqu’à la dernière minute à la charmante robe blanche que sa fille portait…
L’orchestre se mit à jouer, le programme d’une soirée de triomphe pour elle et ses compagnes avait commencé, mais elle ne voyait qu’une chose, un pâle visage empreint de dignité froissée tout au bout de la salle.
Le programme touchait à sa fin ; on arrivait au dernier numéro.
La directrice se leva, et avec un soupçon de lassitude, annonça : " Mademoiselle Suzanne Ollier, notre prix d’honneur, reçue première aux examens du brevet supérieur, va nous donner maintenant une dissertation sur " le foyer idéal ! "
Les compagnes de Suzanne s’attendaient à la phrase du début, déjà entendue à la répétition : " Parmi toutes les variétés et merveilleuses relations de l’espèce humaine "…
Mais à leur grande surprise, la voix de Suzanne ne prononça point ces mots familiers ; elle ne parlait pas du " foyer idéal ", elle récitait, le cœur sur les lèvres, une simple et touchante poésie adressée à sa mère.
C’étaient des vers qu’elle avait composés pour elle seule, sans aucune intention de publicité, un soir qu’elle songeait aux sacrifices que sa mère faisait pour elle.
Tandis qu’elle parlait, l’auditoire restait suspendu à ses lèvres ; mais elle ne voyait et n’entendait rien ; son regard restait fixé sur une capote défraichie dont elle apercevait le sommet tremblotant derrière les épaules du gros monsieur.
Et quand enfin elle termina sur ces mots où vibrait toute son âme :
" O mère ! mère ! soit bénie de Dieu ! "
Un murmure qui ressemblait à un long soupir, parcourut l’assemblée qui, un moment après, éclaté en applaudissements.
- Mais Suzanne, comment avez-vous fait, comment avez-vous pu penser à quelque chose d’aussi beau ? s’écrièrent ses compagnes en s’empressant autour d’elle à la fin de la soirée.
Suzanne sourit et, les laissant en arrière, continua à se frayer un chemin vers la petite femme en robe noire dont le visage radieux témoignait qu’elle savait et comprenait.
- Mesdemoiselles, dit Suzanne fièrement, revenant vers ses compagnes et d’une voix qui tremblait d’émotion, mesdemoiselles, je vous présente ma mère !
Le roi, la reine et la bonne
Un de nos confrères raconte une histoire charmante.
C’est l’aventure d’une petite bonne française qui, voyant à Londres où elle est service, passer le roi et la reine d’Angleterre salués par la foule, se met à crier d’une voix forte : " Vive le roi ! Vive la reine ! "
Le roi et la reine saluent aussitôt : et ne voilà-t-il pas qu’ils font demi-tour (on ne peut pas arrêter un cheval net, de suite) et arrivent vers le groupe d’où le cri était parti.
Et le roi, en souriant, demande en très bon français :
- Il y a une personne qui nous a salués en français ; nous revenons pour la remercier.
Mélanie tremblait comme si elle avait commis un crime ; mais elle trouve tout de même moyen de répondre :
- Monsieur, vous êtes bien poli ; c’est trop d’honneur. J’étais bien contente rien que de vous voir passer ; mais vous me parler maintenant, et alors… vous comprenez que c’est une chose qui fait plaisir.
- Eh ! bien dit Georges V, depuis que je suis roi, c’est la première fois que j’entends crier : " Vive le roi ! " en français ; c’est une joie que mon père a eue souvent.
La reine, qui parle difficilement le français, demande à son tour à Mélanie :
- Vous étiez depuis longtemps à Londres ?
Et à peine Mélanie a-t-elle répondu : " Depuis six mois, Madame, " que le roi lui parle de nouveau.
- Aimez-vous notre pays ? …. Et les Anglais, les aimez-vous aussi ?
Mélanie répond qu’elle trouve les Anglais bien gentils, bien polis, et qu’elle aimerait beaucoup l’Angleterre s’il n’y pleuvait pas tout le temps.
Sur quoi Georges V se met à rire et reprend :
- De quelle partie de la France êtes-vous ?
- De la Drôme, monsieur.
- Ah ! de la Drôme, le pays de M. Loubet ? … Eh ! bien, Mademoiselle, je vous souhaite beaucoup de courage pour apprendre notre langue. Au revoir.
Plus près de l'idéal
C’est un lieu commun de dire que la littérature pour jeunes filles est forcément banale et quelconque.
Sans discuter une telle appréciation, prenons-la pour ce qu’elle vaut et saluons au passage le livre de Mme Hoffmann, dont le titre semble avoir des ailes ; livre bien fait, livre bien écrit, livre sortant de la banalité, livre enfin où une femme aimant les jeunes filles et se dépensant beaucoup pour elles a mis le meilleur de son cœur.
De la première page, où le titre se détache clairement sur la blancheur d’un fin papier – l’édition étant particulièrement soignée – arrivons à la table des matières.
Là, nous trouvons tout un programme de vie morale, intellectuelle et pratique, de vie saine et active telle que Dieu l’attend de nous.
En effet, être plus près de l’Idéal, ce n’est pas rester à contempler le Ciel, mais avoir le Ciel en soi, c’est-à-dire vivre assez près de Dieu pour sentir qu’il est près de nous dans toutes les circonstances de notre vie, dans toutes les tâches à remplir.
Pour atteindre cet Idéal, Mme Hoffmann donne aux jeunes filles – nous donne, car j’en suis encore – tout le long de son livre des conseils, des encouragements, des lumières.
Ce ne sont point des formules qui pourraient glacer les volontés les meilleurs ; ce sont des anecdotes, des faits tirés de l’expérience personnelle.
Ici c’est l’extrait d’une lettre, là, c’est une pensée, là encore, c’est quelque vers.
Partout des mots qui réchauffent.
Le livre fini, on le reprend avec joie.
C’est comme un ami dont la conversation vous a fait du bien, et l’on ne veut pas laisser tomber l’entretien, de peur que le bien qui vous unit à cet ami ne se rompe.
" A notre Rose, " écrit Mme Hoffmann dans sa suscription, - c’est sa fille - : " A notre Rose et aux jeunes filles, qui toutes connues ou inconnues me sont chères. "
Quelle douceur en lisant de pouvoir se dire : celle qui a écrit ce livre ne me connait pas, mais de loin, elle m’aime, elle me comprend.
Être comprise, quel rêve !
Tant de jeunes filles s’en vont par le monde découragées et lasses parce qu’elles se croient incomprises !
Oui, elles croient cela, mais en lisant les pages que leur amie Mme Hoffmann a écrites pour elles, elles découvriront que pour être compris, il faut s’appliquer à comprendre les autres.
Alors, ayant saisi le sens de la vie, qui est d’aimer, de s’oublier, de servir, elles ne s’en iront plus découragées et lasses.
Pour s’en convaincre, qu’elles lisent ces courts extraits :
Va vers Christ, oui, va sans balancer, sur le champ, telle que tu es. Quelque chose te tourmente ? va dans ta petite chambre, agenouille-toi à côté de ta chaise et dis-le Lui.
Moi qui suis ici dans un solitaire chalet de Montagne, tout près de sombres sapins secoués par les vents d’orage, au milieu de gros blocs roulants, où les mousses s’accrochent, bien loin de toutes les civilisations et qui y écris ces lignes pour toi, chère jeune fille inconnue, je voudrais tant t’aider, car tu as sûrement une croix à porter.
Chaque cœur connait sa propre amertume.
Je ne peux pas te secourir directement. Mais veux-tu suivre mon conseil ?
Je ne te le donnerais pas si je ne le savais bon, si je n’en avais fait l’expérience par moi-même.
Vois, je n’ai aucun motif pour vouloir te tromper.
Dis-toi bien qu’au contraire, je tiens à te servir, et les sacrifices ne me coûtent pas pour cela, parce que j’aime les jeunes filles avec une telle intensité que mon cœur brûle quand je pense à vous.
Aie confiance en moi, je connais le Tout-Puissant qui peut sauver.
Sois tranquille.
Celui qui incline les cœurs comme les ruisseaux d’eau, celui qui t’aime bien plus et bien plus profondément que tu ne peux te le représenter aujourd’hui, où ta connaissance est encore si incomplète, celui-là veut t’aider.
Va vers lui, tout simplement, avec toute ta misère.
N’attends pas d’en être débarrassée, va telle que tu es, à l’instant même
. Retournes-y chaque jour à nouveau.
Dis-lui au matin : " Seigneur, je sais que cette journée sera difficile, reste tout près de moi, je te donne ses heures. Si elles t’appartiennent, tu en auras soin.
En effet, il en aura soin, il te portera come sur les ailes de l’aigle au travers des tribulations.
Il t’a exaucée d’avance. Ne perds pas courage, jamais. Même si les tempêtes reviennent – elles reviendront, il nous est bon de marcher de temps en temps sous l’orage, cela nous trempe le caractère – n’oublie pas que le soleil du Dieu d’amour luit derrière les nuées les plus noires.
Il veut toujours nous aider. C’est nous qui souvent ne voulons pas qu’il nous aide.
" Ne vous mettez en souci de rien, mais, dans l’épreuve, priez. "
Mme Adolphe HOFFMANN
Le vrai bonheur, c’est celui qu’on procure aux autres ; il n’est jamais payé trop cher.
Ayez grand soin de toujours supposer le bien chez autrui.
Contre les semaines de bonté
Il n’est jamais trop tard pour bien faire, aussi je n’élève contre cet enseignement officiel de la bonté, car personne, que je sache, n’a parlé contre " les semaines de bonté. "
Les écoliers ont été invités à noter les actes méritoires accomplis au cours d’une semaine et, même, la vaste salle du Trocadéro à Paris a retenti des louanges à la bonté.
Reste à savoir si les enfants sont touchés par cet enseignement officiel de la morale, s’ils continuent à être bons.
Nous sommes de plus en plus latins et nous nous payons de mots ; la bonté ne s’enseigne pas officiellement, c’est le résultat d’une disposition spéciale du cœur et d’une contagion de l’exemple.
L’enfant qui grandit dans un bon milieu voit, autour de lui des actes de bonté ; on cultive, par l’exemple, cette vertu rare et il s’applique à être bon soit envers ses frères, ses sœurs, ses camarades, les animaux.
Mais s’il est élevé dans un milieu réfractaire à la bonté, dans un milieu égoïste, aux cœurs étroits, où l’on ne songe qu’à ses aises, où l’on ignore la souffrance d’autrui, comment sera-t-il bon au milieu de ce culte du moi et de cette sécheresse de cœur ?
Nous nous dupons quand nous nous figurons qu’un enseignement officiel de la bonté peut rendre bons et ce n’est pas en notant, au jour le jour des actes accomplis, par induction, qu’on a le droit de s’affirmer bons, et un peu de vérité peut se mêler à ces actes.
Il faut, de la part de l’enfant et de l’adulte, un élan spontané d’amour, le service joyeux et désintéressé vis-à-vis du plus humble, du plus petit, pour cela, être entouré de bonté.
Il faut arriver à réaliser cette parole de la sagesse biblique que j’aime tant à citer : " Ce qui fait le charme de l’homme, c’est sa bonté. "
Que de fois les enfants comprennent, même les plus petits, la bonté exercée en leur faveur et comme ils se plient naturellement à l’entraide dans la famille, envers les petits qui souffrent.
En sorte que les actes charitables de l’enfant, des défauts aussi, sont le reflet de son entourage ; il faut dès lors, réagir non seulement par les brochures, les conférences, mais surtout par une éducation nouvelle dans un cadre paisible ; tout est là.
C’est dans la famille, c’est à l’école qu’il faut demander l’enseignement de la bonté, dans la famille plus qu’ailleurs, et c’est du cœur maternel et paternel que se répandront les semences de bonté qui se substitueront, peu à peu, à l’égoïsme inné de l’enfant, le reste n’est qu’un leurre.
Abel VAUTRIN
Fleurette blanche
Cette fleurette était une enfant de huit ans ; son frère en avait quatre ; ils ne se quittaient jamais.
Aussi les voisines, appelaient-elles Marie : la petite maman, et Pierrot : son gros bébé.
Marie était maigrichonne et plutôt laide, mais ses yeux d’un roux noisette, étaient tout pleins de tendresse naïve, et elle avait une gaucherie délicieuse et touchante à protéger, soigner, gâter son Pierrot joufflu.
Son seul regret était de ne plus pouvoir le porter facilement, depuis qu’il était devenu si lourd.
D’où venait à Marie ce rôle de jeune mère ?
Hélas ! la véritable était morte, voilà plus d’un an, et la fillette, depuis lors, veillait à tout… comme pouvait le faire une pauvre petite maman de huit ans.
Quel pauvre soutien n’eût-il pas fallu à la pauvrette !
Son père ne lui offrait que des bourrades.
Il aimait bien ses petits, cependant, le rude forgeron, - mais, - quoi, dans sa classe de misère, sait-on caresser seulement ?
Et un malheureux homme qui, - après avoir tout le jour frappé le fer, - ne trouve pas un sourire de femme pour le détendre et l’éclairer, aurait-il les mains assez douces pour toucher à une âme d’enfant ?
Max Aubert, sa journée finie, trouvait très naturel d’avaler en maugréant, la soupe, - bien mauvaise, à la vérité – que lui avait tripotée sa petite Marie, et puis de " filer ", au plus vite, chez le père Lapointe, l’aubergiste et marchand de vin de son quartier.
Là, il trouvait, au moins, des camarades et des journaux.
Le " rouge, sang de bœuf, " surtout, le ravissait, parce qu’il disait leur fait aux capitalistes, aux patrons, aux cafards, aux curés, aux pasteurs, aux religieuses, aux bourgeois, aux fripons, enfin, à tous les défenseurs et amis ou prétendus amis de Dieu.
Max Aubert était, du reste, persuadé que ce dernier n’existait pas, mais, par une logique spéciale, il ne l’en rendait pas moins responsable de toutes les calamités privées et publiques.
Alors, c’étaient des imprécations, des discours sans fin devant les camarades émerveillés, et le forgeron se sentait grandi de tout l’abaissement qu’il proclamait au ciel et sur terre.
Seulement, à tant parler on a soif, et, vous savez, quand on a soif, on boit.
Max ne quittait le cabaret que lorsqu’il n’avait plus un seul auditeur ; il se trainait jusque chez lui en trébuchant, et tombait sur son lit comme un bœuf assommé.
Le lendemain, s’étant éveillé plus tard qu’il n’aurait fallu, il partait en courant pour l’atelier, après avoir terrorisé de sa grosse voix les deux pauvres petits, Marie, surtout, qu’il traitait avec sévérité, comme si elle eût vingt ans.
Un dimanche après-midi, les deux enfants déambulaient par les rues, l’un trainant l’autre.
Max Aubert, attablé chez le père Lapointe, ne devait pas reparaitre avant le soir ; de cela, Marie était bien certaine.
Alors, pour échapper à la tristesse du petit logis sordide que la pauvre enfant était impuissante à transformer, elle avait pris son frère par la main ;
- Viens, allons-nous promener.
- Pierrot veut, avait répondu le marmot, c’est blanc dehors, et ici tout noir.
Et voilà les deux petits en route, se tenant par la main.
Ils étaient pitoyablement vêtus, mais Marie avait lavé la figure et les mains de son poupon pour la circonstance.
Quant à elle-même, la mignonne n’y avait pas songé.
- Où nous allons ? dit Pierrot.
- Je ne sais pas, fait naïvement sa sœur, nous allons nous promener, voilà.
Mais leur bon ange les prit sans doute en pitié, et en même temps par la main.
Passant devant une chapelle :
- On chante, dit le petit, c’est joli ; Pierrot veut entrer.
Et Marie, docile, entra.
C’était une chapelle évangélique, et on y faisait, justement, l’instruction des petits : l’école du dimanche.
Une jeune monitrice, remarquant les deux nouveaux venus, tout ahuris et décontenancés, les mit à côté d’elle.
… Et pour la première fois de sa vie, la petite Marie, fille de l’anarchiste Aubert, entendit l’histoire de Jésus.
Quelle surprise ! Quel éblouissement !
Le récit avait été fait d’une manière très simple, par un vieux pasteur qui savait parler aux enfants.
Pierrot, malgré tout, était trop jeune pour comprendre, mais sa sœur était transportée.
Ses grands yeux roux, sa seule beauté, en flambaient d’extase naïve.
Dans la rue, elle entraine Pierrot en courant.
Pourquoi courir ? Elle n’en savait rien, mais c’était si beau ce qu’elle venait d’entendre, que, de joie, elle ne pouvait tenir en place, et sans son gros marmot pendu à sa jupe, eût sauté de bonheur.
Comme en rêve, elle prépara le maigre souper, mit sur la table les trois assiettes.
Elle répondait par à peu près au babillage de Pierrot.
Tout à coup résonne un pas lourd et connu ; le père est là.
Marie court à sa rencontre.
Elle oublie qu’il est probablement ivre, et redoutable en cet état ; elle oublie sa rudesse habituelle, son indifférence, elle oublie tout, hors l’étonnante nouvelle.
Il faut qu’elle dise, il faut qu’elle crie le grand bonheur inattendu qui lui remplit d’âme, qui lui semble déborder, comme un fleuve de lumière et d’azur, sur toutes choses et sur chacun.
- Papa, papa ! Nous ne serons plus malheureux ! Jésus est venu ; les anges l’ont dit ; les mages…
- De quoi ! De quoi ! coupe l’homme bourru, le regard subitement mauvais, des grimaces de religion, à présent ! Qui t’a conté ces balivernes ? Je te défends d’aller chez les curés, d’abord !
- Je n’y suis pas allée, répond Marie, toute pâle à cet accueil, mais le monsieur qui a raconté l’histoire la sait bien, et c’est la vérité…
- Le ministre !
L’alcoolique s’exalte ; son ivresse furieuse, d’un coup, lui monte à la tête. Il voit vert, bleu, rouge, il est fou…
- …. Le ministre, bégaie-t-il, le ministre ! Il n’en a pas le droit ; c’est pas lui notre curé, puisqu’on est catholique quoi qu’il n’y ait plus de Bon Dieu, depuis…, depuis…la Révolution…. N’y a plus…. Pas le droit…. Tout chambarder…
L’anarchiste brandissait ses deux points énormes comme deux massues ; il était effrayant à voir.
- Qui a dit qu’il y en avait un ? Qui l’a dit, que je l’écrase !
Alors la petite Marie perdit la tête ; elle crut que son père allait les tuer tous les deux, mais toute sa frayeur était pour Pierrot.
Aussi blanche qu’un cierge, elle le saisit dans ses bras et, terrifiée, tragique, d’une course éperdue, s’enfuit…
Max était tombé sur le sol comme foudroyé ; il était ivre-mort.
Dans la nuit claire et douce, la petite Marie fuyait…
Elle ne poussait pas un cri, ne pleurait même pas ; tout son âme était concentrée dans une pensée, dans un effort unique : sauver son frère.
C’était pour lui qu’elle avait eu l’horrible peur, pour lui qu’elle tremblait encore.
Aussi, de quelle étreinte les bras maigrelets n’enserraient-ils pas le bébé frais et rond suspendu à son cou !
C’était, chez cette gamine de huit ans, l’enveloppement maternel dans son ardeur passionnée, dans son dévouement infini.
Et Pierrot le sentait, probablement, car, bientôt rassuré, tranquille, il s’endormit sur le pauvre jeune cœur qu’il écrasait de son poids.
… Marie défaille presque ; sous la charge trop lourde, elle a des palpitations désordonnées.
Et il lui semble que quelque chose se déchire dans sa poitrine en lui faisant un mal affreux…
Lâcher Pierrot ? Se sauver toute seule ?
Allons donc ! elle n’y songe même pas.
Se raidir contre la douleur, oui, murmurer en son âme d’ange et d’enfant à la fois, sa naïve prière ;
- " Jésus ! Je sais bien, moi, que tu es là, et que tu m’aimes ! Sauve Pierrot ; conduis-moi vers toi. "
Et, réconfortée, - pendant que son cœur bondit comme pour s’élancer hors de sa poitrine, - en un suprême effort, elle presse le pas.
Où voulait-elle aller ? Pauvre innocente, l’endroit précis, elle ne le savait pas, mais elle courait vers Jésus, et, de cela elle était très sûre.
En pleine campagne, maintenant, - le faubourg qu’elle vient de quitter n’en est pas loin, - elle va, le visage livide et inondée d’une sueur qu’elle ne sent même pas couler, la démarche automatique et raide comme une somnambule.
Elle serre, de toutes ses forces fléchissantes, l’enfant qui échappe presque à ses bras suppliciés…
… La nature est paisible dans une nuit bleue de juin.
On entend l’humble note flûtée d’un crapaud.
Une fraiche haleine, toute chargée du pénétrant parfum des foins coupés, fait frissonner les feuillages en un caressant murmure ; une ondulation de cristal s’élève, pure et tendre, c’est le rossignol, veillant sur son nid…
A ce moment, Marie croit voir une grande forme humaine dans les arbres.
Elle la fixe de ses pauvres beaux yeux roux, hagards maintenant comme ceux d’une bête traquée… et, soudain, se rassure et s’illumine malgré son atroce souffrance : elle vient de reconnaitre un grand crucifix de carrefour.
- " Jésus ! pensa-t-elle, car un seul mot lui eût été impossible à articuler, Jésus ! Jésus ! "
Et, avec ce nom où passait toute son âme, toute sa confiance, tout le soulagement infini de sa détresse, elle se laissa tomber avec l’enfant au pied de la croix.
C’est que, du fond de son enfance, une toute première éducation catholique revenait maintenant à elle, et lui montrait dans ce symbole, le vrai Christ du ciel, celui du pasteur à l’école du dimanche, celui de sa mère autrefois, le Jésus, très doux des pauvres et des petits enfants.
Et tu as bien raison, petite Marie, Il est le même toujours, de quelque lieu qu’on l’implore et quels que soient les mots employés.
La tête appuyée sur la croix, l’enfant se sentait en sûreté parfaite, le grand, le fort, le tendre, était Celui qui la gardait ; elle était infiniment heureuse.
Son Pierrot, éveillé au moment de leur chute, s’était vite rendormi de son bon sommeil de petit enfant.
Il était tranquillement couché par terre, la tête seulement appuyée sur les genoux de sa sœur.
Et, Marie, à présent, sentait s’apaiser peu à peu la cruelle souffrance.
L’oiseau enfermé dans sa poitrine ne faisait plus de bons si furieux ; il semblait renoncer enfin à vouloir sortir de sa cage. La pauvre petite ne savait pas ce que signifiait ce calme suprême.
Un sommeil irrésistible l’envahissait.
Maintenant, Jésus était descendu de la croix ; Il était là, tout près d’elle ; Il posait sur son front une main si douce, que l’enfant crut sentir celle de sa mère.
- Petite Marie, veux-tu venir avec moi, là-haut ?
- Oui, oui, bon Jésus, je veux aller partout avec toi, partout !
Et, très doucement, sans secousses douloureuses, le pauvre petit cœur qui avait battu trop vite s’arrêta.
Au frais matin, rose et pur, alors que les oiseaux s’éveillent avec des pépiements encore indécis, un homme, tête nue, les vêtements souillés et en désordre, le regard affolé d’inquiétude arrive en courant au carrefour.
Ses yeux qui cherchent rencontrent les enfants, groupe touchant, gracieux, pitoyable…
Avec un cri de joie, il se précipite vers eux, les enveloppe ensemble de ses bras.
- Mes petits ! … Mes petiots… pleurait-il presque.
Mais, tout à coup, le voilà qui devient couleur de terre, avec une folie de désespoir sur son masque rude.
Tandis que le gros Pierrot s’éveillait en pleurnichant, un peu effrayé, le visage de Marie s’était renversé, inerte, blanc comme une rose blanche, ses doux yeux de noisette, déjà vitreux, tournés fixement vers le ciel.
Alors, Max Aubert, l’ouvrier dévoyé, l’alcoolique, le révolté, l’athée, fut vaincu.
Il tendit les bras vers le Christ du pardon, il balbutia en agonie ;
- Jésus ! Je l’ai tuée…, aie pitié de moi ! …
Et il s’évanouit.
La tombe de Marie fut couverte de roses blanches que son père cultivait avec un soin infini.
Le dimanche après le service, car il ne manquait jamais de se rendre à la chapelle où sa fille avait prié, il amenait Pierrot au cimetière.
- Souviens-toi toujours de ta sœur, lui disait-il, quant à moi…
Mais il ne pouvait continuer et pleurait en silence, tandis que l’enfant restait muet et intimidé devant le mystère de la douleur et de la mort.
Puis, ils s’en allaient tous deux, la petite main de Pierrot dans la grande main, devenue très douce, du forgeron. Mais, auparavant, Max avait cueilli une des fleurs de la tombe.
Il la mettait sur sa poitrine, cachée contre son cœur, pour être sa force pendant la semaine.
Elle lui rappelait la petite rose blanche que, dans un moment de folie, un père avait jetée au pied de la croix.
ELIAM
La fête d'Alsa
" Chère petite Alsa, - avait écrit grand-maman – écris-moi un mot pour me dire ce que tu désirerais recevoir pour cadeau d’anniversaire. "
Alsa réfléchit et réfléchit, car c’était là une chose importante et elle ne voulait pas décider à la légère.
Pendant quelques instants, sa plume resta posée sur le papier puis vivement elle y traça ces lignes :
" Chère grand-maman, je crois qu’un petit collier en or me ferait plus de plaisir que n’importe quoi d’autre, mais je sais que ça coute cher ! j’en ai autant envie, je crois, que maman a envie de nouvelles petites cuillères. "
Grand-maman sourit en lisant cette lettre.
Elle envoya cinquante francs à Alsa en lui disant d’acheter elle-même le collier ou tout autre chose.
" Car je sais – ajouta-elle – que souvent les petites filles changent d’idée. "
" Je ne vais pas changer d’idée quand j’ai cinquante francs pour m’acheter un collier, " dit Alsa, et elle courut chez le bijoutier.
Pendant qu’elle attendait d’être servie, elle vit sur le comptoir devant elle une boite où étaient rangées de charmantes petites cuillères, et elle se dit : " Comme cela ferait plaisir à maman ! "
- Ce n’est que cinquante francs, dit le commis, et je vous assure qu’elles les valent bien. Voyez comme elles sont jolies – prenant une cuillère de l’écrin.
- Je voudrais voir le petit collier d’or qui est en vitrine, dit Alsa timidement.
Sa main tenait le collier, mais ses yeux bleus étaient de nouveau fixés sur les cuillères d’argent.
- Je crois, dit-elle très bas, qu’après tout je vais prendre les cuillères.
Ce fut une heureuse petite fille qui courut à la maison, portant les cuillères, une heureuse petite fille qui tendit la boîte à sa mère étonnée, une heureuse petite fille qui écrivit :
Chère grand-maman, - je suis sûre que cela ne te fera rien si j’ai dépensé les cinquante francs à acheter de jolies petites cuillères pour maman et nous tous, au lieu d’acheter le collier d’or pour moi toute seule.
Je t’envoie mille remerciements de la part de tout le monde et un spécial baiser d’anniversaire de ta petite fille qui t’aime.
Alsa. "
Grand-maman sourit encore et partagea la joie des autres.
Variétés enfantines
Il y a six choses qu’un garçon devrait savoir :
1er – Qu’une voix posée, la vraie courtoisie et la bonté sont des caractéristiques aussi essentielles du gentilhomme, que de la dame.
2ème – Que la grossièreté, la brusquerie, la folle audace, ne sont pas de la virilité. Les hommes les plus fermes et les plus courageux, sont presque toujours les plus doux.
3ème – Que la force musculaire ne constitue pas la santé.
4ème – Qu’un cerveau bourré de faits n’est pas nécessairement plein de sagesse.
5ème – Que le travail impossible à un garçon de 14 ans, deviendra facile à un homme de vingt.
6ème – Que le meilleur capital pour un garçon n’est pas l’argent, mais l’amour du travail, les goûts simples, un cœur loyal envers ses amis et son Dieu.
Un bébé qui vaut 530 millions de francs
Le petit Vincent Walsh Mac Lean est l’enfant le plus riche au monde, étant l’héritier d’environ cent millions de dollars (500.000.000 de francs).
Ses parents ont si peur qu’on ne le leur vole que sa voiture est en quelque sorte une cage de fer, et que des sentinelles montent la garde devant sa " nursery " nuit et jour.
Inutile d’ajouter que cet infortuné richard est Américain.
Son père dit-on, vient de faire installer une espèce d’immense volière sur le toit de sa maison de New-York, pour y mettre des oiseaux, des lapins, des écureuils et autres animaux afin d’amuser le petit Vincent.
Les joujoux ordinaires ne suffisent pas !
En est-il plus heureux ? voici ce que nous affirme la Bible : " Le sommeil du travailleur est doux, qu’il ait peu ou beaucoup à manger ; mais le rassasiement du riche ne le lasse pas dormir " (Ecclésiaste, chapitre 5, verset 12).
Comment se fait-il, dit la maîtresse d’école à un petit nouveau que ton nom de famille soit différent de celui de ta mère ?
- C’est que, voyez-vous, maman s’est remariée – et moi pas !
Une petite fille dans un train disait sa prière avant de s’étendre pour la nuit sur la banquette du wagon.
" Mais, dit-elle, s’interrompant tout à coup, est-ce que Dieu peut m’entendre ? le train fait tant de bruit ! "
- Dis-moi qui t’a créé ? demanda un instituteur à un tout jeune élève.
- C’est le bon Dieu, fut la réponse, mais " pas plus grand que cela, " ajouta-t-il, en montrant la longueur de son bras.
Exemple frappant de la propre justice, qui tient à s’attribuer des mérites, au lieu de donner toute gloire à Dieu.
C. P.
Jyp
Jyp était un petit garçon qui allait régulièrement à l’école du dimanche et tenait à ne pas arriver en retard.
Il continuait un jour à demander à sa mère s’il n’était pas temps de partir, et elle continuait à lui répéter :
- Pas encore, mon chéri.
Enfin, elle dit :
- Je crois vraiment que tu peux te mettre en route maintenant. Ta monitrice sera dans doute arrivée.
La monitrice, Melle Adeline, avait bien recommandé à tous les garçons de sa classe de prendre l’habitude d’arriver ponctuellement à l’école du dimanche.
Tout comme ils sont tenus de le faire en semaine, sous menace de punitions, l’école du dimanche a droit aux mêmes égards que l’école communale.
C’était pourquoi Jyp se dépêchait ; mais en atteignant la maison où demeurerait les Bois, il vit à la barrière la petite Priscille qui pleurait.
- Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Jyp, ralentissant un moment sa marche.
- Je ne puis aller à l’école du dimanche ! gémit Priscille, Jack est malade et ne peut pas m’y conduire.
Jyp en fut fâché pour elle. Il savait combien il tenait à y aller lui-même, et quel crève-cœur c’était pour lui de manquer la leçon.
Priscille eut une idée subite.
Elle essuya ses larmes pour bien voir ce que Jyp en penserait.
- Maman me laisserait aller avec toi… dit-elle, hésitante.
- Oh ! Il faut que je me dépêche ! dit Jyp, reprenant sa course ; je ne puis m’arrêter pour t’attendre.
- Je ne serai pas longtemps, plaida Priscille, je suis presque prête…
Mais le petit garçon continuait à filer comme s’il ne l’entendait pas, comme s’il ne savait pas que les larmes revenaient aux yeux de la fillette, plus abondantes et désolées.
Mais il était mal à l’aise, mécontent de lui-même.
- Ce n’est pas gentil de ne pas attendre, se dit-il. Peut-être qu’il vaudrait mieux être un peu en retard que pour Priscille de ne pas y aller du tout…
Oui, je crois que Melle Adeline aimerait mieux cela … Oh ! mais elle ne saura pas pourquoi j’arrive en retard, et me regardera d’un air de reproche… elle nous a tellement dit d’être ponctuels…
Un oiseau perché sur une branche, qui avait l’air d’attendre Jyp, s’envola à son approche.
Jyp le suivit du regard et remarqua alors combien le ciel était clair et bleu.
- En tout cas, fit-il en s’arrêtant, Dieu aimerait mieux cela ! et maman aussi, et… (se retournant brusquement) moi aussi !
Il cria à Priscille :
- Va vite te préparer, dépêche-toi ! Je vais t’emmener.
Elle entra chez elle. Sans doute qu’elle se dépêcha, mais que le temps sembla long à Jyp avant qu’elle reparût !
Il allait lui crier qu’il croyait qu’elle ne viendrait jamais.
- Non, se dit-il, il ne faut pas lui dire ça, ce ne serait pas poli, et cela lui ferait de la peine. Tant pis, je n’y puis rien, à présent, si je suis en retard.
Il serra ses lèvres pour ne pas parler, et marcha vite sans rien dire.
Mais Priscille parla, elle parla jusqu’à ce qu’elle fût hors d’haleine par la rapidité de leur course et qu’elle trouvât plus commode de se taire.
- Tu es un gentil garçon, Jyp ! disait-elle. Maman trouve que tu es très gentil ; elle pense que c’est probablement à l’école du dimanche que tu as appris cela, parce que l’on y enseigne à devenir bon de toutes les façons. Elle voudrait que je sois bien attentive et apprenne aussi à devenir gentille et bonne et à penser aux autres…
Un sourire passa sur les lèvres de Jyp qui perdirent leur rigidité.
Il était content d’avoir attendu Priscille, et il avait maintenant la certitude que Melle Adeline trouverait qu’il a bien fait.
Mais le plus drôle de l’affaire, et son côté délicieux, c’est qu’en arrivant à l’école du dimanche, Jyp et Priscille n’étaient pas en retard du tout ! …
Etes-vous prêt pour une nouvelle année ?
N’est-ce point là une question de toute importance pour nous au moment de franchir le seuil de l’année 1908 ?
De toutes parts nous entendons dire à notre époque : En avant ! Combattons le bon combat ! Prenons possession du bon pays !
Mais cependant que faire si je ne suis pas prêt à avancer, à combattre et à jouir de la terre promise ?
S’il faut que nous pénétrions dans cette nouvelle année afin de porter un fruit qui demeure, et non pas seulement pour nous laisser entrainer, indifférents, par la fuite infatigable des jours, il faut que nous soyons prêts.
Nos convictions sont-elles arrêtées ?
Avons-nous pris une décision ferme dans notre esprit ?
Non pas sur tous les détails possibles, c’est certain ; mais il y a des choses pour lesquelles l’incertitude est la preuve du manque de préparation qui entraine à l’irrésolution, à la faiblesse et au désastre inévitable.
Avons-nous fait le choix de notre ligne de conduite ?
Sommes-nous pour la justice ou le mal dans ce monde ?
De quel côté de la grande maison de l’humanité avons-nous choisi notre place ?
Sommes-nous satisfait de la place que nous avons prise, avec notre Maître, ses gages et ses conditions de service ?
Il y eut une fois un roi Saxon connu sous le nom de " Le jamais prêt. "
Est-ce peut-être votre nom à vous ?
Etes-vous prêt à quitter le passé ?
A quoi vous servirait une année nouvelle si vous vous obstinez à poursuivre vos vieilles habitudes, conservant le même esprit, les anciennes rancunes, le vieux et méchant caractère ?
Pourquoi Dieu vous ferait-il don d’une nouvelle année si elle doit être passée dans l’irréligion, le manque de charité, le formalisme superstitieux ou fanatique ?
A quoi cela peut-il bien vous servir d’avoir un meuble tout neuf si c’est pour y mettre un vieux squelette ?
Etes-vous prêt pour accepter ce que, jour après jour, la nouvelle année vous apportera ?
Peu importe quelles seront les vérités nouvelles que Dieu vous enseignera, les œuvres de charité plus étendues qu’il trouvera bon de vous imposer ?
Il peut vous envoyer dans un champ plus vaste de responsabilité. Etes-vous prêt à vous y rendre ?
Prêt à voir votre esprit mis au large et votre cœur oppressé mis en pleine abondance ?
Etes-vous prêt pour l’œuvre de l’année toute entière ?
" Que veux-tu que je fasse ? "
Nous sommes habituellement très bien disposés aux premières heures de l’année nouvelle ; puissions-nous ne pas oublier que les bonnes intentions ne suffisent pas !
Etes-vous prêt pour le travail ?
Et par-dessus tout ce qui vient d’être dit, sachez ceci : Celui qui n’est pas un croyant sincère dans le Seigneur Jésus-Christ, ne peut absolument pas être prêt.
(G.P.F.)
Compter nos jours
La plus ancienne trace de cette expression se trouve dans le Psaume 90, attribué à Moïse : " Enseigne-nous à si bien compter nos jours, que notre cœur devienne sage ! "
Et l’on sait quel parti en a tiré Lamartine, dans ces beaux vers où, personnifiant l’heure qui " s’éloigne et glisse comme les pieds sur les gazons " il lui fait dire à l’homme :
Compte-moi, car Dieu m’a comptée,
Pour sa gloire et pour ton bonheur ;
Compte-moi ! je te fus prêtée,
Et tu me devras au Seigneur !
L’art de compter est presque aussi ancien que l’homme.
Longtemps avant de savoir lire et écrire, il a su compter.
Et de ces trois assises du savoir humain, le calcul reste la plus universelle et la plus nécessaire.
En fait, bien des gens, qui ignorent la lecture et l’écriture, savent compter.
Le sauvage compte au moyen de petits cailloux, l’enfant et l’ignorant comptent sur leurs doigts, le savant et le banquier utilisent les procédés des hautes mathématiques et de la tenue des livres la plus perfectionnée ; mais tous comptent.
Tous… excepté toutefois ceux qui croient avoir intérêt à ne pas compter.
Il ne compte pas, le joueur qui, attendant la chance qui ne vient pas, risque sa fortune sur le tapis vert.
Il ne compte pas, le spéculateur qui, pressentant la ruine, se jette tête baissée dans le gouffre.
Il ne compte pas, le buveur qui dépense en une nuit, au cabaret, le gain d’une semaine.
Mais tous ces mauvais calculateurs aboutissent à la culbute finale dans le déshonneur, la faillite ou la mort.
Le temps aussi est un capital à faire valoir, à économiser, et par conséquent à compter.
Il y a des divisions naturelles, marquées par le cours des astres : jours, mois, saisons, années.
La civilisation a subdivisé ces périodes en heures, en minutes, en secondes, et créé des instruments délicats pour les mesurer et les enregistrer.
Grâce à nos horloges et à nos montres, il est encore plus facile de compter les heures et les minutes que les francs et les centimes.
Mais, hélas ! on gaspille ce capital-là, comme l’autre ; et la chose est si commune qu’on n’a que l’embarras du choix dans les locutions qui l’expriment, telles que " perdre son temps " ou " tuer le temps. "
Et cela se fait si aisément que la plupart des hommes sont aussi surpris d’arriver au dernier de leurs jours que le joueur au dernier de ses écus.
Les uns et les autres ont négligé de compter, et, quand ils s’en aperçoivent, il est trop tard ; on ne recommence pas la partie, la séance est levée.
Tenez-vous prêts !
La population de la terre est approximativement de 1.400 millions d’habitants.
On a calculé que la mortalité est d’environ 33 millions de personnes par an, soit de 90.000 personnes par jour, 37.000 par heures, c’est-à-dire que la mort frappe un peu plus de 60 personnes par minute, une personne par seconde.
Peu lui importe où sont ses victimes, peu lui importe ce qu’elles font quand elle vient les chercher.
Bien portants ou malades, riches ou pauvres, vieux ou jeunes sont pris également, et personne ne sait le matin s’il verra la fin de la journée.
Chaque jour, les annonces des journaux nous apportent la liste de ceux qu’a enlevés la journée précédente.
Chaque jour, des convois funèbres passent sous nos yeux, des familles sont plongées dans le deuil, et pour chacun retentit cet appel (Amos, chapitre 4, verset 12) : " Prépare-toi à la rencontre de ton Dieu ! "
Mais l’homme est ainsi fait que ce qui se passe tous les jours ne le touche plus.
Il s’habitue aux avertissements de chaque seconde, comme le voyageur, pendant un long trajet, au sifflet de la locomotive, et, quoiqu’il puisse mourir à chaque instant, il vit en réalité comme s’il devait toujours vivre.
" Je me rappelle, disait un jour un vieillard, que, quand j’étais un jeune garçon, une voix intérieure me disait : " Mon enfant, donne-ton cœur. C’est maintenant le moment favorable. "
Mais le diable me soufflait à l’oreille ; " tu y penseras plus tard. Il faut que jeunesse se passe. Commence par t’amuser. "
Mes parents, mes camarades disaient la même chose, en sorte que j’attendis d’être devenu un homme.
" Alors la même voix intérieure me dit : " Cherchez l’Eternel pendant qu’il se trouve. C’est aujourd’hui le jour du salut. "
" Quelle bêtise ! reprit l’autre. Fais tes affaires d’abord. Plus tard, quand tu te seras fait une position, tu t’en occuperas. "
Je voyais, en effet, qu’autour de moi chacun agissait ainsi.
J’attendis donc d’avoir atteint l’âge mûr.
" J’y fus bientôt. Quelque chose murmurait encore en moi : " Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs. "
" Plus tard, criait l’autre. Tu n’as plus beaucoup de temps pour travailler. Attends d’être vieux quand tu n’auras rien de mieux à faire. "
" J’ai attendu. Aujourd’hui je suis vieux. Le printemps, l’été, l’automne de la vie ont passé. L’hiver est là, et je ne suis pas sauvé. "
Et cet aveu rappelle l’histoire d’une femme qui disait toujours : " Je n’aurai besoin que de cinq minutes au dernier moment pour demander miséricorde ; et je suis sûre que le Tout-Puissant me les accordera. "
Bien qu’elle fût sûre, ces cinq minutes elle ne les eut jamais.
Un jour, son fils sort en courant de la maison et va chercher le pasteur.
" Venez vers ma mère, s’écrie-t-il, venez de suite, elle meurt.
" Le pasteur y court.
La moribonde était assise sur le lit, les yeux hagards.
Quand il entra, elle le regarda fixement, en s’écriant : "Ah ! monsieur le pasteur, je suis damnée ! je suis damnée ! " puis elle retomba sur son oreiller.
C’était fini.
C’est pourquoi tenez-vous prêts, car vous ne savez ni le jour ni l’heure…
L’arbre sans racines
Aux pères et aux mères.
Dans le silence de la nuit, un bruit étrange, indistinct, réveilla en sursaut la mère et l’enfant.
- Maman, appela la petite, maman !
- Oui, ma chérie, c’est André qui rentre, dors, je vais voir…
- Maman, j’ai peur…
La mère tourna le bouton électrique, passa à la hâte un vêtement et se dirigea vers la chambre de son fils.
Doucement, elle ouvrit la porte.
Au milieu de la chambre très éclairée, André, son fils bien-aimé, assis tout habillé dans un fauteuil, tenait encore le révolver dans sa main crispée ; la tête pendait inerte sur la poitrine.
La mort avait été instantanée.
Il avait à peine 18 ans.
La vie lui souriait.
Sur la route large et facile, une mère aimante, oh ! si aimante, prévoyait les moindres obstacles et soigneusement les écartait.
Elle pensait à tout, cette mère idolâtre de son enfant.
Rien n’échappait à ses yeux clairvoyants, passionnés, admiratifs.
Qui donc pouvait rivaliser avec son André si beau, si élégant, si intelligent, si instruit !
L’avenir, devant lui, ne pouvait se dérouler qu’un un triomphe incessant.
La mère moderne, enthousiaste des Strauss, des Nietzche, qui croyait avoir tout sondé, tout approfondi et creusé un large sillon de bien-être pour elle-même et les siens, n’avait oublié qu’une seule chose, négligeable, du reste, son âme à elle et l’âme de ses enfants...
Dans cette belle maison si confortable, si luxueuse, la seule chose nécessaire faisait défaut.
Mme Sanarsky disait en riant :
- L’âme ! une chose invisible, impalpable, éternelle, quel enfantillage ! quelle dérision de la saine raison ! A d’autres, s’il vous plait !
- Voyez-vous, affirmait-elle de son ton autoritaire, décisif, je ne suis pas de celles qui se laissent mener par la peur d’un jugement à venir… Si Dieu est, il doit être bon et faire la vie bonne à vivre. Les maladies, les misères, les catastrophes, quelles preuves meilleures voulez-vous pour bien prouver qu’il n’existe pas, le bon Dieu… !
Elle riait, insouciante, heureuse.
Puis, d’un air convaincu, elle ajoutait :
- Mais la vie active, intelligente, pratique, avec un but à atteindre, un nom à conquérir, un résultat à obtenir, la vraie vie en un mot, celle qui se voit, se sent, se palpe, la seule digne de ce nom, à la bonne heure !
Voilà la bonne, saine raison et toute l’explication… de tous les mystères de l’invisible.
Ainsi, la famille d’André, toute de nerfs vibrants, d’intellectualité raffinée, se prosternait-elle servilement devant la merveilleuse machine humaine qui disait " papa, maman," ouvrait et fermait les yeux se mouvait en tout sens, perçait des tunnels sous la terre et sous les mers, naviguait dans les airs, mais l’âme ? !
" Pourquoi faire ? …. Disaient-ils.
" N’avons-nous pas tout un monde à explorer ? Les aspirations esthétiques, une faim et une soif d’ordre supérieur et qui jamais ne parviendront à être satisfaites… et c’est bien ici le charme de la vie.
Dans les arts, les sciences, toujours aspirer à plus et à mieux, c’est-à-dire à l’action, la joie sans trêve ni repos, toujours tendre vers la jouissance, réaliser le rêve, l’extase et toucher la récompense dues aux énergies inlassables.
Mais l’âme ? !
Balast inutile que la science jette par-dessus bord, encombrant de sentimentalités inexplicables, entortillé dans le mystère et qui laisse la porte grande ouverte à toute les superstitions…
Telles les pages de la Bible, recueil fameux de légendes hébraïques et dont la poésie mystérieuse confine souvent à l’incohérence…
Enfin, le Christ, un visionnaire, ne peut plus guère lutter avec les maîtres de la pensée moderne et la logique… irréfutable d’un Jarastousta !
Le Christ, en notre temps, ne pourrait encore à la rigueur, en imposer qu’aux esprits aisément satisfaits, aux exaltés dominés par un sentiment religieux maladif. "
Tel fut l’éducation archi-élégante d’André.
Avide de savoir, il se plongeait dans les gros bouquins, interrogeait, fouillait, piochait, critiquait, dénigrait, mal content des affirmations, en colère devant les négations, aspirant à quelque découverte inattendue, surprenante, qui expliquerait tout l’inexplicable et comblerait toutes les lacunes.
Grisé d’aspirations non équilibrées, fatalement prisonnier dans un monde qu’il trouvait trop étroit, victime de l’humaine impuissance, assoiffé d’une liberté sans freins ni limites, André Sanarsky sentait au cœur un froid intense que ne parvenaient à satisfaire ni les affections familiales, ni les amitiés des camarades dont il était l’idole.
Rien ne le satisfaisait ; rien ne parvenait à combler le vide immense qui l’attirait comme une griffe de fer, le courbait vers la terre, l’entrainait vers un abîme…
Les jeunes camarades de sa classe dont il était le premier, disaient de lui avec certitude :
" André Sanarsky ira bien et ira loin. "
Hélas ! André s’arrêta dès l’entrée de la route, broyé par la mystérieuse influence qui du fond des ténèbres inconnues à la science humaine, guette les isolés, les solitaires de la conscience, du sentiment, et dont le " moi " est le centre suprême.
Par une triste et désespérante journée, André découvrit que la vie, bornée, limitée, l’ennuyait profondément… la monotonie des gestes, des impressions journalières lui donnait la nostalgie de quelque émotion inattendue…
Il rêva de quelque harmonie exquise, surhumaine, par-delà le possible, là où s’ouvre une vie plus vaste dans le grand mystère…
Glacé par la réalité banale dont il n’a pu saisir le " pourquoi " profond et aussi grandiose que le " parce que " détenu dans une Main toute puissante, jetant le défi à la raison, au cœur humain, il s’en est allé en plein désarroi, au loin, tout au fond, pour ne plus jamais revenir essuyer les larmes d’une mère désespérée.
Autour du cercueil, les cierges funèbres jettent leur pâle lueur.
Une religieuse murmure au-dessus d’un livre à reliure ancienne, une lecture inintelligible.
Des amis entrent attristés, s’inclinent profondément, quelques-uns s’agenouillent, puis déposent le baiser d’adieu sur le front glacé cependant que les yeux s’attardent à contempler la beauté muette, immobile pour toujours, grave, beauté vraiment surhumaine qui semble être le pâle reflet de la beauté de l’Inconnu…
La mère, agenouillé, sanglote, tend ses mains jointes vers le corps inanimé et murmure, affolée, éperdue, inconsciente : Mon Dieu, mon Dieu ! …
Dmitry MAKEDONSKY
P. S. : Le récit est authentique et le drame tout récent (23 mars 1909)
Aux jeunes gens
C’est Napoléon qui a dit : " Dans toute bataille, il y a dix minutes desquelles dépend la destinée de la nation. "
De même, au cours de la jeunesse, il arrive un moment critique où, le plus souvent, se détermine le bonheur ou le malheur de toute la vie.
Ce moment critique, c’est celui où le jeune homme est mis par les circonstances en demeure de prendre une décision définitive, celui où, placé en face des grandes alternatives morales, il doit choisir entre l’honneur et la honte, entre la pureté et la passion, entre l’égoïsme et la bonté.
L’obligation de quitter le foyer paternel pour entrer à l’atelier ou au bureau, la mort soudaine du chef de famille, ou même simplement une tentation forte, un appel direct à la conscience sont autant de causes possibles de crise spirituelle, exigeant de notre part une résolution immédiate.
L’éternel conflit des droits et des devoirs devient alors quelque chose de précis, de personnel et de pressant.
Il existait auparavant, ce conflit ; il était autour de nous ; mais maintenant il est en nous, nous le voyons, nous nous en rendons compte ; il nous faut prendre parti, et nous ne pouvons nous soustraire à la responsabilité d’un choix gros de conséquences.
Notre avenir présent et éternel dépend, en effet, de notre attitude, de la réponse de notre volonté.
C’est le pas décisif ; car s’il est vrai qu’il n’y a que le premier pas qui coûte, ce premier pas déterminera vraisemblablement la direction de tout le voyage : c’est notre existence même qui est en jeu.
Deux portes s’ouvrent devant toi, jeune homme !
Par laquelle vas-tu entrer dans cette vie de responsabilités, qui sera désormais la tienne ? Arrête-toi et regarde !
L’une de ces portes est belle et spacieuse. Elle donne sur une délicieuse allée plantée d’arbres et bordée de riches parterres de fleurs.
Comme elle attire, cette route ! Elle descend si agréablement ! Il ne faut pas s’étonner si une foule innombrable s’engouffre sous la porte large.
Et quels rires ! Quels joyeux propos ! Ah ! penseras-tu peut-être, voici certainement la route du bonheur !
L’autre porte est basse et étroite.
Elle donne sur un chemin rocailleux, bordé de précipices.
Il faut avoir l’âme bien trempée pour s’y engager, car le sentier monte droit, escarpé, terrible.
L’ascension s’annonce d’autant plus périlleuse que la région à parcourir est déserte et le sentier peu fréquenté.
Combien rares, en effet, seraient les compagnons de route de celui qui y risquerait ses pas !
Où chercher du secours en cas d’alerte ? Que de dangers, que de fatigues, que de sueurs, que de larmes en perspective.
Ah ! t’écris-tu déjà, c’est sûrement là le chemin du malheur !
Jeune homme, tu as mal regardé.
Cette route spacieuse, elle descend, et là, dans le bas, après ce tournant que les arbres et les fleurs te cachent, le sol devient marécageux.
La route se perd dans les sables mouvants. Puis, c’est le désert à perte de vue.
Car ces rires fous, ces propos bruyants que tu as remarqués, ce ne sont pas des indices de joie, mais des symptômes de fièvre.
C’est la pente qui les entraine inexorablement.
Que dirons-nous pour conclure ce propos de Napoléon ?
Il vaut bien mieux écouter la Parole du Fils de Dieu : " Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là, mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent " (Evangile de Matthieu, chapitre 7, versets 13 et 14).
Trois tentations du jeune homme
L’intempérance, l’impureté, le jeu
L’intempérance
Comme les crânes qu’un sauvage porte à sa ceinture ou dont il décore la cour de son palais pour dire au voyageur à quel vaillant guerrier tel et tel crâne appartenait, jusqu’à ce que lui, le grand chef, l’ait abattu de sa flèche ou de sa hache… de même, de tous les péchés, l’intempérance est celui qui peut se vanter d’avoir fait le plus de sinistres trophées.
Sans parler de ceux qui ne sont que blessés, on peut trouver, dans le nombre, des victimes mortellement atteintes, des hommes de toutes classes de la société, depuis l’ouvrier et l’homme des champs jusqu’à l’artiste, au poète, au philosophe, à l’avocat, au diplomate, au savant.
Ces hommes qui détruisent leur corps et leur âme par l’intempérance se suicident aussi catégoriquement que s’ils s’empoisonnaient ou se pendaient.
L’alcool transforme les meilleurs sentiments en vices immondes.
Il fait de l’homme intelligent un idiot, de l’homme vif un assassin.
Il tire la haine d’une simple antipathie, il rend vaniteux, méfiant, rampant.
Il atrophie la volonté et mine les affections naturelles.
" Enfin ", a dit Chrysostome, " l’intempérance est une hydre à cent têtes. Elle ne se promène jamais sans son cortège habituel : l’impureté, la colère, et les plus infâmes débordements. "
L’impureté
Notre génération est tellement habituée au vice et tellement lâche, que certains jeunes hommes qui, cependant, ont une vie correcte, supportent mal la plaisanterie que leur attire leur conduite pure selon le monde.
Et cette raison est souvent la seule qui les fasse se détourner du droit chemin.
Ils veulent avoir l’air de ne point s’effaroucher de l’histoire corsée, de la plaisanterie obscène, du mot grossier, de la conversation qui tend à avilir la femme, pour passer pour des jeunes gens " dégourdis " qui ont vu le monde et qui connaissent la vie.
Rien n’est plus triste que cette caractéristique de notre époque.
Car la pureté ne consiste pas seulement à s’abstenir d’actes immoraux mais à rejeter toute impureté, même en pensée.
C’est cette délicatesse si sensible et si vive que même l’idée du mal donne le dégoût.
C’est une vertu qui réside à l’intérieur, qui se fait la gardienne du cœur et veille sur lui comme une citadelle et un sanctuaire inviolables, dans lesquels une imagination contaminée ne peut pas se développer.
L’impureté, au contraire, pénètre et dégrade l’être tout entier.
Elle " brûle la chandelle par les deux bouts. "
Elle dépense le capital et les intérêts en plaisirs onéreux.
Car le jeune homme vicieux n’épuise pas seulement sa force quotidienne, mais il livre à l’avance l’avenir de sa santé, de sorte qu’à l’âge où les autres sont encore vigoureux, il aura atteint une vieillesse prématurée.
Faites attention de ne pas brûler la chandelle par les deux bouts.
Elle brûle assez vite d’un seul côté, car notre provision de forces physiques est encore bien limitée.
Le jeu
Le jeu de hasard est un vol tout comme le duel est un meurtre.
Dans les deux cas, la victime a risqué la chance d’être victorieuse et l’a perdue.
Dans le jeu, on peut classer depuis le simple jeu de cartes, les loteries, les tirages à lots, les courses, les spéculations, jusqu’aux petits chevaux et la roulette.
Quand on gagne, par le hasard, ce qu’on n’a pas payé d’une façon ou d’une autre, on le gagne d’une façon immorale, en d’autres mots, on le vole.
Le joueur va, non seulement vers sa propre ruine, mais vers celle de sa famille. Il compromet sa position et sa réputation.
Tout cela pour une chimère.
On raconte que lorsque la maison de l’Inquisition à Madrid, fut détruite sur l’ordre de Napoléon, l’officier commandant des troupes trouva la reproduction en marbre d’une vierge admirablement belle.
Le travail était parfait, les proportions idéales, les traits finement ciselés.
Cette vierge était un instrument de torture.
Le martyr devait s’élever jusqu’à elle et l’étreindre dans ses bras.
A mesure qu’il plaçait ses lèvres sur les lèvres en marbre, un ressort se soulevait, une machine intérieure était mise en mouvement et les bras de la vierge, faits de poignards aigus, s’étendaient pour encercler la pauvre victime, pénétraient ses chairs, la broyaient, la trituraient et la tuaient.
Le jeu est cette image.
Il parait attrayant de loin, mais il est armé de poignards qui tuent non seulement le corps mais l’âme. Jugez la maison de jeu comme la porte du Sépulcre. Jugez le joueur lui-même. Il vous entrainerait. Le poison est dans son cœur et le mensonge sur ses lèvres. Il veut votre perte.
Entre jeunes gens
Le jeune homme dont on a besoin
Une des plus belles qualités qu’un homme puisse avoir est celle de faire ce qui doit être fait sans qu’on le lui dise.
On a besoin de ces jeunes gens-là partout.
Un outil est resté au jardin, un barreau s’est arraché de la barrière, une vitre manque à la fenêtre.
Le jeune homme qui répare tout cela parce que cela doit être fait et sans attendre des directions spéciales est le jeune homme qui, toutes choses égales, trouvera son chemin facilement, une fois lancé dans la vie.
C’est l’habitude d’observation des petites choses, de voir ce qu’il y a à faire et de le faire qui fait les hommes utiles.
Il y aura toujours pour eux un appel à " monter plus haut " un moment ou l’autre.
Dans un sens, c’est une chose peu importante d’accomplir ces petites choses sans ordres précis, mais c’est cependant cela qui fait les grands capitaines, les grands ingénieurs, les grands artistes, les grands architectes, les grands travailleurs dans n’importe quel domaine.
C’est aussi l’absence de cette qualité qui fait les hommes ordinaires et médiocres, ceux qui devront être toujours dépendants des autres, ceux qui ne font rien à moins qu’on leur dise : " faites-le. "
Un naufrage
Un jeune homme entra dans un bar et demanda une consommation.
- Non, dit le propriétaire, vous avez déjà trop bu. Vous avez eu le délirium tremens une fois et je ne peux plus rien vous vendre.
Il se tourna alors vers deux jeunes gens qui entraient et les servit avec la plus grande politesse.
L’autre restait-là, silencieux, abattu.
Quand ils eurent fini, le premier s’avança de nouveau vers le propriétaire et lui dit :
- Il y a six ans, à leur âge, je me tenais à la place où sont ces jeunes gens, maintenant.
J’avais un bel avenir devant moi.
Aujourd’hui, à vingt-huit ans, je suis une ruine, corps et âme. Vous m’avez conduit à boire.
C’est dans cette salle que ma ruine a été commencée et consommée.
Vendez-moi encore quelques verres et votre œuvre sera complète.
J’aurai, d’ailleurs, bientôt disparu, car il n’y a plus d’espoir pour moi.
Ceux-là peuvent être sauvés, ils peuvent redevenir des hommes.
Ne les poussez pas plus loin. A moi, vendez encore un verre et laissez-moi mourir ; le monde sera débarrassé de ma personne.
Mais pour l’amour du ciel, ne leur donnez plus rien à eux ! …
. Le cabaretier écoutait, pâle, tremblant, terrifié.
Posant sa bouteille sur le comptoir, il s’écria :
- Que Dieu me soit en aide ! J’ai vendu ma dernière goutte !
Et il tint parole.
Un coeur pur
" O Dieu, crée en moi un cœur pur " (Psaume, 51, verset 12).
Comme chrétien, déclarons nettement la guerre à toute impureté, quelle vienne de l’imagination ou des sens ; elle est, en effet, la grande ennemie de l’âme.
Elle nous précipite au plus profond du ruisseau et nous empêche d’apercevoir et de saluer joyeusement le ciel bleu.
Jeune homme, jeune fille, marchez dans la pureté ; parents, aidez vos enfants à vivre d’une vie pure.
Tout ce qui est impur affaiblit, trouble, enlaidit, vieillit.
Soyez de ceux qui gardent longtemps dans la pureté ; ces deux signes jumeaux de paix et de bonheur : Jeunesse de visage et jeunesse de cœur.
Quant à vous, amis, que la souillure a ternis, qu’allez-vous faire ?
Oh ! Je sais, vous vous sentez au fond de l’abîme, vous répétez avec le poète, en pensant à votre âme souillée : La mer y passerait sans laver la souillure.
Mais, il est une mer dont un simple filet d’eau suffit à laver ton âme, à la purifier de toute souillure…
Cette eau, tu la connais, c’est cette eau vive, pure, oh ! de quelle pureté ! qui procède de Christ, de sa Croix, de sa Rédemption.
Baigne-toi dans cette eau, que l’Esprit de la Pentecôte te pénètre jusqu’à ce que tout désir mauvais soit chassé et emporté au loin.
Puis, va, prudent.
Le grand prédicateur chrétien Whitefield avait été lavé en Christ de l’impureté de sa jeunesse ; mais il disait un jour : " Je suis un tison arraché du feu. Il ne faut pas approcher les tisons trop près de la flamme, car ils se rallument facilement. "
Sois donc prudent, et ferme. Evite doublement, désormais, les tentations.
Henri SOULIE
L’expression du visage
Etudiez le visage des gens dans une foule…
Quelle variété de types et qu’elle est variée aussi, l’histoire écrite sur ces visages !
Il y a là de la comédie, de la tragédie, et de la simple bestialité.
Ici et là seulement, un visage pur avec l’auréole de la paix.
Combien peu de jeunes gens réfléchissent qu’ils écrivent leur biographie sur leur visage !
Vous croyez cacher vos actions derrière un écran et sous le couvert de la nuit ? ...
Ah ! non, jeune homme ! Vous les montrez, et vous trahissez même vos pensées, par les traits de votre physionomie.
C’est écrit là en caractères que tout le monde peut lire.
Je me souviens d’avoir vu un homme presqu’à cheveux blancs, bien habillé, mais avec un visage dont le feu semblait pouvoir allumer une allumette, et sur chaque trait duquel se lisait la victoire des appétits de la chair, la suprématie des plus viles passions.
Croit-il que le secret de sa vie n’est connu que de lui-même et de quelques intimes ?
Hélas ! il est écrit en lettres de feu sur sa physionomie.
Apprenez de bonne heure, mes jeunes amis, que rien n’embellit le visage comme les pensées pures, un idéal élevé, les actions nobles et désintéressées.
Commencez maintenant à vous préparer une belle vieillesse.
Lèvres pures
Un auteur distingué dit :
Quand j’étais encore enfant, je pris la résolution de ne jamais me servir d’un seul mot que je ne puisse prononcer devant ma mère.
Il tint sa résolution et devint un homme honoré, à l’esprit noble et pur. Sa règle de conduite et son exemple sont dignes de l’imitation de tout jeune homme.
Les jeunes gens apprennent terriblement vite un genre de mots et d’expressions vulgaires et bas qu’on n’entend jamais dans les cercles bien élevés.
Nous ne parlons pas ici des filles… on ne peut s’imaginer une jeune fille de bonne éducation employant des mots qu’elle n’oserait prononcer devant son père, sa mère, son institutrice ou une amie qu’elle estime.
Cette vulgarité d’expression parait intelligente à quelques jeunes gens : c’est être dans le courant et ce n’est pas si mal que je jurer, pensent-ils.
Mais c’est une habitude qui conduit à profaner les choses sacrées et qui remplit l’esprit de pensées mauvaises, et à préparer la voie à une foule de grossiers et terribles péchés qui corrompent la société de nos jours.
La visite de Madame Fortune
Un jour, Madame Fortune vint heurter à la porte de Mademoiselle Paresse.
Celle-ci se chauffait les pieds devant le feu en disant : " Ah ! quel ennui d’aller répondre !
Qu’on heurte une seconde fois si l’on veut que j’aille ouvrir ! "
Mais on ne heurta plus, Madame Fortune était allée chez le voisin.
Monsieur Laborieux était justement en train de réparer son plancher qui était gâté quand Madame Fortune heurta.
Il lui tendit la main et la fit entrer.
Dès lors, Mademoiselle Paresse ne cessa de se plaindre de ce que Madame Fortune ne vient jamais chez elle, oubliant qu’elle a négligé d’aller répondre quand la belle visiteuse a heurté à sa porte.
Morale : Si vous êtes paresseux, ne vous attendez pas à ce que la fortune vous sourie.
Personne au monde, ni médecin, ni avocat, ni officier, ni maîtresse de maison ne fait sa volonté ; tous, nous sommes domestiques de quelqu’un.
En tout cas, serviteurs de nos devoirs – de notre devoir.
L.
Vies mal employées
Récemment, mourait un millionnaire…
Peu avant sa fin, il exprima les remords de sa conscience pour sa vie mal employée.
- Oh ! disait-il, si je pouvais seulement recommencer !
Si je pouvais seulement vivre encore quelques années !
Pour cela, je donnerais la fortune que j’ai mis toute ma vie à amasser.
C’est l’existence consacrée à gagner de l’argent que je regrette.
C’est ce qui m’écrase et me fait désespérer de la vie à venir.
Les richesses n’ont été qu’un piège pour mon âme.
Je les donnerais joyeusement pour un mot d’espérance quant à mon salut éternel.
Quelle plainte pathétique !
Et qu’elle est caractéristique de notre époque et de notre génération qui courent après le plaisir et l’argent !
Toutes les énergies, tout le temps, tous les talents sont consacrés au service de ces dieux trompeurs et passagers.
C’est quand il est trop tard que les yeux s’ouvrent, que l’on reconnait son erreur et que l’on gémit sur l’irréparable passé.
Ces réflexions sont surtout utiles aux jeunes gens, à ceux pour lesquels il n’est pas trop tard, qui ont devant eux une route encore nette à parcourir.
Oh ! qu’ils écoutent la plainte douloureuse du millionnaire mourant : " Si je pouvais seulement recommencer ! "
Commencez donc bien, jeunes hommes, donnez à votre jeunesse le but suprême : le Christ et son glorieux service.
Et sur le seuil du tombeau, vous ne pleurerez pas, vous chanterez l’hymne de la victoire par Celui qui vous a aimés.
Y-a-t-il quelque chose de plus radieusement beau qu’une jeunesse mise résolument au service du divin Maître ?
Le grand besoin de notre époque, c’est de regarder en haut ! " Encore plus haut " est l’appel de Dieu à tous.
Un caractère est comme un tableau encore non terminé sur le chevalet.
Il faut laisser le Maître y ajouter jour après jour, son divin coup de pinceau.
Notre but ainsi sera atteint.
Encore plus haut, jusqu’à ce que le sommet soit atteint, à l’heure où nous nous tiendrons devant Lui, pour recevoir ce témoignage : Cela va bien.
L’influence d'un homme
Un jeune noble anglais se trouvait un jour, pour la première fois, dans un village de Cornouailles.
Le temps était très chaud et l’humeur de monsieur n’était point patiente.
La soif le dévorait et comme il parcourait à cheval les rues du village, pour chercher un cabaret, il rencontra un paysan.
- Eh ! dites-donc, l’ami, fit-il énervé, comment se fait-il qu’il n’y ait pas moyen d’avoir un verre de liqueur dans ce misérable village ?
Le vieillard, reconnaissant un homme de haut rang, leva son bonnet, salua avec respect et répondit, non cependant sans un éclair de fierté dans ses prunelles ternies :
- Milord, c’est qu’il y a plus de cent ans, un homme qui s’appelait John Wesley a habité ce village pendant quelques temps.
Et sans autre explication, le vieux paysan continua son chemin.
Il serait intéressant de savoir ce que pensait le jeune noble en poursuivant la route, toujours altéré.
Mais quel témoignage rendu à l’influence d’un homme, cent ans après lui !
Pendant plus d’un siècle, la parole qu’il avait semée pour son Maître avait préservé ce village de la malédiction des cabarets !
Quel plus noble monument pourrait désirer un homme qui a vécu pour Dieu et pour son prochain ?
Un petit mot d'encouragement
Avez-vous un ami au loin et apprenez-vous qu’il est triste, ou découragé, ou souffrant ?
Ecrivez-lui un petit mot d’encouragement.
Cela lui apportera peut-être juste la somme d’espoir et d’énergie qui lui est nécessaire.
En tout cas, cette preuve de sympathie lui fera un bien immense.
Un monsieur rencontra un jour une dame de sa connaissance dont le mari était très dangereusement malade dans une clinique.
Elle était là, dans le salon d’attente, le cœur déchiré d’angoisse.
- Je regrette tellement, dit l’ami, qu’il m’ait été impossible d’aller vous voir tout ce temps-là.
- Mais, répliqua la dame en souriant avec gratitude. Vous m’avez écrit deux fois et vous ne pouvez vous imaginer combien j’ai apprécié votre attention.
Prenez un instant… et écrivez un mot d’encouragement.
Evitez les phrases mélancoliques. Que votre lettre soit un rayon brillant et réchauffant.
Que votre ami sente un autre cœur souffrir avec lui mais surtout un cœur désireux de lui apporter par contact affectueux, l’espoir et le courage.
Et vous verrez que cette action, si petite en elle-même, ne sera pas sans résultats.
Recette pour être malheureux
Si vous voulez être malheureux, pensez à vous-même, à tout ce que vous aimeriez et que vous ne pouvez pas vous procurer, à tout ce dont vous avez besoin et que vous n’avez pas, au respect dont les gens devraient vous entourer et qu’ils ne vous témoignent pas.
Gâtez tout ce que vous touchez par vos sentiments de mécontentement.
Pratiquez l’envie et la jalousie.
Méfiez-vous de tout le monde et n’aimez personne.
Et vous serez aussi malheureux qu’on peut réussir à l’être en y mettant le temps et la peine.
N’avez-vous pas entendu dire de tel ou tel :
" Il brûle la chandelle par les deux bouts. "
Cela voulait dire qu’il dépensait son capital avec les intérêts dans tous les domaines.
Le jeune homme du monde épuise, en effet, non seulement sa force quotidienne, mais encore il emprunte sur le capital de réserves physiques de l’avenir.
Dans quelques années, il sera vieux avant le temps.
Gardez-vous de brûler la chandelle par les deux bouts.
Elle brûle bien assez vite par un seul bout, car nos forces vitales sont vite épuisées.
En Grèce, on célébrait, tous les cinq ans, de grands jeux en l’honneur de Jupiter.
De partout, des foules de spectateurs accouraient pour en être témoins, car les jeunes Grecs de concouraient la plus haute noblesse v dans le champ de courses.
Une tribune était érigée à une des extrémités et là, des juges s’asseyaient.
Ceux-ci étaient des hommes qui avaient eux-mêmes, conquis, autrefois, les honneurs olympiques.
Les vainqueurs du matin ne recevaient leurs prix que le soir, mais après leur long effort se joignaient à la foule des spectateurs pour regarder ceux qui poursuivaient le même but qu’eux avaient atteint quelques heures auparavant.
Il en est ainsi des hommes de Dieu qui ont atteint l’âge mûr et qui suivent avec anxiété et intérêt les jeunes qui viennent d’entrer dans l’arène.
La génération actuelle nous donne des inquiétudes justifiées.
Elle témoigne d’un esprit vacillant et superficiel.
Le but à atteindre lui semble indifférent.
Jeunes hommes, éveillez-vous et regardez.
Le prix à conquérir est devant vous.
Ne désappointez pas les vétérans qui vous ont devancés.
SPURGEON
La jeunesse est le printemps de la vie.
C’est le printemps qui décide de la gloire de l’été, de l’abondance de l’automne, des provisions pour l’hiver. C’est le matin de la vie.
Et si le soleil de justice ne dissipe pas les brumes et les brouillards avant midi, le jour entier sera sombre et triste.
C’est le temps des semailles et ce qu’un homme sème il le moissonne.
Chacune de nos actions, à cette époque de la vie, a donc une importance énorme.
Jeunes gens, soyez forts
La voix de l’orateur se tut.
Un tonnerre d’applaudissements éclata dans la salle.
Les jeunes gens quittèrent à la hâte leurs sièges pour se diriger vers l’estrade afin de féliciter le conférencier.
Daniel Ménard profita de ce moment de confusion pour sortir inaperçu.
Arrivé dans la rue, il aspira avec force l’air pur du soir et, d’un pas rapide, prit le chemin de son logement.
Il avait hâte de se trouver seul, loin des lumières et du bruit, seul avec ses pensées.
Son modeste appartement se trouvait au deuxième étage d’une maison bien tranquille, dans un quartier peu fréquenté.
Tout y était d’une propreté méticuleuse.
Il alluma le bec de gaz, et, sans même quitter son chapeau, se laissa tomber sur la chaise devant sa table à écrire ; des journaux, des papiers et des livres y étaient rangés avec ordre.
Bien en évidence sur un gros dictionnaire, un billet ouvert, un billet au papier crème, discrètement parfumé et couvert d’une élégante écriture.
Il étendit la main, le saisit, et bien qu’il en sût par cœur le contenu, il se mit à le relire ; puis, le reposant brusquement sur la table, il murmura : " Je ne puis pas y renoncer ".
Un profond soupir, presque un sanglot, s’échappa de ses lèvres.
Jeunes gens, soyez fort !
Daniel tressaillit. Les mots du conférencier lui étaient revenus si fortement à la mémoire qu’il avait cru les entendre prononcer.
Il se leva et marcha de long en large dans l’étroite pièce.
D’un geste brusque, il envoya, lui si soigneux d’ordinaire, rouler son chapeau dans un coin.
Sa tête était en feu.
" Ne soyez pas des indécis, hésitant entre le bien et le mal ; n’essayez pas d’étouffer la voix de votre conscience en vous disant que vous ne pouvez faire autrement. Soyez forts ! Faites ce qui est droit et juste, faites-le à tout prix, même si vous devez renoncer à votre position, à ce que vous croyez être votre bonheur. Luttez pour remporter la victoire qui seule vous donnera la vraie joie. "
Comme les paroles entendues dans la salle de l’Union chrétienne lui revenaient avec clarté à l’esprit :
" Une hésitation amène une défaite et celle-ci une série de défaites. Examinez la situation en face, entrez en lutte avec toute l’énergie que vous possédez et avec l’aide de Dieu vous serez victorieux. "
Il y avait bientôt six ans que Daniel était venu à la ville.
Orphelin, il avait été élevé à la campagne par un oncle qui ne lui témoignait aucune affection, aucun intérêt.
Le jeune garçon, laissé à lui-même, aurait pu devenir un mauvais garnement comme bien d’autres au village, s’il n’eût possédé une vraie providence dans une ancienne amie de sa mère.
Veuve d’un fonctionnaire, elle et sa fille Germaine vivaient d’une petite pension, qui bien que modeste, leur suffisait amplement, leurs besoins étant peu nombreux.
Mme Romain s’était intéressée au pauvre enfant délaissé, lui avait donné des leçons, avait surveillé ses devoirs, s’était réjouie de ses bonnes notes et avait surtout essayé de l’attirer vers Dieu.
Cette influence si heureuse laissa une profonde empreinte dans l’esprit et le cœur du jeune garçon.
Elevé pour ainsi dire côte à côte avec Germaine, il ne put s’empêcher de remarquer les nombreuses qualités de la jeune fille, son aimable caractère, et petit à petit cette admiration se changea en amour.
Quand, bien décidé à voler de ses propres ailes, il quitta le toit peu hospitalier de son parent, il obtint de la veuve la promesse que, s’il continuait à être un vrai chrétien et dès qu’il serait en position de se mettre en ménage, elle lui confierait sa fille bien-aimée.
Il était parti plein d’espoir, soutenu par la pensée que les deux femmes le suivraient dans ses luttes, qu’elles prieraient pour lui.
Après avoir fait son service militaire, il était entré dans une importante maison de commerce, où son sérieux, sa probité, sa bonne volonté le firent remarquer.
Il était monté de grade en grade mais lentement à son avis, et il lui semblait loin le jour où il pourrait enfin fonder un foyer.
Cependant, à l’occasion d’une affaire embrouillée, il avait montré tant de tact et de savoir-faire, que le patron sembla tout à coup le prendre en amitié ; il l’invita même à venir chez lui, le présenta à sa femme et à sa fille, et bientôt le jeune employé fut un des habitués de la villa des Glycines.
Comme il était réservé, poli et serviable, il était toujours bien accueilli et même désiré.
Au contact de gens supérieurs il s’affina, chercha à s’instruire, cultiva sa voix qui était juste et forte mais qu’il avait ignorée jusqu’au jour où Melle Jeanine, la fille de son patron, lui avait demandé de chanter avec elle.
Petit à petit, Daniel n’éprouva plus le même plaisir à penser au home qu’il devait préparer pour Germaine.
Il lui écrivait aussi régulièrement que par le passé mais ses lettres étaient plus courtes et parlaient plutôt de son travail, de ce qu’il avait vu ou lu que du futur.
D’ailleurs, son temps était bien pris par son travail, ses études et ses nombreuses visites aux Glycines où, pour une chose ou l’autre, on avait toujours besoin de lui.
Le matin même, il avait reçu une pressante invitation pour passer l’après-midi du dimanche à la villa où, écrivait Melle Jeanine, on avait absolument besoin de lui pour décider ce qu’on devait faire le lundi de Pâques.
Le patron lui avait encore dit avec un sourire amical : " N’oubliez pas que vous êtes attendu, demain, aux Glycines. "
Sans être fat, il comprenait que s’il le voulait, il pouvait, tout à coup, devenir de simple employé, associé.
On le lui avait laissé entendre et si Jeanine différait totalement de Germaine, elle n’en était pas moins une jeune fille accomplie.
Distinguée, instruite, musicienne, possédant cette aisance que donne la fortune et l’habitude de commander, elle paraissait aux yeux du jeune homme bien plus désirable que sa modeste amie d’enfance.
Il faut dire que le cadre y faisait beaucoup ; il avait toujours vu la fille de son patron mise avec un goût sûr et coûteux, se mouvant dans un intérieur somptueux où tout était fait pour le charmer et l’éblouir, lui habitué à la simplicité la plus grande.
Il s’était donc laissé vivre tranquillement, côtoyant le précipice, sans en voir le danger et tout à coup, ce soir, la voix de l’orateur a fait éclater la tempête dans son cœur assoupi.
Cet homme connaissait à fond le cœur humain et toutes les ruses de Satan ; aussi d’une voix forte, parfois mordante, portant son coup, il a dévoilé les faiblesses, les lâchetés commises par les jeunes gens de notre époque, sous le futile prétexte qu’ils ne peuvent pas faire autrement.
Daniel a été bouleversé ; il a beau faire, il ne parvient pas à se ressaisir.
Cette phrase : " Jeunes gens, soyez fort ! " lui martèle les tempes, il ne peut l’oublier, comme il va et vient avec agitation dans la pièce.
Germaine l’a accepté quand il n’était rien, n’avait rien ; elle a cru et croit en lui, l’attend avec patience ; l’abandonnera-t-il ?
" Après tout, murmure le tentateur, vous n’êtes pas officiellement fiancés, elle oubliera ; d’ailleurs, tu n’es pas en position de te marier pour vivre à ton aise. Veux-tu être dans la misère toute ta vie ? N’as-tu pas plus d’ambition que ça ?
Epouse Jeanine, elle t’aime, tu seras patron, lancé dans une société de gens bien élevés, intellectuels, ce que tu as désiré toute ta vie. "
A bout de forces, Daniel se laissa tomber à genoux, il voulait être fidèle à sa fiancée, rester un disciple de Christ, être loyal et fort.
Avec des soupirs et des larmes, il fit monter vers Dieu d’ardentes supplications et quand, enfin, il se releva, le corps brisé par l’angoisse et la fatigue, sur son visage pâli par la souffrance, brillait une paix que le monde ne peut donner, qu’il ne connait pas.
Daniel était un fort !
Inès SOITBONS