Livrets 21-40
Nous construisîmes, il y a quelques années, un lieu de culte, et nous désirions fort y enseigner l’amour de Dieu.
Si nos paroles n’y suffisent pas, employons le feu, pensâmes-nous et au-dessus de la chaire, nous traçâmes en lettres " de flamme " cette inscription : Dieu est amour.
Un soir, un passant, en jetant un regard distrait à travers la porte ouverte, vit, tout au fond de la salle, briller cette glorieuse parole.
C’était un enfant prodigue.
En continuant son chemin, il se disait : " Dieu est amour !" non pas pour moi ; Il ne m’aime pas, car je suis un misérable. "
Il essaya de se débarrasser de ces trois mots importuns, mais il les voyait toujours flamboyer devant lui.
Il continua sa route, puis se retourna, revint en arrière et entra dans la réunion.
Il n’entendit pas le discours ; mais ce texte en traits de feu s’était gravé dans son cœur, et c’en fut assez.
Peu importe ce que disent les prédicateurs, si seulement la Parole de Dieu s’ouvre un chemin jusqu’à la conscience des pécheurs.
Il resta après la réunion, et je le trouvai assis-là, pleurant comme un enfant.
Tandis que je lui ouvrais les Ecritures, en lui disant comment Dieu l’avait toujours aimé, quoiqu’il se fût égaré si loin, et comment Il s’apprêtait à le recevoir et à lui pardonner, la lumière de l’Evangile apparut soudain, et il s’en alla plein de joie.
Il n’y a rien au monde que l’on estime davantage que l’amour.
Le plus malheureux des hommes serait celui qui ne serait aimé de personne.
Bien des suicides n’ont pas d’autre cause : le malheureux se voit isolé, dédaigné, sans ami ; cela suffit, il préfère mourir que de vivre ainsi plus longtemps.
Il n’y a pas dans toute la Bible une seule vérité qui doive agir sur nous avec plus de puissance et de tendresse que la doctrine de l’amour de Dieu ; il n’y a en a pas non plus que Satan s’efforce davantage de nous faire ignorer.
Depuis plus de six mille ans, tous ses efforts tendent à persuader aux hommes que Dieu ne les aime pas. Il réussit avec nos premiers parents, il réussit trop souvent avec leurs descendants.
L’idée que Dieu ne nous aime pas naît d’une fausse éducation. Les mères se trompent en disant à leurs enfants que Dieu ne les aime que quand ils sont sages.
Cela n’est pas enseigné dans l’Ecriture.
Vous ne dites pas à vos enfants que vous les détestez quand ils font mal.
Leurs fautes ne changent pas votre amour en haine, s’il en était ainsi, vous les haïriez, plus que vous ne les aimeriez.
Vous ne rejetez pas votre enfant comme s’il ne vous appartenait plus à cause de quelque désobéissance ; non !
Il est toujours à vous et vous l’aimez quand même.
Si les hommes se sont perdus loin de Dieu, il ne s’ensuit pas que Dieu les haïsse, il ne hait que le péché.
Je crois que beaucoup de gens s’imaginent que Dieu ne les aime pas, parce qu’ils le toisent à leur propre mesure et le réduisent à leur niveau.
Nous aimons nos semblables tant qu’ils se montrent dignes de notre affection ; sinon nous les mettons de côté.
Il n’en est pas de même pour Dieu. Il y a un abîme entre l’amour humain et l’amour divin.
Dans l’Epître aux Ephésiens 3 : 18, il est parlé de la largeur, de la longueur, de la profondeur et de la hauteur de l’amour de Dieu.
Beaucoup s’imaginent connaître quelque chose de cet amour ; mais dans plusieurs siècles d’ici nous confesserons que nous sommes encore bien ignorants sur ce sujet.
Christophe Colomb découvrit l’Amérique ; mais que savait-il de ses lacs, de ses grands fleuves, de ses immenses forêts, de la vallée du Mississipi ?
Il mourut sans savoir grand-chose de ce monde qu’il avait découvert.
Ainsi, beaucoup parmi nous ont découvert quelque chose de l’amour de Dieu ; mais sa hauteur, sa longueur, sa largeur leur sont encore inconnues.
Cet amour est un océan immense ; il faut s’y plonger tout entier pour en avoir même une faible idée.
On raconte que l’archevêque de Paris, attendant dans sa prison le moment d’être fusillé, vit dans sa cellule une fenêtre en forme de croix.
Au sommet de la croix, il écrivit : Hauteur, au bas : profondeur et à l’extrémité de chaque bras : longueur.
Si nous voulons connaître l’amour de Dieu, c’est au calvaire qu’il nous faut aller. Peut-on contempler ce spectacle et dire encore que Dieu ne nous aime pas ?
Cette croix est la plus éloquente proclamation de l’amour divin.
On n’a jamais vu un amour plus grand que celui qui nous parle de là.
Pourquoi Dieu a-t-il donné Jésus-Christ ?
Pourquoi Jésus est-il mort volontairement, si ce n’est par amour ?
" Personne n’a un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ".
Christ a donné la sienne pour ses ennemis.
Christ a donné sa vie pour ses meurtriers ; il l’a donnée pour ceux qui le haïssent ; ce qui descend de la croix, ce qui rayonne du Calvaire, c’est son amour.
Que dit-il quand ils se moquaient de Lui, quand ils l’insultaient ? " Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ! "
Voilà l’amour.
En étudiant la Bible, vous découvrirez que l’amour de Dieu est invariable.
Beaucoup vous ont aimé qui, peut-être, se sont refroidis à votre égard et vous ont même oublié : qui sait ?
Leur amour est peut-être devenu de la haine.
Il n’en est pas de même avec Dieu. Il nous est dit de Jésus, au moment où il se préparait à quitter ses disciples et à monter sur le Calvaire, que, " comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin " (Jean 13 : 1).
Il savait que l’un de ses disciples le trahirait ; pourtant, jusqu’à la fin, Il aima Judas.
Il savait qu’un autre de ses disciples le renierait et jurerait de ne pas le connaître, et pourtant il aima Pierre.
Ce fut l’amour de Christ pour Pierre qui brisa le cœur de celui-ci, et le ramena, repentant, aux pieds de son Maître.
Pendant trois ans, Jésus avait vécu avec ses disciples, essayant de leur enseigner son amour, non seulement par ses paroles, mais par ses œuvres.
La nuit qu’il fut trahi, il prit un bassin, se ceignit d’un linge et fit la fonction d’un esclave en lavant leurs pieds : Il voulait les convaincre de son immuable amour.
Le passage de l’Ecriture que je lis le plus souvent est le 14ème chapitre de Jean ; il n’en est point qui me soit plus précieux.
Je ne m’en lasse jamais. Ecoutez ce que dit le Seigneur, et comme il répand, pour ainsi dire, les trésors de son cœur devant ses disciples : " En ce jour-là, vous saurez que je suis en mon Père, et vous en Moi et Moi en vous. Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père " (Jean 14 : 20 et 21).
Représentez-vous cela : le grand Dieu, qui créa le ciel et la terre, vous aime et il m’aime aussi !
…. " Si quelqu’un m’aime, il gardera mes paroles ; et mon Père l’aimera ; et nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure chez lui " (Jean 5 : 23).
Plût à Dieu que nos pauvres esprits pussent saisir cette grande vérité !
Le Père et le Fils nous aiment tant que de consentir à demeurer avec nous, non pour une heure, ni pour un jour, mais pour jamais !
Il y a un autre passage, plus étonnant encore : c’est Jean 17 : 23 : " Moi, en eux, et Toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité ; et que le monde connaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés, comme tu m’as aimé. "
J’estime que c’est ici l’une des déclarations les plus remarquables qui soient jamais tombées des lèvres du Sauveur.
Il n’y avait aucun motif qui pût empêcher le Père de l’aimer.
Il fut obéissant jusqu’à la mort ; il ne transgressa jamais les lois divines et ne s’écarta pas d’une ligne du sentier de la sainteté.
Mais dans notre conduite quelle différence !
Pourtant, malgré nos révoltes, notre folie, il déclare que si nous nous confions en Christ, le Père nous aime comme il aime le Fils.
Merveilleux amour ! Amour sublime !
Que Dieu puisse nous aimer autant que son Fils, cela parait trop beau pour être vrai : c’est pourtant ce qu’enseigne Jésus-Christ.
Il est difficile de convaincre un pécheur de cet amour de Dieu pour lui.
Il ne sait pas faire la distinction entre le péché et le pécheur : le premier, Dieu le déteste, mais le second, Dieu l’aime. Il déteste le péché, parce que c’est là notre grand adversaire qui gâte et détruit notre vie.
L’amour de Dieu est non seulement invariable, mais encore immuable.
Dans Esaïe 49 : 15 et 16, nous lisons : " Une mère oublierait-elle l’enfant qu’elle allaite et n’aurait-elle point compassion du fils de ses entrailles ? Quand même elle l’oublierait, je ne t’oublierai pas, moi. Voici, je t’ai gravée sur les paumes de mes mains. "
L’amour le plus fort qui soit sur la terre, c’est certainement l’amour maternel.
Bien des choses peuvent intervenir entre deux époux et les séparer ; un père même peut tourner le dos à son enfant ; des frères et sœurs peuvent devenir étrangers et mêmes hostiles les uns aux autres ; mais l’amour d’une mère dure toujours.
Dans la bonne et la mauvaise réputation, sous le mépris du monde qu’elle partage avec son fils, la mère continue à l’aimer, elle espère toujours qu’il se repentira et reviendra au bon chemin.
Elle se souvient des sourires du nourrisson, des éclats joyeux de sa voix enfantine ; elle ne peut croire que son enfant soit absolument perdu.
La mort même ne peut éteindre l’amour d’une mère ; il est plus fort que la mort.
Voyez-la, veillant au chevet de son enfant malade.
Comme elle prendrait volontiers la maladie si elle pouvait l’ôter à son bien-aimé.
Pendant des semaines entières, elle veillera seule, et si elle ne peut le guérir, du moins elle ne permettra à nul autre de le soigner.
Mais laissez-moi vous dire que l’amour maternel lui-même ne peut donner une idée de la hauteur et de la profondeur de l’amour de Dieu.
Jamais une mère n’a aimé son enfant comme Dieu nous aime, vous et moi.
Pensez à l’amour qu’il lui a fallu pour donner son Fils au monde !
Autrefois, j’exaltais Christ au-dessus du Père.
Il me semblait que Dieu était un juge sévère et que Christ venait de se placer entre lui et moi, pour apaiser sa colère.
Mais après que je fus devenu père – pendant plusieurs années d’un fils unique – je pensais, en regardant mon fils, au Père qui voua le sien à la mort, et il me semblait alors qu’il avait fallu plus d’amour au Père pour donner son Fils, qu’à celui-ci pour subir la mort.
" Dieu a tellement aimé le monde, qu’Il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle " (Jean 3 : 16).
Je n’ai jamais pu prêcher sur ce texte.
Je l’ai parfois essayé ; mais il est si grand que je n’ai pu m’élever à sa hauteur ; je me contente de le citer et de passer outre.
Qui sondera la profondeur de cette parole : Dieu a tellement aimé le monde ?
Paul demandait à connaître la profondeur, la largeur et la longueur de l’amour de Dieu, mais c’était impossible. " Il surpasse toute intelligence " (Ephésiens 3 : 19).
Qu’est-ce qui ramena l’enfant prodigue ?
La pensée que son père l’aimait encore.
Supposez que la nouvelle lui fût parvenue qu’il était rejeté, que son père ne se souciait plus de lui, serait-il revenu ?
Jamais !
Chers amis, l’amour du Père doit nous ramener vers Lui.
La chute d’Adam servit à révéler l’amour de Dieu ; lorsqu’il eut péché, Dieu descendit moins encore pour le punir que pour préparer son salut.
Si quelqu’un est perdu, ce ne sera pas parce que Dieu ne l’aime point, mais parce qu’il aura résisté à l’amour de Dieu.
Qu’est-ce qui constituera la beauté du ciel ?
Les portes de perles, les rues pavées d’or ?
Non. Le ciel sera beau, parce que là nous verrons Celui qui nous a tant aimés qu’il a donné son Fils unique afin qu’Il mourût pour nous.
Qu’est-ce qui rend le chez-soi si attrayant ?
Est-ce le bel ameublement ?
Non, malgré leurs meubles somptueux, certaines maisons ne seront que des sépulcres blanchis.
Une mère était mourante, il fut nécessaire de lui ôter son enfant qui la troublait par son babil, ne pouvant comprendre la gravité de l’état dans lequel se trouvait sa mère.
Chaque soir, la petite s’endormait, dans les sanglots, chez les voisins hospitaliers qui l’avaient recueillie ; elle voulait retourner chez sa mère !
Mais la mère devint plus malade, elle mourut enfin, et l’on ne permit pas à l’enfant de la contempler une dernière fois, couchée dans sa bière.
Après l’enterrement, l’enfant ramenée chez elle, courut dans une chambre en criant : " Maman ! Maman ! "
Puis dans une autre, et ainsi dans toute la maison ; et quand la pauvre petite compris que sa mère n’était plus là, elle pleura pour être ramenée chez les voisins.
La maison pour elle, c’était sa mère.
Le ciel, pour nous, ce sera Christ.
J’imagine que beaucoup se disent en eux-mêmes : " Oui, sans doute, Dieu nous aime si nous l’aimons ; Dieu aime ceux qui sont purs et saints. "
" Laissez-moi vous répondre, mes amis, que Dieu aime non seulement les saints, mais encore les méchants : Dieu a fait éclater son amour envers nous, en ce que, lorsque nous n’étions que pécheurs, Christ est mort pour nous " (Romains 5 : 8).
Dieu l’a envoyé pour mourir à cause des péchés commis par le monde entier.
Vous appartenez au monde, vous avez donc part à cet amour, qui a été manifesté dans la croix du Christ.
Remarquez ce passage de l’Apocalypse auquel je pense souvent : " A celui qui nous a aimés et nous a lavés dans son sang " (Apocalypse 1 : 8).
Il semble que Dieu aurait dû nous laver d’abord et nous aimer ensuite.
Mais non, c’est l’amour qui est le premier.
Il y a huit ans, il y eut en Amérique une grande émotion au sujet d’un enfant, Charlie Ross, qui avait été volé.
Deux hommes, montés dans un cabriolet, passant un jour auprès de l’enfant et de son frère aîné, leur avaient demandé s’ils voulaient venir avec eux, pour avoir du sucre candi.
L’aîné refusa, mais le plus jeune partit dans leur voiture.
Depuis ce temps on a fouillé chaque Etat, chaque territoire de l’Amérique ; des agents ont parcouru la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne dans cette vaine recherche.
La mère n’a pas perdu courage ; elle espère encore revoir son cher Charlie.
Je ne me souviens pas d’avoir vu une telle émotion en Amérique, si ce n’est celle que produisit l’assassinat du président Garfield.
Eh bien, supposez que la mère de Charlie Ross soit présente dans une réunion, et tandis que l’orateur parle, qu’elle aperçoive dans l’auditoire son fils, son pauvre enfant perdu.
Supposez qu’elle le retrouve pauvre, sale, en haillons, sans souliers et sans habits, que fera-t-elle ?
Attendra-t-elle, pour le reconnaître, qu’il soit lavé et vêtu décemment ?
Non, elle s’élancera de l’estrade, courra vers lui et le prendra dans ses bras.
Après seulement elle s’occupera de le rendre présentable.
Il en est de même de Dieu : Il nous a aimés et nous a lavés.
Mais j’entends quelqu’un objecter : " Si Dieu m’aime, pourquoi ne me rend-il pas bon ? "
Dieu veut des fils et des filles, non des machines ou des esclaves.
Il pourrait briser nos cœurs rebelles, mais Il préfère nous attirer vers Lui par les cordeaux de son amour.
Peut-être quelqu’un demande-t-il : " Comment puis-je aller à Lui ? "
Comme vous iriez vers votre mère.
Avez-vous offensé votre mère, lui avez-vous fait du tort ?
Aussitôt vous allez vers elle et vous dites : " Mère, pardonne-moi ! "
Traitez Christ de la même manière.
Allez à lui aujourd’hui en confessant que vous ne l’avez pas aimé, que vous ne l’avez pas traité comme vous le deviez ; confessez vos péchés et vous verrez avec quelle promptitude il vous pardonnera.
Je me souviens de l’histoire d’un jeune soldat qui avait été jugé par une cour martiale et condamné à mort.
Le cœur du père et de la mère fut brisé à cette nouvelle.
Ils avaient une petite fille.
Elle connaissait Abraham Lincoln de nom et de réputation et elle se dit : " Si Lincoln, Président de la République des Etats-Unis, savait combien mon père et ma mère aiment leur fils, il ne laisserait pas fusiller mon frère. "
Elle supplia son père d’aller à Washington pour tâcher d’obtenir la grâce du condamné.
Mais le père dit : " Ce n’est pas la peine, la loi doit suivre son cours. On a déjà refusé plusieurs grâces et le président a déclaré qu’il n’interviendrait plus, que les sentences des cours martiales seraient désormais exécutées. "
Le père et la mère ne croyaient pas que leur fils pût être gracié.
Mais la petite fille ne perdit pas l’espoir ; elle prit le train qui la conduisit du Vermont à Washington.
Quand elle arriva à la Maison Blanche, les soldats voulurent l’empêcher de passer, mais elle raconta la lamentable histoire, et on lui ouvrit le passage.
Le secrétaire particulier du président Lincoln refusa de l’introduire auprès de celui-ci, mais la petite fille commença son récit, et le cœur du secrétaire fut touché ; il l’introduisit devant le président.
Quand elle entra dans le cabinet de Lincoln, il y avait là des sénateurs, des généraux, des gouverneurs, des hommes politiques, tous occupés des grandes affaires du moment ; l’enfant n’osait avancer, mais le président la vit, debout près de la porte. " Que veux-tu ? " lui demanda-t-il, et l’enfant raconta son histoire, dans son simple langage.
Il était père, et des larmes coulèrent bientôt sur les joues du grand Lincoln.
Il écrivit un télégramme pour faire venir à Washington le jeune condamné.
Quand il fut arrivé, le président le gracia, lui donna trente jours de congé et l’envoya chez lui avec la petite fille pour réjouir le cœur du père et de la mère.
Voulez-vous savoir comment aller à Christ ?
Exactement comme cette enfant alla auprès de Lincoln.
Peut-être avez-vous un triste récit à faire. Racontez tout, ne gardez rien sur la conscience !
Si Lincoln eut pitié de la petite fille, écouta sa requête et l’exauça, croyez-vous que le Seigneur Jésus n’écoutera pas votre prière ?
Croyez-vous qu’Abraham Lincoln, ou tout autre homme ici-bas, n’ait jamais eu autant de compassion que Christ ?
Il est miséricordieux quand tous sont lassés de l’être !
Il a pitié de ceux que tous jugent indignes de pitié. Allez à lui, confessant vos péchés, et il vous sauvera.
La prédication d'un peintre
C’était à Düsseldorf. Un peintre était debout dans son atelier, son pinceau à la main droite, et dans la gauche sa pipe, qu’il venait d’ôter de ses lèvres, pour répondre à un visiteur dont la présence à son atelier lui causait quelque surprise.
Ce peintre nommé Stenburg, jeune encore, jouissait d’une grande notoriété dans sa ville, et tout faisait prévoir que son talent ne tarderait pas à lui acquérir une réputation européenne.
Cependant, il n’était pas heureux.
Sur ses regards se lisait quelque chose de soucieux, et le ton bref et sec de sa parole trahissait je ne sais quelle agitation intérieure, qui ne lui laissait pas de repos.
Il manquait quelque chose à cet homme qui possédait fortune, succès, réputation, tout, en un mot, ce que le monde estime désirable pour le bonheur.
Le visiteur qui venait de frapper à sa porte était le père Hugo, vicaire de la riche église de Saint-Jérôme.
Il discutait avec le peintre les conditions d’un grand tableau, qui devait orner son maître-autel.
- Non, Révérend père, disait Stenburg, la somme que vous m’offrez ne saurait être une rémunération suffisante pour un travail aussi considérable. La crucifixion n’est pas un sujet facile ; il exige des figures nombreuses, soigneusement étudiées.
- C’est bien, répondit le prêtre, je ne veux pas vous limiter pour le prix. Je m’en rapporte à vous.
Cette peinture est une offrande qu’un pénitent désire faire à notre église.
- C’est bien, reprit l’artiste. Je vais me mettre à l’œuvre, et dans un mois vous pourrez voir une esquisse du tableau.
Un mois après, en effet, le vicaire venait constater combien Stenburg était parfaitement entré dans sa pensée. Selon son désir, la croix du Sauveur, placée au centre de la toile, attirait tous les regards, et les groupes de figures qui l’entouraient ne servaient qu’à la faire mieux ressortir.
Le travail avançait rapidement, et il n’y avait guère de temps à perdre, car au 1er juin, date de la fête du patron, le tableau devait être placé dans l’église.
Mais voici venir les premiers beaux jours du printemps, et le gai soleil, les feuilles naissantes, le chant des oiseaux, tout ce renouveau de la nature saisit si bien l’âme de l’artiste, qu’il laisse là atelier, pinceaux et couleurs et s’en va courir les champs et les bois dans la contrée environnante.
A la lisière de la forêt, il rencontre une jeune fille bohémienne tressant une corbeille d’osier.
C’était une belle enfant à la figure expressive, aux beaux cheveux noirs bouclés, qui tombaient sur ses épaules, et sa pauvre robe rouge, fanée par le soleil, ajoutait encore au pittoresque.
Apercevant le peintre, elle s’avança près de la route, et levant les bras au-dessus de sa tête, elle se mit à danser avec une grâce et une légèreté charmantes, en faisant claquer ses doigts dans sa main pour battre la mesure.
- Arrête, lui cria Stenburg. Tiens-toi dans cette position quelques instants.
Et, tirant son carnet de sa poche, il en prit un rapide croquis.
- Mais, se dit-il, voilà un charmant modèle. J’en ferai le sujet d’un tableau qui, sous le titre de " danseuse espagnole ", aura certainement du succès.
Il s’approcha de la jeune fille, et bientôt il fut convenu que, trois fois par semaine, elle viendrait dans son atelier.
En y entrant le lendemain, Pépita – c’était son nom – examina curieusement tous les objets, si nouveaux pour elle, qui ornaient la maison de l’artiste.
Puis ce fut le tour des peintures, et, parmi elles, le grand tableau de la crucifixion attira spécialement son attention.
- Qui est-ce ? demanda-t-elle en montrant le Sauveur en croix.
- C’est le Christ, répondit négligemment le peintre.
- Qu’est-ce qu’ils lui font ?
- Ils vont le crucifier, ajouta-t-il brièvement…. Tourne-toi un peu à droite…. C’est bien.
Stenburg, le pinceau à la main, n’aimait guère à converser et parlait bref.
- Qui sont ces gens autour de lui, ces gens avec une expression si méchante ? demanda encore la fillette.
- Maintenant vois-tu, reprit l’artiste, je ne puis pas causer avec toi. Tu n’as qu’à te placer dans la position que je t’indique et à rester tranquille.
Pépita se le tint pour dit et n’ouvrit plus la bouche.
Mais elle n’en continua pas moins à admirer le tableau, qui se trouvait en face d’elle.
Chaque fois qu’elle venait dans l’atelier, son intérêt pour le sujet qui y était représenté allait croissant.
Parfois même elle s’enhardissait de nouveau à poser une question.
- Pourquoi l’ont-ils crucifié ? était-il méchant, très méchant ?
- Au contraire, il était très bon.
- Alors, puisqu’il était bon, pourquoi lui ont-ils fait cela ?
- C’est parce que….
L’artiste s’arrêta et, penchant la tête, s’arrêta pour rectifier la position de son modèle.
- Parce que ? répéta Pépita.
Stenburg, un peu impatienté d’abord, puis ému par les regards suppliants de la jeune fille, qui désirait tant en savoir plus long, posa son pinceau, et s’asseyant près d’elle :
- Ecoute, lui dit-il, je veux une bonne fois te raconter toute l’histoire, et alors tu ne me questionneras plus.
Et en effet, il lui dit tout ce qu’il savait de Jésus, de son amour pour les misérables, de la haine de ses ennemis et de la mort qu’il avait soufferte pour expier les péchés des hommes.
Cette histoire était bien vieille pour lui, mais jamais elle n’avait fait battre son cœur.
Et il avait peint ces traits touchants du Sauveur, il avait représenté son agonie, sans que rien se soit ému dans son âme.
La petite bohémienne, au contraire, ses grands yeux fixés sur le peintre, ne perdait pas un mot de ses paroles ; son émotion allait croissant, et une larme perlait au coin de ses paupières.
Le tableau de la crucifixion et celui de la " danseuse espagnole " furent achevés à peu près en même temps.
Pépita vint faire sa dernière visite à l’atelier, et après un coup d’œil rapide au portrait qu’on avait fait d’elle, retourna à l’autre tableau, dont elle paraissait ne pas pouvoir se détacher.
- Viens, dit le peintre, voici ce que je te dois, et j’y ajoute avec plaisir cette pièce d’or, car tu m’as fait faire une bonne affaire.
Ma " danseuse espagnole " est déjà vendue, et à un bon prix. Peut-être te ferai-je venir de nouveau plus tard.
La jeune fille se tourna lentement.
- Merci, Monsieur, dit-elle.
Puis, jetant encore un regard du côté du crucifié :
- Vous devez l’aimer beaucoup, Monsieur, ajouta-t-elle, puisque c’est pour vous qu’il a souffert cela. N’est-ce pas ?
Le peintre rougit à cette question si naïve et si naturelle de l’enfant.
Il la reconduisit jusqu’à la porte ; elle disparut dans la rue, mais sa question avait pénétré jusqu’au fond de l’âme de l’artiste, et il n’arrivait pas à s’en défaire.
Enfin, troublé, angoissé et ne pouvant trouver de repos, il prit un grand parti ; il se rendit à confesse.
Le père Hugo le questionna, vit qu’il connaissait et croyait les doctrines de l’église, et lui donna l’absolution, en l’assurant que tout était en règle.
Stenburg fit une bonne remise sur le prix de son tableau, et, pendant une semaine, se sentit en paix. Mais de nouveau s’éleva dans son cœur la question : " Vous devez l’aimer beaucoup, n’est-ce pas ? "
Et il souffrait de ne pouvoir y répondre.
Son angoisse allait croissant, et il ne savait où trouver la solution des questions qui oppressaient son âme, lorsqu’un jour, se promenant près des remparts, il vit des personnes, arrivant de directions diverses, qui se pressaient vers une modeste demeure.
Il demanda à un passant ce que c’était que cette assemblée, mais ne put être renseigné.
Sa curiosité n’en fut que plus piquée, et après avoir questionné plusieurs personnes, il finit par comprendre que, dans cette maison, habitait un étranger, un " réformé ", qui réunissait des gens pour les instruire dans ce qu’il appelait la Parole de Dieu.
Il n’était guère décent, à cette époque, pour un homme de bon ton, d’entrer en relation avec ces protestants méprisés.
Cependant Stenburg voulut savoir ce qu’il en était et les observer.
Il se glissa donc dans leur assemblée, écouta le prédicateur, et en l’entendant, ce fut comme si des écailles étaient tombées de ses yeux.
Bref… il trouva ce qu’il cherchait, il obtint la paix de son âme.
Le prédicateur, qui ne tarda pas à devenir son ami, lui prêta un exemplaire du Nouveau Testament, dont il fit son étude journalière.
Bientôt son cœur fut rempli d’amour pour le Sauveur, et il brûla du désir de le faire connaître à d’autres.
Mais jamais il ne saurait prêcher, il ne savait guère parler. Mais il savait peindre. Il comprendrait, maintenant, tout autrement que jadis, l’expression à donner au regard du Sauveur, puisque ce regard avait illuminé son âme.
Ce fut à genoux, en prière, qu’il conçut le plan d’un nouveau tableau de la crucifixion, et ce tableau, vraie inspiration d’en haut, fut un chef d’œuvre.
Il ne consentit pas à le vendre ; il en fit hommage à sa ville natale.
Dans la galerie de peinture, cette toile splendide attira tous les regards et fut pour plusieurs une prédication puissante du salut. Souvent Stenburg se tenait dans un coin de la galerie, priant Dieu de bénir la vue de la croix pour ceux qui s’arrêtaient devant son tableau.
Un jour, alors que la foule des visiteurs s’était écoulée, il aperçut une jeune fille qui pleurait en contemplant les traits du Sauveur.
- Qu’est-ce qui t’afflige, mon enfant ? demanda-t-il.
Elle se retourna, et il reconnut Pépita.
- Oh ! Monsieur, répondit-elle, s’il avait pu m’aimer aussi ! Mais je ne suis qu’une pauvre bohémienne.
- C’est aussi toi qu’il a aimée, reprit l’artiste, et s’asseyant près d’elle, il put lui parler en connaissance de cause de l’amour du Sauveur, de sa mort et de sa résurrection.
Deux ans se sont écoulés. C’était par une froide journée d’hiver.
Le vent soufflait avec violence dans les rues de Düsseldorf.
L’artiste, assis au coin de sa cheminée, relisait les pages de l’Evangile, qu’il avait précieusement conservé, lorsqu’un coup fut frappé à sa porte.
- Entrez ! cria-t-il.
Un homme pauvrement vêtu s’approcha.
- Monsieur voudrait-il m’accompagner pour une affaire urgente ?
- Qu’y a-t-il ?
- Je ne puis le dire, mais une personne mourante désire vous voir !
- Prenez d’abord quelque nourriture, car vous me paraissez accablé.
- Oui, reprit l’homme, nous souffrons de la faim. Mais ne nous attardons pas, le temps presse.
Après s’être rapidement restauré et avoir pris sur ses épaules un panier de provisions que Stenburg lui avait fait préparer, il le conduisit hors de la ville, dans un enclos de la forêt, où quelques pauvres tentes étaient dressées au milieu des buissons.
L’homme entrouvrit l’une de ces tentes :
- Entrez, dit-il.
Le peintre entra et, sur un tas de feuilles sèches, il aperçut une jeune fille, la figure amaigrie, accablée par la souffrance, mais dont les yeux noirs reflétaient une joie triomphante.
C’était Pépita, qui avait voulu une fois encore revoir celui qui lui avait indiqué le chemin du salut, et s’entretenir avec lui du Sauveur qui l’avait aimée jusqu’à la mort.
Plusieurs années après, alors que le peintre et la bohémienne s’étaient depuis longtemps rencontrés dans la céleste patrie, un jeune noble entrait à Düsseldorf dans un brillant équipage.
Il était riche, intelligent ; de brillantes perspectives mondaines s’ouvraient devant lui.
Il entra dans la galerie, s’arrêta devant le tableau de Stenburg.
Il en lut et relut la légende, contempla les traits du divin crucifié, et, subjugué, resta heure après heure devant cette toile.
Une émotion indicible gagnait son âme.
La nuit venue, il ne put s’arracher à ce spectacle, jusqu’à ce que le gardien de la galerie vînt l’avertir que l’heure de la fermeture avait sonné.
Le jeune homme sortit à regret, regagna sa voiture, et le lendemain, il reprenait le chemin de Paris, mettait ordre à ses affaires, pour consacrer dès lors sa fortune, ses biens, sa réputation et sa vie au service de Celui dont il venait d’apprendre à connaître le grand amour.
Ce jeune homme était Zinzendorf, le père de l’Eglise et des missions moraves.
Le tableau de Stenburg ne se trouve plus dans la galerie de Düsseldorf.
Cette galerie a été, il y a bien des années, détruite par un incendie.
Mais la prédication du jeune peintre a été bénie, et bien des âmes ont été amenées à répéter au pied de la croix du Sauveur : " Il m’a aimé et s’est donné lui-même pour moi. "
Lecteur, peux-tu répéter avec adoration et amour : " C’est aussi pour moi ! "
Donner des preuves
On raconte que Gustave Doré voyageant dans le sud de l’Europe fut prié, dans un bureau de frontière, de montrer son passeport.
Après de longues recherches, il dut reconnaître qu’il l’avait perdu.
- Mais qu’importe, ajouta-t-il, je suis Gustave Doré, le dessinateur.
- C’est possible, répondit le douanier, mais tant de gens font croire ce qu’ils ne sont pas... Voici un crayon et une feuille blanche. Si vous êtes Gustave Doré, nous allons bien voir !
L’artiste prit le crayon et, de main de maître, en quelques traits rapides, il esquissa la scène originale dont il était le héros.
- Je n’ai pas besoin d’autres preuves, lui dit alors l’officier, nul autre que Gustave Doré n’aurait pu faire cela.
Et s’inclinant, il le laissa passer.
Il est facile de se dire chrétien. Mais le prouver, c’est une autre affaire.
Le vieux musicien
Charles Gounod, dont le monde musical regrette si profondément la perte, possédait un bon cœur aussi bien qu’un grand génie de compositeur. L’histoire suivante, qui le concerne et que nous empruntons au Petit Glaneur, a le mérite d’être strictement vraie dans tous ses détails.
Un soir de Noël, c’était en 1837, un vieillard s’avançait lentement, appuyé sur un bâton, dans le quartier le plus aristocratique de Paris.
Son bras droit pressait contre son côté un objet long, enveloppé d’un mouchoir à carreaux.
Il était pauvrement vêtu, décharné ; il tremblait.
Bousculé par la foule affairée, il semblait incertain sur le chemin qu’il devait prendre ; enfin, déliant le mouchoir à carreaux, il en sortit un violon et un archet ; puis, levant l’instrument, il commença bien à jouer un air sentimental, mais il ne put en tirer que des sons durs et sans harmonie, et les gamins de la rue se mirent à se moquer de lui.
Le malheureux vieillard, avec un sanglot, se laissa tomber sur les pierres d’une porte, en disant lamentablement : " Mon Dieu, je ne puis plus jouer ! "
Trois jeunes gens, qui descendaient la rue, chantant un air populaire parmi les étudiants du conservatoire de musique, viennent à passer tout contre lui.
Accidentellement, l’un d’eux fit tomber son chapeau et un autre donna du pied contre l’une de ses jambes.
Le malheureux s’étant levé :
- Pardon, dit le troisième en ramassant le chapeau, j’espère que nous ne vous avons fait aucun mal ?
- Non, telle fut la seule réponse.
Le jeune homme apercevant le violon :
- Vous êtes musicien ?
- Je l’étais.
Et deux grosses larmes coulèrent le long des joues du vieillard.
- Qu’avez-vous ? Etes-vous malade ?
Le vieillard bégaya un instant, puis leur tendant son chapeau : " Donnez-moi quelque chose, pour l’amour du bon Dieu. Je ne puis plus rien gagner par mon travail. Mes doigts sont raides et ma fille meurt en ce moment de consomption et de faim. "
Chacun des trois étudiants fouilla dans sa poche.
Ils étaient pauvres ; ils ne purent ensemble trouver que seize sous, et encore ce ne fut la contribution que de deux d’entre eux ; le troisième n’avait trouvé qu’un morceau de colophane.
- Cela ne suffit pas, déclara celui qui avait déjà fait les excuses. Il faut plus que cela pour venir réellement en aide à notre confrère.
Ensemble, nous pouvons y arriver. Toi, Adolphe, prends le violon et accompagne Gustave, tandis que je promènerai le chapeau.
Un éclat de rire suivit ces paroles.
Mais ils enfoncèrent leur chapeau sur les yeux et relevèrent le collet de leur habit pour qu’on ne puisse pas les reconnaître ; Gustave se redressa et, un moment après, les premières notes du Carnaval de Venise s’élevaient dans l’air froid de la nuit.
Semblable musique de maître ne sortait pas généralement d’instruments de joueurs ambulants : les fenêtres des maisons princières s’ouvrirent et des têtes s’y montèrent.
Les promeneurs qui descendaient la rue s’arrêtèrent, et ceux qui s’étaient éloignés revinrent sur leurs pas.
Bientôt, une assez grande foule les entoura.
Gustave chanta la cavatine favorite de la Dame blanche d’une façon telle que l’auditoire fut émerveillé, et " il plut de l’argent " quand le chant fut terminé.
" Encore un air, murmura le trésorier de l’entreprise. Fais-moi sortir tes belles notes d’en bas, Adolphe ; et toi, Gustave, notre brave ténor, je vais t’aider en faisant du baryton. Nous finirons avec le trio de Guillaume Tell. Et maintenant nous allons chanter pour l’honneur du Conservatoire aussi bien que pour l’amour de notre frère artiste. "
Les trois jeunes gens jouèrent et chantèrent comme ils ne jouèrent et ne chantèrent plus jamais.
Les moins bienveillants dans l’auditoire furent simplement charmés.
La vie revint au vieillard.
Il saisit sa canne, s’en servit comme d’un bâton de chef, et il s’en servit en maître.
Le chant fini, il demeura fasciné, la figure en feu, les yeux étincelants.
On avait recueilli 500 francs. Beaucoup de riches auditeurs avaient jeté des pièces d’or dans le vieux chapeau délabré.
Les jeunes gens ayant donné au malheureux le chapeau et son contenu, avaient replacé le violon dans son mouchoir à carreaux.
- Vos noms, vos noms, demanda le vieillard, donnez-moi vos noms, que je puisse les bénir jusqu’à mon lit de mort !
- Mon nom est la Foi, dit le premier.
- Le mien, c’est l’Espérance, dit le second.
- Je suis la Charité, dit le troisième.
- Mais vous ne savez même pas le mien, dit la voix. Ah ! Je pourrais vous paraître un imposteur : mais non, ce que je vous dis est vrai. Je suis Chapuce.
Pendant dix ans, j’ai dirigé l’orchestre de l’Opéra de Strasbourg. C’est moi qui dirigeais Guillaume Tell.
Depuis que j’ai quitté mon pays natal, l’Alsace, l’insuccès m’a poursuivi.
Avec cet argent, ma fille et moi nous pourrons retourner dans notre pays, et là, elle recouvrera la santé et je trouverai une place comme professeur quand elle ne pourra plus rien faire. Vous, vous tous, vous serez de vrais grands hommes.
- Amen ! dirent en chœur les étudiants, et ils secouèrent la main du brave homme.
En dépit de leur déguisement, les jeunes gens avaient été reconnus par quelqu’un qui, plus tard, raconta l’aventure.
Quelques années après, leurs noms étaient célèbres ; c’étaient : Gustave Roger, le grand ténor ; Adolphe Herman, le grand violoniste ; et Charles Gounod, le grand compositeur.
De sorte que la prophétie du vieillard s’était accomplie.
La vraie place à prendre
Il y a à Copenhague une église célèbre par les magnifiques œuvres du sculpteur Thorwadlsen.
On y remarque les statues, en marbre, des douze apôtres, et au milieu d’elles, celle du Seigneur Jésus, étendant les mains pour bénir.
Un jour, cette église reçut la visite d’un savant qui, depuis longtemps, désirait admirer le chef-d’œuvre du sculpteur danois.
Mais, chose étonnante, le visiteur fut fort déçu de ne pas trouver à l’image du Sauveur l’expression de céleste beauté à laquelle il s’était attendu.
Il eut beau l’examiner tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, il ne parvenait pas à y découvrir ce qu’on lui avait tant vanté.
Remarquant sa déconvenue, une jeune fille, qui se trouvait dans l’église, s’approcha du visiteur et lui dit : " Monsieur, il faut vous mettre tout près de la statue, vous agenouiller, et regarder l’image d’en bas. "
Le savant fit ce qu’on lui disait, et tout à coup la merveilleuse beauté de l’image du Christ se révéla à lui.
C’est là une circonstance qui peut bien servir à arrêter nos pensées, sur la tendance moderne dans presque tous les pays soi-disant chrétiens, d’éliminer des saintes Ecritures tout ce qui s’adresse directement à la conscience.
On veut occuper les pensées des lecteurs de ce qu’on appelle les éthiques du christianisme, c'est-à-dire, les choses morales ou plutôt sociales que le cœur naturel est capable d’admirer, et partant, d’imiter, tout en laissant l’âme complètement indifférente quant aux droits de Dieu sur ses créatures responsables de faire Sa volonté.
Une fois que l’on met de côté toutes ces idées qui exaltent et enflent un cœur naturellement rebelle à Dieu, et que l’on consent à prendre devant Lui la place d’un suppliant, Lui demandant grâce, comme le péager dans le Temple, tout change : l’orgueil humain est abattu, et le pécheur, désireux d’être sauvé, trouve le salut avant qu’il ne pense le recevoir.
Ainsi donc, de même que ce savant dut s’agenouiller devant une œuvre de pierre, pour en recevoir une impression artistique, de même vous devez, en vérité et en réalité, vous agenouiller, vous prosterner devant le Sauveur vivant pour implorer la grâce du Fils de Dieu.
C’est seulement à genoux que vous pouvez apprendre à Le connaître, et comprendre combien Il vous aime, et comment Il a expié vos péchés à la croix.
Les dieux le voient
Un grand artiste grec sculptait une statue pour un temple et travaillait la partie qui devait être adossée au mur avec autant de soin que la face.
Quelqu’un lui dit : " Vous n’avez pas besoin de vous donner cette peine ; personne ne verra le dos de votre statue, puisqu’il doit être dans le mur. " Il répondit : " les dieux peuvent voir dans les murs ! "
Ce païen n’a-t-il rien à nous apprendre ?
Nous travaillons avec soin la face de notre religion qui est pour les yeux des hommes : soignons-nous autant le côté de notre vie qui se dérobe à la vue de nos semblables ?
Songeons-nous que ce n’est point d’après les apparences, mais d’après ce que nous sommes, que nous serons jugés ?
Songeons-nous que Dieu voit précisément ce que les hommes ne voient pas et que le jour du jugement révélera ce que nous sommes devant lui ?
Pensées secrètes, péchés cachés, tout sera mis en évidence, rien ne pourra se dérober à la lumière.
Veillons donc sur nos âmes, car le jour vient qui fera connaître l’œuvre de chacun.
(1 Corinthiens 3 : 13)
Le sabot de PAGANINI
Quelque part, en Angleterre, dans une collection particulière, on peut admirer un sabot payé six mille francs par son possesseur actuel.
Ce sabot, à vrai dire, a une histoire, et une touchante histoire, que rapporte le Bon Semeur.
C’était en 1832.
Le célèbre violoniste Paganini habitait alors, pour raison de santé, une maison située aux environs de Paris et dirigée par un médecin dont il recevait en même temps les soins.
Notre excellent artiste avait en horreur d’être malade ; se voir obligé de vivre au milieu d’autres malades était cependant pour lui un supplice pire encore.
Il restait relégué dans sa chambre, évitant avec soin les salons où se réunissaient les pensionnaires.
En dehors du médecin, Paganini ne parla à personne pendant son séjour dans l’établissement.
Il fit exception cependant à l’égard d’une jeune bonne, Nicette, chargée de lui apporter ses repas et de faire son service.
Cette petite campagnarde, honnête et naïve, possédait une gaieté débordante.
Elle eût bientôt mis l’artiste au courant de ses projets d’avenir et de ses sentiments, sans omettre aucun détail, à l’égard d’un brave garçon de son village, qu’elle épouserait quand ses économies lui permettraient de se mettre en ménage.
Le rêve de la jeune fille intéressait évidemment Paganini, car il ne manquait jamais de s’informer de l’état des choses.
Un matin, Nicette fit son service sans ouvrir la bouche et le visage inondé de pleurs.
L’air sombre de la pauvre enfant ne put échapper à Paganini, en train de sculpter un manche d’ivoire destiné à un poignard.
- Qu’est-ce, mon enfant ? s’écria-t-il. Pourquoi ces pleurs ? Vous est-il arrivé un malheur ?
- Hélas ! Oui, Monsieur.
- Parler, parlez. Qu’y a-t-il ?
Elle garda le silence, et son trouble convainquit Paganini.
- Avouez tout maintenant, fit-il. Après vous avoir fait mille promesses, il vous a oubliée, n’est-ce pas ?
- Hélas ! S’il m’a oubliée, il n’y a point de sa faute.
- Qu’est-il donc arrivé ?
- Il a tiré un mauvais numéro et va être soldat. Je ne le verrai plus, fit l’infortunée.
- Mais ma pauvre Nicette, il faut lui acheter un remplaçant.
- Vous plaisantez, Monsieur. Comment pourrai-je réunir la somme nécessaire ?
- Elle est donc si élevée ?
- Cette année, c’est très cher, car on dit que la guerre va éclater, et l’on exige quinze cents francs !
Le musicien garda le silence, mais dès que Nicette fut partie, il écrivit sur une page d’un portefeuille : " se rappeler ce qu’il est possible de faire en faveur de la pauvre Nicette ".
Noël approchait et, d’habitude, chez les enfants surtout, il est d’usage de mettre en un coin de l’âtre, un sabot, qu’une bonne fée, venue de la cheminée, remplit de bonbons et de cadeaux.
L’après-midi du 24 décembre, Paganini, dont la santé s’était presque complètement rétablie, recevait quelques amis ; assis sur le canapé du salon, il buvait un verre d’eau sucrée.
Soudain, Nicette apparut, portant un paquet adressé au violoniste.
L’artiste n’attendait aucun cadeau : ouvrant le paquet qu’on lui présentait, il en tira une première enveloppe de papier marron, puis une seconde, soigneusement cachetée de cire, renfermant un sabot d’enfant.
L’assistance éclata de rire.
- Un sabot ! s’écria Paganini en riant aussi, j’ignore qui a pu me l’envoyer. Quelques dames voudraient, sans doute, me faire passer pour un de ces enfants recevant des cadeaux sans jamais en donner. C’est parfait. Mais qui sait si ce sabot n’arrivera pas à gagner son poids en or ?
Là-dessus, Paganini quitte le salon, sans oublier le sabot.
De trois jours on ne le vit paraître.
Les mieux informés d’entre les pensionnaires apprirent seulement qu’il rabotait du matin au soir.
En fait, notre musicien fort adroit de ses mains, avait fabriqué un excellent instrument, affectant la forme d’un sabot, et sur lequel il avait tendu quelques fils d’argent.
Le lendemain, il ne fut question que du concert qu’allait donner Paganini, la veille du jour de l’an, dans le grand salon de la maison de santé.
Le maestro devait exécuter dix morceaux, cinq sur un violon et autant sur un sabot.
Le nombre des billets était limité à cent, et le prix fixé à vingt francs ; la meilleure société de Paris se les disputa.
Bien avant l’ouverture, la salle de concert était remplie : tout le monde était anxieux de savoir ce qu’entendait Paganini par le son musical d’un sabot.
A la fin, on le vit apparaître en souriant et saluer de la meilleure grâce.
Notre artiste entame une de ces empoignantes fantaisies dont nos auditeurs semblaient tous charmés.
Était-ce musique ou poésie ?
On croyait assister au départ du conscrit et entendre les déchirantes lamentations de la fiancée.
C’était ensuite la vie bruyante du camp, les prouesses du brave enfant sur le champ de bataille. Un joyeux carillon de cloches nuptiales terminait le morceau.
D’interminables applaudissements éclatèrent de toutes parts, auxquels se joignaient ceux des malades les plus récalcitrants.
Après son triomphe, Paganini regagna sa chambre et fit appeler Nicette.
La pauvre enfant pleurait encore, car la musique lui avait rappelé et le conscrit et la fuite de ses rêves.
- Tenez Nicette, s’écria l’excellent homme, voici deux mille francs, c'est-à-dire cinq cents de plus que vous ne voulez pour racheter un remplaçant et permettre à l’élu de votre cœur de rentrer au logis.
Maintenant, pour faciliter votre entrée en ménage, prenez ce sabot violon et vendez-le.
Demain, tout Paris parlera de ce concert et peut-être trouverez-vous un amateur décidé à s’offrir le violon du maestro pour cent francs.
Paganini, comme la plupart des grands et vrais artistes, avait un cœur d’or et une main toujours prête à soulager une infortune.
La main qui sauve
Deux peintres étaient occupés à décorer les murs d’une cathédrale. L’un d’eux, ayant achevé une peinture, se mit à la considérer avec le plus grand soin.
Oubliant bientôt, dans son admiration, qu’il se trouvait sur un rustique échafaudage, à vingt mètres du sol, il reculait lentement, et arriva enfin tout au bord de la dernière planche.
En ce moment, son camarade se retourna soudain.
Presque paralysé d’horreur, il vit l’imminence du péril ; encore un instant, et le pauvre enthousiaste allait se trouver précipité sur le pavé.
S’il parlait, la mort était certaine ; s’il ne disait rien, elle l’était également.
Soudain un trait lumineux traversa son esprit.
Saisissant son pinceau, il aspergea de couleur le chef d’œuvre que son compagnon admirait, et l’abîma.
Hors de lui, le peintre se précipita en avant dans la direction de son camarade.
Il s’arrêta néanmoins avant de se jeter sur lui pour se venger de l’outrage qu’il venait de recevoir, et écouta le récit de son danger.
Mesurant alors d’un regard l’abîme dans lequel il avait failli être précipité, il bénit avec des larmes de reconnaissance la main qui l’avait sauvé.
Il nous arrive aussi parfois de nous laisser absorber par les séduisantes peintures du monde, et dans notre admiration, de reculer inconsciemment loin de Dieu.
Dans sa bonté, le Tout-puissant brise alors ces images, et, au moment même où nous sommes tentés de nous plaindre de Ses voies, Il nous attire dans Ses bras d’amour.
Le modèle
Après de longues recherches sans succès, un peintre finit enfin par rencontrer, dans une rue de la capitale, le modèle parfait, le type achevé d’un mendiant dont il désirait fixer l’image sur sa toile : barbe hirsute, cheveux ébouriffés, chapeau crasseux et bosselé, haillons sales et déchirés, savates percées, etc.…
Il lui remit quelques pièces d’argent et lui indiqua son adresse, en disant : Ne manquez pas demain matin au rendez-vous ; vous n’aurez certes pas à le regretter.
Or quels ne furent pas le dépit et la déception du peintre, en voyant le mendiant arriver chez lui, le lendemain, tout transformé !
Celui-ci avait employé la menue monnaie reçue la veille, pour se faire raser et pour acheter du savon, un peigne, fil et aiguilles, afin de se laver, se peigner et raccommoder ses loques tant bien que mal !
– Qu’avez-vous fait, malheureux, s’écria l’artiste en colère ; tel que vous êtes maintenant, vous ne pouvez plus me servir de modèle ; allez-vous-en !
Et voici la morale de cette histoire : Dieu veut sauver gratuitement tous les pécheurs repentants, même les plus indignes et les plus coupables.
Mais il faut que nous venions à lui tels que nous sommes, pour implorer sa grâce et son pardon : car lui seul peut nous changer réellement, et nous transformer à son image.
Aussi ne veut-il rien savoir de ceux qui essayent de se justifier par leurs bonnes œuvres, et de faire valoir à ses yeux leurs propres mérites.
Le regard du Christ
On raconte qu’un peintre, Camille, après une longue vie de désordres, entreprit de peindre un Christ souffrant, " l’Homme de douleur ", et il réussit à lui faire des regards si tendres et pénétrants qu’il en fut lui-même profondément troublé.
Ne pouvant supporter l’effet que lui produisait ces regards, il dut voiler la figure.
Dans cet état d’âme, il alla demander conseil à un homme de Dieu, qui lui dit : " Enlevez le voile et laissez ces regards faire leur œuvre ! "
Il s’y résigna, et les regards du Christ éveillèrent chez lui un mouvement de conscience tel qu’il résolut de s’en aller réparer tous les torts qu’il avait faits à diverses personnes.
Cela ne suffit point à apaiser ses remords.
Il se mit alors en quête de toutes celles de ses peintures qui étaient de nature à évoquer des pensées sensuelles ou à inspirer le mal, pour les racheter et les détruire.
Quand il eut achevé, son âme ne fut pas plus en paix qu’avant ; les regards du Christ continuaient à lui faire les plus sévères reproches.
Alors il s’appliqua à se souvenir de toutes les fautes qu’il avait commises, pour les expier ou porter remèdes aux méfaits qu’elles avaient pu commettre ; la paix ne lui venait point néanmoins.
Dans sa détresse, il se décida à contempler la figure de l’Homme de douleur jusqu’à ce que son regard lui eût révélé pleinement ce qui faisait obstacle à son salut.
Enfin il comprit qu’il n’avait pas seulement péché contre les hommes, ses semblables, mais contre le Christ lui-même et son amour, auquel il n’avait point répondu.
Il fut ainsi conduit à se donner tout entier.
Il soumit sa vie au Christ rédempteur, il se consacra à le servir et il trouva en lui non plus un juge qui condamne, un maître qui commande, mais un Sauveur qui délivre, et dès lors la paix, la joie, l’amour remplirent son âme ; il était heureux désormais et il devint un homme nouveau.
Nous rendons-nous compte de tout ce que nous disent le visage et le regard du divin crucifié ? Avons-nous compris tout ce que le Sauveur est pour nous ?
Ouvriers avec Dieu
Vous avez souvent admiré le tableau de la Sainte Cène de Léonard de Vinci. Bien des traits de la vie du célèbre peintre sont intéressants non seulement au point de vue de l’art, mais aussi au point de vue religieux.
En 1470 se mourait à Florence le peintre André Verrocchio.
Dans son atelier travaille un pâle jeune homme, tout absorbé par sa besogne.
L’entrée d’une vieille femme l’interrompt :
- Le maître désire te parler ; viens tout de suite.
Le jeune peintre se rend auprès du malade.
- Léonard, dit celui-ci, la mort approche, veux-tu me faire un dernier plaisir ?
Le jeune homme s’agenouille et prend la main tremblante du malade :
- Mon cher maître, je suis prêt à faire tout ce qui est en mon pouvoir. Aucun sacrifice ne me coûtera pour vous.
Verrocchio reprend :
- Léonard, voudrais-tu achever le tableau que j’ai commencé pour l’autel du couvent de Saint Jean ?
Mais Léonard, embarrassé :
- Je ne le puis, cela m’est impossible, mon premier coup de pinceau gâterait votre œuvre.
Verrocchio le regarde avec confiance et sourit :
- Non mon fils, fais aussi bien que tu pourras, par amour pour moi. Le tableau doit être fait et tu peux l’achever.
Le soir arriva ; d’une mansarde étroite, dans l’une des hautes maisons de la vieille Florence, montait vers le ciel une fervente prière :
" Mon Dieu, disait Léonard à genoux, mon Dieu, aide-moi à faire par amour pour mon maître le travail difficile qu’il m’a confié.
Je sais que je suis indigne de mettre la main à l’œuvre qu’il a commencée, mais aide-moi, je t’en supplie pour l’amour de mon maître ! "
Un mois se passe ; le jeune artiste, après un travail assidu, porte à son maître mourant le tableau achevé :
- J’ai fait mon possible, uniquement par amour pour vous.
Verrocchio regarde le tableau, admire et, tout en larmes, s’écrie :
- Mon cher fils, je n’ai plus besoin de travailler ; tu me succéderas et un jour Florence sera fière du nom de Léonard de Vinci !
N’avons-nous pas aussi, nous chrétiens, un tableau à finir ?
Christ, notre Maître, a commencé l’œuvre dans le monde et en chacun de nous, et nous avons la charge de continuer, d’achever.
Nous nous sentons souvent indignes ; mais il nous appelle, il veut nous enseigner et nous aider, nous diriger la main et nous inspirer.
Par amour pour lui, travaillons à cette grande œuvre !
Elle sera sa gloire aux derniers jours et dans l’éternité, puisqu’en définitive c’est son image qui resplendira dans le tableau achevé, son image dans tous les cœurs !
Mais, pour travailler utilement, il faut l’amour de Christ et ne rien laisser dans notre vie qui s’oppose à sa volonté, aucun péché, surtout aucun orgueil qui se pose en rival de sa gloire.
A cet égard, Léonard de Vinci aurait encore des enseignements à nous donner.
Un jour, dit-on, un de ses amis était venu voir le tableau de la Sainte Cène qui venait d’être achevé.
- Ce gobelet est merveilleusement peint, fut la première remarque de l’examinateur.
Il s’agissait d’un gobelet placé devant Jésus. Léonard, saisissant son pinceau, l’effaça d’un coup disant :
- Je ne veux pas que quoi que ce soit détourne les regards de mon Sauveur.
" Qu’il croisse et que je diminue ".
Les mains de DÜRER
On raconte que le célèbre peintre allemand Albrecht Dürer connut une jeunesse difficile.
Il partageait son logement avec un camarade qui, lui aussi, maniait habilement le pinceau.
L’argent manquait, il fut donc décidé que l’un accepterait n’importe quel travail manuel pour assurer leur subsistance commune pendant que l’autre se livrerait à son art. Puis, on inverserait les rôles.
Le camarade de Dürer trouva un emploi de domestique : couper le bois, porter l’eau, balayer les planchers, étriller les chevaux dans une auberge.
Pendant ce temps, Dürer était à ses toiles.
C’était maintenant au tour de l’ami de prendre les pinceaux.
Une terrible déception l’attendait : ses doigts s’étant habitués aux durs travaux ne savaient plus dessiner.
Un soir que Dürer rentrait après sa journée de travail, il entendit comme un murmure.
Il ouvrit doucement la porte et vit son camarade à genoux qui étendait vers Dieu ses mains noueuses et engourdies.
Dürer en ressentit une profonde émotion : " Le monde doit savoir ce que mon ami a fait pour moi ", dit-il.
Et il esquissa les mains qui s’étaient sacrifiées pour lui, un tableau qui devint célèbre.
Huit jours après sa résurrection, Jésus dit à Thomas : " Regarde mes mains et ne sois pas incrédule, mais croyant ".
Et vous, avez-vous regardé les mains de Jésus, ses mains percées à la croix pour vous ? Etes-vous devenu croyant ?
Marie Monsen est une missionnaire norvégienne qui a beaucoup voyagé comme évangéliste en Chine.
Nous donnons ici le texte d’une causerie faite par elle à la suite de ses aventures pendant un voyage vers une station missionnaire au Shantung
Vngt-trois jours aux mains des pirates
Si je n’avais connu la Bible, le livre des Promesses ; si je n’avais connu le Dieu qui nous l’a donné, j’eusse été, pendant ces vingt-trois jours, l’être le plus malheureux qui fût.
Mais le Livre, et les Promesses qui y sont contenues, firent que ce temps d’épreuve fut pour moi tout autre.
J’avais quitté le Shansi et voyageais vers la station de Mission de Miss Lide, à Hwanghsien.
Je dis à cette dernière que Hwanghsien ne constituait pas à proprement parler un fardeau sur mon cœur, mais simplement que le Seigneur me permettait de m’y rendre.
J’avais envisagé de me reposer pendant quelques jours à Peiping et décidé de quitter Tientsin pour Shantung sur le premier bateau en partance après le 20 avril.
Mais chaque jour, pendant ma prière, ces paroles me vinrent à l’esprit : " S’il y a un bateau en partance le 19, tu peux aussi bien partir le 19. "
J’entendis souvent ces paroles et finalement je dus écrire à Tientsin pour dire que s’il y avait un départ le 19, je serais prête à partir.
Je reçus par télégramme la réponse : " Venez ".
Arrivée à Tientsin, j’appris qu’il y avait effectivement un bateau partant le 19, mais qu’il était peu probable que je puisse y prendre place.
Vers la fin de la journée cependant, on me téléphona pour me dire que le second officier m’offrait sa cabine si j’étais disposée à payer le double du prix du billet.
Toute cette après-midi-là, j’entendis ces paroles : " Va acheter quelques livres de pommes. "
Je ne comprenais pas. Il s’agissait d’une traversée de quinze heures seulement.
Je n’avais pas besoin de pommes, mais finalement je pensai que peut-être, je trouverais quelqu’un qui en eût besoin, et j’en achetai trois livres.
De peur de l’oublier, je voudrais dire ici, que plus tard, tous les pirates me demandèrent si j’avais des oranges en me disant : " Si vous en avez, nous les voulons. " Avez-vous des poires ? " Si oui, nous les voulons "
Mais aucun de ces hommes ne me demanda si j’avais des pommes !
Nous quittâmes Tientsin le 19 avril vers midi.
Je me mis à distribuer des tracts et à parler aux gens à l’entour.
Ce que je ne savais pas, c’est que nous avions vingt voleurs ou bandits à bord.
Je les reconnus plus tard comme ayant été parmi les personnes à qui j’avais donné des tracts.
Je me souvins même de m’être retournée alors deux ou trois fois pour regarder trois d’entre eux.
Si j’avais été dans la province du Honan, je les aurais reconnus pour des bandits, mais c’était ici Tientsin et non pas le Honan.
Je pensai donc que ces hommes ne pouvaient être des voleurs quoiqu’ils en eussent l’apparence.
Le lendemain matin nous nous trouvions non loin de la côte du Shantung.
Tout à coup, peu avant l’aube, j’entendis des coups de révolver et je compris aussitôt ce qui nous arrivait. Je me rappelai à l’instant les trois hommes.
Mais pendant que le bruit augmentait à bord, ces paroles me vinrent à l’esprit : " C’est ici l’épreuve de ta foi. "
Je ressentis une immense joie en me souvenant d’une parole dont je m’étais servie bien souvent. Elle se trouve dans Esaïe 41 : 10, et je voudrais vous la lire telle que je la voyais dans les plaines du Honan : " Ne crains rien, Marie, car je suis avec toi ; ne promène pas des regards inquiets, Marie, car je suis ton Dieu. Je te fortifie, Marie, je viens à ton secours. Je te soutiens, Marie, de ma droite triomphante. Ne crains rien, Marie. "
Ainsi dans le Honan, le Seigneur m’avait dit de ne rien craindre et j’avais répondu : " J’obéirai, j’obéirai ! "
Tout à coup les portes furent ouvertes et les passagers reçurent l’ordre de se ranger sur le pont.
La mer était houleuse.
J’entendis les passagers sortir, mais je restai sans bouger.
Je savais que je me trouvais sur ce bateau qui avait quitté Tientsin le 19 parce que l’Eternel m’y voulait, et je savais que j’avais obtenu cette cabine en réponse à la prière.
Je ne voulus donc pas la quitter.
Une autre parole vint à mon esprit, que je chantai ensuite pendant plusieurs jours.
C’est un verset d’un cantique danois : " Les linteaux de mes portes ont été marqués par le sang de l’Agneau. "
J’ai dû chanter ces mots des centaines de fois.
Et j’en étais profondément convaincue.
Peu après, un jeune bandit entra dans ma cabine et regarda ma montre.
J’avais oublié que je possédais des articles que j’aurais sans doute dû dissimuler, mais j’avais eu l’esprit occupé à me remémorer les Promesses de Dieu.
Le bandit me dit : " Cachez cette montre, sinon vous la perdrez. "
Je l’enlevai de mon poignet et la cachai derrière ce dont je me servais comme oreiller.
Je n’avais sur le lit aucune literie, car s’agissant d’une traversée de quinze heures au plus, j’avais décidé de ne pas me charger de mes couvertures et draps pendant le voyage.
Les planches me parurent quelque peu dures les premières nuits, mais vers la fin elles semblèrent tout à fait acceptables.
Je cachai donc ma montre sans me rendre compte que le jeune bandit avait l’intention de revenir plus tard pour me la prendre.
Un autre voleur vint et me dit : " Avez-vous une montre ? "
" Oui ", répondis-je.
" Vous l’ont-ils prise ? "
" Non ".
" Bien, alors, je voudrais que vous m’en fassiez cadeau. "
Je refusai en disant : " Je ne puis vous donner cette montre en cadeau ; je n’ai jamais fait de cadeau à des personnes que je ne connaissais pas. Si vous la voulez comme cadeau, je ne puis vous la donner. "
Il reprit : " Ne comprenez-vous pas ? Si vous me donnez cette montre, je serai votre ami. "
" Non merci, " dis-je, " Je n’ai pas besoin de ce genre d’ami. "
" Mais ne comprenez-vous donc pas ?
Si je suis votre ami, je puis demander aux autres de vous protéger ? "
" Je n’ai pas besoin de votre protection, j’en ai une bien meilleure : le Dieu vivant là-haut a promis de me protéger.
Le bandit se leva brusquement alors, et braquant vers moi son révolver :
" Je vous tuerai ", dit-il.
" Oh ! non, vous ne pouvez pas me tuer. "
Je lui répétai la promesse de la Parole de Dieu : " Toute arme forgée contre toi sera sans effet. " (Esaïe 54 : 17).
" Vous pouvez ainsi tirer sur moi ; il vous faut une permission spéciale du Dieu vivant pour le faire. "
Le bandit se leva à nouveau et une fois de plus me menaça de son arme.
" Vous ne le pouvez pas, " lui dis-je.
" J’en ai reçu la promesse formelle : " Toute arme forgée contre toi sera sans effet. "
Je lui répétai ces paroles cinq ou six fois et, les jours suivants, j’entendis le même homme les dire souvent lui-même.
Elles s’étaient réellement fixées dans son esprit.
Un autre des bandits vint et le fit sortir de la cabine.
C’était celui qui m’avait conseillé de cacher ma montre.
Il me demanda de la lui faire voir. " Très bien, dis-je, si vous voulez la voir, la voici. "
" C’est une belle montre, dit-il, comme en ont les étrangers. "
" Oui, c’est une belle montre. " - " Je vous en offre vingt dollars. "
" Non " dis-je, " je ne vous la vendrais pas si même vous m’offriez deux cents dollars. Votre argent n’est pas de l’argent propre, et je n’ai jamais utilisé autre chose que de l’argent propre toute ma vie.
De sorte que si vous me donniez 200 dollars, il me serait impossible de m’en servir.
Il répondit : " Je vous donnerai une autre montre en remplacement. Elle n’est pas aussi belle que la vôtre, mais je vous en donnerai une autre. "
" Non merci " dis-je, " si vous me donniez une autre montre, c’en serait une que vous auriez volée à quelqu’un et il me serait impossible de m’en servir. "
" Bien " dit-il, " je ne puis faire autrement " et il partit avec ma montre !
Arrivé près de la porte il se retourna et dit : " Vous m’avez donné cette montre comme cadeau n’est-ce pas ? "
Je répondis : " Non, vous vous trompez tout à fait : vous me l’avez volée. " Je ne voulais pas qu’il pût rester un doute à cet égard.
Il s’en alla.
Les passagers furent dépouillés de leur argent, lunettes, bagues, montres et jusqu’aux vêtements qu’ils portaient sur eux, leur literie, tout.
Une demi-heure après le départ de l’homme qui avait pris ma montre, un autre vint, s’assit sur le lit et me dit de n’avoir aucune crainte. " Ai-je l’air d’avoir peur ? " dis-je.
" Non, " dit-il, " vous n’en avez pas l’air. "
" Non, je n’ai pas peur ", et je remercie Dieu de ce qu’en effet il m’avait pleinement délivrée tout ce temps-là de toute crainte.
L’homme me dit que certains des bandits au moins avaient appartenu à l’armée de Tchang Kai Chek au Shantung, mais qu’ils ne pouvaient y gagner assez pour vivre, d’où la nécessité d’agir comme ils l’avaient fait.
" Vous n’avez rien à craindre, " dit-il, " nous avons à protéger ce bateau. Nous y sommes simplement pour cela. "
" Oui ? " repris-je en riant, " vraiment ? Vous appelez cela gagner votre vie ? Moi j’appelle cela être des voleurs ; vous violez vos propres consciences. "
Je pus avoir ainsi une longue conversation avec cet homme.
Il s’avéra être un ami pendant tout le voyage et même s’arrangea pour que les autres femmes à bord ne fussent point molestées.
C’est ainsi que je pus lui parler d’une promesse dont je m’étais emparée depuis le moment où j’avais compris ce qui allait se passer.
La voici, dans Malachie 3 : 17 et 18 : " J’aurai compassion d’eux, comme un homme a compassion de son fils qui le sert. Et vous verrez de nouveau la différence entre le juste et le méchant, entre celui qui sert Dieu et celui qui ne le sert pas. "
Dès le commencement je demandai à Dieu qu’il y eût une réelle différence entre les autres et moi-même, une enfant de Dieu.
Je demandai à Dieu qu’il permît une telle différence et que les deux cents âmes à bord puissent se rendre compte que j’avais un Dieu vivant, que mon Dieu était Dieu, et qu’Il devait être loué.
Je ne me faisais aucun souci pour mes effets.
J’avais déjà souffert la perte de ce que je possédais, et je la pouvais souffrir une fois de plus.
Mais il me semblait que les incroyants à bord devaient avoir l’occasion de constater et de réaliser que Dieu existait et qu’il y avait en effet une réelle différence entre ceux qui le servaient et ceux qui ne le servaient pas.
Après une demi-heure de conversation, l’homme me demanda si on m’avait pris quelque chose. Je l’informai qu’on m’avait effectivement pris ma montre. " Qui vous l’a prise ? "
Je le lui dis et il offrit d’aller la rechercher.
Il partit alors et je ne pensais pas qu’il tiendrait parole.
Mais il revint ! Et, me rendant ma montre, il me recommanda de ne jamais quitter ma cabine sans quoi je risquais de la perdre ainsi que tous les effets.
Il ajouta : " S’il viennent pour vous prendre quelque chose, dites-leur que le Général le leur interdit. "
Et ils vinrent !
Les uns après les autres, et tous me demandaient ma montre.
Je leur répondis que cette montre m’avait été enlevée puis restituée et qu’ils ne pouvaient me la prendre à nouveau.
" Le Général dit que vous ne devez pas prendre mes affaires, que vous ne devez rien me dérober."
Quelques-uns d’entre eux me dirent non sans astuce :
" Qui est le Général ? "
Je répondis simplement : " Je pense que vous le connaissez bien ! "
Le lendemain on vit arriver une jonque portant des fusils et des munitions.
Nous avions commencé par avoir vingt pirates à bord ; nous en avions maintenant cinquante ou soixante.
Ce fut un beau vacarme !
Après avoir embarqué les armes de la jonque, ils pillèrent toutes les autres qu’ils rencontrèrent. Je pouvais tout voir de la porte de ma cabine et je regardais les mines déconfites des occupants des jonques après qu’on les eut dépouillées de leurs chargements.
On apporta des munitions pour les mettre dans la cabine contiguë à la mienne.
J’entendis une voix dire : " Ferme la porte de l’étrangère. "
Ils ne voulaient évidemment pas que je voie quelle quantité de munitions ils possédaient.
Ils essayèrent de fermer la porte, mais la clef se cassa.
Deux heures plus tard, ma porte ayant été rouverte, je vis deux des bandits qui se tenaient dehors et me regardaient.
J’avais souvent vu des bandits dans le Honan, mais je n’avais jamais vu des visages aussi vils que ceux-là.
L’un d’eux poussa l’autre dans ma cabine et referma la porte, mais il ne put la fermer à clef ; celle-ci étant hors d’usage.
Me voici donc seul avec cet homme.
C’était comme si le diable en personne était présent.
Son visage, son cou et ses mains étaient couverts d’ulcères.
Il s’assit sur ma valise, soufflant sa mauvaise haleine jusque sur ma figure.
Je me rappelai la promesse qui m’avait été si précieuse tant de fois dans le Honan, cette province infestée de bandits : " L’ange de l’Eternel campe autour de ceux qui le craignent et les délivre. " Et il me vint aussi une autre parole : " L’Eternel est comme une muraille de feu autour de son peuple. "
Tout autour de moi ! J’en avais fait l’expérience un jour où je devais traverser une contrée pleine de voleurs.
La nuit précédente, je me réveillai soudain et il me sembla que le toit de la maison où je me trouvais avait été soulevé.
Je vis alors une muraille de feu plus élevée que les murs de la maison et une voix me dit :
" L’Eternel est comme une muraille de feu autour de son peuple. "
Je pouvais voir des flèches venir de l’extérieur, des flèches sans nombre, mais je pouvais voir aussi que les flammes les consumaient et qu’aucune d’elles ne pouvait traverser la muraille de feu. Je connaissais cette parole depuis nombre d’années, mais ce n’est qu’à ce moment-là que j’en compris toute la signification.
Dans ma condition présente, j’invoquai donc la promesse que Dieu serait comme une muraille de feu autour de moi pour me protéger contre cet homme.
J’entamai une conversation avec lui.
" Votre mère vit-elle encore ? "
" Oui ", dit-il.
" Quel âge a-t-elle ? "
" A peu près votre âge. "
Je lui posai ensuite des questions concernant son père et le reste de sa famille, et nous eûmes ainsi un long entretien.
Je lui demandai alors d’ouvrir la porte et il m’obéit. On ne pouvait pas la fermer à clef.
J’appris qu’il connaissait un missionnaire et il me dit de lui : " Vraiment c’est un excellent homme, il n’y en a pas de meilleur dans le monde "
Il connaissait aussi d’autres vrais chrétiens. Je crois que la conversation continua ainsi pendant près d’une heure.
Lorsqu’il s’en alla, très tranquillement, il avait les larmes aux yeux.
Jamais plus je ne le revis près de ma porte.
Pendant cinq jours et cinq nuits, ils pillèrent toutes les jonques en vue et envoyèrent le butin à terre.
Quant à la nourriture volée, on la donna aux passagers.
Ceux-ci ne s’étaient pas attendus à être nourris, mais ils l’étaient à l’aide des aliments volés sur les jonques.
Quant à moi, j’avais mes quelques livres de pommes et quatre boites de chocolat.
Depuis la fin de février, j’avais commencé à recevoir ces boites et chaque fois que j’en recevais une j’entendais : " Garde-les pour le cas de besoin. " " Garde-les pour le cas de besoin. "
J’avais aussi quelques biscuits secs, quatorze ou quinze.
Souvent j’aurais voulu les laisser pour ne pas être chargée, mais chaque fois : " Garde-les pour le cas de besoin. "
Je voulais un jour faire cadeau du chocolat alors que j’étais à Pékin, mais : " Garde-le pour le cas de besoin. "
Je commençais même à me demander si je ne devenais pas égoïste en vieillissant. Pendant neuf jours je mangeai des pommes, du chocolat et des biscuits.
Pendant ces neuf jours il me fut impossible d’attirer l’attention des membres de l’équipage ; ils ne voulaient pas s’approcher de moi par crainte de représailles. Ils n’osaient pas me parler, de sorte que je ne pus jamais leur dire que j’avais besoin de quelque chose ni leur poser des questions.
Au bout de neuf jour, je n’eus plus rien à manger.
Mais je savais que le Seigneur avait certainement une solution en réserve.
J’étais sans crainte.
Je ne pouvais admettre que Dieu pût vouloir que je me nourrisse d’aliments dérobés.
Le dixième jour, peu de temps avant l’aube, j’entendis gratter à ma porte.
J’ouvris et aperçus le second officier.
Il entra et me demanda si j’avais quelque chose à manger. " Non, répondis-je, je n’ai rien ".
Bien, dit-il, j’ai une caissette d’œufs dans cette cabine que j’ai achetée à Tientsin avec mon argent personnel.
Soyez tranquille, c’était de l’argent propre.
J’avais aussi une boite de gâteaux chinois.
J’occupais, comme on le sait, la cabine de cet officier qui me l’avait cédée moyennant paiement du double du prix de la traversée.
Chaque matin, il venait gratter à ma porte, prenait et emportait trois, parfois quatre œufs, et les ayant fait cuire, revenait me les donner.
C’est ainsi que du dixième au vingt-troisième jour, j’eus pour mon petit déjeuner un œuf, pour mon déjeuner un œuf, quelque fois deux ; et pour le dîner, un œuf.
Au milieu de la matinée, je mangeais un des petits gâteaux et un autre l’après-midi.
Je demandai à Dieu qu’il voulût bien transformer l’œuf en vrai repas, et c’est vraiment ce qu’il fît, car après avoir mangé un œuf je me sentais rassasiée à tel point que je ne crois pas que j’eusse voulu manger plus, même si j’en avais eu la possibilité.
Le Seigneur me montra aussi que c’était suffisant car lorsque plus tard je pus trouver une nourriture normale, je ne pus manger que fort peu pendant quatre jours.
Je me souviens que le premier jour après ma libération, on me donna un bol de riz.
Le goût en était vraiment délicieux, mais je ne pus néanmoins en manger qu’une toute petite quantité.
Les pirates venaient me voir jour après jour me posant toujours les mêmes questions : " Que voulez-vous ? Ne voulez-vous pas de la nourriture ? Ne pouvons-nous pas vous en donner ? Dites seulement ce que vous voulez et nous vous l’apporterons.
– Non, répondais-je chaque fois, vous savez bien que je ne puis manger ce que vous avez volé.
Or, si je vous demandais quelque chose, vous iriez tout simplement piller des barques et le voler à d’autres. Je ne puis accepter cela.
– Eh bien, disaient-ils, vous mourrez !
– Très bien, je puis mourir, mais je ne puis manger des aliments dérobés. Mais, ajoutais-je, n’ayez aucune inquiétude, je ne mourrai pas. Mon Père qui est au ciel peut préserver ma vie. "
Une fois, un des voleurs vint, et se tenant devant moi les larmes aux yeux, dit : " Pasteur, - ils m’appelaient toujours pasteur. J’ai été en effet pasteur pendant vingt-trois jours ! – Pasteur, dit-il, savez-vous que chaque fois que je prends un repas, j’ai de la peine à avaler en pensant que vous avez faim ?
Si seulement je pouvais acheter quelque chose pour vous, je me hâterais de le faire, employant même pour cela votre propre argent qui n’a pas été volé. Mais vous savez bien que nous ne pouvons rien acheter ici. "
Je dois dire ici qu’ils m’avaient déjà demandé combien d’argent j’avais avec moi.
" Quinze dollars, avais-je répondu, mais vous ne pouvez me les prendre car j’en ai besoin pour mes frais de voyage. Vous comprenez bien cela, n’est-ce pas ? " Et ils avaient répondu simplement : " Oui ! "
Chose curieuse, j’étais partie de Tientsin avec 60 dollars, mais le matin de l’embarquement, pendant que je priais, il me sembla entendre " Ne prends pas autant d’argent avec toi. " Je résolus donc de laisser une somme de 40 dollars à Tientsin.
Au bout de cinq ou six jours, l’état sanitaire du bateau présentait de réels dangers.
Je me rendis compte – vous comprenez ce que je veux dire – que j’étais la seule personne à bord qui montrât quelque intelligence à cet égard, de sorte que je me rendis compte que si quelqu’un devait s’occuper de remédier à tel état de choses, ce devait être moi.
J’en fis une affaire de prière et j’arrivai à cette conclusion que si Dieu peut faire des vents ses serviteurs, il pouvait aussi me susciter des serviteurs parmi les bandits.
J’avais déjà constaté qu’ils fumaient l’opium chaque soir vers six ou sept heures et j’en profitais pour sortir de ma cabine et prendre l’air. Je me tenais ainsi un soir sur le pont lorsque le chef des bandits s’approcha de moi.
C’était un homme aimable ayant une certaine instruction et je pus parler avec lui pendant un long moment.
Finalement, je lui dis : " Ecoutez-moi, où est le capitaine du bateau ? – Il est dans sa cabine. – Je suppose que vous ne lui permettez pas de sortir de sa cabine ? – Non, bien sûr ! – Eh bien !
Vous comprendrez que si vous ne lui permettez pas de sortir, l’équipage ne fera pas ce qu’il doit. Si donc nous devons nous passer du capitaine, vous et moi et les passagers, il faut que vous fassiez vous-même en sorte que ce pont soit nettoyé, balayé et lavé chaque matin. "
Il me regarda pendant un instant et répondit : " Tout ce que vous demanderez sera fait. "
Puis, appelant ses hommes, il leur apprit ce que je venais de lui dire. Les pirates allèrent chercher l’équipage et le nécessaire fut fait aussitôt, ainsi que les jours suivants.
La nuit suivante, j’eus l’occasion de parler des passagers.
Ils avaient besoin de prendre l’air, et il fallait que le chef des pirates leur permît chaque jour de demeurer quelque temps sur le pont " Nous ferons ce que le pasteur a dit. "
La chaleur du soleil étant devenue insupportable, j’en profitai pour dire au chef-pirate que sur un bateau de ce genre il y avait généralement des stores qu’on mettait devant et même par-dessus les cabines.
Le jeune bandit fit chercher et installer les stores.
Ce fut ensuite la question de l’eau potable dont les bandits s’occupèrent selon mes indications. Ils finirent par faire tout ce que je leur demandai.
Les pirates avaient l’habitude de prendre leurs repas devant la porte de ma cabine.
Pillant toutes les jonques qu’ils rencontraient, ils pouvaient se nourrir de toutes sortes de choses succulentes, de homards, de crevettes, etc.…
Pendant ce temps, chaque jour, je leur donnais des traités qu’ils lisaient aussitôt.
L’un d’eux lisait à haute voix et d’autres les commentaient ou essayaient de les expliquer, tout en me posant force questions.
Je voyais parfois des larmes dans les yeux de certains qui paraissaient se rendre compte de leur péché.
Me tenant, selon mon habitude, chaque soir devant ma porte, je pouvais converser longuement avec le chef des bandits.
Le soir précédant leur départ du bateau – mais je ne savais pas qu’ils devaient partir le lendemain – j’eus ainsi une conversation de deux heures.
Je lui racontai ce qui devait bientôt arriver, le retour du Seigneur, l’enlèvement des élus, et la grande tribulation qui devait venir sur la terre.
Dois-je l’avouer ?
Le jour où je vis partir les bandits, j’en éprouvai de la tristesse, parce que mon travail parmi ces hommes prenait fin.
J’en étais arrivée à être tout à fait prête à partir avec eux s’ils devaient m’emmener, quoique je ne pusse vraiment pas voir comment ils pourraient le faire étant donné toutes les promesses que Dieu m’avait faites dans Son livre.
Souvent, ils me disaient : " Ne savez-vous pas que vous valez beaucoup d’argent ? – Bien sûr ! Répondais-je.
Vous avez sans doute souvent rencontré beaucoup d’étrangers qui ne valaient pas autant d’argent que moi ! C’est que, voyez-vous, j’appartiens au Royaume des Cieux, et je suis une enfant de Dieu.
Oui, je vaux en effet beaucoup d’argent. – Mais, justement, nous allons réclamer pour vous beaucoup d’argent.
– Je le regrette, dis-je, mais vous verrez qu’en réalité vous n’obtiendrez pas un seul dollar. Je suis une enfant de Dieu et Il a promis de me délivrer d’entre vos mains. Mais ne croyez pas que pour cela Il soit disposé à vous donner de l’argent ! "
Le Seigneur m’avait rappelé la promesse d’Esaïe 45 : 3 : " Je briserai les verrous de fer, je te donnerai des trésors cachés, des richesses enfouies, afin que tu saches que je suis l’Eternel qui t’appelle par ton nom. " ; et mon cœur était rempli d’une parfaite paix.
Je n’éprouvai pas une seule fois de l’impatience d’être libre.
J’avais été l’une des personnes les plus impatientes qui fussent, mais je sentais maintenant que j’avais été délivrée de cette impatience à tel point que je ne voulais pas même hâter ma libération dans les circonstances présentes.
Les bandits durent s’en apercevoir, car plus d’une fois ils me dirent : " N’êtes-vous pas impatiente ? "
Combien de fois ne m’avaient-ils pas donné l’occasion de montrer de la nervosité !
" Non, avais-je répondu, j’ai été délivrée de toute impatience. Ai-je l’air impatient ? – Non disaient-ils, non, c’est ce qu’il y a de plus extraordinaire, jamais vous ne montrez de l’impatience, quoi que nous fassions. "
Et parfois, pendant leurs repas devant ma porte, ils se disaient : " Pouvez-vous comprendre cette paix qu’elle semble avoir ? On la voit sur sa figure.
Regardez les autres : chaque jour qui passe les montre plus hagards et plus impatients. "
Je savais qu’il en était ainsi, et je remerciais Dieu de cela.
Ils me répétaient : " N’avez-vous pas hâte d’arriver à terre et d’être libérée de tout ceci ?
– Non, Dieu merci, je n’ai aucune hâte, car le Seigneur m’a envoyée en Chine pour prêcher l’Evangile et en ce moment Il veut que ce soit à vous que j’en parle. Je suis donc satisfaite d’être ici. Peu importe à qui je prêche l’Evangile. "
Nous voguions ainsi depuis dix-neuf jours, je crois, lorsque deux hommes vinrent à bord.
Je n’ai jamais su qui étaient ces hommes mais il s’agissait probablement de représentants des armateurs.
Je pouvais entendre leur conversation avec les bandits dans la cabine contiguë à la mienne.
Les bandits leur demandaient $ 200.000 comme prix du bateau et j’entendis un des deux hommes leur demander : " Est-ce que l’étrangère ne pourrait pas en payer la moitié ? "
Le chef répondit : " Il faudra que vous fassiez vite car je dois vous dire qu’elle n’a rien mangé pendant tout le voyage et qu’elle est sur son lit de mort. "
Je ne pouvais tout de même pas laisser ces hommes retourner à terre et dire que j’étais mourante ; je sortis donc de ma cabine et me mis à marcher de long en large.
Le chef me tournait le dos, mais les deux visiteurs, faisant face au hublot, me virent et furent assez convaincus que j’étais en fait bien en vie….
Pendant les cinq derniers jours j’entendis souvent les bandits parler de mon départ avec eux.
Je jugeai que les canonnières devaient être à proximité, non pas que les bandits en avaient fait la moindre mention, mais comme ils parlaient souvent de leur départ en bateau, j’en tirai la conclusion qu’un danger devait les menacer.
En fait, j’appris plus tard que les canonnières nous cherchaient déjà depuis une quinzaine de jours.
A trois occasions différentes, les bandits dressèrent un plan de départ qui comportait mon enlèvement avec eux.
A un moment donné, il y eut autour de nous une quarantaine de jonques dont les bandits allaient faire usage et on alla jusqu’à désigner celle sur laquelle je devais embarquer.
On avait transporté toute la literie nécessaire et les vivres pour tous les bandits et moi-même, et nous étions sur le point d’abandonner le bateau lorsqu’une tempête éclata forçant les jonques à rallier le rivage pour être le plus à l’abri.
De sorte que le départ fut remis.
Les bandits continuaient à discuter pendant des heures, parlant de mon enlèvement et mentionnant un grand nombre de localités que je ne connaissais pas.
Mais je possédais quelques merveilleuses promesses : " Oh ! Que tes biens sont grands, que tu as réservés pour ceux qui te craignent, et que tu fais pour ceux qui se retirent vers toi aux yeux des fils des hommes ! Tu les caches dans le secret sous ta face, loin de l’orgueil des hommes, tu les préserves dans une tente des langues qui les attaquent. " (Psaume 31 : 20)
Et une autre : " Le butin du puissant lui sera-t-il enlevé ? Et la capture faite sur le juste échappera-t-elle ? – Oui, dit l’Eternel, la capture du puissant lui sera enlevée, et le butin du tyran lui échappera. " (Esaïe 49 : 25 à 29).
Une première fois, ainsi leurs plans avaient été déjoués et les bandits continuaient à discuter.
Quant à moi, je me tenais là à me rire de leurs efforts.
Je me souvenais que le Seigneur dans les cieux rit des complots des hommes, et je riais avec Lui.
La deuxième fois, leur projet ne réussit pas plus.
Un de leurs envoyés revint avec un message qu’ils se mirent à discuter jusqu’au moment où ils s’aperçurent que c’était l’heure de l’opium….
Et l’heure du départ fut de ce fait encore retardée.
La troisième fois, j’entendis le commandement : " Va dire à l’étrangère d’embarquer dans la jonque, car il nous faut partir aujourd’hui. "
C’était le jour précédant ma libération.
L’homme vint ; j’ouvris ma porte et le regardai fixement. Il en fit autant mais ne prononça pas une parole.
Au bout d’un long moment, il claqua la porte et s’en alla et je l’entendis dire : " Non, je ne peux pas le lui dire. Ce serait lui faire du tort une deuxième fois. "
A cet instant, un des messagers apporta la note qu’ils se mirent à discuter comme précédemment. Encore une fois l’heure de l’opium arriva et le départ fut encore remis.
Le vingt-troisième jour – c’était un dimanche – à trois heures de l’après-midi, on entendit le bruit du canon.
La plupart des pirates – il y en avait environ cinquante à bord – quittèrent immédiatement le bateau. Il n’en resta qu’une dizaine.
On fit sortir le capitaine de sa cabine et pendant deux heures ce fut une course entre notre bateau et la canonnière.
Et quelle course !
Les bandits se rendirent bientôt compte qu’ils ne pourraient jamais distancer leur poursuivant.
Pendant ces deux heures, j’entendis souvent : " Il faut que l’étrangère parte avec nous ; il nous faut absolument une figure étrangère avec nous ; ils ne tireront jamais sur nous tant que nous aurons l’étrangère avec nous. "
Finalement ils durent quitter le bateau et monter à bord des jonques, et l’un d’eux dit : " A quoi sert d’emmener l’étrangère avec nous ?
Elle n’a rien mangé depuis vingt-trois jours ; elle ne pourra pas courir, elle ne pourra pas marcher.
Vous voyez bien dans quelle situation nous sommes. Laissons-là ! " et on me laissa là !
Mais bien sûr ! " Oui dit l’Eternel, la capture du puissant lui sera enlevée, et le butin du tyran lui échappera. "
Pendant tout ce temps à bord, ma seule difficulté – j’avais assez d’eau à boire, quoique je n’eusse point d’eau pour ma toilette sinon quelques gouttes de mon eau potable – la seule difficulté, dis-je, fut l’inquiétude que je ressentais à l’égard de mes vieux parents.
Je me demandais comment ils recevraient la mauvaise nouvelle.
Ils sont âgés de plus de quatre-vingts ans et ma mère n’est pas très robuste.
Mais le Seigneur finalement me dit : " Ne crains rien, Marie. "
Il l’avait dit à mon cœur et j’avais répondu : " Je ne serai pas anxieuse, j’obéirai, je ne serai pas inquiète. " Mais le diable fit tout ce qu’il put pour me rendre mon inquiétude.
Chaque jour, je disais à Dieu : " Seigneur, prends soin d’eux. " Je m’efforcerai de n’être point anxieuse. Je m’efforcerai d’obéir. "
Et le Seigneur prit soin d’eux.
Certain jour, les journaux racontèrent qu’une jeune missionnaire, une demoiselle Monsen, avait été emmenée captive par des pirates en Chine.
Ma sœur lut l’article et se dit aussitôt que cette " jeune " missionnaire ne pouvait être que sa sœur.
Elle rentra à la maison et raconta la chose à ma mère, et ma vieille mère dit simplement : " Je le regrette beaucoup pour cette jeune missionnaire. Il eut été préférable que ce fût notre Marie, qui connait tellement mieux la Chine et les Chinois. "
Lorsque plus tard, ils reçurent la nouvelle qu’il ne s’agissait pas d’une jeune demoiselle Monsen, mais de celle-ci, ma mère déclara : " Je suis tellement heureuse de savoir que ce n’était pas la jeune missionnaire. "
Ils reçurent cette nouvelle un lundi, mais le jeudi suivant un télégramme vint disant que j’avais été délivrée. Or, il s’en fallut à ce moment de sept jours que je ne fusse délivrée !
De sorte que sept jours avant le départ des pirates, des réunions d’actions de grâce et de louanges avaient commencé à la maison pour remercier Dieu de m’avoir délivrée.
Et Dieu intervint
Il faut que je mentionne encore une chose.
Il s’agit de ce qui fut accompli pendant ces jours par la prière. Je m’en rendais déjà compte pendant ma captivé, mais par la suite je pus voir les choses plus clairement encore.
C’est ainsi que pendant les quatre ou cinq premiers jours, personne ne priait pour nous puisque personne ne pouvait savoir que nous étions en difficultés. Et pendant ces cinq premiers jours, il me semblait que je luttais constamment contre un courant adverse, quoique je sentisse que les forces nécessaires m’étaient données et que je finirais par remporter la victoire.
Mais dès que les amis en Norvège eurent appris notre disparition et eurent commencé à prier pour moi, je notai une grande différence. J’avais le sentiment d’être réellement portée comme si je " flottais " sur les eaux, me reposant sur les promesses de Dieu.
Et pendant les derniers sept jours, ces jours sans doute les plus difficiles à cause de la lutte si dure entre les puissances de lumière et les puissances des ténèbres, pendant ces jours-là, je débordais, tout simplement, d’une joie profonde.
Après le départ des bandits, je fus heureuse de pouvoir écrire à mes amis pour leur raconter mon odyssée.
Mais les passagers m’entouraient constamment et pendant deux jours je fus débordée. Pendant qu’on faisait enlever tout le butin accumulé à bord, on se battait presque pour avoir les quelques traités qui me restaient.
Les passagers disaient : " Nous avons vu que votre Dieu est vraiment un Dieu, et nous voulons nous aussi croire en Lui. "
Les pirates leur avaient souvent parlé de moi et de tout ce qu’ils avaient entendu et vu. " Nous avons vu que votre Dieu est bon et nous voulons le connaître aussi. "
Amis, je remercie Dieu pour le Livre des Promesses et je lui rends grâces pour sa fidélité à les accomplir et de ce que j’aie pu moi-même faire l’expérience de cette fidélité.
Un bon berger
Similitude et analogie entre Jésus, le bon berger, et les pasteurs ou responsables d’Eglise.
Introduction :
Cette étude ne cherche pas simplement à étudier Jésus le bon berger, ses capacités, et son rôle dans notre vie, mais voir si nous responsables chrétiens, nous sommes de bons bergers.
1 – Le berger humain
Le 1er dictionnaire Larousse de 1868 cite une réflexion d’un écrivain (DAUBENTON).
Un bon berger doit connaître la meilleure manière de loger son troupeau, de le nourrir, de l’abreuver, de le faire pâturer, de l’améliorer.
N’est-ce pas en quelques lignes, la tâche d’un berger, mais aussi celle d’un berger spirituel. ?
2 – Le berger spirituel
Quelquefois, nous lisons ou entendons des affirmations, des éloges sur les bergers.
Exemple : Il a un cœur de berger.
Belle affirmation, qui devrait être notre but et la réalité.
Mais cela est donné quelquefois à des prédicateurs itinérants, qui ne parlent qu’aux brebis des autres.
Un berger est celui qui a des brebis bien sûr celles que le Seigneur lui a confiées, et il est aussi celui qui va chercher les autres, afin qu’elles connaissent Jésus le vrai berger.
Le berger ou pasteur est le conducteur d’un troupeau, il est aussi le responsable devant Dieu et les hommes, mais il n’est pas le propriétaire du troupeau (très important).
Le berger doit conduire son troupeau dans de bons pâturages, c'est-à-dire dans une lecture et une étude sérieuse de la Parole de Dieu " la Bible ".
L’apôtre Paul dit aux Ephésiens : " Je vous ai fait connaître tout le conseil de Dieu, sans rien vous cacher " (Actes 20 : 27)
Un berger doit avoir des pâturages adaptés, une paroisse en rapport avec ses brebis.
Certains bergers voudraient être conducteurs pour toute une région, ou un pays, alors qu’ils n’ont que quelques dizaines de brebis.
Ils veulent prêcher jusqu’à " Tombouctou ".
C’est une tendance humaine et moderne, mais peu biblique.
Soyons modestes, évangélisons nos familles, notre quartier, ou notre petite ville.
Un ami berger à qui je demandais qu’est-ce qu’un bon berger, m’a répondu : " Je ne sais pas, mais je sais une chose, c’est qu’il y a beaucoup de mauvais bergers. "
Un autre, qui est dans le commerce des moutons, à qui je posais la même question, m’a répondu : " Les mauvais bergers ne durent pas longtemps. "
Dans ces paroles il y a de quoi méditer.
Dans les temps anciens, on payait les bergers avec des brebis du troupeau comme Jacob, mais il y avait une tendance à ce que le berger soigne mieux ses propres brebis, et s’occupe moins bien des brebis du propriétaire.
Là aussi, il y a matière à réflexion, un vieux proverbe disait : " Mouton de berger ne meurt jamais ".
Regardons-nous toutes les brebis du Seigneur comme Christ les voit, ou faisons-nous une distinction nette entre les nôtres et celles des autres ?
Si c’est le cas, relisons le Psaume 23 et Jean 10, et essayons avec l’aide du Saint-Esprit, de ne faire aucune distinction.
Quelqu’un a dit : " Depuis quand les brebis dictent-elles au berger ce qu’il doit faire ? "
Apprenons que nous ne sommes pas le bon berger (Jésus) mais des sous-bergers malgré notre ministère et nos dons, apprenons l’humilité (qualité rare aujourd’hui).
Les brebis peuvent nous apprendre beaucoup.
Les bergeries
Certains possèdent une belle bergerie et peu de brebis.
Sachons que notre tâche sur la terre, est de remplir le ciel. Travaillons pour la bergerie céleste où Christ accueillera nos brebis.
Rappelons-nous le vieux proverbe morave :
" Quand le temple est en or, les chrétiens sont de bois, "
" Quand le temple est de bois, les chrétiens sont d’or. "
Bergers ou êtes-vous ?
Un article d’une conférence donnée à Paris a retenu mon attention.
Bergers, où fuyez-vous ?
Quand nous regardons attentivement et avec réalisme l’Eglise de Jésus-Christ, nous voyons que sa vocation est en baisse.
Peu veulent être des bergers !
Peu désirent se donner corps et âme au Seigneur, il y a des chanteurs, des musiciens, des travailleurs sociaux, mais être bergers ou évangélistes cela manque.
Pourquoi ?
Il y a une excuse très souvent employée : " Je n’ai pas l’appel ".
Quelqu’un a dit : " Si tu n’as pas l’appel ou la pelle, prends la pioche. "
Chez les premiers disciples, nous ne voyons pas du tout la différence entre l’appel ou la consécration.
Pour ma part, quand j’ai donné mon cœur au Seigneur, il y a 53 ans, c’était pour le suivre et le servir.
" Je n’ai pas reçu l’appel " est très souvent une excuse pour ne pas s’engager plus loin avec le Seigneur.
Il est facile de louer Dieu, de chanter, et même de danser pour Dieu, mais se lever pour Dieu, pour le servir est une autre chose.
Attention
Je termine avec une réflexion personnelle.
Le plus grand obstacle à la vocation de berger, n’est pas le diable, ni le monde, mais c’est l’Eglise.
Si un chrétien dit qu’il veut servir Dieu, et qu’il désire être un berger pour Dieu, les chrétiens au lieu de se réjouir et de prier pour la vocation, ont des paroles qui découragent le futur serviteur.
Et l’on pourra entendre :
" Il y a tant à faire ici, "si cela est une vocation missionnaire.
" Tu peux servir Dieu dans ton travail. "
" Le Seigneur veut des gens qui travaillent pour donner leur dîme. "
" Le Seigneur ne demande pas tant. "
Je pourrais à l’infini citer des excuses et des paroles de chrétiens, à ceux qui veulent s’engager pour Dieu.
Conclusion
Être berger, c’est la plus belle des vocations, amener des âmes à Jésus-Christ, aider des brebis perdues, et par notre exemple, nos prières, notre travail, notre disponibilité, être au service de Dieu et des hommes.
Dieu bénira notre ministère, et il dira : " Rentre dans la joie de ton Maître, bon et fidèle serviteur. "(Matthieu 25 : 21)
Témoignages de la puissance de Dieu
Une bonne année
Tous nos lecteurs désirent avoir une bonne année.
Il dépend de chacun de nous que ce souhait de notre cœur se réalise. Il suffit pour cela d’être fidèle au Seigneur en faisant sa volonté.
Et si nous faisons la volonté de Dieu, nous aurons une vie utile à nos semblables et nous glorifierons Dieu.
Traverser ce monde en faisant du bien parce que l’on vit dans la communion de Dieu, qu’y a-t-il de plus beau ? Vivre ainsi, c’est s’amasser des trésors pour l’éternité.
Dans le pays des Bassoutos, une pauvre femme fut battue par son mari parce qu’elle voulait suivre la classe des catéchumènes.
Furieux de la persistance de son épouse, cet homme finit par lui lier les mains et la battit tant qu’il put.
Puis il lui dit :
- Eh bien, maintenant que tu est attachée, est-ce que tu vois ton Dieu ?
- Oui, répondit-elle, je le vois dans mon cœur.
L’homme fut désarmé par cette parole.
Il délia sa femme en déclarant qu’il était vaincu et qu’il voyait vraiment Dieu dans sa femme.
Le Saint-Esprit dans cette chrétienne avait remporté une grande victoire en amenant le mari à la foi. Cette païenne convertie ne pouvait-elle pas dire, après cette victoire, que l’année était bonne pour elle ?
Ce que le nom de Jésus peut faire
Il y a quelques années, nous voyagions dans le pays des Béchuanas, au sud de l’Afrique.
Des pluies continuelles nous contraignirent à nous arrêter auprès d’une rivière.
Notre seul abri fut un vieux wagon d’un convoi de bœufs.
D’autres voyageurs firent comme nous, et bientôt on vit tout un campement au bord du torrent.
Les désagréments ne manquaient pas dans cet endroit marécageux : de la pluie, toujours de la pluie, et de la boue abondamment.
Si la pluie cessait, les moustiques faisaient leur apparition et rendaient les nuits insupportables. Nous ne pouvions ni préparer nos repas, ni dormir.
Je me demandais pourquoi Dieu permettait une pareille perte de temps ; le récit suivant nous apporta bientôt la réponse divine.
Sur la grande route fréquentée par tous les marchands qui se rendaient à Kimberley, de l’intérieur, avec leurs marchandises, se trouvait une horrible taverne.
Des centaines d’indigènes y buvaient tant qu’ils perdaient leurs wagons, leurs bestiaux, leurs troupeaux.
Les petites fortunes, péniblement amassées, furent perdues au bout de quelques mois pour enrichir cet infâme marchand.
A la vue des tentations que notre civilisation mettait à la portée de ces pauvres sauvages, je rougis de honte.
Un jour, étant dans l’angoisse à leur sujet, j’adressai à notre Père céleste une prière presque désespérée. La réponse ne tarda pas ; je sentis la paix de Dieu m’envahir, et en même temps une voix me dit : Va vers la cantine.
Je descendis du wagon et me dirigeai vers le cabaret.
De tous les êtres humains qui entouraient la porte, il me sembla n’en voir qu’un.
C’était un sauvage âgé dont quelques lambeaux dégoûtants couvraient à peine la moitié de son corps sale ; il avait des plaies partout, la figure bouffie, les yeux voilés, car le poison mélangé aux boissons à bon marché vendues aux indigènes, produit une sorte de voile sur les yeux.
On s’éloignait instinctivement d’une créature si répugnante.
Il marchait en chancelant vers l’entrée, cherchant encore à boire.
Je lui adressai la parole :
- Vieil homme, je veux vous parler.
Il me regarda d’un air hébété.
- Venez avec moi.
Il me suivit auprès du wagon.
Je parlais sa langue avec peine et ce ne fut pas sans difficulté que je lui demandai pourquoi il se tuait avec ce poison.
- Pourquoi ? Répondit-il, pourquoi ? Vous le savez bien pourquoi ; c’est parce que je ne puis pas m’en empêcher.
- Mais si, vous le pouvez, vous n’êtes pas forcé de continuer à boire.
- Comment, dit-il, croyez-vous qu’un homme serait assez stupide pour continuer à prendre cette eau de feu, s’il pouvait s’en empêcher ?
Non, non, vous autres blancs, vous le savez très bien, et c’est à cause de cela que vous nous apportez ces breuvages ensorcelés ; vous savez bien qu’une fois qu’on y a goûté, on ne peut jamais s’en passer. C’est mon cas.
Pendant des mois, après l’installation de la cantine ici, je ne voulais pas y mettre les pieds, je voyais comment mes voisins se rendaient malades, comment ils devenaient fous, comment ils donnaient leurs bestiaux, leurs chèvres, leurs moutons à l’homme blanc pour avoir une bouteille de cette boisson ; comment ils ne pouvaient pas se contenter de peu et qu’il fallait tout donner jusqu’à ce que leurs corps fussent couverts de plaies comme le mien l’est aujourd’hui, qu’un voile couvrit leurs yeux et que leurs mains tremblantes ne pussent porter à leur bouche leur nourriture sans la renverser.
- Un jour cependant, je fus tenté de prendre une goutte ; il y a cinq ans de cela, et vous savez ce qui arrive quand une fois on a goûté cette boisson magique de l’homme blanc.
Ce fut fini, je n’eus plus de pouvoir sur moi-même, je bus jusqu’à ce que tout fût vendu chez nous.
Ma femme pleurait de me savoir sous la puissance de l’homme blanc ; elle est triste, et moi je suis malade, presque aveugle, mais il faut que je boive, il le faut, il le faut.
Je le suppliai de s’arrêter par pitié pour sa femme et ses enfants.
Il se mit à rire, d’un rire désespéré.
- Je voudrais, dit-il, me guérir de cette maladie, mais vous le savez bien, il n’y a pas d’espoir pour moi, personne sur la terre ne peut me guérir.
- Oui, oui, m’écriai-je, pendant que ce verset venait à ma mémoire : " Ce ne sont pas ceux qui sont en santé qui ont besoin de médecin, ce sont ceux qui se portent mal. "
Et je lui parlai de Jésus, le grand Médecin qui guérissait tous ceux qui le cherchaient. Comme je lui citais cas après cas de personnes guéries par Jésus, une lueur d’espérance passait dans ses yeux voilés.
Il m’interrompit vivement :
- Est-ce vrai, Missi ? Est-ce vrai, Missi ? Me dites-vous la vérité ? Où est cet homme ? Demeure-t-il à Kimberley ? Oh ! Menez-moi chez ce médecin, je travaillerai pour lui, je lui chercherai dix wagons de bois s’il le faut ; seulement qu’il me guérisse.
Je lui dis que ce médecin n’avait pas besoin d’argent et qu’on n’avait seulement qu’à lui demander la guérison.
Mais ici, une difficulté se présentait : cet homme était païen et n’avait jamais entendu parler du Christ.
Comment l’aider à s’adresser à un Sauveur invisible ?
Je demandai au Saint-Esprit de l’éclairer, je lui parlai de la vie de Jésus-Christ quand il était sur la terre, de sa puissance et de son amour ; mais tout ceci ne faisait qu’augmenter son désir de le voir.
Implorant l’aide de Dieu, j’eus l’inspiration de prendre ma Bible, puis l’ouvrant au chapitre 3 des Actes, je lui racontai mot à mot l’histoire de l’homme boiteux dès sa naissance, à qui Pierre et Jean apportèrent le message : " Au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche ", et comment il fut guéri aussitôt.
L’Esprit béni éclaira ce pauvre sauvage, et il le comprit.
Après quelques moments de silence, il me dit :
- Dites-moi son nom.
Je le lui dis.
- Comment puis-je le lui demander ?
Je répondis : " Ici même ".
Et je m’agenouillai sur l’herbe mouillée ; le vieil homme fit de même.
Jamais je n’oublierai ce moment ; le soleil perçait les nuages sombres et jetait sa lumière sur ce pauvre vieux Cafre abruti qui était là par terre, la figure cachée dans ses mains et cherchant la délivrance.
En quelques mots entrecoupés, car mon cœur était bien gros, je demandai à Dieu de glorifier son Fils Jésus-Christ en montrant sa puissance pour guérir ce pauvre corps brisé.
Après cela, le pauvre vieux païen dit :
- Médecin puissant, guéris-moi.
Il se leva et me demanda encore une fois son nom.
- " Jésus " répondis-je.
- Jésus, Jésus, murmurait-il en s’en allant.
Je le perdis de vue parmi les wagons, et ce même jour nous partîmes pour un endroit plus sain et plus tranquille, situé à quelques kilomètres de là.
Au bout de quelques jours, nous revînmes sur nos pas pour traverser le torrent.
Comme nous nous en approchions, une femme vint à moi :
- Missi, me dit-elle, est-ce vous qui avez parlé à mon mari la semaine dernière ? Que lui avez-vous fait pour qu’il soit guéri de la boisson ?
- Comment ! Répondis-je, ne vous l’a-t-il pas dit ?
- Non, il m’a dit qu’il ne savait pas s’il avait le droit d’en parler. Mais, oh ! Missi, il est guéri ; mon mari est guéri ; il n’est plus retourné au cabaret quoiqu’il ait encore de l’argent dans son mouchoir.
Hier, j’ai eu peur qu’il n’y aille : un de ses camarades vint le chercher, le prit même par le bras pour l’y conduire.
Oh ! Comme mon cœur saignait ; quand tout d’un coup mon mari, s’arrachant de son bras, s’en retourna à la maison.
Oh ! Il est guéri ! Il est guéri !
A ce moment, l’homme arriva.
Quelle figure transformée !
Des larmes de joie dans les yeux, il s’écria :
- C’est vrai, tout ce que vous m’avez dit est vrai. Ma femme voulait savoir comment je fus guéri. Ai-je le droit de lui dire ?
Il pensait peut-être qu’il n’avait pas le droit de parler d’une puissance si sacrée.
- Oh ! Oui, répondis-je, vous pouvez tout lui dire.
S’approchant alors de sa femme, il murmura d’un ton de profond respect : " Ma femme, ce n’est qu’un nom tout simplement. "
Se tournant ensuite vers moi, il me dit : " Puis-je dire le nom ? " Et comme j’acquiesçai, il prononça tout bas le mot " Jésus ".
Il est impossible d’exprimer par des mots l’effet que fit sur moi cette parole.
Ce nom ne m’a jamais quitté, il m’a fortifié à l’heure des tentations, m’a donné de l’espoir pour les êtres les plus dégradés et les plus repoussants.
Oh ! La puissance de ce nom !
Ce Cafre l’a trouvé puissant. " Un nom !
" Tout simplement un nom ", comme il le disait à sa femme.
Le désir de boire l’avait quitté, et il se trouva guéri lorsqu’il répéta ce nom.
Comme il le disait : " Ma bouche fut nettoyée et devint comme celle d’un petit enfant, et mon corps devint fort et bien portant. "
Le jour où il fut sur le point de céder à la tentation, il me disait : " Quand j’étais sur la route pour retourner à la cantine, je sentais la maladie qui revenait.
Il y avait le feu au-dedans de moi.
Oh ! J’avais peur, j’avais peur.
Mais là, auprès de ce buisson, je criai trois fois doucement : " Jésus ! Jésus ! Jésus ! " et la maladie m’a aussitôt quitté ; mon corps ne brûlait plus.
Je suis retourné à la maison. " Ainsi, ma femme, tu le vois, c’est tout simplement un Nom. "
La vieille Morosi
Morosi, pauvre ignorante femme zoulou, échouée au Lessouto, était déjà vieille quand elle reçut le message du salut.
Du jour où, convaincue de son péché, elle eut trouvé en Jésus son Sauveur, elle se sentit tenue de faire quelque chose pour les serviteurs de Dieu qui lui avaient apporté la bonne nouvelle.
Mais comment leur témoigner sa reconnaissance, elle, pauvre et brisée ?
L’idée lui vint qu’elle pouvait balayer la cour de la maison missionnaire, et dès lors, armée de son balai, elle venait chaque jour balayer et rebalayer.
Quand on lui disait : " Morosi, repose-toi, tu as bien balayé. – Non, avait-elle l’habitude de répondre, il faut que ce soit beau comme la maison d’un chef. Notre père représente le grand Chef du ciel. "
Le jour où devait se payer les contributions de l’Eglise arrivait-il, Morosi était toujours la première à apporter sa cotisation.
" Morosi, lui dit un jour la femme du missionnaire, toi, la plus pauvre, tu es toujours la première à apporter ton argent ! – oui, mère, répondit la vieille ; c’est parce que je suis la plus pauvre que je me hâte de le donner, pour que je ne risque pas de mettre à autre chose la part du Seigneur. "
Et pourtant Morosi restait triste, abattue.
" Qu’as-tu donc, Morosi ? " lui demanda enfin le missionnaire.
- Oh ! Père, je ne sais pas prier ! C’est inutile ; je ne peux pas, c’est trop difficile.
- Mais comment, ne sais-tu pas que tu peux tout dire à Jésus ?
- Non maître, c’est inutile ; le lessouto n’est pas ma langue, je ne peux pas prier en lessouto ; j’ai essayé, j’ai essayé, je suis trop vieille et ma tête est trop dure.
- Mais, Morosi, pourquoi ne pries-tu pas en zoulou ?
- Maître, est-ce que je peux prier en zoulou ? Est-ce que Dieu comprend la vieille Morosi priant en zoulou ? "
Et depuis ce jour, Morosi a été heureuse ; elle a prié en balayant, elle priait et chantait, toujours pleine d’une seule ambition, celle de faire de son mieux les plus humbles services.
Une fois, obéissant à d’instantes invitations, elle était allée voir ses enfants encore païens.
Mais, le soir même, elle revint en disant : " Non, je ne peux plus m’éloigner de mes maîtres. "
Peu après, elle arrive un matin comme d’habitude avec son balai : " Mère, voici mon balai, je ne peux plus ! Morosi n’a plus de force. "
Et Morosi s’est couchée pour s’endormir quelques jours plus tard dans les bras de son Sauveur.
" Je n’ai plus besoin de prier, je n’ai plus besoin de chanter ; tout cela est fini, mais tout est si beau ! "
Telles ont été quelques-unes de ses dernières paroles.
(Journal de l’unité des frères)
Dieu n'a point égard aux apparences
Une petite fille noire, âgée de huit ans, fut brusquement interpellée par un jeune garçon qui lui demanda :
- Mollie, est-ce que tu pries ?
- Oui, répondit la petite noire un peu confuse, je prie tous les soirs.
- Est-ce que tu crois que Dieu t’entend ?
- Je sais qu’il m’entend.
Le garçon, qui voulait l’embarrasser, ajouta :
- Crois-tu que Dieu écoute les prières des enfants noirs comme celles des enfants blancs ?
La petite fille réfléchit un moment :
- Maître Georges, répondit-elle, je parle aux oreilles de Dieu et non pas à ses yeux. Ma voix est exactement comme celle des autres enfants, et si je dis ce que je dois dire, Dieu ne s’arrêtera pas à regarder ma peau.
Un zoulou
Un zoulou nommé Philip Charles, s’étant converti, s’est immédiatement mis à l’œuvre pour réparer les fautes de son passé.
Nombre de personnes ont été agréablement surprises en recevant le paiement de dettes qu’elles regardaient dès longtemps comme périmées.
Le vieux chef lui-même n’en crut pas ses yeux en voyant Philip lui amener un wagon, en compensation des sommes qu’il lui avait escroquées, ainsi qu’à son père ; un autre homme influent ne fut pas moins étonné, en voyant arriver chez lui un troupeau de belles brebis, que le nouveau converti avait gagnées jadis par des moyens déshonnêtes.
Les gens le croyaient fou.
Le chef ne partage pas leur avis et dit que, si Philip vient prêcher dans leur endroit, il ne pourra s’empêcher de se convertir.
L’habit neuf
Un missionnaire avait fait une vive impression sur deux de ses auditeurs et troublé leur conscience par le sentiment de leurs péchés.
L’un était blanc, l’autre un homme de couleur.
Ce dernier, après s’être repenti, en vint bien vite à ne chercher sa consolation que dans la foi au pardon de Dieu et au sacrifice de Jésus-Christ.
Le premier au contraire, fut longtemps dans l’angoisse, et presque dans le désespoir ; mais à la fin il trouva aussi la paix par la foi.
Un jour, il rencontre l’homme de couleur, et lui témoigne sa surprise de ce qu’il avait trouvé la paix bien plus promptement que lui.
- Frère, lui dit l’homme de couleur, un prince très riche est venu ici et nous a offert des vêtements neufs. Tu as regardé ton habit et tu as dit : mais, il me semble encore assez bon ! Il peut durer encore quelque temps.
Pour moi, j’ai regardé mes vieux vêtements et j’ai dit : ils ne valent plus rien ; je vais les mettre de côté et accepter ceux qui me sont offerts !
En d’autres termes, frère, tu as voulu faire durer quelque temps ta propre justice, tandis que moi, j’ai compris le néant de ce moyen de salut, et je me suis revêtu avec empressement de la justice et du pardon de Jésus.
Bonne leçon d'un noir
Un pasteur anglais se promenant un jour au bord de la mer, aperçut de loin un homme qui était assis sous un arbre ; il avait un gros livre sur ses genoux et regardait alternativement dans ce livre, puis en haut. Ses gestes extraordinaires attirèrent l’attention du pasteur qui s’approcha doucement.
Il reconnut bientôt que c’était un noir et que le livre qu’il lisait si attentivement était une Bible. Il l’aborda et lui demanda ce qu’il faisait là.
Le noir le regarda avec une expression de joie profonde et lui répondit :
" Je suis arrivé d’un pays éloigné sur un de ces navires et avant de m’embarquer de nouveau, j’ai voulu me reposer et avoir un entretien avec mon Père qui est dans les cieux.
C’est pour cela que je suis venu dans cet endroit tranquille.
- Qu’entendez-vous par cette conversation avec votre Père qui est dans les cieux ? continua le pasteur.
– Ne le savez-vous pas ? reprit le noir, en regardant attentivement l’homme blanc.
Et bien, j’ai ici le livre de mon Père. J’en lis un ou deux versets et c’est comme si mon Père me parlait. Je lève alors mes yeux vers lui pour lui répondre ; ensuite je lis plus loin dans mon livre, écoutant ce qu’il a à me dire, et puis je lui parle de nouveau.
Ce sont là de doux entretiens et, après des heures pareilles, je suis rafraîchi et de nouveau tout disposé à travailler. "
Le pasteur, vivement impressionné, serra la main de ce frère en Christ qui, dans sa simplicité, venait de lui donner un précieux enseignement sur la manière de lire avec profit les saintes Ecritures.
- Notre Père céleste ne serait-il pas heureux d’avoir avec nous de tels entretiens ?
Dans l'Ouganda
Il est intéressant de constater le progrès des missions dans ce pays et le cas suivant montre à quel point se développe l’esprit d’énergie, d’initiative et de renoncement des chrétiens indigènes.
Environ à 7 heures, un matin, le temple d’un certain village fut frappé par la foudre et brûlé.
A 9 heures 30, le missionnaire tenait une réunion des chefs principaux pour discuter la question de la reconstruction.
Le plus haut chef dit :
- Nous sommes fatigués de voir notre temple brûler. C’est déjà la seconde fois.
Nous en avons parlé ensemble et nous avons décidé d’avoir un toit en fer pour le nouveau.
- Savez-vous ce qu’un toit de fer va coûter ? demanda le missionnaire. Cela fera environ 5. 000 francs.
5.000 francs est une somme fabuleuse dans un endroit où la vie est d’un bon marché sans égal.
Le chef se tourna vers lui avec une imposante dignité dans les manières et dit tranquillement :
- J’avais même pensé que cela coûterait davantage, mais nous avons décidé d’avoir un toit de fer et nous le ferons.
Et ce fut fait. En dépit des immenses difficultés, de la " maladie du sommeil " qui fauchait des centaines de personnes chaque semaine, en dépit des circonstances commerciales très défavorables, ces hommes ont maintenant leur temple de pierre avec un toit en fer.
Le serviteur fidèle
A l’époque de la guerre d’Amérique, un père de famille allait d’Amérique en Angleterre, accompagné de sa femme et de ses enfants.
La mère mourut au cours de la traversée, et les deux petits-enfants furent confiés aux soins d’un jeune noir nommé Caffa.
Celui-ci, âgé seulement de dix-sept ans, était avec les enfants sur l’un des bâtiments de l’escadre, tandis que le père, homme d’un rang élevé, était sur le vaisseau amiral.
Il survint une tempête, qui fracassa le navire où était le jeune homme et les enfants, de sorte qu’ils étaient en danger de périr.
Le vaisseau amiral envoya une chaloupe pour recueillir les passagers.
Mais la chaloupe fut bientôt pleine et il n’y restait plus de place que pour les enfants ou le jeune homme.
Que fera celui-ci ?
Il n’hésite pas ; il soulève les deux enfants, les descend dans la chaloupe et prononce ces mots :
- Dites à mon maître que Caffa a fait son devoir.
La chaloupe s’éloigna, et l’on vit un moment après le navire sombrer en mer.
Les flots engloutirent le jeune homme, mais son âme fut recueillie auprès du Seigneur, qui a donné sa vie pour nous, afin que nous sachions aussi donner notre vie pour nos frères. (1 Jean 3 : 16)
Au coeur de l'Afrique
L’attention est toujours plus attirée aujourd’hui vers l’Afrique, mais les récits des explorateurs modernes ne font pas oublier les souffrances et les succès des premiers missionnaires qui ont pénétré dans l’intérieur du continent noir.
L’un d’eux, Moffat, parti pour évangéliser les Hottentots, avait pris pour but le village d’un chef nommé Africaner, connu pour ses violences.
A la tête des hommes de sa tribu, Africaner avait mis à feu et à sang de vastes contrées ; toutes les tribus qui l’avoisinaient redoutaient les incursions de ce chef.
Nous préférions, disaient les gens de ces tribus, passer de longues nuits au milieu des bêtes féroces, plutôt que d’affronter les regards de ce lion rugissant.
Son nom était un épouvantail même pour ses sujets.
Africaner, disait-on à Moffat, fera de ta peau un tambour et de ton crâne une coupe pour boire de la bière.
Moffat pourtant continua sa route.
Il arriva sans défense, sans armes.
A travers mille souffrances, il annonça à ces pauvres sauvages cet Evangile que tant de soi-disant chrétiens refusent d’accepter.
Le chef de la tribu fut le premier à se convertir. Il apprit à lire et le Nouveau Testament devint son compagnon inséparable.
Une merveilleuse transformation s’était opérée en lui.
Il secourait les plus misérables, s’occupait de l’école.
C’était réellement un homme nouveau.
Quelques années après, Moffat, devant retourner au Cap, résolut de prendre avec lui Africaner.
Il fallait de la prudence, car sa tête avait été mise à prix.
Le missionnaire lui donna un pantalon en cuir, une vieille veste, un chapeau usé, et le chef ainsi accoutré accompagna le missionnaire comme son domestique.
Personne, sur le trajet, ne voulait reconnaître Moffat. On le croyait assassiné depuis longtemps, et quand il se nommait :
- Moffat, s’écria un colon, non ! Mais son revenant !
Moffat affirmait son identité.
- N’approchez pas de moi, dit le colon suppliant. Il y a longtemps qu’Africaner vous a tué.
Moffat chercha à le rassurer ; il raconta le changement survenu chez Africaner.
Le fermier refusait d’y croire et énumérait les méfaits du chef sans se douter que celui-ci était présent.
Si ce que vous dites d’Africaner est vrai, dit-il enfin, je ne désire qu’une chose, le voir avant de mourir, quoiqu’il ait tué mon propre oncle.
- Africaner ? lui dit Moffat, le voici !
Le colon fit un saut en arrière : êtes-vous Africaner ? S’écria-t-il enfin.
Le chef Hottentot se leva, ôta poliment son vieux chapeau et répondit : je le suis.
Le fermier semblait frappé de la foudre.
Quand il fut assuré que c’était bien le lion des Hottentots qui était devant lui, il leva les yeux au ciel et s’écria :
O Dieu, quel miracle de ta puissance !
C’était bien en effet la puissance de Dieu qui avait amené ce changement.
Personne n’avait pu dompter cette nature sauvage.
En offrant de payer une rançon pour la mort de cet homme, le gouvernement du Cap ne l’avait rendu que plus féroce.
Mais quand Africaner apprit que Jésus-Christ était mort pour lui et qu’il avait payé à Dieu une rançon pour sa vie, il avait été touché.
L’amour de Dieu l’avait vaincu !
L’Evangile, c'est-à-dire la bonne nouvelle du salut en Jésus-Christ, est encore aujourd’hui, comme aux premiers jours, " la puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit. "
(Romains 1 : 16)
Qu’il soit le plus dégradé des hommes de nos pays soi-disant chrétiens ou le plus barbare des Africains.
Favre