Livrets 281-300
Les vieux
Ils s’en vont cheminant sur les routes poudreuses,
L’un près de l’autre, émus, souriants, l’âme heureuse,
Jeunes encore et pourtant bien près de leur trépas ;
Echangeant ces pensées de leur cœur qui palpite
Lui suppliant : " dis-moi si je marche trop vite !
Je t’en prie, ma Suzon, ne te fatigue pas ! "
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Ils sont assis tous deux devant leur soupe chaude
Mangeant tout doucement : " L’aimes-tu, mon vieux Claude ? "
Dit-elle d’une voix au ton tendre et aimant.
- " Oui, vieille, elle est bien bonne et son feu me ranime ! "
Il la trouve brulée, mais l’amour est sublime
Quand il est vieux de cinquante ans !
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Ils sont blottis tous deux devant l’âtre qui fume ;
Sur le foyer noirci lentement se consume
Un tison, le dernier qui s’effrite en roulant ;
Elle qui sommeillait, en sursaut se réveille,
Mais lui presque dormant : " Rendors-toi, chère vieille,
Je m’en vais ranimer ce feu déjà mourant ! "
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Ils sont couchés tous deux dans le grand lit de chêne,
Elle rêve tout haut, lui anxieux, en peine
Croyant que sa Suzon délire en fièvre, hélas !
Brusquement se retourne…. et puis s’approchant d’elle :
" Qu’as-tu ma vieille ? Qu’as-tu ? J’allume la chandelle ! "
Elle, se réveillant : " ne m’appelles-tu pas ? "
Pauline Eprinchard
Cantique d'un chrétien malade
Il fut durement éprouvé pendant toute sa vie
Mes jours s’en vont rapidement,
Mais j’ai un héritage,
Et ne voudrais pas d’un moment
Retarder le voyage !
Ayons nos reins ceints, mes amis,
Nos lampes allumées.
Nos souhaits vont être accomplis,
Nos luttes terminées.
S’il vient des jours froids et mauvais,
Chantons avec courage !
Plus douce encore sera la paix
Au céleste rivage.
Si tous les liens d’ici bas
Sont brisés par l’orage,
Jésus me dit : " Viens, ne crains pas,
Je serai ton partage. "
Déjà sur le bord du Jourdain,
Bientôt la traversée,
Et devant nous brille au lointain
La rive désirée.
Réponse de l'octogénaire
Mes amis, je le sais. A mon âge
Il faut, sans lutte, accepter de vieillir.
Très peu parler, encore moins ouïr,
En abdiquant chaque jour davantage.
Ce pauvre corps par les maux habité
Grince, gémit. L’huile manque au rouage.
Je m’affaiblis, je n’ai plus le courage,
Les ans, bien vrai, sont peine et vanité.
Et cependant, au bout de mon voyage,
Tout près, je vois l’horizon resplendir.
J’entends la voix du Seigneur m’accueillir
En son repos, à l’éternelle plage.
Encore un pas dans mon infirmité…
Ah ! Que m’importe au seuil de l’héritage,
Je vais le voir et porter son image,
Être avec lui durant l’éternité.
N’être plus rien ! Fugitif avantage
En attendant Jésus qui va venir.
Mais… Tout en Christ ! Quel immense avenir
Déjà connu en précieux partage.
(Poésie composée par un vieillard et récitée lors d’une rencontre familiale à l’occasion de son anniversaire).
Troisième âge
Sur la pauvre terre où tout passe,
Existe pour chacun de nous
Un art difficile entre tous :
Celui de vieillir avec grâce.
Quand on voudrait parler, se taire,
Quand on voudrait agir, s’asseoir,
Et, chaque jour, un peu mieux voir
Qu’on n’est plus autant nécessaire.
Laisser aux autres leurs fardeaux
Sans pouvoir un peu les leur prendre,
Et ne porter, sans rien attendre,
Que le poids des ans sur le dos.
Ah, ce n’est que la foi chrétienne
Qui nous aide à porter ce poids,
En laissant Dieu faire nos choix
En tout temps et quoi qu’il advienne.
Ne pas craindre le lendemain
Et ne pas se laisser abattre
Tant que le cœur pour Christ peut battre,
Tant que l’on peut joindre les mains.
Tels des diamants précieux
Sont taillés par le lapidaire,
Ainsi le Seigneur sur la terre,
Taille notre âme pour les cieux.
Sa miséricorde
Quand, dans ma course, à la borne arrivé,
D’où je revois le chemin de ma vie,
Je laisse au loin, de ce poste élevé,
Mes yeux errer sur la route suivie,
Ni larme, ô Dieu, ni regret, ni soupir
Ne vient troubler mon âme qui déborde.
Pour ton enfant il n’est qu’un souvenir,
Le souvenir de ta miséricorde.
Ah ! S’il est vrai que mes pieds ont laissé
Mille faux pas marqués sur la poussière,
Sur mon sentier, si l’obstacle dressé
A, trop souvent, ralenti ma carrière,
Combien de fois, au lieu de me punir,
Tes tendres soins, ta pitié qui déborde,
N’ont, dans mon cœur, laissé qu’un souvenir,
Le souvenir de ta miséricorde.
La sombre nuit pâlira désormais :
Demain le but apparaitra sans voiles !
Le chemin monte, et vers les purs sommets
Semble déjà rejoindre les étoiles.
Là-haut, joyeux, dans l’immense avenir,
J’exalterai ton amour qui déborde,
Car, dans le ciel, il n’est qu’un souvenir,
Le souvenir de la miséricorde.
Séparation
Par un beau jour d’automne, avez-vous quelquefois
Suivi d’un œil rêveur la feuille desséchée,
Quand, de sa tige détachée,
Elle va courant par les bois ?
Tantôt balayant la poussière,
Tantôt errant loin du sentier,
Tantôt effleurant la bruyère,
Tantôt caressant l’églantier ;
Tantôt s’élevant dans l’espace,
Et, comme un papillon qui passe,
Prenant son vol,
Tantôt d’un pas prompt et sonore,
Comme un oiseau novice encore,
Rasant le sol ; -
Suspendant sa course incertaine
Si parfois elle prend haleine
Et s’arrête au pied d’un vieux chêne
Avec d’autres feuilles, ses sœurs,
Un instant le sort les rassemble,
Mais à peine elles sont ensemble.
Le vent souffle, la feuille tremble,
Tremble, s’envole et court ailleurs.
Ainsi nous courons tous à travers ce bas monde,
Le souffle du Seigneur nous disperse à son gré ;
A peine un cœur a rencontré
Un cœur ami qui lui réponde,
A peine un frère, tout joyeux,
S’est assis au foyer d’un frère, -
Voici le dernier jour, voici l’heure dernière,
Et les derniers instants, et les derniers adieux.
Adieu ! Toujours adieu ! – c’est notre vie entière –
Adieu ! … mais non… laissons cette parole amère
A qui vit sans foi, sans espoir ;
Nous que l’espoir soutient, nous que la foi console,
Echangeons au départ une douce parole ;
Non pas adieu, mais au revoir !
Au revoir ici-bas ! Oui puissions-nous encore
D’un commun entretien savourer la douceur ;
Ensemble agenouillés puissions-nous dès l’aurore
Aux pieds du Dieu d’amour épancher notre cœur !
Mais si sur une terre, hélas ! où rien n’est stable,
Où ce que bâtit l’homme est bâti sur le sable,
Ce rendez-vous nous fait défaut,
Il nous reste, à l’abri des hasards de la vie,
Un rendez-vous certain auquel je vous convie ;
Au revoir, au revoir là-haut !
Théodore Monod
Vieillards d'auspice
Le soleil s’est couché derrière les grands arbres
Qui voilent à demi de blancs tombeaux de marbre,
Et ses derniers rayons ont caressé la cour
Où des vieillards lassés sont restés tout le jour.
Ils sont seuls. L’existence est parfois bien cruelle !
Ils sont seuls maintenant, et la mort les appelle !
Pourtant ils ont aimé, leurs enfants ont grandi,
A vingt ans, sur leurs fronts, l’amour a resplendi….
Que de rides ! Sillons profonds de l’amertume !
Plus leurs visages sont marqués de creux brisés,
Plus ces faibles vieillards furent martyrisés…
Ne leur parlez jamais de leurs épouses saintes,
Si vous ne voulez pas des larmes et des plaintes ;
Ne leur rappelez point leurs hymnes triomphants,
Lorsque leurs bras musclés soulevaient leurs enfants,
Leur front s’en obscurcit et leur lèvre se serre,
On leur montre le ciel, ils regardent la terre.
Ce soir, je les ai vus, trainant leurs pas lassés,
Se réunir plusieurs sur deux bancs verts, placés
L’un contre l’autre, au pied d’un arbre séculaire,
Un marronnier fleuri que le couchant éclaire ;
Les dossiers inclinés faisaient comme un lutrin.
Ils s’accoudent tremblants. Plus d’un a le chagrin
De n’avoir pu jamais déchiffrer une lettre.
- " Les pauvres n’avaient pas de quoi payer leur maitre
Autrefois ! " C’est un tort ; " hélas ! on le voit bien ! "
- " Les enfants d’aujourd’hui sont heureux ! " " O combien ! "
L’un d’eux, fort beau vieillard, la barbe toute blanche
Ouvre un livre banal. Sur lui chacun se penche.
- " C’est un savant ! " - " Il lit ! "
Très fier, il prend son temps,
Il sourit un moment, a des airs importants ;
Enfin il continue un conte magnifique,
Une histoire d’amour, un récit pacifique,
Tout ce que le hasard a mis entre ses mains.
Quel soupir quand il dit : " Nous reprendrons demain ! "
Pauvres gens, on les voit lui sourire à l’envie !
Et ces vieux sont heureux à la fin de leur vie.
Benjamin Arbousset - Romans, mai 1909
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Un homme, c’est un être affecté par la douleur, qui cède, qui résiste, qui admet des consolations, et non pas celui qui n’en a pas besoin
Ne pas pouvoir pleurer, c’est un vice.
Calvin
Jésus ! Reviens bientôt !
Jésus ! Reviens bientôt ! La terre est corrompue !
Ton Nom est blasphémé par l’Empire Média !
Jésus ! Reviens bientôt ! C’est Mamon qui gouverne !
Il effraie les Petits, il obsède les Grands !
Jésus ! Reviens bientôt ! Ton Eglise assoupie,
Laisse entrer le péché qui cache bien son nom !
Jésus ! Reviens bientôt ! La repentance est morte !
On parle de l’amour, on esquive la Croix !
Jésus ! Reviens bientôt ! L’Esprit est attristé !
On célèbre Sa Joie, mais pas Ses Exigences !
Jésus ! Reviens bientôt ! La Charité s’essouffle !
Trouveras-Tu la Foi qui créé la Compassion ?
Jésus ! Reviens bientôt ! Tes disciples fidèles
Ne modernisent pas l’Enseignement Divin !
Jésus ! Reviens bientôt ! Que la vie sera belle
Avec Tes Rachetés marqués du Sceau de Christ !
Jésus ! Reviens bientôt ! Jésus ! Ne tarde plus !
Georgette Chaix – mars 2005
C’était l'heure
C’était l’heure où l’on rentre le soir.
Où la lumière est douce, où les vaches vont boire.
J’ai voulu voir les bois, entrer dans la clairière….
L’herbe haute, les sentiers aux profondes ornières,
J’y avançais légère et remplie d’allégresse.
Et voilà qu’en son sein l’enchantement m’accueille
Caché au fond du nid ou derrière les feuilles
Les cris de l’oiseau même étaient pleins de tendresses.
Assise au creux de l’herbe et des senteurs profondes
Loin des bruits de la vie et des clameurs du monde
Simple comme un enfant dans le jardin d’Eden
N’ayant plus de soucis, de larmes ni de peines
Que tourner en mes mains les feuilles du noisetier
Rondes, douces et légères pour en faire un panier,
Y enfouir les framboises au rouge parfumé
Et la brise passait
Et les feuilles chantaient.
O temps suspends ton vol, ô Dieu suspends cette heure
Pour qu’en ces lieux bénis à jamais je demeure
Et que demeure en moi et ta paix et ta joie
Comme tu étais présent au plus profond du bois.
L’unique rose
En rentrant chez vous, j’ai vu la rose
Et je n’ai plus vu qu’elle
A dire sur elle, j’aurais mille choses.
Sans doute qu’elle était belle
Seule, en son vase près de la cheminée
La rouge tête de velours penchée
J’ai reçu en plein cœur ce regard de flamme.
Un instant j’ai pu croire qu’elle avait une âme
Elle me regardait !
Et je la regardais !
Dialogue muet qui ne pouvait finir
Pourtant sur l’heure il me fallait partir.
Qu’y avait-il en elle ainsi pour me charmer ?
Quelle divinité s’y était incarnée ?
Que mes paupières soient ouvertes ou closes
Où je serai maintenant je verrai la rose.
Je mourrai un printemps
Je mourrai un printemps
Quand l’hirondelle en nos cieux revenue
A grands coup d’ailes déchirera les nues
Que mon amie l’abeille à l’appel de l’aurore
Quittera la ruche pour y revenir encore
Je mourrai un printemps
Quand la sève féconde montera de la terre
Que l’oiseau réchauffé criera sa joie au monde
Et qu’au souffle d’avril passant comme une ode
La vie renaîtra avec tout son mystère.
Je mourrai un printemps
Quand mon cœur fatigué
De son lot de souffrances,
Lassé de courir les chemins d’espérance,
Se tournera vers toi, le Dieu compatissant.
Pour mourir au printemps !
Sur mon âme défunte, ami ne pleurez pas
Il ne m’est point de crainte d’arriver au trépas
Et quand pour moi, sera venu le temps
Il me sera doux, de mourir au printemps.
Que je voudrais partir !
Que je voudrais partir !
Sans bagages ni souvenirs
Que je voudrais partir !
Sans regrets et sans peine
Où je n’aurais plus soif, où je n’aurais plus faim !
De tendresse toujours et de si peu de pain.
Que je voudrais partir !
Existe-t-il au moins ce pays qui m’attire ?
Il est je ne sais où, c’est le céleste empire
C’est vrai, dans le Saint Livre on l’appelle le Royaume
Seigneur ! Pour moi ne fermez pas les portes du Royaume.
Je voudrais te chanter
Je voudrais te chanter Seigneur de la plus belle voix
Qui ait jamais retenti dans tous les opéras.
Je voudrais te prier Seigneur du cœur le plus fervent
T’offrir comme un bouquet de mots doux et chantants.
Je voudrais te servir Seigneur comme un prêtre à l’autel
Et comme une servante effacée et fidèle.
Je voudrais t’aimer Seigneur du cœur le plus brûlant
Je voudrais t’adorer toi le Dieu tout-puissant.
Je veux te contempler Seigneur de mes yeux éblouis
Ici-bas sur la terre et dans le Paradis. Amen
Quand tu partais
Quand tu partais le cœur sans joie
Rejoindre le lointain internat
Trainant toujours cette même valise
Seul dans la foule indifférente et grise
Chaque fois tu prenais la file au guichet.
Parmi ces mornes visages, attenant ton billet
Chacun à son chagrin, chacun à son départ.
Ensuite on se tassait dans un coin de la gare
Silencieux et absents on ne se parlait pas.
Sur la grande horloge le regard fixé
Où l’heure allait trop vite, où l’heure n’avançait pas
Et quand enfin sonnait celle de se quitter
En hâte tu nous embrassais
Repoussant mes inquiétudes
Sourd à ma sollicitude
Si pressé d’en finir !
Tu franchissais la porte, disparaissais dans la nuit.
Je restais là, le visage collé à la vitre
Espérant que tu avais oublié une chose.
Scrutant le noir des quais qui jamais ne te rendrait
Tombait alors sur mes épaules, un pesant manteau de solitude
Je m’en allais traînant mes pas sur les pavés humides.
Pour retrouver la nuit, dans un silencieux retour.
Enfermés chacun dans sa tristesse, à l’autre sourd.
Je montais dans la chambre déserte
Où une paire de chaussures trainait
Le disque des Préludes pour un temps muet.
Aujourd’hui où tu es toujours absent,
Combien je regrette ce temps. Où tu partais ! …..
Le problème de la souffrance
Non, je ne comprends pas, Seigneur, mais je m’incline
Devant le grand problème où se perd la raison,
Je crois en ta bonté, ta sagesse est divine ;
Seigneur, je comprendrai là-haut, dans ta maison !
Tu ne restes pas sourd aux cris de l’âme en peine,
Ton silence n’est pas silence indifférent ;
Pour le cœur angoissé ta réponse est certaine,
Même quand elle n’est pas toujours ce qu’il attend.
Ta voie, ô Dieu, n’est pas celle où mon cœur me pousse,
Ton plan, n’est pas mon plan, je le sais, je le vois ;
Pour que ta volonté m’apparaisse plus douce,
Au Calvaire je viens adorer sous la croix.
Je crois en ta bonté, ta sagesse est divine.
Oui, je sais que tu veux le bien de ton enfant.
Sans tout comprendre encore, à tes pieds je m’incline,
Seigneur, dans mon épreuve, oui, rends-moi triomphant.
Dans la bonne direction
Seigneur, tu diriges mes pas
Vers le ciel, ma patrie ;
Mon Dieu, tu ne me laisses pas
Dans ta grâce infinie.
Envers moi selon ta faveur,
Ton amour brille, ô mon Sauveur,
Mon trésor et ma vie.
Ah ! Sans la marche de la foi,
Ma vie est languissante ;
Mais, ô mon Sauveur, c’est en toi,
En ta vertu puissante,
Qu’est mon asile et mon secours ;
Et tu me montres tous les jours
Ta faveur éclatante.
Jusqu’au jour où je te verrai
Dans l’éternelle gloire,
Où près de toi j’exalterai
Ta mort expiatoire,
Tu seras ma part et mon fort,
Mon gain dans la vie et la mort,
Ma joie et ma victoire.
Pour ceux qui souffrent
Confiance
(Sonnet)
Pourquoi craindre et trembler ? Un Père tout puissant
Règne dans les hauts cieux et gouverne le monde ;
C’est la voix qui commande à la foudre qui gronde,
Lui qui règle le cours de l’astre éblouissant ;
Au milieu de la mer, quand le flot mugissant
Menace d’engloutir le vaisseau qu’il inonde,
Il arrête à son gré le tumulte de l’onde,
Et le vent dans sa main, se calme, obéissant.
Pour ses enfants aussi qu’il protège et qu’il aime,
Son pouvoir éternel se témoigne de même ;
Il les garde du mal et trace leur chemin ;
Qui croit en Lui verra sa prière bénie,
Ses pleurs changés en joie et sa route aplanie ;
Repose donc en paix, mon âme, sur son sein !
Charles Guillot
Pour ceux qui sont au soir de la vie
N’avons-nous pas eu au milieu des luttes, grandes ou petites, d’une longue vie, un idéal que nous n’avons jamais pu réaliser et qu’il nous paraissait pourtant possible d’atteindre ?
N’avons-nous pas entendu le battement de ses ailes comme si elles étaient à notre portée ?
Et cependant, le labeur et le combat quotidiens nous ont fait perdre de vue ce beau rêve et nous vivons maintenant en un vague et stérile regret de l’avoir abandonné.
Néanmoins, la place que nous aurions pu occuper nous attend encore ; personne d’autre ne l’occupera, car nous avons été faits pour elle et elle pour nous.
Nous pouvons être encore ce que nous avons désiré être, puisque le bien, même en pensée et en désir, devient vite vie et fruit.
Une heure suffit pour que Dieu, à notre requête, enlève de notre route l’obstacle du passé et réalise les espérances d’autrefois.
A. P.
Nous disons adieu tous les jours à quelque chose qui ne reviendra plus.
Nous quittons avec un serrement de cœur, une portion de notre existence.
Quelque triste et solitaire qu’ait pu être notre vie, cependant quand l’heure sonne, quand l’abandon de tout ce que nous avons connu et aimé s’impose au seuil de l’obscur passage, quand il faut dire adieu au soleil, aux étoiles, à la lumière, frères !
Je vous le demande, sera-ce fini ? Et si ce n’est pas fini, qu’est-ce que ce sera ?
Sera-ce le fruit d’une vie de papillon passée dans le plaisir, le péché et l’égoïsme ?
Sera-ce même une vie simplement consacrée à la science et aux jouissances de l’esprit ?
Ou bien sera-ce : " Père, j’ai fini l’ouvrage que tu m’avais donné à faire ? "
J.W. Robertson
Soir de la vie chrétienne
- Je vieillis, Seigneur ; donne-moi de rester modeste et de ne pas croire que mon expérience me permet d’avoir un avis autorisé sur tout. Donne-moi ainsi d’être sage dans mes appréciations des situations et des personnes.
- Je vieillis, Seigneur. Que je ne devienne pas un personnage triste, austère, inquiet, toujours tourné vers le passé, mais un modèle de patience, de douceur et de compréhension !
- Je vieillis, Seigneur ; donne-moi de respecter toujours mieux tes commandements. Donne-moi le courage de les enseigner et surtout de les vivre dans un monde déboussolé, sans repères, ni espérance. Donne-moi spécialement de refléter l’exemple d’amour vrai et désintéressé que tu nous as laissé.
- Je vieillis, Seigneur ; que la lecture de la Bible devienne, non pas l’accomplissement d’un devoir sans joie, mais la source à laquelle je puise toujours plus volontiers pour m’y renouveler chaque jour.
- Je vieillis, Seigneur ; rends-moi plus sensible aux besoins de ceux qui m’entourent, ma famille, mes proches, tous ceux qui traversent la solitude ou la souffrance. Donne-moi de prier pour eux avec persévérance et foi.
- Je vieillis, Seigneur ; donne-moi d’attendre, non pas la mort pour être délivré de mes problèmes, mais ton retour qui est proche comme tu l’as promis.
Pour ceux qui sont au soir de la vie
Les vieillards doivent essayer de se ressouvenir.
C’est en cela qu’ils sont utiles aux jeunes.
Si un de ceux-ci a commis une faute grave et sent qu’il sera difficilement pardonné, que tout le monde est sévère à son endroit et que la critique n’aura aucun relâche, le vieillard auquel la vie a beaucoup enseigné, sera miséricordieux.
Ce n’est pas son rôle de jeter la pierre, de prononcer des jugements durs, mais il dira bientôt : " venez à l’écart avec moi, entrez et reposez-vous. "
Alors les souvenirs qu’ils auront à remémorer de circonstances semblables seront les meilleurs enseignements, la meilleure discipline, le meilleur sermon.
Pourvoir hisser pour un instant sur la hauteur, le jeune pèlerin qui peine encore à la montée, lui découvrir les horizons qu’on admire soi-même depuis longtemps, lui faire voir la petitesse des choses de la plaine, ces choses qu’il trouvait, il n’y a qu’un instant, si importantes et si précieuses, lui montrer enfin, la Main Invisible mais si tendre qui préside à ses destinées, tel est le privilège de ceux qui sont au soir de la vie.
En vue du fleuve
J’arrive à cette étape de mon pèlerinage où le dernier fleuve s’offre à ma vue.
Je sens qu’à tout instant, de jour ou de nuit, le messager du roi peut se présenter.
J’ai parfois dans mon sommeil, d’étranges intuitions d’une vie spirituelle intense, près de moi, avec le Christ et les multitudes de ses rachetés.
Et la joie que j’en éprouve n’est pas comme les autres joies.
Aucun langage de la terre ne saurait la traduire. Ce que je possède donc est pour moi une certitude absolue.
Je pressens cette atmosphère où l’enthousiasme de l’amour est la tranquille habitude de l’âme ; où, sans paroles et sans démonstrations extérieures indispensables, les cœurs communient, l’âme répond à l’âme.
Nous répondons à l’amour infini et dans sa réponse et la nôtre, il n’est pas besoin de mots d’aucune langue.
Harriett Beecher Stowe (l’auteur de la" Case de l’oncle Tom ")
Pour une retraite ensoleillée
Depuis quelques temps, mon âge y fait, je lis ce que l’on écrit sur les retraités.
On dit que la retraite c’est un temps merveilleux, sinon le plus beau temps de la vie, on n’a plus à travailler ; on touche sa pension et l’on peut se livrer à tous les plaisirs, et Dieu sait qu’ils sont nombreux dans nos pays privilégiés.
La réalité est tout autre.
Avec la vieillesse arrivent, les douleurs, on fait souvent partie des " tamalous " (t’as mal où ?)
Nos désirs, nos projets, nos vacances tout cela n’est réalisable qu’en fonction de notre bonne santé, et notre bonne condition physique.
Quelquefois le fauteuil que l’on offre aux retraités est bien utile, car c’est avec le lit un précieux reposoir.
Les maisons de retraite, où les personnes âgées chez elles, nous offrent un autre visage que celui des retraités heureux.
Si le monde est maussade, les personnes âgées le sont encore plus car la vie est difficile.
Je ne parle pas des visites qu’ils ne reçoivent guère, de leurs familles souvent éloignées, qui ont du mal à visiter leurs parents, si ils les visitent.
La retraite est difficile, surtout pour ceux qui sont seuls, divorcés, ou qui ont perdu leur conjoint.
Après ce tableau bien sombre, mais malheureusement réel, que faut-il faire ?
Pleurer, se lamenter ?
Il y a une solution, une seule malheureusement, c’est de croire que Dieu est un Père, et qu’Il veut prendre soin de nous, si nous acceptons son amour, sa grâce, son autorité.
Voulez-vous vous confier en Dieu et en son Fils Jésus-Christ ?
Il prendra soin de vous, et la vie avec Dieu, c’est la paix ici sur la terre et la vie dans le ciel.
René Lahaye
Lumière du crépuscule
Vers le soir, la lumière paraitra. Le crépuscule tombe.
L’ombre douce de la nuit s’étend.
La Nature s’enveloppe de voile. Mais dans le cœur il y a de la lumière.
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Ne crains pas, ô mon cœur, quand le soleil disparaît et que le froid pénètre la terre.
Ton pèlerinage est bientôt fini.
Et là-bas, sur la colline éternelle, brillent les lumières de la maison du Père.
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Peut-être même ne verras-tu pas la nuit profonde.
Ta foi sera changée en joie avant que tu aies souffert.
Car celui qui t’a conduit pendant la traversée du désert, vers le soir sera ta Lumière.
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La courte journée terrestre aura bientôt fui.
L’éclat de son ciel bleu se sera terni.
Mais à côté de toi marchera quelqu’un dont le visage est immortelle Lumière.
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Point de soir dans cette douce patrie.
Aucun coucher de soleil aux horizons empourprés.
Ce n’est qu’ici-bas que nous pouvons comprendre que " Vers le soir, il y aura de la lumière. "
¯¯¯¯¯
Cher pèlerin lassé, regarde en haut.
Laisses-en bas les ombres qui s’amassent. Regarde en haut.
Quelqu’un t’appelle et te sourit. Il te dit : " Monte vers la Lumière. "
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Voici le soir, profond et silencieux.
Ici-bas tu soupires ;
Peut-être tu souffres. Bientôt tu vas chanter.
A. V.
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La cause intérieure de la vraie joie, sans laquelle cette joie ne saurait être durable, c’est que Dieu demeure en l’homme.
Dieu cherche, et même, soit dit à notre confusion, Il demande à pouvoir être près de nous, sans préjudice à sa sainteté.
Cette véritable joie ne se maintient que là où l’opposition aux choses divines a complètement cessé, elle est la grande consolation de notre vie sur la terre.
Il faut que l’âme fasse l’expérience de cette paix avec Dieu, qui petit à petit peut devenir une sorte d’intimité constante et sincère.
Sans cela cette âme ignore ce qu’est le bonheur intime, le bonheur extérieur n’en est que la conséquence naturelle.
Dieu est prêt à ne faire à l’homme que du bien, dès qu’Il le jugera possible.
Hilty
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La raison ne sais comment il faut satisfaire le cœur et le consoler dans ses détresses et quand tous les biens de la terre lui manquent.
Mais quand Christ paraît, Il laisse subsister les contrariétés extérieures mais Il fortifie l’homme.
Luther
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Avez-vous peur de vieillir ?
La question vous parait peut-être indiscrète.
Vous conviendrez du moins qu’elle est d’actualité.
Le passage d’une année à une autre éveille chez ceux qui réfléchissent, des pensées graves et sérieuses.
Ils redisent avec une certaine mélancolie le vieux refrain :
Comme volent les années,
Nous voici bientôt des vieux !
Que devant les beaux jours envolés, on éprouve des regrets, qu’en avançant en âge, on aime à évoquer de vieux et chers souvenirs, voilà qui est bien naturel et tout à fait légitime.
Mais à ces regrets pour le passé s’ajoutent pour un grand nombre des craintes pour l’avenir.
Le temps s’enfuit avec rapidité.
Déjà survient la vieillesse avec son cortège de privations, d’infirmités, de déchéances.
Et derrière elle, s’annonce la mort avec son mystère.
Devant ces perspectives que l’on n’ose pas envisager en face, dont on s’efforce de bannir la pensée, on s’afflige, on s’effraie, on tremble….
Cette peur est indigne du croyant.
Le chrétien ne sait-il pas que toujours la Providence veille.
N’a-t-il pas remis ses destinées entre les mains d’un Dieu tout puissant et tout bon ?
Le Maitre n’a-t-il pas dit : " Ne vous inquiétez pas du lendemain, A chaque jour suffit sa
peine ? "
Le chrétien fonde sa confiance non seulement sur l’espérance que dans l’avenir, aux jours de la vieillesse et dans la sombre vallée, le Dieu fidèle sera avec lui, mais encore sur une expérience actuelle, présente, quotidienne ; celle d’un renouvellement spirituel, moral, qui s’accomplit tous les jours et qui constitue un quotidien rajeunissement.
Qu’importe en effet, que les cheveux blanchissent, que des rides se creusent sur le visage, que le corps se courbe vers la terre, que la démarche s’alourdisse et se ralentisse, pourvu que le cœur reste jeune ?
Ce miracle, la piété et la foi l’accomplissent tous les jours.
Quiconque croit en Dieu et vit dans sa communion puise aux sources de la vie éternelle une vigueur nouvelle. Telle est l’expérience de tous ceux qui croient.
Les adolescents se fatiguent et se lassent et les jeunes hommes chancellent, mais ceux qui se confient en l’Eternelle renouvellent leurs forces.
Il ne vieillit donc pas celui qui accomplit humblement et fidèlement la tâche de chaque jour sous le regard de Dieu.
Si monotone et pénible que puisse être son labeur, il y met la même ardeur et le même enthousiasme qu’aux premiers jours, car Dieu renouvelle sa vocation et le soutient.
Dans les échecs, il ne perd jamais courage, car il sait que le dernier mot appartiendra à Dieu.
Ce qui vieillit, ce sont les déceptions et les défaites, quand elles laissent après elles, aigreurs, amertumes et rancunes.
Elles n’ont pas de prise sur le croyant. Le contentement d’esprit est un des fruits de sa foi.
Dieu qui renouvelle les forces de celui qui est fatigué, élargit en même temps son cœur.
Sur le chemin de la vie, quiconque marche non par la vue, mais par la foi, voit grandir son horizon et apprend à aimer et à servir.
Les bontés de l’Eternel ne s’épuisent jamais pour lui. Il s’applique à en faire bénéficier ceux qui l’entourent, à se donner à eux et à vivre pour eux.
La solitude, l’isolement dont souffrent des gens âgés, sont parfois la rançon d’une vie égoïste et sans avenir.
En ouvrant son cœur aux inspirations de la divine charité, l’homme trouve toujours autour de lui de plus malheureux que lui, pour lesquels il peut se dévouer ou tout au moins prier.
La pratique de la charité et de la prière est une source jaillissante de forces et de joies et, par conséquence, la garantie d’une jeunesse qui se renouvelle et peut durer toute la vie.
Pas plus que les autres hommes, le chrétien ne peut échapper aux maladies, aux infirmités, aux déchéances physiques et parfois intellectuelles, conséquences de l’usure de l’organisme corporel, mais le Dieu qu’il sert et qu’il invoque, le soutient et l’enrichit spirituellement.
Saint Paul a admirablement traduit cette expérience de la foi : " Si l’être extérieur se détruit, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. "
Telle est l’expérience que doit faire tout croyant.
Dès lors il ne s’alarme plus de la fuite du temps. Il ne tremble plus devant le mystère de son avenir.
Il n’a peur ni de vieillir, ni de mourir, car les bontés de l’Eternel ne s’épuisent jamais, elle se renouvelle chaque matin.
R. B.
Vendre son âme ou donner sa vie ?
En regardant la télévision, j’ai entendu un ancien ministre faire cette déclaration : " Il ne faut pas vendre son âme pour deux airbus (ou une vingtaine d’airbus).
La Bible parle très souvent de l’âme.
Jésus-Christ dit : " Que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, s’il perdait son âme, ou que donnerait un homme en échange de son âme ? "
Il n’y a que deux voies.
Vendre son âme au diable ou donner son âme, sa vie à Dieu.
Dans notre texte, Jésus dit que notre âme est immortelle, mais qu’elle est précieuse.
Rien ne peut l’acheter, pourtant on peut la vendre.
Dans la réalité, beaucoup de gens vendent leur âme, c'est-à-dire ils négligent leur âme pour des biens, pour de l’or, pour leurs plaisirs, leurs passions, leurs envies et comme nous le disons maintenant pour leurs phantasmes.
On s’occupe de beaucoup de choses, mais nous ne nous préoccupant pas de l’avenir de notre âme.
Notre âme, un jour, sera devant Dieu après notre mort qu’en sera-t-il ?
Faisons la paix avec Dieu en Lui présentant nos péchés et nos fautes.
Le sang de Jésus nous purifie de tous péchés.
Rene lahaye
La prière dans la souffrance
" Etant en agonie, Il priait. " nous est-il dit de Jésus en Gethsémané.
Et cette petite phrase traverse les siècles.
Comme une lumière, elle brille dans l’ombre parmi les oliviers du jardin.
Elle nous montre ce que nous pouvons, ce que nous devons faire lorsque la tentation nous assaille, que le doute ou le désespoir viennent nous accabler.
Nul ne connaît et ne connaîtra jamais souffrances pareilles à celles qu’endura cette nuit-là le Sauveur des hommes, mais Il trouva près de Dieu le secours qu’on ne cherche jamais en vain.
En le suivant le long de cette heure douloureuse, nous voyons que l’agonie se transforma pendant qu’Il priait, jusqu’à ce qu’enfin l’angoisse et l’amertume furent passées, et qu’une douce paix bénie prennent leur place.
La prière est toujours un sûr refuge, le seul où nous puissions nous abriter pendant la tempête.
Apprenons aussi par le Gethsémané de notre Seigneur comment prier en nos Gethsémané.
Dieu ne nous blâmera pas de lui demander d’éloigner notre coupe ; l’intensité de nos supplications ne saurait l’offenser ; mais nous devons accepter ses décrets avec soumission, avec confiance,
C’est quand nous aurons dit, au milieu de l’ardeur de notre invocation : " Père, non pas ma volonté, mais la tienne, " que nous recevrons à notre tour les bénédictions de la paix.
Révérend Miller (traduit par Yvonne Pitrois)
La réunion dans la maison du Père
Le ciel est la maison du Père.
Et peut-on imaginer un seul instant la maison paternelle dans laquelle les membres de la famille ne se reconnaitraient pas les uns les autres ?
Le plus doux, le meilleur, le plus heureux des foyers de ce monde n’est qu’une bien pâle image de l’amour et du bonheur du foyer céleste.
Il est comme un home de la terre, à cela près qu’il jouit de la présence visible de notre Ami invisible aujourd’hui, et que toutes les imperfections, les ombres, les luttes, les séparations en sont bannies.
Si déjà, dans nos fragiles demeures, nous trouvons des joies si grandes dans les liens de famille et d’affection qui unissent le cœur au cœur et rattachent la vie à la vie, combien plus connaitrons-nous ces bénédictions dans la demeure parfaire que nous prépare notre Père des cieux !
Nos bien-aimés ici-bas seront encore nos bien-aimés là-haut. Notre tendresse sera infiniment purifiée et exaltée, mais elle survivra à la mort jusque dans l’éternité !
Révérend Miller (traduit par Yvonne Pitrois)
Pour ceux qui pleurent
Quand la douleur vient, Dieu vient avec elle.
Sans lui, elle eût été l’ennemie ; avec lui, c’est l’amie dont nous reconnaitrons plus tard la fidélité.
Car ce n’est que petit à petit qu’on arrive à comprendre sa souffrance et à y mettre le prix.
Pour quelques-uns, c’est une longue route à parcourir, une route sur le bord de laquelle l’affligé est parfois tenté de s’asseoir pour s’abandonner au désespoir ; pour d’autres, elle est plus rapidement franchie.
Mais tous garderont une impression respectueuse de ce passage par la douleur.
Les forces reçues jour après jour, les repentirs que l’épreuve fait naître, le sentiment de la présence divine, ces lumières jetées sur le but de la vie et l’importance que l’Eternel attache à l’âme humaine, ne sont-elles pas des bienfaits ?
La reconnaissance surgira de nos larmes et de nos sacrifices.
E. Humbert
Pour ceux qui pleurent
Nous bénirons l’Eternel dès maintenant et à jamais.
La foi, l’espérance et l’amour sont ces grâces vivantes qui demeurent dans tout croyant.
L’expression du Psalmiste rend très bien cette idée : Dès maintenant.
C’est la confiance triomphante qui voit dans chaque épreuve même un sujet de bénir Dieu maintenant et pour toujours.
Et pourtant, quand tout est sombre, quand tout est douleur et larmes, quel effort il faut faire pour lever les yeux et voir l’arc-en-ciel !
Mais cet arc-en-ciel brille d’autant plus étincelant que les nuages qui l’entourent sont plus noirs.
La Parole de Dieu en donne de nombreux exemples.
Ainsi à Tsiklag, dans une heure d’angoisse intense, David " s’encourage en Dieu " (1 Samuel, chapitre 30).
C’est Dieu qui donne la victoire sur l’épreuve et qui rend le plus faible de ses enfants " plus que vainqueur. "
Puisse la joie de ces mots " dès maintenant " et la force de ceux-ci : " et à toujours ", nous soutenir dans notre voyage ici-bas !
Que Dieu nous fasse la grâce de pouvoir chanter le " chant du conquérant " même sur la terre, toujours, partout et en toute circonstance.
Avant qu’il soit longtemps, nous le chanterons devant le trône de Dieu, après qu’il aura essuyé " toute larme de nos yeux. "
H. D.
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Lorsqu’au jour de la souffrance, on s’arrête brisé et comme abandonné dans une solitude affreuse, alors on prête l’oreille dans le grand silence et quand s’approche Celui qui appelle les travaillés et les chargés, ceux qui ont soif, ceux qui pleurent, ceux qui se sentent mourir, on ne se détourne plus, car Jésus-Christ n’est plus le gêneur, il est celui qui demeure, celui hors de qui il ne reste plus rien, il est l’Ami.
J. Breitenstein
Pommes de Sodome
L’homme se figure volontiers que s’il pouvait toujours accomplir sa volonté, ce serait le paradis sur terre.
Cher lecteur, ne l’as-tu jamais dit ?
Quel est l’homme qui n’a pas pensé une fois dans sa vie : Ah ! Si les choses pouvaient aller comme ceci, ou comme cela, comme tout marcherait bien !
Par exemple, si je parviens à exécuter le plan que j’ai formé, si je puis obtenir cette place, cet honneur, réussir dans cette spéculation ou prendre part à cette partie de plaisir, me procurer cette robe bleue de ciel, gagner l’affection de cette personne, si ce que je désire devenait une réalité, que je serais heureux et content.
Je le répète, tant que de semblables idées fomentent dans une tête et un cœur, il est évident que cette tête et ce cœur sont fermement convaincus que faire sa propre volonté est le vrai paradis !
Le malheureux, préoccupé de la manière dont il pourrait d’abord trouver, puis ensuite ouvrir la porte qui mène à son paradis, jusqu’à manquer de sommeil et même d’appétit pour ses mets favoris, y perd son temps et ses peines.
Tant que l’homme n’a pas réussi à accomplir sa pleine volonté, mais qu’il en fait l’objet de son ambition, il se figure que là est le vrai bonheur !
Mais si Dieu, s’enflammant de colère, permet que la volonté de l’homme s’accomplisse (Nombres, chapitre 22, versets 20 à 22), le pauvret reconnaît tout à coup, ou petit à petit, à son grand effroi, qu’il s’est trompé.
Il découvre, en soupirant et en gémissant, que faire sa volonté n’est pas son paradis, mais on enfer.
Il avait cru cueillir des fruits savoureux et parfumés, tandis qu’il ne tient dans sa main que des pommes de Sodome.
On donne ce nom à un fruit extraordinaire qui croît sur le sol maudit de Dieu, au bord de la Mer Morte où se trouvait autrefois Sodome.
Son apparence extérieure est charmante ; il est rose et appétissant.
Le voyageur fatigué et altéré s’en approche tout joyeux, le saisit et le porte à sa bouche. Mais à peine y-a-t-il mit la dent que la pomme éclate, et il n’a dans la bouche qu’une cendre noire, âcre et nauséabonde.
Ce n’était qu’un brillant extérieur ! A l’intérieur, de la poussière et surtout le vide !
Image frappante de ce qui attend l’homme, lorsqu’il s’imagine que le bonheur de sa vie dépend de l’accomplissement de sa volonté et de ses pauvres désirs.
Tant qu’il ne peut pas réaliser ses vœux, il y voit l’extérieur charmant de ce fruit qu’il convoite.
Les réalise-t-il ? Il ne trouve plus que des cendres et le voilà tout triste, la mine allongée. Trompé ! Trompé !
FUNCKE
La bienfaisance de Jésus
" Il allait de lieu en lieu faisant du bien " Actes, chapitre 8, verset 38
Il suffit à saint Pierre de ces quelques mots pour représenter Jésus au centenier Corneille et à sa maison. D’un trait il dépeint ce que fut la vie du Seigneur et caractérise la nature de ses rapports avec les hommes.
Il allait de lieu en lieu faisant du bien, cette seule parole en dit plus que bien des discours ; elle nous montre Christ vivant et agissant.
Et n’est-il pas vrai que nous voudrions tous qu’on puisse un jour répéter sur notre tombeau, ne fut-ce que tout bas : Il allait de lieu en lieu faisant du bien ?
Nous aussi, nous vivons au milieu des hommes. Nous avons des parents, des enfants, des frères, des amis, des voisins ; la vie, les affaires, les voyages, la société nous mettent nécessairement en rapport avec une foule de personnes différentes.
Et toujours, où que nous allions, soit que notre position nous appelle à servir où à commander, dans le repos ou comme dans le travail, nous sommes appelés à faire du bien aux hommes.
Nous le pouvons, soit que nous leur donnions soit que nous recevions d’eux, qu’ils soient dans la joie ou dans la douleur.
Cependant on entend continuellement cette plainte : " je ne puis m’entendre avec les autres ; je ne sais que faire pour eux. "
Que de tiraillements, d’amertume, de froideur dans les familles, entre les maîtres et les serviteurs et de voisin à voisin !
Tous ceux qui ont à cœur de faire le bien sentent douloureusement la difficulté d’être toujours dans de bons rapports avec leurs semblables.
On peut faire tant de bien ou tant de mal suivant la manière dont on s’y prend.
Une parole, un regard, une larme, un serrement de main, un petit acte de charité ont parfois une puissance qui s’étend bien loin dans l’avenir, tandis qu’on peut faire un vrai ravage par une négligence, une dureté, une parole amère.
Que de fois en rentrant d’une soirée ou de nos affaires ne sommes-nous pas tourmentés par la pensée qu’au lieu d’avoir été utile nous avons fait du mal, et que nous avons blessé un cœur au lieu de le réjouir !
Nous avons manqué tantôt de sympathie et de charité, tantôt de sagesse et d’une fermeté nécessaire ; peut-être de toutes ces choses à la fois.
Aussi en disant que Jésus allait de lieu en lieu faisant du bien, ne faisant que du bien toujours, partout, à tous, même alors qu’il humiliait et adressait des reproches, on a indiqué l’idéal le plus élevé auquel l’homme puisse tendre.
C’est pourquoi aussi Jésus seul est notre vrai modèle dans les rapports que nous soutenons avec nos semblables, car en lui seul l’amour de Dieu a été parfait.
Où qu’il arrive dans le cours de ses pérégrinations, dans la Phénicie païenne comme dans l’orthodoxe Judée, sur les rives riantes du lac de Génésareth ou dans le désert, au milieu d’une noce joyeuse comme au bord d’une tombe, parmi des rabbins disputeurs et de jeunes enfants, avec des pécheurs et des adultères ou dans la société de ses disciples, lorsqu’il est entouré de soldats romains ou d’infirmes et de lépreux, quand un peuple l’acclame ou que des ennemis lui tendent des pièges : toujours et partout faire du bien, ne faire que du bien, est l’unique pensée de sa vie.
Au milieu d’hommes de toutes conditions, de toutes races, animés des sentiments les plus divers, nous le voyons toujours le même.
Sa charité est inépuisable, elle ne se lasse ni quand on le prive du sommeil de ses nuits, ni quand on l’empêche de prendre sa nourriture.
Jamais rien ne fut plus propre à fatiguer, à épuiser les forces d’un homme que les pérégrinations constantes de Jésus au milieu de populations excitées au plus haut degré par sa présence.
Mais toujours c’est la charité qui anime ses pensées, ses paroles, ses actions ; et toujours il rencontre juste, parce que sa charité est inséparable de sa sagesse et de sa sainteté.
Et qu’en est-il de nous ?
Notre vie est-elle aussi un bienfait continu ?
Il devrait en être ainsi. Nos positions dans la vie sont à la vérité bien diverses, quelques-uns sont conduits par des sentiers cachés, aucun de nous n’a la puissance de faire des miracles et beaucoup n’ont pas même d’argent à donner.
Et cependant si le plus faible, le plus pauvre était animé d’une charité expansive, d’un vrai désir de faire du bien, il est impossible qu’il n’en fit pas partout où il irait, alors même qu’il ne s’en douterait point.
Mais avant que cette charité puisse devenir vivante en nous, il faut consentir à nous laisser aimer par Jésus-Christ, il faut que le Saint-Esprit imprime dans nos cœurs l’image de ce Sauveur plein de charité.
Connaissez-vous par expérience les bienfaits de Jésus-Christ ?
Avez-vous éprouvé quelque chose de cette charité libératrice qui brise la puissance de notre égoïsme ?
Ah ! Quel que soit notre état actuel, apprenons à demander et à demander avec toujours plus de ferveur qu’il nous apprenne à connaître combien le Sauveur est doux, et à répandre sur les autres un peu des bienfaits qu’il nous a prodigués sans mesure.
Entre les mains du Seigneur
J’ai tout remis entre tes mains,
Ce qui m’inquiète et qui me gêne,
Ce qui m’angoisse et qui me peine
Et le souci du lendemain.
J’ai tout remis entre tes mains.
J’ai tout remis entre tes mains,
Le lourd souci trainé naguère,
Ce que je pleure, ou que j’espère
Et le pourquoi de mon destin.
J’ai tout remis entre tes mains.
J’ai tout remis entre tes mains,
La pauvreté ou la richesse,
Le bonheur ou bien la tristesse,
Tout ce que jusqu’ici j’ai craint.
J’ai tout remis entre tes mains.
J’ai tout remis entre tes mains,
Que ce soit la mort ou la vie,
La santé ou la maladie,
Le commencement ou la fin.
Car tout est bien entre tes mains.
Marie Henrioud
Seigneur j'ai cherché ton visage
Seigneur j’ai cherché ton visage.
Je l’ai cherché dans le ciel bleu.
Au milieu des nuages dans le vent emportés,
Je ne l’ai pas trouvé.
J’ai détourné les yeux.
Seigneur j’ai cherché ton visage
Dans les églises, sur les autels.
Où brille la lampe dans l’ombre grise
Je n’ai trouvé que le silence des pierres froides
Je ne l’ai pas trouvé
Et je m’en suis allée.
Seigneur j’ai cherché ton visage
Dans le monde, dans les chants et les odes,
Je n’ai trouvé que des visages d’hommes
S’ils étaient jeunes et beaux
Pleins de sourires et de charmes,
Tristes ou pleins de larmes
Ou n’étaient que des ombres,
Et m’en suis détournée.
Un jour tu es venu
Quand je n’attendais plus
Tu es entré dans la maison
Tu avais vingt ans à peine
Tu étais infirme et marchais avec peine
C’était ton corps souffrant et douloureux
Mais tu souriais, de la lumière pleins tes yeux
J’ai su que c’était toi !
Je me suis levée, j’ai couru vers toi
Je t’ai pris dans mes bras et j’ai contemplé ton visage
Tu m’as demandé mon nom
Ensemble nous avons prié ; toi avec moi, moi avec toi.
Tu m’as parlé de la Croix
Mais ta parole était douce
Ton regard était beau, toujours et si rempli d’amour
Et mon cœur rassuré.
Dieu t'accompagne encore
Jusqu’à ce jour, Dieu t’a béni,
Tu l’as trouvé toujours fidèle ;
Si le chemin n’est pas fini,
Si l’épreuve est parfois cruelle,
Chrétien, courage ! Prie, adore,
Ton Dieu veut te bénir encore.
Il t’a consolé chaque fois
Que le chagrin fut sur ta route.
Il t’a soutenu sous le poids
De tes problèmes et de tes doutes.
Lève les yeux et prie, implore
Ton Dieu qui te console encore.
Jusqu’à ce jour, sa bonne main
T’a donné l’appui nécessaire ;
Si l’avenir est incertain,
Il sera toujours ta lumière ;
Ta nuit fera place à l’aurore.
Chrétien, Dieu t’accompagne encore.
Il n'est pas trop tard
Par une de ces ravissantes matinées de la fin de mai, où la luxuriante verdure des premiers jours de l’été n’à point encore perdu les fraîches teintes du printemps, raconte miss Marsh, auteur de la " Vie de Hedley Vicars ", j’attendais à la station de Beckenham le train de Londres.
Car j’avais promis à une amie de visiter en détail deux hôpitaux avec elle.
Le train était en retard, et ce fut une jouissance, avant de me lancer dans la poussière et le tumulte de la grande ville, d’avoir quelques moments pour respirer l’air de la campagne, pour écouter le croassement des corneilles qui bâtissaient leurs nids dans les grands ormeaux agités par la brise.
Mais bientôt le bruit de la locomotive étouffa tous les sons champêtres ;
Les employés entassaient les voyageurs dans les wagons avec d’autant plus de hâte qu’il fallait rattraper le temps perdu, lorsqu’un jeune ouvrier que je ne connaissais pas, arriva hors d’haleine et me dit en s’appuyant contre la portière :
" Je ne vous ai pas trouvée à la cure, mademoiselle, où je suis allé pour vous prier d’avoir la bonté de visiter un de mes cousins, qui se meurt de consomption à l’hôpital de Guy. Il a demandé de vous voir ; voici son adresse. "
Et au moment où le train se mettait en route, il me tendit un morceau de papier ; mais, avant que j’eusse pu le saisir, un courant d’air violent l’emporta, et il fut perdu sans retour.
Mon premier mouvement fut l’agitation et Le dépit, en pensant que je ne pourrais me rendre au désir de ce mourant ; bientôt cependant je me souvins que le Roi du ciel a les vents sous ses ordres, alors même qu’ils nous semblent souffler comme il leur plaît.
Je me dis que cet accident n’était pas l’effet du hasard ; et remettant au Seigneur le soin d’aplanir cette difficulté, je résolus, ma tâche une fois achevée, d’aller à la recherche DE cet homme, quelque difficile qu’il soit de découvrir une personne dont on ne sait pas le nom, au milieu de sept cents malades.
L’après-midi était déjà avancée lorsque je pus quitter les deux autres hôpitaux, et, en arrivant à ma destination, la vue de ces immenses bâtiments, qui forment une espèce de ville à eux seuls, me fit presque désespérer du succès.
Comme il n’y avait pas de temps à perdre, je commençai par tenir conseil avec le portier, auquel je communiquai les vagues indications que j’avais recueillies.
" Renoncez-y, madame, me répondit-il, autant vaudrait chercher une aiguille dans une meule de foin. "
- " Mais, répliquai-je, si vous aviez la crainte qu’un pauvre homme ne mourût avant qu’il vous fût possible de revenir, et si vous pouviez lui apporter un message capable de rendre sa mort plus douce, que feriez-vous ? "
Le portier s’attendrit en m’écoutant, et me dit avec bonté : - " Eh bien, j’espère que vous le trouverez. Je vous conseille de commencer par la première salle du nouveau bâtiment, ajoutant en guise d’encouragement : Il ne contient que cent cinquante lits. "
Je traversai la cour et me trouvai bientôt à l’entrée d’une longue salle du rez-de-chaussée.
M’arrêtant sur le seuil, pour voir si je n’apercevrais pas une infirmière qui pût venir à mon secours, je remarquai, dans le lit le plus voisin de la porte, un corps que la raideur de la mort semblait avoir déjà saisi, et dont le visage était couvert d’un mouchoir.
Passant à côté de celui que je croyais mort, je m’avançai, m’arrêtant ici et là pour annoncer en quelques mots la Bonne Nouvelle à ces étrangers, lorsque je fus bouleversée par des gémissements lugubres.
Je demandai aussitôt à une infirmière d’où partaient ces sons déchirants ; elle m’indiqua le lit à côté de la porte.
- " Cet homme dont le visage est couvert d’un mouchoir ? C’est impossible. "
" Il va mourir ; il est sans connaissance, répondit-elle et son pauvre visage est si affreux à voir, qu’on l’a couvert par égard pour les autres malades. "
- " Consultons les malades, répliquai-je ; je suis sûre que quelque triste que soit cet aspect, ils consentiront à ce qu’on le découvre, s’il est possible d’alléger ainsi ses souffrances.
Jamais ce pauvre malheureux n’a eu besoin d’air autant que maintenant. "
Et retournant aussitôt de ce côté, j’obtins de tous ses voisins de lit le consentement le plus cordial à ma demande.
En effet, la face de ce moribond était affreuse à voir ; car non seulement elle était d’un pourpre foncé, mais, tout inconscient qu’il paraissait, une expression de terreur mortelle contractait ses traits.
" Non, non, ne vous approchez pas, me dit l’infirmière avec effroi, lorsque je me penchai sur cette étroite couche pour parler à l’oreille de ce mourant. Personne ne peut dire de quoi il meurt. Il était déjà sans connaissance lorsqu’on l’a apporté hier au soir ; les médecins ont dit tout de suite que le cas était désespéré. Il n’a pas prononcé une parole et est incapable d’entendre. "
- " Laissez-moi voir s’il ne peut entendre, car si souvent j’ai vu des paroles de consolation arriver jusqu’à ceux qu’on n’aurait pas cru en état de les entendre. Alors même qu’il ne donnerait aucun signe, il ne faudrait pas nous décourager, car j’ai connu des personnes qui, revenues d’un état de complète insensibilité, m’ont assuré que les paroles de la Bible qu’on leur avait répétées de temps en temps leur avaient grandement été en secours et en consolation. "
Pendant ce court entretien, les gémissements du malade avaient été moins fréquents ; encouragée par ce léger symptôme, je lui dis : " J’ai un message pour vous, de la part de Dieu ; un message de pardon, de paix, d’espérance et de vie. "
Il secoua la tête lentement, d’une manière à peine sensible, tandis que son expression de désespoir semblait devenir plus déchirante encore.
- " Oh ! ne le repoussez pas, continuai-je ; écoutez ce que Dieu vous dit : écoutez son message d’amour. "
- " Trop tard ! murmura le patient avec effort ; un Dieu irrité. "
- " Oh non, ne parlez pas ainsi ; car Dieu a tellement aimé le monde, - et vous êtes encore dans ce monde, - qu’il a donné son fils unique au monde afin que quiconque – QUICONQUE, même au moment de la mort, QUICONQUE croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. "Les larmes s’échappèrent de ses paupières à demi closes et roulèrent le long de ses joues.
" Recueille ces larmes dans tes vaisseaux ! telle fut la prière qui monta de mon cœur à Dieu. Ne sont-elles pas inscrites dans ton livre ? "
La forteresse du doute se rendait à l’appel de Celui qui ne veut pas la mort du pécheur.
La barrière élevée par l’Adversaire, afin de cacher à cette âme la connaissance et la gloire de Dieu en Jésus-Christ, était ébranlé par le souffle de l’Esprit du Seigneur.
Ces larmes silencieuses étaient un signe que l’opposition avait cessé.
Comme la plus légère fissure dans une forte digue y laisse pénétrer les eaux dont la puissance irrésistible emporte bientôt tout obstacle, ainsi la foi dans une promesse inspirée devient souvent un canal par lequel l’océan infini de l’amour de Dieu se répand dans le cœur du pécheur.
Jamais terre sèche et altérée n’absorba plus avidement la pluie du ciel que cette âme désolée ne reçut les promesses de pardon et de salut.
Le temps passait rapidement, et les coups de la grande horloge m’avertirent qu’il faudrait bientôt quitter l’hôpital.
Pensant qu’il était de mon devoir de faire un dernier effort pour trouver l’inconnu qui m’avait demandée, je montai au premier étage.
En entrant dans la première salle, je fus aussitôt frappée par l’expression de paix répandue sur le visage pâle et amaigri d’un jeune malade, et je m’approchai pour lui exprimer la sympathie que m’inspirait son état.
Je lui racontai ensuite en peu de mots ce qui venait de se passer dans la salle d’en bas.
" Et maintenant, ajoutai-je, je voudrais trouver quelqu’un qui s’unit à moi pour supplier Dieu qu’avant la fin ce mourant puisse contempler l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde ; quelqu’un qui veuille se prévaloir avec moi de cette promesse ; si deux d’entre vous s’accordent sur la terre, tout ce qu’ils demanderont leur sera donné par mon Père qui est aux cieux. "
- " Permettez-moi d’être ce quelqu’un, et je suis sûr que notre bon Sauveur tiendra sa promesse, " répondit le jeune homme avec ferveur.
Puis, autant que sa toux fréquente le lui permit, il se joignit à ma prière.
Quand elle fut terminée, mon nouvel ami me demanda de descendre pour voir si elle était exaucée.
Mais au moment où j’allais le quitter, il fut frappé d’une pensée subite.
- " Sûrement, s’écria-t-il, vous êtes la dame de Beckenham que j’ai fait prier de venir me voir ! ".
Ainsi cette recherche qui semblait désespérée fut inopinément couronnée de succès.
Après quelques paroles d’explication, je lui dis : " Quoique je sois venue près de vous pour vous voir, vous me permettrez sans doute de passer les quelques moments qui me restent avec ce mourant qui ne vivra pas jusqu’au matin ; tandis que j’ai l’espoir de vous retrouver à ma prochaine visite, peut-être demain. "
" Passez avec lui tout le temps possible, répliqua-t-il avec empressement, et moi je demanderai qu’il se confie au Sauveur, qui, nous le savons, attend de pouvoir le sauver.
Je me hâtai de descendre ; au bas de l’escalier, je rencontrai l’une des infirmières, qui me dit : " Je suis si contente que vous n’ayez pas trop tardé, car ce pauvre malheureux n’a cessé de regarder la porte, dans l’espoir de vous voir revenir.
Ce fut un grand sujet de gratitude de le retrouver avec toute sa connaissance, et un plus grand encore d’observer le changement qui s’était produit dans son expression.
Une lueur, comme celle de l’aube du jour, semblait éclairer ses yeux caves.
D’une vois étouffée et haletante, il prononça après moi ces courtes prières : " O Dieu, aie pitié de moi, qui suis pécheur – Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre net. – Jésus-Christ, qui es venu pour sauver les pécheurs, sauve-moi. "
Me souvenant de l’extrême faiblesse de la mémoire dans des maladies graves, je lui demandai, avant de le quitter, de répéter deux ou trois fois cette prière : " Seigneur Jésus, sauve-moi. "
Ce sont quatre petits mots ; mais la réponse à cette courte requête suffira pour remplir nos cœurs de louange au siècle des siècles.
Le lendemain matin, de bonne heure, je revins à l’hôpital, et l’infirmière m’apprit que, un quart d’heure après mon départ, l’inconnu avait rendu le dernier soupir ; mais durant ces courts moments, il n’avait cessé de répéter : " Seigneur Jésus, sauve-moi. "
Ces paroles étaient encore sur ses lèvres au moment où son âme s’envola.
Mais je n’avais encore senti aussi profondément pour ma propre âme la gratuité de cette royale promesse de pardon et de ce message d’amour qui s’étend au monde entier.
Pour cet étranger sans nom, qu’on avait déjà compté au nombre des morts, dont la vie était peut-être assombrie par quelque crime, ou qui, avec une conduite extérieurement honnête, avait du moins vécu sans Dieu, le pardon de Dieu fut aussi librement accordé, la porte du ciel et le cœur d’un Sauveur vivant s’ouvrirent aussi grands que s’il s’était agi de l’enfant le plus innocent.
" Car Dieu a tant aimé le monde, qu’Il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. " (Evangile de Jean, chapitre 3, verset 16).